Catégorie : Parutions

Denis Cogneau, économiste: «L’empire français n’a pas permis le développement des pays colonisés»

Dans un livre référence, le chercheur Denis Cogneau démonte certaines idées reçues sur l’héritage économique de la colonisation française. Il affirme que l’empire constitué en Afrique et en Asie a relativement peu coûté à la France, que les ressources engrangées n’ont que peu profité aux pays colonisés, et que la page de la Françafrique n’est pas totalement refermée. Entretien.

RFI : Pourquoi avez-vous choisi ce titre : « Un empire bon marché » ? 

Denis Cogneau : L’empire a été bon marché, déjà, pour le contribuable français métropolitain. Les États coloniaux militaro-policiers construits à la fin du XIXe et au début du XXe siècle en Afrique du Nord, en Afrique subsaharienne et en Indochine étaient très efficaces pour prélever la ressource fiscale, faire fonctionner ces États sans réclamer une subvention ou des transferts très importants de la métropole. 

À qui ça a rapporté ? 

Ni les capitaux publics ni les capitaux privés n’ont ruisselé vers les colonies. Ces espaces coloniaux étaient pauvres, et au départ assez déconnectés du commerce international. On les a fait rentrer de force dans le marché mondial.

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Soirée littéraire avec André Berthon autour de  » Pionnères Noires de l’Aviation »

Jeudi 9 février à 18h au Lina’S Café de Manhity

Passionné par l’aviation et titulaire d’une licence de pilote privé, André Berthon est journaliste de profession et auteur de plusieurs essais, romans et films documentaires.

Rendez-vous à 18h précise au Lina’S Café de Manhity, où nous pourrons échanger avec l’auteur ainsi qu’avec Marie-Claude Valide, première pilote noire de long courrier,  tout en dégustant avec modération un verre de l’amitié.

A propos du livre :

Y a-t-il un pilote dans l’avion ? Oui, et c’est une femme, une femme noire ! À une époque, en découvrant cela, des passagers auraient frôlé le malaise, mais aujourd’hui la présence de femmes dans les cockpits ne surprend plus, même si la féminisation du métier de pilote de ligne se fait lentement. Cependant, en raison de la croissance annuelle du trafic aérien, la flotte mondiale d’avions de ligne pourrait doubler dans les vingt prochaines années et sans doute le nombre de femmes devrait-il lui aussi augmenter dans les cockpits alors qu’en 2022 elles représentaient à peine 10 % en moyenne, certaines compagnies refusant encore cette évolution naturelle.

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« Black Church. De l’esclavage à Black Lives Matter »,

Sorte de fédérations de courants issus du protestantisme, l’Eglise noire américaine s’est construite sur le lien social que les esclaves pouvaient y trouver. Elle est ainsi le fruit des divers héritages culturels et spirituels des Africains déportés.

— Par Séverine Kodjo-Grandvaux —

Livre. Directeur du Hutchins Center for African & African-American Research de l’université Harvard, Henry Louis Gates Jr. est l’auteur d’une enquête passionnante, extrêmement documentée, qui revient sur l’histoire de la communauté africaine-américaine à travers son rapport à la religion. L’essai Black Church, paru initialement aux Etats-Unis en 2021, n’est pas seulement consacré à l’Eglise noire. Il retrace comment les Africains déportés en tant qu’esclaves aux Etats-Unis – et leurs descendants – sont parvenus à faire communauté à travers elle.

C’est que cette Eglise noire, qui regroupe différents courants chrétiens issus du protestantisme, n’est pas seulement une institution religieuse. Elle est aussi le lieu social et politique où les Africains-Américains ont fait peuple. C’est là la grande force de la démonstration d’Henry Louis Gates Jr. En remontant à la période esclavagiste, il explique comment l’Eglise est devenue un refuge.

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« L’art change-t-il la vie ? »,

Par Alain Joséphine

Il suffit d’avoir été au moins une fois, une seule, en présence d’une œuvre qui nous a marqués ou bouleversés pour nous être posé la question : l’art change-t-il la vie ? Le livre de Dominique Berthet au titre éponyme1 rassemble un certain nombre de textes publiés dans des revues, des ouvrages collectifs, ou prononcés lors de colloques. À l’occasion de ce livre, ces textes ont été modifiés, amendés, ou ont subi une totale refonte pour les besoins de la publication. Réunir ces textes, les articuler de façon cohérente, nous indique que cette question que nous nous sommes tous déjà posée est érigée ici en véritable questionnement.

Questionnement, en effet, car tout au long de ce livre, Dominique Berthet ne développe pas un raisonnement en vue d’une réponse, mais il interroge méthodiquement, chapitre après chapitre, les problématiques qui découlent de la question. Ainsi, et même si le titre appelle la réponse, ce livre n’est pas un livre-réponse. Il ne répond pas à la question qu’il pose. Son propos est plutôt d’analyser en termes dialectiques les relations complexes que tissent l’art et la vie, pour qu’au bout du compte, nous ayons les arguments de notre propre réponse.

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« Géopolitique des outre-mer, entre déclassement et (re)valorisation » par Fred Constant

Atouts indéniables pour le contrôle des routes commer­ciales et les jeux de pouvoirs qui leur sont corollaires, les outre-mer restent perçus comme des étrangetés péri­phériques, plus ou moins éloignées et exotiques.

Ce sont pourtant des lieux-clé où des visions du monde se rencontrent, s’affrontent et se confrontent. Ces points à peine visibles sur la carte sont des relais de puissance et d’influence : réservoirs de main-d’œuvre bon marché, laboratoires d’expériences médicales et militaires, rampes de lancement, lieux d’internement abusif, sites de stockage, faire-valoir touristique ou écologique… les territoires ultramarins forment un empire en pointillé et, paradoxalement, la géopolitique ne leur a guère accordé d’attention.

À l’heure de la mondialisation et de la compétition sino-américaine pour le leadership mondial, Fred Constant analyse comment ce processus de reconfiguration spatiale des puissances confère à certaines de leurs extensions territoriales de nouvelles vertus stratégiques.

Spécialiste reconnu des outre-mer français et étrangers où il a effectué plusieurs séjours, Fred Constant a exercé des responsabilités dans la haute-fonction publique notamment en qualité d’ambassadeur délégué à la coopération régionale dans les Caraïbes. Il est aujourd’hui professeur de science politique à l’Université des Antilles et chercheur au Laboratoire Caribéen de Sciences Sociales (UMR CNRS 8053).

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Sciences sociales : nouveautés du14 décembre

L’histoire des sciences sociales débute avec le siècle des Lumières, autours de 1650, lorsqu’une révolution au sein de la philosophie naturelle a changé le cadre de référence avec lequel les individus jaugeaient de la scientificité. Les sciences sociales sont issues de l’éthique de cette époque et ont été influencées par le long XIXe siècle ( la révolution industrielle et la révolution française, notamment). Les sciences sociales se sont développées à partir des sciences (expérimentales et appliquées), de savoirs existants, de pratiques normatives, et ce, dans un élan et une vision de progrès social lié à des groupes sociaux donnés.

Le terme de science sociale apparaît pour la première fois en 1824 dans l’ouvrage de William Thompson (1775-1833), An Inquiry into the Principles of the Distribution of Wealth Most Conducive to Human Happiness; applied to the Newly Proposed System of Voluntary Equality of Wealth.

Les débuts des sciences sociales au 18e siècle se reflètent dans la grande encyclopédie de Diderot, avec des articles de Jean-Jacques Rousseau et d’autres pionniers. L’émergence des sciences sociales se reflète également dans d’autres encyclopédies spécialisées. La période moderne a vu la science sociale être utilisée pour la première fois comme un champ conceptuel distinct.

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« Textiles africains », de Duncan Clarke, Vanessa Drake Moraga et Sarah Fee

Un volume historique sur l’une des principales formes d’art du monde et une influence importante sur la mode contemporaine

Le continent africain abrite de nombreuses traditions textiles exceptionnelles, dont beaucoup datent de l’Antiquité et jouent toutes un rôle à multiples facettes dans leurs sociétés respectives : ces tissus accrocheurs proclament la richesse et le statut, véhiculent des significations symboliques et, bien sûr, remplissent une fonction pratique dans les vêtements à la fois ordinaire et exceptionnel. Ce magnifique livre transmet l’étonnante diversité des textiles africains, des tissus kente à motifs géométriques du Ghana, aux jupes en raphia multicolore de la République démocratique du Congo, en passant par les écorces perlées autrefois réservées à la royauté ougandaise.

Les auteurs, tous des experts de premier plan dans le domaine, examinent tour à tour chaque région d’Afrique subsaharienne et de Madagascar, élucidant les qualités esthétiques, la signification culturelle et les méthodes de production des traditions textiles les plus importantes. Leur texte faisant autorité est illustré de plus de 300 textiles exceptionnels provenant de collections publiques et privées, dont beaucoup sont reproduits sous forme de planches pleine page qui permettent au lecteur d’apprécier chaque fibre individuelle.

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Comment naissent les religions

Christianisme, islam, bouddhisme, les trois religions aux milliards de fidèles sont des créations de fin d’empire, les traînes des trois empires-mondes que sont Rome, la Chine et l’Islam. De ces religions Gabriel Martinez-Gros ne retient ici qu’un point commun, le moment où elles sont nées, lorsque l’impuissance croissante du pouvoir impérial dissocie son action politique de son système de valeurs, lorsqu’il passe de l’agir militaire et politique au dire religieux.

La résonance avec le monde moderne est frappante. La fin de l’extraordinaire poussée économique et démographique de la modernité (1800-2050), où l’Occident, empire informel, étendit sa domination, devrait ainsi voir une nouvelle émergence religieuse, de la même façon que l’affaiblissement de Rome aux IIIe-IVe siècles, la disparition des Han à la même époque, le naufrage du califat islamique entre IXe et XIe siècle ont abouti à des éclosions religieuses. Telle est l’idée majeure de ce livre aussi brillant que novateur, porté par une érudition confondante.
Gabriel Martinez-Gros, historien, spécialiste de l’islam médiéval, montre que trois religions – le christianisme, l’islam et le bouddhisme – sont nées de l’effondrement des empires. Et s’attend à ce que la fin de la suprématie occidentale crée une nouvelle religion à prétention universelle.

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Livret pédagogique sur le Dr Hippolyte Morestin à la B.D.P.

Le livret pédagogique sur le docteur Hippolyte Morestin (1869-1919), chirurgien des « gueules cassées » de la guerre 14-18 et pionnier de la chirurgie esthétique, est disponible à la Bibliothèque de Prêt.

La ville de Basse-Pointe et Cap nord ont publié un livret pédagogique intitulé Hippolyte Morestin (1869-1919) : un chirurgien martiniquais pionnier de la chirurgie plastique et esthétique, relatant le parcours et la postérité de ce grand chirurgien méconnu.

Natif de Basse-Pointe où il passa son enfance, Hippolyte Morestin fut un médecin très réputé à Paris durant la Belle Epoque. Spécialisé dans la chirurgie des voies digestives, des articulations ainsi que des tumeurs et du cancer, il fut l’un des premiers à donner une dimension purement esthétique à ses opérations.

Mais c’est pendant la Première Guerre mondiale qu’il devint mondialement célèbre en se consacrant à la réparation et à la reconstruction des crânes et visages des malheureux soldats défigurés par les balles et éclats d’obus.

Ce livret d’une vingtaine de pages a été réalisé en partenariat avec la Société martiniquaise d’histoire de la médecine et Réseau Canopé. Comprenant de nombreuses illustrations, il est destiné au milieu scolaire, bibliothèques, centres de documentation, associations…

Il est disponible gratuitement à la Bibliothèque de Prêt de la Collectivité Territoriale de Martinique, 17 av.

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Lucas Chancel: «10% de la population mondiale contribue à la moitié du problème climatique»

C’est la sortie événement de ce jeudi 27 octobre, « Le Grand livre du climat », dirigé par la jeune Suédoise Greta Thunberg, initiatrice des grèves pour le climat. Un ouvrage qui rassemble les contributions d’une centaine d’experts, dont le Français Lucas Chancel, économiste et co-directeur du laboratoire sur les inégalités mondiales. Entretien.

RFI : Le Grand livre du climat sous la direction de Greta Thunberg, est un ouvrage choral, un état de la science climatique. Comment est-ce que ce projet est né ?

Lucas Chancel : Les éditeurs et Greta Thunberg ont voulu rassembler des contributions d’un ensemble d’experts, de scientifiques, d’acteurs du climat pour avoir un panorama le plus large possible de cette question afin d’informer pour accélérer. Parce qu’on ne va vraiment pas assez vite, par rapport à l’accélération du climat qui commence à s’emballer, on le voit un peu partout dans le monde.

L’idée qui sous-tend un peu ce projet – notamment pour ce qui est des passages écrits par Greta Thunberg – c’est la transmission du savoir. Y a-t-il un manque aujourd’hui ? les sociétés mondiales ne sont-elles pas assez informées des phénomènes liés au réchauffement climatique ?

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« Le Droit au sexe », d’Amia Srinivasan : pour une vraie libération sexuelle

« Le Droit au sexe. Le féminisme au XXIe siècle » (The Right to Sex. Feminism in the Twenty-First Century), d’Amia Srinivasan, traduit de l’anglais par Noémie Grunenwald, PUF, 360 p., 24 €, numérique 20 €.

Résumé

Comment devrions-nous parler de sexe ? Du nôtre et de celui que l’on pratique ; un acte prétendument privé chargé de sens public ; une préférence personnelle façonnée par des forces extérieures ; un lieu où le plaisir et l’éthique peuvent se dissocier sauvagement. Depuis le mouvement #MeToo, beaucoup se sont attachés à la question du consentement comme cadre clé pour parvenir à la justice sexuelle.
Pourtant, le consentement est un outil insuffisant. Pour appréhender le sexe dans toute sa complexité – ses ambivalences profondes, son rapport au genre, à la classe, à la race et au pouvoir – l’autrice souligne la nécessité d’aller au-delà du  » oui et non « , de l’acte voulu et du non désiré et interroge les relations tendues entre discrimination et préférence, pornographie et liberté, viol et injustice raciale, punition et responsabilité, plaisir et pouvoir, capitalisme et libération.

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« Allons enfants de la Guyane » d’Hélène Ferrarini

Éduquer, évangéliser, coloniser les Amérindiens dans la République

En Guyane, pendant des décennies – et aujourd’hui encore à Saint-Georges-de-l’Oyapock –, des enfants de différentes communautés autochtones ont grandi dans des « homes indiens », pensionnats tenus par des congrégations catholiques. La politique d’assimilation forcée ainsi menée par l’État français avec l’appui du clergé atteste des persistances coloniales dans ce jeune département d’outre-mer.

Dans une enquête approfondie mêlant archives et témoignages, Hélène Ferrarini lève le voile sur une histoire jusqu’alors ignorée dans laquelle la parole des anciens pensionnaires trouve enfin une place.

En Guyane, l’histoire encore taboue de « l’éducation forcée » d’enfants amérindiens
Pendant des décennies, des centaines d’enfants amérindiens ont été placés dans des pensionnats religieux. Hélène Ferrarini exhume cette histoire déchirante qui s’est déroulée dans le département français d’Amérique du Sud.

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Comment la France et l’Église catholique ont « éduqué » de force deux mille enfants améridiens de Guyane

Main dans la main, prêtres, religieuses et administration ont mené une entreprise ethnocidaire en Guyane, afin d’évangéliser et d’assimiler les Amérindiens dans des pensionnats catholiques, documente la journaliste Hélène Ferrarini dans un livre qui vient de paraître.

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« Pourquoi fumer, c’est de droite », par Olivier Milleron

Radiographie d’une industrie cynique et destructrice.
Pourquoi le mouvement social qui dénonce les multinationales, la malbouffe et les industries polluantes ne s’attaque-t-il pas à l’industrie du tabac ? Pourquoi le blackbloc prend-il pour cible des banques ou des fast-foods mais pas les bureaux de tabac ? Pourquoi beaucoup de militants anticapitalistes et écologistes continuent à fumer ?
Car fumer et financer les grandes firmes du tabac posent un problème politique : l’industrie du tabac a toujours été à la pointe dans ce qui se fait de pire dans l’histoire du capitalisme. Raconter le succès et l’histoire de l’industrie du tabac, c’est raconter le capitalisme dans ce qu’il a de plus destructeur et cynique : l’esclavage, le travail des enfants, la propagande, la stratégie du doute, la corruption des scientifiques et des politiques, la pollution, l’exploitation des paysans des pays pauvres, les tribunaux arbitraux supra-nationaux qui mettent à mal les démocraties, etc.
L’industrie du tabac est, comme le capitalisme, devenue plus puissante que les États : elle nous empoisonne et nous tue à petit feu.
Fumer et donc financer consciemment une telle industrie, c’est choisir son camp.

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« Pointe-à-Pitre… Une ville Un peuple Un parcours », de Jacques Bangou

-Présentation : Jacques Bangou, médecin, gynécologue-obstétricien, militant caribéen au sein du planning familial, a été maire de Pointe-à-Pitre de 2008 à 2017, vice-président du Conseil Général de 2004 à 2015, co-fondateur et président de l’agglomération Cap Excellence de 2009 à 2014.
Il est, actuellement, vice-président de l’agglomération et à la tête du Parti Progressiste Démocratique Guadeloupéen.
Cet essai, vous invite à découvrir Pointe-à-Pitre, à l’aune d’une histoire riche et singulière. L’auteur vous raconte la résilience de cette cité, sa mue permanente, sa résurrection constante. Fort de son parcours personnel, il analyse et donne à comprendre le développement urbain de ce cœur identitaire de la Guadeloupe.
Cette visite guidée vous parle de la ville rebelle, de l’étranglement de la bourgeoisie locale dans des limites devenues trop étroites, de l’appropriation des espaces urbains et périurbains par les classes populaires venues des quatre coins de l’archipel. Il n’élude pas le permanent débat social et l’analyse des antagonismes de classes indispensables pour comprendre les accès de fièvre dont elle est le théâtre autant que ses rénovations successives.
La ville vous est contée au décours des péripéties humaines, des quêtes sociales et identitaires, des actions menées pour créer les conditions d’un épanouissement culturel, matériel et sanitaire et la volonté de faire peuple.

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« Les métropolitains à la Martinique : une migration de confort », par Patrick Bruneteaux & Olivier Pulvar

Cet ouvrage porte essentiellement sur une ‘middle-class aristocracy’ que l’on appelle à la Martinique les « Métropolitains », des « Blancs » migrant au pays de la négritude. Il ne cherche pas à montrer comment ce groupe participe à la monopolisation d’une économie politique de la dépendance coloniale à la France. Il tente de saisir comment un des groupes porteurs de cette « situation coloniale », selon la fameuse expression de G. Balandier, pense son expérience locale à la Martinique, fabrique ses styles de vie, compose avec la présence de Noirs antillais. Plus précisément, il cherche à comprendre de quelles façons ces multiples agents transplantés provisoirement ou durablement dans cette île caribéenne se définissent eux-mêmes et se posent dans l’espace insulaire, à la fois hors des structures locales et structuralement liés à ce régime économico-politique impérialiste.

Patrick Bruneteaux & Olivier Pulvar
Patrick Bruneteaux, Chercheur en sociologie politique au CNRS, membre du Centre européen de sociologie et de science politique (CESSP-CRPS, CNRS/Paris 1).

Olivier Pulvar, Docteur en Sciences de l’information et de la communication (Université Bordeaux 3), Maître de conférences l’Université des Antilles (UA) et Professeur associé à l’Université du Québec, à Trois-Rivières (UQTR).

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« Parlons climat en 30 questions », de Christophe Cassou & Valérie Masson-Delmotte

Présentation
Les bouleversements écologiques sont aujourd’hui inéluctables et le dernier rapport du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (Giec) publié en août 2021 est formel : le climat est en train de changer partout dans le monde, plus rapidement que prévu et l’activité humaine en est responsable. Cet ouvrage permet de comprendre les enjeux cruciaux aujourd’hui de limiter l’ampleur du
réchauffement climatique et d’adapter nos sociétés à ces bouleversements. Deux experts répondent de manière claire et synthétique à toutes les questions que l’on se pose sur l’histoire du climat, le cycle de l’eau, les variations dues au changement climatique, les événements extrêmes, l’effet des activités humaines sur le cycle du carbone, etc.

Sommaire
Préface
– Qu’est-ce que le système climatique ?
– Quels sont les facteurs naturels qui font varier le climat ?
– Comment l’homme influence-il le climat ?
– Comment le système climatique réagit-il aux perturbations ?
– Comment connaît-on l’histoire du climat ?
– Comment observe-t-on le climat aujourd’hui ?
– Qu’est-ce qu’un modèle de climat ?
– Qu’apprend-on des variations climatiques passées ?
– Quels sont les changements observés depuis 1900 ?

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L’art change-t-il la vie ?

— Par Martine Potoczny(* )—

« L’art est un besoin, on ne peut s’en passer », écrit Dominique Berthet pour introduire sa réflexion sur la dimension critique de l’art, ses différentes fonctions et ses pouvoirs. C’est donc en termes de nécessité, précise-t-il, que sera envisagé l’art dans ce nouvel essai au titre doublement évocateur : L’art change-t-il la vie ? (paru aux Presses Universitaires de Provence en janvier 2022).

L’intitulé n’est pas sans rappeler la célèbre formule « changer la vie » d’Arthur Rimbaud et fait écho à l’image de la « figure emblématique du poète-rebelle-errant » choisie par l’auteur pour illustrer la première de couverture. Notons que Rimbaud (Paris et Charleville Mézières,1978-1979) est l’œuvre d’Ernest Pignon-Ernest, un artiste qui « fait un art destiné à éveiller, à secouer les consciences ; un art qui dénonce des faits, des situations, des tragédies ». Sa pratique atteste de l’importance du rôle que l’art peut jouer dans la société « en sensibilisant, en dénonçant, en se positionnant » (p. 48).

Puissance du titre et force de l’image renvoient le lecteur à des questions centrales, plus que jamais d’actualité : Que peut l’art ?

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Dialogue improbable entre un afro-descendant et un « béké », par Steve Fola Gadet et Emmanuel de Reynal

L’essai Dialogue improbable entre un afro-descendant et un « béké » est sorti en librairie ce 10 mai 2022.

Cette publication est une première car jamais le thème des relations entre Antillais afro-descendants et blanc-créoles n’a été abordé dans un ouvrage.

Ce livre se présente comme la retranscription des échanges entre Emmanuel de Reynal et Steve Fola Gadet, tous deux connus du grand public aux Antilles et pouvant être considérés, pour chacun d’entre eux, comme représentatif de leur communauté respective. Dans cet ouvrage, ce chef d’entreprise « béké » et cet universitaire afro-descendant abordent de nombreux sujets sociétaux et notamment ceux qui divisent les peuples depuis des siècles.

Rien ne laissait penser qu’un jour ils dialogueraient.
Lui l’activiste pourfendeur du néocolonialisme, et lui le béké flanqué derrière sa particule occidentale.
Lui le descendant d’esclavagé militant pour une société plus juste et lui le descendant d’esclavagiste cherchant encore des manettes à bouger.
Lui le poète-philosophe qui cherche à porter sa part de progrès, et lui le chef d’entreprise au front plissé par les tableurs Excel et les courbes de vente.
Lui l’enseignant-chercheur passeur de savoirs, et lui le publicitaire passeur d’idées.

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Être homosexuel(e) aux Antilles de l’essayiste Caroline Musquet.

Publication de l’ouvrage Être homosexuel(e) aux Antilles de l’essayiste Caroline Musquet.

Il s’agit du premier ouvrage sur ce thème et se présente comme un recueil de témoignages de gens connus et moins connus homosexuels ou transgenres vivant aux Antilles ou en étant originaires.
Résumé :  « J’ai cherché désespérément du secours dans le regard de ma mère mais elle ne me voyait plus. Je n’étais plus sa fille mais un démon à chasser de la maison. J’ai compris ce soir-là que je ne reverrai plus ma mère ».
Elles s’appellent Cindy, Simone, Estelle ou Maud. Ils s’appellent Jason, Louis-Georges, Nathan ou encore Pascal. Ils sont 15, femmes et hommes, connus ou moins connus, militants engagés ou pas. Tous ont ceci en commun qu’ils vivent aux Antilles ou en sont originaires et qu’ils sont homosexuels ou transgenres. Leur orientation sexuelle n’est pas facile à vivre ou à assumer sur des territoires insulaires réduits, où la culture de l’anonymat n’existe pas, laissant peu d’échappatoire face aux discriminations, aux insultes et aux agressions. Le poids du contrôle social joue aussi un rôle important au sein des familles antillaises qui tolèrent peu l’expression des différences.

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« Les nouvelles beautés fatales », de Vannina Micheli-Rechtman

Les troubles des conduites alimentaires comme pathologies de l’image

Préface de Georges VIGARELLO

Les troubles des conduites alimentaires, anorexie et boulimie, sont un phénomène contemporain et sociétal en pleine expansion accéléré par l’utilisation massive des réseaux sociaux. Ils appartiennent à un nouveau domaine d’expression de la souffrance intime que l’auteure désigne comme « pathologies de l’image ».

 Les troubles des conduites alimentaires, anorexie et boulimie, sont un phénomène contemporain et sociétal en pleine expansion, accéléré par l’utilisation massive d’Internet. Ils appartiennent à un nouveau domaine d’expression de la souffrance intime que l’auteure désigne comme « pathologies de l’image ».

À partir de son expérience clinique de psychiatre spécialiste des addictions, de psychanalyste et de philosophe, l’auteure analyse les liens entre les troubles des conduites alimentaires et les représentations du corps des femmes. La prolifération spectaculaire des images, qui vont jusqu’aux photos de soi produites par soi, via les réseaux sociaux, et leurs simulacres retouchés dans les magazines de mode, participe au développement d’une relation pathologique de la femme avec son propre corps.

Ainsi l’anorexie et la boulimie permettent de mieux saisir notre époque où l’image, le corps, la mode, la beauté et le paraître constituent les termes de l’inscription postmoderne des sujets.

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À propos de « La désapparition » : entretien avec l’auteur, Gerry L’Étang

— Propos recueillis par Jean-Pierre Arsaye —

Gerry L’Étang nous expose son roman, La désapparition, à paraître aux éditions Project’îles le 5 mai 2022. Suit un extrait du livre.

Pourquoi ce titre : La désapparition ?

C’est une expression d’Édouard Glissant, vraisemblablement forgée à partir du mot créole « dézaparet ». Glissant désigne par-là quelque chose qui a disparu mais pas totalement ; comme quand il dit que les Indiens caraïbes n’ont pas disparu, qu’ils ont désapparu. Il y a dans ce récit, une, des désapparitions.

Quel est l’objet de ce roman ?

– J’ai une obsession : que se passerait-il si le cargo de la Compagnie n’arrivait plus ? Autrement dit, si nous nous retrouvions, nous Martiniquais, seuls face à nous-mêmes. Si la Martinique, pays perfusé où l’on ne produit plus que de l’illusion, était soudainement coupée du monde et devait tenter de survivre. C’est de cette obsession qu’est né cet ouvrage, qui est en quelque sorte un roman d’anticipation. Car la situation décrite ici n’est pas totalement absurde, spéculative. Elle est possible. Je crois d’ailleurs que cette perspective doit hanter bien des Martiniquais.

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« De la monarchie à la France libre destin d’officiers et de soldats français de la Caraïbe », de Jean-claude Degras

Aliénés par les blessures de l’histoire, nos inconscients collectifs ont parfois aussi bien endormi notre conscience, que notre vision de l’histoire et notre aptitude à nous agrandir ; alors que nous avons intrinsèquement en nous une part de la vérité du passé et un droit à être au rendez-vous de l’histoire.

Comment doit-on vivre et avec quels maîtres dans des systèmes politiques où des gens depuis quatre siècles se sont vus à cause des séquelles de l’esclavage, de la Monarchie à la République, comme des Français entièrement à part, et d’autres comme des Français à part entière.

En effet, chaque parcelle de cette terre des caraïbes enferme une histoire violente, car l’histoire de l’esclavage n’est pas seulement celle de la canne ; c’est aussi celle de la lutte fratricide qui a opposé au nom de Dieu comme au nom du capitalisme ces monceaux de richesse (pierres précieuses, canne, soieries, indigo, épices etc.) sur laquelle l’Europe s’est construite. Du XVIIe au XXe siècle, la politique des États européens et notamment de la France a suivi durant quatre siècles une logique mercantiliste basée sur la force et la violence, faite d’expéditions guerrières à la recherche de nouveaux espaces économiques.

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L’Art de l’Ethiopie, des origines au siècle d’or, avec Jacques Mercier

Jacques Mercier propose un ouvrage magistral sur les arts de l’Ethiopie. Rencontre avec un anthropologue, historien de l’art, hors du commun.

Publié par les Éditions Place des Victoires, ce livre est mené comme une enquête par l’auteur qui, depuis un demi-siècle, a observé plus de 350 églises et pris en compte des collections situées hors d’Éthiopie et qui fournissent des illustrations d’une beauté saisissante, pour la plupart inédites.

Associées à des analyses nouvelles, dont celles des manuscrits illustrés, peut-être les plus anciens du christianisme, elles apportent un éclairage unique sur cet art foisonnant de chefs-d’œuvre.

Peinture géométrisante d’une extraordinaire modernité et croix aux formes infiniment variées, voilà qui constitue une originalité de l’art éthiopien, également marqué par le colorisme des enlumineurs et le graphisme des peintres d’icônes, tous curieux du monde extérieur, en particulier des arts italiens et crétois.

Une richesse formidable de motifs et de techniques qui fait de l’Éthiopie le plus créatif acteur de l’art chrétien d’Afrique. Cet ouvrage d’exception met en lumière cet art injustement méconnu.

« Anthropologue de l’art », comme il se définit lui-même, Jacques Mercier est un chercheur pour qui la compréhension des œuvres passe autant par la recherche que par l’émotion esthétique.

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Un total renversement des clichés sur les HLM

— Par Émilien Urbach —

Il en a accumulé plus de 3 000 : le sociologue Renaud Epstein partage chaque jour sur Twitter des cartes postales racontant 30 années de construction des grands ensembles. Cette série, témoin de « l’époque “héroïque” d’un État aménageur », fait l’objet d’un ouvrage illustré. Quelle histoire nous racontent ces images des ZUP ? ENTRETIEN

En plus d’être un bel objet, le livre de Renaud Epstein, aux éditions le Nouvel Attila, nous rappelle le projet émancipateur que fut, durant les Trente Glorieuses, la construction de ces cités aujourd’hui stigmatisées. L’auteur a sélectionné 64 cartes postales parmi les 3 000 accumulées tout au long de trente années d’études. Par la mise en valeur de quelques versos de celles-ci, il donne aussi un aperçu du vécu, au cours des sept dernières décennies, des habitants de ces quartiers.

Comment en êtes-vous arrivé à accumuler toutes ces cartes postales ?

RENAUD EPSTEIN

Sociologue

 Tout commence en 1994. À l’époque, je préparais un mémoire de DEA de sociologie sur une opération de développement social dans la ZUP des Trois-Ponts, à Roubaix.

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« La Martinique face aux défis du vingt-et-unième siècle », par le Groupe L’Ouverture sous la direction d’Antoine Delblond

Présentation

Notre Groupe L’Ouverture ne fait l’apologie d’aucun mode d’organisation ou de fonctionnement pour la Martinique et ne cherche à influencer personne en ce sens. Pas de prêt-à-penser institutionnel : ce choix incombe aux électeurs martiniquais, il est mis en œuvre par les élus ! Pour autant, dans un esprit civique, nous nous réservons le droit d’analyser ces institutions, de critiquer leur fonctionnement et, en définitive, de formuler des propositions visant à les améliorer.

En trois parties dans cette première publication, six contributeurs sur 266 pages, présentent des données, analyses et pistes d’évolutions, sur des sujets qu’ils jugent importants dans les collectivités françaises situées Outre-mer, à la Martinique, en particulier.

Pour commencer, sans parti pris, il a paru nécessaire de rappeler succinctement le cadre institutionnel. D’un point de vue critique, Roger Anglo, dans une analyse de la situation socioéconomique et politique du pays, s’interroge sur les raisons du non-développement des territoires outremer. A qui la responsabilité ? En « citoyen ordinaire », Olivier-Ernest Jean-Marie déclare son amour de la politique et pointe du doigt les imperfections du processus de réforme institutionnelle et statutaire, tel qu’il a été conduit, en concertation entre le pouvoir central et nos élus.

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