Étiquette : Caraïbe

Pape François : Trente ans de confidences spirituelles

— Par Rodolf Étienne

Le Vatican vient d’annoncer une publication qui devrait susciter l’intérêt bien au-delà du monde catholique.

Le 24 novembre 2026 paraîtra le Journal spirituel du pape François, un ouvrage composé de notes personnelles rédigées par Jorge Mario Bergoglio entre le 20 décembre 1992 et le 18 août 2024.

Annoncée officiellement le 5 octobre par la Librairie éditrice du Vatican, cette publication posthume sera proposée simultanément dans 94 pays et cinq langues, dont le français, chez Albin Michel. Elle a été confiée au cardinal argentin Víctor Manuel Fernández, préfet du Dicastère pour la doctrine de la foi et proche collaborateur de François.

Trente-deux années de réflexion intérieure

Ces écrits traversent plusieurs périodes déterminantes de l’existence de Bergoglio : son parcours dans l’Église argentine, sa nomination comme archevêque de Buenos Aires, son élévation au cardinalat et son élection au pontificat le 13 mars 2013. François, premier pape originaire d’Amérique latine, a dirigé l’Église catholique jusqu’à sa mort, le 21 avril 2025, à l’âge de 88 ans. Le livre présente une particularité importante : il ne s’agit pas d’une nouvelle encyclique, ni d’un texte doctrinal destiné à orienter les catholiques, mais d’un ensemble d’écrits personnels, sélectionnés, présentés et commentés par un collaborateur du défunt pontife.   Lire Plus

Thierry Mathiasin – Quai des arachides – Poèmes

– par Thierry Mathiasin

Thierry Mathiasin — KARUKERA

Artiste peintre et poète guadeloupéen, Thierry Mathiasin nous entraîne, avec KARUKERA, dans un univers où la terre, la mer, l’exil et la mémoire se rencontrent. À travers une écriture dense, imagée et profondément sensorielle, il fait surgir les paysages de la Caraïbe, les blessures de l’histoire coloniale et les échos du marronnage. Sa poésie explore les liens entre identité, déracinement, corps et liberté. Ce texte est extrait de Quai des Arachides, publié en décembre 1991 à l’École d’Art du Havre, sous la responsabilité de Francis Marshall, avec le soutien de la DRAC Haute-Normandie.

QUAI DES ARACHIDES. Thierry Mathiasin. Décembre 1991. École d’Art du Havre.  Responsable de publication : Francis Marshall. Avec le soutien de la DRAC Haute-Normandie.

KARUKERA

Nuit crépue

Fléchée de clameurs.

Étoiles envoûtées

Aux frondaisons de lune.

Migrations de cotons

Au cap affûté d’exil.

Versant

Des entours lactescents

Mamelonnés d’ignames.

Long champ de fibre

Aux inflexions des mers.

Source flambante des plantations

Gorgées de rives.

Mancenilliers des larges cratères

Arrimés de dictames.

Vesou

Du plus haut accent

Aux conques des atolls tumultueux

Vèvè du marronage

Aux ensemencements de l’isolé soleil.  Lire Plus

La diapora nous offre de vivre le Tout-Monde

— par Rodolf Etienne

Il y eut longtemps, derrière le mot diaspora, une géographie presque simple. Un peuple, une terre d’origine, une dispersion, puis la mémoire plus ou moins douloureuse du lieu quitté et, parfois, un espoir du retour.

L’histoire juive en constitua longtemps le modèle dominant avant que le terme ne s’élargisse aux diasporas arménienne, africaine, indienne, chinoise, caribéenne et à quantité d’autres expériences de dispersion.

À mesure que les migrations, les mobilités, les communications numériques, les réseaux économiques et les appartenances multiples ont transformé nos sociétés, la diaspora a cessé de désigner seulement des populations vivant loin de leur territoire d’origine.

Elle est progressivement devenue une manière de penser ce qui arrive aux identités lorsque le lieu où nous vivons ne suffit plus à dire entièrement qui nous sommes.

Voilà certainement ce qu’il faudrait appeler aujourd’hui la pensée diasporique. La pensée diasporique commence précisément lorsque nous cessons d’imaginer l’identité comme une substance intacte transportée d’un territoire vers un autre.

La pensée diasporique introduit le déplacement au cœur même de nos identités. Elle ne demande plus uniquement « D’où venons-nous ?

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Eugénie Éboué-Tell : Une combattante au centre de l’Histoire

— Par Rodolf Étienne

Pendant des décennies, son nom est resté accroché à celui de son époux. Félix Éboué est entré au Panthéon en 1949, cinq ans après sa mort. Eugénie, elle, est demeurée beaucoup plus discrète dans le récit national.

Pourtant, sa trajectoire est celle d’une institutrice guyanaise devenue chercheuse, résistante de la France libre, infirmière, députée, sénatrice et actrice majeure de la représentation politique des Outre-mer dans l’après-guerre.

En septembre 2026, le ministère des Outre-mer a officiellement remis cette histoire au premier plan en inaugurant à Paris une salle Eugénie-et-Félix-Éboué et en annonçant la poursuite des démarches en faveur de son entrée au Panthéon.

De Cayenne à l’Afrique

Eugénie Tell naît à Cayenne le 23 novembre 1891. Après des études au lycée de jeunes filles de Montauban et l’obtention de son certificat d’aptitude pédagogique, elle revient en Guyane et devient institutrice à Saint-Laurent-du-Maroni. Elle épouse Félix Éboué en 1922. À partir de 1923, le couple séjourne notamment en Oubangui-Chari, l’actuelle République centrafricaine, avant de poursuivre une longue trajectoire entre Afrique et Outre-mer.  Cette partie de sa vie mérite aujourd’hui une attention particulière.  Lire Plus

L’étonnante route des créoles en Australie (2)

– par Rodolf Etienne

À première vue, tout semble séparer Fort-de-France de Perth : près de deux océans, des histoires politiques différentes, des migrations qui n’empruntent pas les mêmes routes et plus de 18 000 kilomètres à parcourir.

Pourtant, lorsqu’on observe la carte culturelle de l’Australie contemporaine, un archipel inattendu apparaît. Caribéens, Mauriciens, Seychellois, Réunionnais et autres populations insulaires s’y retrouvent autour de la musique, de la cuisine, de la danse, des langues, de la transmission familiale et parfois d’un mot commun : créole.

Cette géographie raconte moins une migration massive des Antillais français vers l’Australie qu’une circulation beaucoup plus subtile des cultures créoles à travers le monde. Perth, sur la façade occidentale du continent australien, constitue probablement le point d’observation le plus étonnant.

La Caribbean Australian Association y est créée en 1975 pour aider les nouveaux migrants originaires de la Caraïbe à s’installer en Australie et leur permettre de conserver des liens culturels et sociaux.

Le premier rassemblement organisé le 8 août 1975 attire 191 personnes, chiffre remarquable pour une diaspora encore très réduite. Cricket, football, gastronomie, carnaval, fêtes familiales, bals et activités pour enfants deviennent progressivement les moyens de maintenir une identité caribéenne à des milliers de kilomètres des îles.  Lire Plus

La puissante parole des jeunes en Australie (1)

-Par Rodolf Etienne

D’Adélaïde à Sydney, d’Antigua à Tahiti, l’automne 2026 voit se multiplier forums, conférences et sommets destinés aux jeunes.

Identité, appartenance, diversité, culture, leadership, avenir : partout, on leur demande leur avis, de parler.

L’Australie va plus loin en essayant d’inscrire cette parole dans ses mécanismes de décision publique.

Vue depuis la Martinique, où les 15-29 ans connaissent un taux de chômage de 33 % et où le départ reste une étape presque obligée de la formation et de l’insertion, une question : écouter les jeunes, certes oui. Mais qu’advient-il ensuite de cette parole, de ce qu’ils disent ?

Le 30 septembre 2026, à Adélaïde, l’Australian Migrant Resource Centre organisait son Youth Forum autour de trois verbes particulièrement révélateurs : « Belong. Connect. Lead. » — appartenir, se connecter, diriger.

Destiné aux 13-25 ans, notamment issus des différentes communautés culturelles de South Australia, le rendez-vous associait identité, culture, confiance en soi, participation communautaire et capacité à agir. Derrière la formule apparaît cette question centrale : comment montrer à une génération qu’elle appartient réellement à la communauté politique, sociale et culturelle dans laquelle elle vit et grandit ?  Lire Plus

Marie-Paule Désert : Kalinaga, de la tortue au palmier royal

— par Rodolf Étienne

Il y a déjà plus de treize ans, nous avions découvert Marie-Paule Désert, dite Kalinaga à l’occasion de son exposition Les Chemins de tresses, présentée en 2013 au Musée départemental d’Archéologie de Fort-de-France.

La palme y occupait une place centrale. Non pas simplement comme support, mais comme matière vivante, comme fragment de territoire, comme élément susceptible de porter une mémoire.

Treize ans plus tard, cette intuition demeure au cœur de son travail. Elle s’est même élargie, ramifiée, enrichie de nouvelles pratiques où se croisent création plastique, environnement, transmission, musique et patrimoine.

Chez Marie-Paule Désert, les frontières sont en effet peu étanches. La peinture rencontre le tressage ; le végétal devient support artistique ; la flûte des mornes rejoint le ti-bwa ; la calebasse et le chacha entrent dans un univers où l’objet n’est jamais complètement dissocié du geste qui permet de le produire.

Sa pratique semble ainsi partir d’un principe simple : créer avec ce que le territoire offre, mais aussi avec ce qu’il risque de perdre. La tortue marine occupe dans cette démarche une place singulière.  Lire Plus

Martinique – Cuba : Trente ans de coopération médicale

— Par Rodolf Etienne —

Lorsque quinze médecins cubains débarquent à l’aéroport Aimé-Césaire le 26 juin 2020, en pleine crise du Covid-19, une grande partie de la Martinique découvre presque simultanément que Cuba pourrait être un partenaire médical de l’île.

L’image est forte : des médecins venus de La Havane pour renforcer un système hospitalier martiniquais confronté à des spécialités en tension.

Pourtant, cette arrivée très médiatisée n’est pas le commencement d’une relation sanitaire entre les deux îles. Elle en constitue plutôt l’un des épisodes les plus visibles. Car entre la Martinique et Cuba, la santé se conjugue déjà depuis près de trente ans.

Le premier fil conduit au Lamentin et à Santiago de Cuba. Les deux villes sont officiellement jumelées depuis 1996, dans une coopération qui touche la culture, l’éducation, la jeunesse, le sport, le développement local mais également la santé.

Cette relation territoriale va rapidement prendre une dimension hospitalière : Daniel Riam, alors responsable hospitalier martiniquais, sera notamment à l’origine d’une coopération entre l’hôpital du Lamentin et l’hôpital provincial de Santiago de Cuba qui fonctionnera de 1997 à 2007.  Lire Plus

Lu Wilson ou le reggae comme géographie

– par Rodolf Etienne

Il y a des musiciens que l’on raconte par une discographie. Pour Lu Wilson, il faudrait presque commencer par une carte.

Bouaké, la Martinique, Londres et Brixton, Kingston, Tahiti. Afrique, Caraïbe, Europe, Jamaïque, Pacifique : autant de lieux traversés, habités parfois pendant des années, qui ont fini par dessiner un parcours où le reggae est vécue comme une langue commune.

Revenu en Martinique pour un séjour de plusieurs mois, le chanteur et guitariste entend en profiter pour ouvrir – écrire – une nouvelle étape de son histoire et de son parcours musical. Pas simplement revenir jouer dans son pays, reprendre contact, reconstruire une formation, enregistrer, rencontrer, en un mot, partager.

Né en Afrique, grandi en Martinique

Lu Wilson est né à Bouaké, en Côte d’Ivoire, de parents martiniquais. La Martinique est ensuite l’île où il grandit, fréquente l’école, se fait des amis et construit une partie essentielle de son identité. Mais la trajectoire de Lu Wilson est justement faite de départs. Londres devient l’un de ses territoires de formation musicale et humaine. Brixton, avec ce que ce quartier a représenté pour les diasporas caribéennes, africaines et pour la culture reggae britannique, constitue une étape importante.  Lire Plus

Connie Han : Du feu aux 88 touches

– par Rodolf Etienne

Il suffit de quelques mesures pour saisir que Connie Han n’envisage pas le piano comme un meuble délicat installé au milieu d’un trio de jazz.

Héritière de McCoy Tyner et de Kenny Kirkland, la pianiste américaine Connie Han refuse de choisir entre tradition et affirmation de soi.

Avec Secrets of Inanna, elle est même allée chercher dans la mythologie sumérienne une figure féminine vieille de plusieurs millénaires.

🎶👉 https://www.youtube.com/watch?v=EgCS0K78Sps

Chez Connie Han, l’instrument frappe, répond, provoque, soutient, accélère. Le rythme n’accompagne pas son jeu. Il semble en constituer l’ossature. Cela n’a rien d’accidentel.

À 14 ans, Connie Han intègre la Los Angeles County High School for the Arts, d’abord en piano classique et chant avant de basculer vers le jazz.

Parmi les pianistes qu’elle revendique figurent McCoy Tyner, Kenny Kirkland, Mulgrew Miller, Hank Jones, Chick Corea et Wynton Kelly. Elle raconte d’ailleurs avoir développé une part essentielle de son langage auprès du batteur Bill Wysaske, son mentor à la Los Angeles County High School for the Arts.

Née à Los Angeles dans une famille de musiciens professionnels chinois, Connie Han commence le piano avec sa mère dès l’enfance.

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Thierry Mathiasin : Palettes et couleurs multiples

— par Rodolf Étienne

Il y a chez le peintre-plasticien originaire de Deshaies en Guadeloupe, Thierry Mathiasin, quelque chose du domaine du « sensible singulier » qui se confronte inexorablement au classement de toutes catégories.

Artiste peintre ? Oui, inévitablement. Dessinateur ? Oui, bien sûr, sans conteste aucun.

Mais aussi : poète, auteur-écrivain,  enseignant en arts plastiques, parfois inspirés de textes engagés et consacrés au travail d’autres artistes, observateur attentif, médiateur constant de ce qui se joue ou se déroule autour de lui.

Chez Thierry Mathiasin, le trait et le mot semblent procéder d’un même mouvement : fouiller ce qui nous constitue jusqu’à rencontrer la mémoire, la blessure, le territoire insatisfait, le désir, mais également cette obstination presque physique à rester debout.

Thierry Mathiasin est né à Pointe-à-Pitre en 1967 et a grandi à Deshaies, en Guadeloupe.

Il quitte ensuite l’archipel pour poursuivre sa formation artistique et obtient en 1993 son diplôme des Beaux-Arts du Havre. Il devient enseignant en arts plastiques. Très tôt également, il écrit : Déréliction paraît en 1990, puis Quai des Arachides N°20 en 1993, une édition d’art et de poésie réalisée aux Beaux-Arts du Havre avec le soutien de la DRAC.  Lire Plus

Réparations : Le nouveau chapitre vers la dignité globale

-— Par Rodolf Étienne —

Pendant une grande partie du XXe siècle, la revendication centrale des peuples colonisés fut l’indépendance.

Mais les indépendances ont-elles réglé les comptes de la colonisation ? 

Soixante ou soixante-dix ans plus tard, voilà qu’une autre question prend une place croissante : après avoir obtenu le droit d’être libres, que faire des conséquences économiques, humaines, culturelles et patrimoniales de plusieurs siècles d’esclavage et de domination coloniale ?

C’est sous cet angle que la 3ème Conférence régionale de la CARICOM sur les réparations, organisée à la Barbade du 17 au 19 septembre 2026, prend une dimension qui dépasse largement Bridgetown. 

Réunis autour du thème Reparatory Justice as the Coming Enlightenment, responsables politiques, chercheurs, juristes, militants et représentants du monde africain et de ses diasporas ont travaillé à la mise en œuvre du Plan en 10 points révisé de la CARICOM pour la justice réparatrice.

La rencontre intervenait après l’adoption, le 25 mars 2026, de la résolution A/RES/80/250 des Nations unies sur la traite et l’asservissement racial des Africains. La CARICOM présente donc explicitement cette conférence comme le passage de la résolution à l’action.  Lire Plus

Sainte-Lucie – A’ila Resorts : Une aventure touristique à 1,3 milliard de dollars

– par Rodolf Etienne

À Mount Pimard, à Rodnay Bay, Sainte-Lucie ne construit pas seulement un nouveau complexe hôtelier.

Avec A’ILA Resorts, projet annoncé à 1,3 milliard de dollars américains porté par des sociétés liées à un groupe basé au Texas, l’île change l’échelle de l’attractivité touristique : hôtels, résidences, villas, bien-être, commerce, restauration, centre de conférences, accès public au littoral. 

Et derrière les images de piscines et de bâtiments posés face à la mer se joue une stratégie beaucoup plus élaborée : créer davantage de capacité touristique, attirer de nouvelles clientèles et, mécaniquement, remplir davantage d’avions.

À vingt-cinq minutes de vol de la Martinique, Sainte-Lucie organise déjà une partie du tourisme caribéen de demain.

Pas moins d’1,3 milliard de dollars pour le secteur touristique

Le projet A’ILA Resorts a été présenté officiellement en avril 2025 au Caribbean Investment Summit. Son montant annoncé : 1,3 milliard de dollars US. A’ILA Resorts est développé par Global Capital Caribbean LLC et USCEM Group LLC, deux filiales du Atlas Group of Companies, dont le siège est au Texas.

Le gouvernement de Sainte-Lucie présente Atlas comme un groupe international actif depuis plus de cinquante ans dans l’hôtellerie, les infrastructures, la santé, le logement, les bâtiments publics et les transports.   Lire Plus

Cultier – Coltrane : Le jazz comme territoire

  • par Rodolf Etienne

Le 23 septembre 2026, John Coltrane aurait eu cent ans.

Le monde du jazz célèbre celui qui transforma le saxophone en instrument de recherche harmonique, spirituelle et presque métaphysique.

Depuis la Martinique, cet anniversaire invite à écouter en regard une autre aventure : celle de Marius Cultier, parce que chacun, dans son espace, a refusé de considérer le jazz comme une musique achevée.

Au moment où l’œuvre du pianiste martiniquais fait l’objet d’un important travail de transcription, de publication et de transmission, Marius Cultier apparaît plus que jamais comme l’un de ceux qui ont donné au jazz une langue caribéenne.

John Coltrane naît le 23 septembre 1926 à Hamlet, en Caroline du Nord. Il meurt en 1967, à seulement 40 ans, mais laisse derrière lui une œuvre qui aura suffi à transformer une partie du vocabulaire du jazz. Miles Davis, Thelonious Monk, Blue Train, Giant Steps, puis son quartet avec McCoy Tyner, Jimmy Garrison et Elvin Jones constituent autant d’étapes d’une recherche qui ne semble jamais vouloir s’arrêter.

Puis vint A Love Supreme, enregistré en décembre 1964.

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Martinique – Tourisme : Kérosène, l’angle mort

  • par Rodolf Etienne

Alors que le nouveau président du Comité martiniquais du tourisme (CMT), Alexandre Ventadour, ambitionne de porter la destination jusqu’à 1,3 million de visiteurs à cinq ans, une variable extérieure pourrait sérieusement compliquer l’équation : le prix du carburant aérien.

Pour une île dont l’économie touristique dépend presque entièrement de l’avion, la hausse du kérosène ne menace pas seulement le nombre de visiteurs, elle risque surtout de réduire ce que chacun d’entre eux laissera dans l’économie martiniquaise.

Le tourisme martiniquais aborde la saison 2026-2027 dans une situation paradoxale. Rarement les ambitions auront été aussi clairement affichées. Alexandre Ventadour, nouveau président du Comité martiniquais du tourisme, estime que la Martinique pourrait atteindre 1,3 million de visiteurs dans les cinq prochaines années, en s’appuyant notamment sur les capacités aéroportuaires et portuaires existantes et sur le développement de nouvelles dessertes. 
Il reconnaît lui-même que cette trajectoire dépendra aussi des compagnies aériennes, des tour-opérateurs et de l’évolution de la situation géopolitique internationale.
C’est cette dernière précision qui semble prendre soudain une importance particulière. Le prix moyen mondial du carburéacteur a atteint, lors du dernier relevé de l’Association internationale du transport aérien, 171,01 dollars le baril, soit une progression de 9 % en une semaine.
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Santé : Laurence Huc, pesticides et cancers d’enfants

– par Rodolf Etienne

Toxicologue et directrice de recherche à l’INRAE, Laurence Huc travaille sur les relations entre environnement, pesticides et cancer.

Comment rechercher les causes d’une maladie lorsque les populations sont exposées non pas à un polluant isolé, mais à une multitude de substances au cours de leur vie ?

Du chlordécone aux pesticides contemporains, des sargasses aux métaux lourds, de la pollution atmosphérique aux contaminants alimentaires, la démarche de Laurence Huc invite à penser plus largement ce que pourrait devenir un véritable exposome caribéen.

Laurence Huc, de la toxicologie au débat public

Laurence Huc est toxicologue, directrice de recherche à l’Institut national de recherche pour l’agriculture, l’alimentation et l’environnement, l’INRAE. Elle travaille sur les mécanismes par lesquels certains contaminants environnementaux peuvent affecter les cellules et participer au développement de pathologies, notamment cancéreuses. Ses recherches l’ont progressivement conduite à dépasser le seul cadre du laboratoire pour s’intéresser à la manière dont les populations sont réellement exposées : plusieurs molécules, plusieurs sources, plusieurs périodes de la vie, plusieurs environnements. Cette évolution est importante.

La toxicologie classique cherche souvent à isoler une substance, une dose et un effet.  Lire Plus

Patrimoine : Trois façons de transmettre la Martinique

– par Rodolf Etienne

Edouard Glissant, Eugène Mona, Valérie Kristofic. 

Le 21 septembre 1928 naît Édouard Glissant. Le 21 septembre 1991 disparaît Eugène Mona. Et le 21 septembre 2024 Fabienne Valérie Kristofic, autrice martiniquaise de littérature jeunesse s’éteint.

Il est des dates qui, sans l’avoir cherché, finissent par dessiner une géographie de la mémoire. Trois générations, trois univers, trois engagements, trois manières de dire le pays. 

Le 21 septembre en est une pour la Martinique. 

Chez Édouard Glissant, la Martinique devient pensée du monde. Né le 21 septembre 1928, l’écrivain, poète et philosophe élargit l’expérience antillaise jusqu’à en faire une réflexion sur la Relation, les langues, les mémoires, l’archipel et les identités qui ne se ferment pas sur elles-mêmes. L’œuvre d’Edouard Glissant interroge la façon dont nous entrons en relation avec les autres.

Chez Eugène Mona, cette même interrogation passe par le corps, la voix, le tambour et la flûte. Le chanteur martiniquais meurt le 21 septembre 1991, à 48 ans. Son œuvre plonge dans la langue créole, l’oralité, les mornes, les héritages africains, européens et indiens. Mona n’écrit pas un traité de l’identité martiniquaise : il la fait entendre.  Lire Plus

Mémoire : Quand Nardal rencontre Garvey

par Rodolf Etienne

Octobre 1928 , Marcus Garvey, l’une des figures les plus puissantes et controversées du mouvement noir international, vient de prendre la parole devant un public parisien.

Quelques jours plus tard, une jeune Martiniquaise installée à Clamart lui écrit en anglais. Elle s’appelle Paulette Nardal. Le reste appartient à l’histoire.

La lettre, aujourd’hui conservée aux Archives de Martinique, révèle beaucoup plus qu’une rencontre occasionnelle : elle place directement Paulette Nardal au cœur des réseaux qui relient alors la Caraïbe, les États-Unis, l’Afrique et l’Europe. Quelques années avant qu’Aimé Césaire, Léopold Sédar-Senghor et Léon-Gontran Damas ne donnent son nom à la Négritude, une autre histoire noire transatlantique était déjà en train de s’écrire.

1928 – Marcus Garvey arrive dans un Paris sous surveillance

Marcus Garvey n’est alors plus un inconnu. Né en Jamaïque en 1887, fondateur de l’Universal Negro Improvement Association (UNIA), il a développé depuis les années 1910 un mouvement international reposant sur la fierté noire, l’autonomie économique des populations noires, la construction d’institutions propres et l’affirmation d’une destinée africaine commune.

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Une langue que l’on transmet est un avenir que l’on offre

Entretien : Rodolf Étienne / Pierre-Roland Bain, KEPKAA

À Montréal, le Mois du Créole s’apprête à franchir un cap symbolique. 

Pour ouvrir cette année l’édition anniversaire du Festival créole de Montréal, deux grandes voix martiniquaises seront à l’honneur : Jocelyne Béroard et Tony Chasseur, réunis le 3 octobre au Monument-National de Montréal pour un spectacle associant zouk, biguine, kreyòl jazz et rythmes caribéens.

Du 3 au 30 octobre 2026, le KEPKAA — Comité international pour la promotion du créole et l’alphabétisation — organise la 25e édition du Mois du Créole à Montréal, autour de la transmission, du dialogue, de la solidarité et de la diversité culturelle.
« Le festival, lancé à Montréal en octobre 2002, s’est progressivement imposé comme un rendez-vous incontournable de mise en relation des différents espaces créolophones. »

C’est l’un des fils rouges de cet entretien avec Pierre-Roland Bain, président du KEPKAA — Comité international pour la promotion du créole et l’alphabétisationà l’occasion de cette 25e édition.

Rodolf Etienne : Dans le vif du sujet, et depuis votre position, vingt-cinq éditions après les débuts du Mois du Créole, où en est la langue créole ?   Lire Plus

Quand Dieu inspire l’IA

— Par Rodolf Étienne

Pendant longtemps, la question de l’intelligence artificielle a semblé appartenir presque exclusivement aux ingénieurs, aux informaticiens et aux entrepreneurs de la Silicon Valley.

Mais que se passe-t-il lorsque l’IA doit répondre à une personne en deuil, à quelqu’un qui envisage de se suicider, ou simplement à un utilisateur confronté à un dilemme moral ?

Le problème cesse alors d’être uniquement technique, il devient philosophique, et parfois même, religieux.

C’est ce qui rend particulièrement intéressantes les consultations organisées en 2026 autour de Claude, l’intelligence artificielle développée par Anthropic.

Des théologiens chez Anthropic

Fin mars 2026, Anthropic, entreprise américaine de recherche et de développement en intelligence artificielle, fondée en 2021 par Dario et Daniela Amodei, anciens membres d’OpenAI, a réuni à San Francisco une quinzaine de responsables chrétiens, catholiques et protestants, issus du clergé, de l’université et du monde économique.

Les discussions ont porté sur des sujets étonnants : le développement moral de Claude, son comportement face aux personnes vulnérables et même la manière dont une intelligence artificielle devrait appréhender sa propre disparition éventuelle. Anthropic a ensuite élargi le dialogue.  Lire Plus

Sargasses (4) : Quinze ans après, combien la Martinique a-t-elle réellement payé ?

— Par Rodolf Étienne

En 2011, lorsque les premières nappes massives de sargasses atteignent les côtes martiniquaises, personne ne sait encore que l’île entre dans un cycle qui durera au moins quinze ans.

On ramasse. On dégage les plages. On cherche où stocker. On mesure les premières émanations d’hydrogène sulfuré. Puis les sargasses reviennent.

À mesure que les arrivages se répètent, la facture change de nature. Elle n’est plus seulement celle du tractopelle envoyé sur une plage. Elle est devenue la somme de dépenses publiques, de pertes d’activité, d’équipements détériorés, de bateaux immobilisés, de logements exposés, de journées de travail perdues, d’établissements scolaires perturbés, de dépenses sanitaires, d’écosystèmes fragilisés et d’investissements qu’il faut recommencer chaque année.

Le problème est qu’aucune comptabilité consolidée ne permet aujourd’hui d’annoncer sérieusement : « Les sargasses ont coûté X millions d’euros à la Martinique depuis 2011. »  Ce chiffre global n’existe pas. Et cette absence de chiffre constitue déjà en elle-même une information. Quinze ans après le début du phénomène, nous savons compter les tonnes ramassées, les barrages installés ou les crédits engagés certaines années. Nous ne savons pas le coût total supporté par le territoire.  Lire Plus

Sargasses (1) : Quand l’Atlantique fabrique la réalité martiniquaise

— Par Rodolf Étienne

Depuis 2011, la Martinique vit au rythme des échouages de sargasses.

Quinze ans plus tard, le phénomène ne peut plus être traité comme un accident saisonnier. Il structure désormais une partie de la vie du littoral, pèse sur la santé, les finances communales, l’activité économique, le tourisme, la pêche, les paysages et jusque sur l’organisation des services publics.

Début septembre 2026, cinq communes parmi les plus exposées — Le François, Le Vauclin, Trinité, Le Marigot et Le Robert — ont décidé de parler d’une seule voix.

Leurs maires se sont réunis au François avec le directeur du GIP Sargasses, Frédéric Voyer, pour réclamer une réponse durable à un phénomène qui s’installe dans le temps. Ce mouvement des élus dit peut-être l’essentiel : qui doit porter durablement le coût, la responsabilité et la stratégie de cette nouvelle réalité environnementale ?

Quinze ans après, toujours l’urgence

La Martinique a pourtant considérablement renforcé son dispositif. Depuis 2023, la collecte en mer monte en puissance. En mars 2026, deux nouveaux moyens ont été mis en service : le Sargator 3, destiné notamment à la façade sud-atlantique, et la barge de transfert Toupiti.   Lire Plus

Fanm-Doubout ! La Martinique épée levée !

— par Rodolf Etienne

L’épée levée… Non pour déclarer une guerre. Pour trancher dans l’oubli.

Elles sont ici vingt-cinq femmes dans une histoire beaucoup plus vaste. De celles qui ont arraché leur place à l’invisibilité, pris la parole, occupé le pouvoir, transformé nos représentations ou porté le nom du pays Martinique bien au-delà de ses rivages.
L’histoire de la Martinique a longtemps eu cette étrange manière de conjuguer la femme au quotidien et l’homme à la postérité. La femme tenait la famille, le marché, le commerce informel, l’éducation, la transmission, parfois l’habitation, souvent les comptes domestiques, fréquemment la survie elle-même. Mais quand venait le temps de graver les noms dans la pierre, l’histoire redevenait étrangement masculine comme étrangement muette.

Césaire, Fanon, Glissant, Aliker, Lagrosillière, Gratiant sont immenses ! Mais pendant ce temps-là, Paulette Nardal pensait déjà le monde noir ! Suzanne Césaire bouleversait la pensée antillaise ! Jane Léro organisait les femmes ! D’autres préparaient leurs batailles !

Paulette Nardal – avant que la Négritude ne porte son nom

Il faudra peut-être encore longtemps réparer cette injustice. Quand on raconte la naissance de la Négritude, trois hommes apparaissent immédiatement : Aimé Césaire, Léopold Sédar Senghor et Léon-Gontran Damas.   Lire Plus

Sunrise Airways poursuit son développement depuis Cap-Haïtien

– Par Rodolf Etienne

Sunrise Airways : dans le ciel fracturé d’Haïti, une compagnie refuse de disparaître

Dans un pays où les routes sont devenues dangereuses et les aéroports vulnérables, faire décoller un avion relève désormais autant de l’acte économique que de la résistance nationale.

Alors que Port-au-Prince demeure isolée par la violence et que plusieurs transporteurs internationaux ont déserté le pays, Sunrise Airways, la compagnie aérienne haïtienne, ne se contente plus d’assurer quelques liaisons de survie : elle tente de construire un véritable réseau reliant Haïti, sa diaspora et le reste de la Caraïbe.

Il existe des entreprises dont l’activité dépasse progressivement leur fonction première. Sunrise Airways appartient aujourd’hui à cette catégorie.

Créée en 2010 par l’entrepreneur et pilote haïtien Philippe Bayard, la compagnie est devenue l’un des derniers instruments permettant à Haïti de maintenir une continuité aérienne avec son territoire, sa diaspora et son environnement régional.

Sa devise : Connecting people, not just places – relier des personnes et pas seulement des destinations – prend, dans le contexte haïtien, une portée singulière. Lorsqu’une route terrestre peut signifier racket, enlèvement ou affrontement armé, un vol intérieur ne constitue plus un simple service commercial.  Lire Plus

Renaissance Africaine : La nouvelle conquête énergétique du continent

– Par Rodolf Étienne

Au moment où l’Europe redécouvre brutalement sa vulnérabilité énergétique et recherche de nouveaux fournisseurs, l’Afrique, elle, redevient l’objet de toutes les attentions. L’Afrique nouvelle devra-t-elle encore exporter ses nombreuses matières premières pour ensuite importer les produits, technologies et services fabriqués avec elles ?

Pétrole namibien, gaz tanzanien et mozambicain, cobalt congolais, cuivre, manganèse, uranium, solaire, hydroélectricité : l’Afrique possède une part considérable des ressources nécessaires au monde d’aujourd’hui comme à celui de demain.

Il suffit parfois d’une simple crise pour que les cartes que l’on croyait connaître changent brutalement de couleur ou, plus simplement, de mains. Ainsi, pendant plusieurs années, l’Europe a parlé de sortie des hydrocarbures, de neutralité carbone, d’électrification et d’économie post-pétrolière. Puis sont venues les guerres, les tensions commerciales, la rupture avec une large partie du gaz russe, les inquiétudes autour du Moyen-Orient et des routes maritimes.

Le vocabulaire a changé, change encore et changera certainement encore avec les années. On reparle de sécurité énergétique, de stocks, de raffineries, de gaz. Et, surtout, dans ce contexte nouveau, tous les regards se tournent directement vers l’Afrique.  Lire Plus