Catégorie : Philosophie

En ces temps obscurs…

Par Marie- Laurence Delor

Le fait le plus marquant de la période, pour l’observateur avisé, c’est l’irruption dans le débat public, grâce aux médias sous pression des réseaux sociaux, de problématiques régressives jusque là marginales, portées par une nébuleuse rouge-vert-noir (1). La notion de « régression », telle que nous en usons ici, n’est pas réductible à son sens courant d’opposition au « progrès ». Si elle recouvre l’idée d’un retour en arrière, d’une certaine façon proche de la psychologie expérimentale et de la psychanalyse (2), elle réfère surtout ici à des tendances inquiétantes et à leur banalisation à la faveur du silence des politiques et de la capitulation des intellectuels. Nous en avons repéré deux, à notre avis, principales :

1. La dictature de la croyance

La dictature de la croyance telle qu’elle se présente aujourd’hui est à la jonction du narcissisme libéral (3), de la crise de la politique et de l’explosion des réseaux sociaux. Des réseaux sociaux qui fonctionnent toujours plus selon le faux postulat d’égalité en dignité et en vérité de toute parole : une corruption de la liberté d’expression et de la démocratie.

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La marionnette Amal, porte-voix des enfants en exil, dans les pas des migrants à Calais

Calais – La marionnette géante Amal, porte-voix des enfants en exil, a fait étape dimanche à Calais, haut-lieu de transit migratoire vers l’Angleterre, avant de traverser elle aussi la Manche pour conclure un périple de 8.000 km, a constaté un correspondant de l’AFP.

La voyage de la marionnette de 3,5 m de haut, qui représente une fillette syrienne, a débuté en juillet en Turquie et doit s’achever à Manchester, après la Grèce, l’Italie, la Suisse, l’Allemagne, les Pays-Bas, la Belgique, l’Allemagne et une traversée de France. 

Son odyssée, “The Walk” (La Marche), est destinée à sensibiliser l’Europe au sort des migrants et notamment des enfants non-accompagnés ou séparés de leur famille. Avec un message: “Ne m’oubliez pas“, explique la fondation britannique “Good chance Theatre“, née en 2015 dans la “Jungle” de Calais, à l’origine du projet.  

Sur les plages des Hauts-de-France, face à des côtes anglaises parfois à peine distantes de 30 kilomètres, Amal est venue partager la dernière épreuve des migrants qui y affluent dans l’espoir de traverser le détroit du Pas-de-Calais. 

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Philo au bac: meilleure note retenue entre celle de l’épreuve et le contrôle continu

Paris – Le ministre de l’Education Jean-Michel Blanquer a annoncé mercredi soir que pour l’épreuve de philosophie de la session 2021 du baccalauréat, les élèves de Terminale pourront conserver la meilleure note entre celle de l’épreuve et celle du contrôle continu.

Pour tenir compte des conséquences de la crise sanitaire, “l’épreuve terminale de philosophie continue à être organisée et on maintiendra la meilleure des deux notes entre le contrôle terminal et le contrôle continu“, a expliqué M. Blanquer sur France 2. “Il y a beaucoup d’élèves qui ont des mauvaises notes en contrôle continu et certains ont besoin de l’épreuve pour se rattraper, c’est une chance“, a-t-il assuré. 

Depuis dimanche, Jean-Michel Blanquer ouvrait la voie à un aménagement des épreuves du baccalauréat, mais a toujours refusé le passage intégral au contrôle continu. 

Depuis le mois de novembre, pour enrayer les chaînes de contamination au Covid-19 dans les établissements, les lycéens ne vont pas à l’école à temps plein. Ils sont en demi-jauge, avec une alternance de classes en présentiel et distanciel. 

Même si on a réussi pendant toute l’année à garder les écoles et les collèges et les lycées ouverts ou en partie ouverts, les choses n’ont pas été complètement normales, donc c’est normal d’aménager“, a souligné mercredi le ministre. 

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Édouard Jourdain : “Le capitalisme est plein d’idées chrétiennes devenues folles”

— Propos recueillis par Kévin Boucaud-Victoire —

Philosophe et politiste, spécialiste de la pensée de Pierre-Joseph Proudhon, Édouard Jourdain enseigne à l’École Nationale des Ponts et Chaussées. Il vient de publier “Théologie du capital” (PUF), ouvrage dans lequel il analyse le caractère religieux de l’économie moderne.

“Le monde moderne est plein d’anciennes vertus chrétiennes devenues folles”, remarquait le siècle dernier l’écrivain anglais Gilbert Keith Chesterton. Pour Édouard Jourdain, c’est dans l’économie que cette caractéristique se déploie le plus. De la monnaie à la dette, en passant par la comptabilité, le philosophe analyse ce que le capitalisme a de religieux.

Marianne : Pour vous l’économie moderne ou chrématistique relève du “théologico-politique”. Pouvez-vous expliquer pourquoi ?

Édouard Jourdain :Il faut déjà bien comprendre ce que l’on appelle l’économie moderne, en l’occurrence le capitalisme, mais dont on peut retrouver des éléments dans ce que l’on a appelé improprement le communisme. Certains ont pu le qualifier de capitalisme d’État, puisqu’il se contentait de transférer la propriété sans toucher à ses attributs, légitimant par exemple le même objectif de croissance économique. Mon hypothèse est qu’on comprend ce qu’est l’économie moderne en se référant à ce qu’Aristote appelle la chrématistique, qui consiste en ce qu’“il n’y a aucune limite à la richesse et à la propriété.

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Dany-Robert Dufour : “Le monde de demain risque d’être bien pire que le monde d’aujourd’hui”

— Propos recueillis par Matthieu Giroux —

Philosophe atypique, Dany-Robert Dufour a développé au fil des années une œuvre importante à la croisée de la philosophie du langage, de la philosophie politique et de la psychanalyse. Il publie “Fils d’anar et philosophe” (R&N éditions), un livre d’entretien avec Thibault Isabel qui revient sur son cheminement philosophique et sur les rencontres qui ont marqué sa vie.

Marianne : Vous présentez votre jeunesse et en particulier votre jeunesse étudiante comme une parenthèse enchantée mêlant engagements politiques et accomplissements intellectuels. Un parcours comme le vôtre est-il encore possible pour un jeune homme du XXIe siècle malgré la morosité qui caractérise notre époque ?

Dany-Robert Dufour :Disons que j’ai eu de la chance, beaucoup de chances. Chance d’avoir eu un père singulier, qui s’était forgé une langue bien à lui, poétique et populaire, une mère aimante mais pas surprotectrice, un frère aîné qui m’a mis le pied à l’étrier, c’est-à-dire la main à l’encrier philosophique et littéraire. Chance aussi d’avoir eu vingt ans en 1968, plutôt qu’en 1940. En fait, c’est cette époque des années soixante qui fut une parenthèse enchantée.

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« Dans un couple, il est extrêmement important de laisser l’autre respirer »

— Par Nicolas Truong —

Parce que le couple a pris une place centrale dans la vie affective, le philosophe Pierre Zaoui analyse, dans un entretien au « Monde », la puissance d’un lien qui ne peut subsister que si l’on peut s’en échapper.

Pierre Zaoui, né en 1968, enseigne la philosophie à l’université Paris-VII-Denis-Diderot. Auteur de La Traversée des catastrophes. Philosophie pour le meilleur et pour le pire (Seuil, 2010), il a publié en juillet « Théorie du couple » dans la Revue du crieur (160 pages, 15 €), analyse philosophique de la relation à deux qu’il prolonge dans un entretien au Monde.

Pourquoi l’homme est-il, selon vous, « cet animal qui vit en couple et ne rêve que d’y échapper » ?

Je ne parle évidemment que de l’homme et de la femme modernes. Car, pendant très longtemps, l’homme fut un animal d’un tout autre type – et il l’est encore dans maintes régions du monde, même en France : un animal qui vit en clan ou en famille, un animal politique qui vit dans une cité, voire un animal solitaire dans les périodes de haute spiritualité. Mais pour ce qui est d’aujourd’hui, il est curieux de constater combien le couple est presque devenu l’horizon transcendantal ou l’axe de structuration fondamental du désir humain.

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Castoriadis, ou l’imagination au pouvoir

— Par Philippe Petit —

Les Éditions du Sandre publient les deux derniers volumes des œuvres de Cornelius Castoriadis. L’occasion de nous plonger dans la pensée du philosophe, historien, économiste, psychanalyste et défenseur d’une démocratie radicale, décédé en 1997.

Contrairement à celle de Sartre, qu’il n’appréciait guère, la renommée du philosophe et psychanalyste Cornelius Castoriadis (1921-1997) ne faiblit pas avec le temps. On le cite souvent dans la presse et sa réputation posthume perdure. Le relire aujourd’hui n’est donc pas inutile. D’autant qu’un éditeur courageux, ayant entrepris de publier ses œuvres complètes, les deux derniers volumes (Écrits politiques 1945-1997, VII et Écrits politiques 1945-1997, VIII), parus récemment, redonnent vie à ses écrits politiques et écologiques. Et la correspondance, qui les accompagne, produit sur le lecteur un réel effet de proximité. On y retrouve le ton inimitable de ce penseur total qui s’intéresse à tout. À la science, aux techniques, à la politique, à la culture. Qui entend prendre « la défense de l’homme contre lui-même ». Et ne rien lâcher sur l’exigence de rationalité propre à l’activité intellectuelle.

Du trotskisme à « Socialisme ou barbarie »

Son parcours n’est pas étranger à cette persévérance.

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«Valeurs religieuses» ou «valeur de l’Homme» : l’échange politico-philosophique entre Macron et Sissi

Emmanuel Macron a reçu lundi à l’Élysée le président égyptien al-Sissi. Lors d’une conférence de presse, les deux hommes ont débattu devant les journalistes de la hiérarchie entre la religion et les droits de l’homme.

«Les valeurs religieuses doivent avoir la suprématie sur les valeurs humaines», a affirmé le président égyptien Abdel Fattah al-Sissi. «La valeur de l’homme est supérieure à tout», lui a répondu Emmanuel Macron lors d’un échange politico-philosophique lundi 7 décembre.

La conférence de presse des deux chefs d’État lundi à Paris touchait à sa fin quand un journaliste égyptien a posé une ultime question. Les deux hommes ont remis leurs oreillettes et ont écouté la question, qui évoquait notamment les caricatures de Mahomet, leur donnant l’occasion, rarissime dans ces exercices de conférence de presse, d’avoir un échange indirect courtois, mais ferme, sur la hiérarchie entre la religion et les lois.

Montrant les divergences philosophiques entre la France et l’Égypte, alliés de longue date, alors qu’Emmanuel Macron a remercié quelques minutes le président Sissi, accueilli en grande pompe, pour son soutien quand la France a fait l’objet d’une virulente campagne de haine internationale pour avoir défendu le droit à la caricature au nom de la liberté d’expression.

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« L’écologie ne nous rassemble pas, elle nous divise. Tant mieux… »

— Par Pierre Charbonnier, philosophe —

Le philosophe estime, dans une tribune au « Monde », que la stratégie de la communion universelle pour promouvoir la lutte pour le climat, employée notamment par Nicolas Hulot, est inefficace.

Tribune. Nous avons récemment assisté à un nouvel élan de générosité écologique. Que ce soit du côté de Nicolas Hulot [auteur d’une tribune dans Le Monde, 6 mai] ou d’un collectif de personnalités publiques [qui ont également signé une tribune dans Le Monde, 6 mai], l’impératif environnemental nous a une fois de plus été présenté comme une mission qui transcende les intérêts individuels, les choix idéologiques, les langages politiques. L’écologie, nous dit-on dans ces tribunes et appels, est une finalité universelle qui réunit l’ensemble des humains à travers leur appartenance commune à une Terre. Elle exige l’unanimité, la prééminence de la pure morale et de la science, que seules l’ignorance et l’avidité voilent à notre regard.

 Lire aussi  Nicolas Hulot : « Le monde d’après sera radicalement différent de celui d’aujourd’hui, et il le sera de gré ou de force »

La stratégie de la communion universelle est assez ancienne dans la mouvance environnementaliste, mais aujourd’hui elle crée le malaise, en particulier dans les rangs écologistes les plus conséquents, car l’unanimité dont elle se prévaut est feinte, incantatoire, et inefficace.

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Un examen de conscience à la lumière de « L’Éthique » de Spinoza

par Michel Pennetier —

Si l’on entre dans “l’Éthique” de Spinoza, il est difficile d’en sortir tant cet ouvrage qui parle de la place de l’homme au sein de la Nature ( conçue comme la totalité infinie de ce qui est) et de la meilleure façon de s’y épanouir, est une architecture conceptuelle d’une rigueur rationnelle absolue enchaînant les propositions les unes aux autres d’un bout à l’autre de l’ouvrage. Voici quarante ans que je lis l’«éthique «, non pas de manière continue ! Mais parfois par lectures intenses, puis pendant des mois les idées font leur chemin dans mon esprit, puis une question se pose ( par exemple : comment passe-t-on du premier genre de connaissance par idées confuses, inadéquates au second genre de connaissance par idées adéquates c’est-à-dire vraies, étant donné que le libre-arbitre, la décision volontaire est une illusion ?). Et je reprends la lecture traquant les propositions et leur enchaînement.

J’ai été d’emblée conquis dès les premières pages de l’ouvrage, le livre I qui s’intitule « De Dieu » où Spinoza développe sa conception métaphysique : Dieu, c’est-à-dire la Nature dans laquelle l’homme est englobé.

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De l’inconstance dans la vie politique

— par Michel Pennetier —

La «  Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen », l’ »Habeas Corpus » en Angleterre, la Constitution américaine, les lois sur la laïcité de 1905, le Manifeste du Parti Communiste de 1848, les lois sur la Sécurité Sociale de 1945, oui, tous ces textes ont une forme et un contenu, c’est du solide qui peut porter ses fruits pendant des siècles et qui marque une étape et un progrès dans l’histoire de l’humanité. Donc, ne me faites pas dire que la politique n’est qu’inconsistance ! Il arrive qu’une personnalité ou un groupe de personnes parviennent à faire passer une loi en dépit des criailleries de la presque majorité des représentants du peuple et du peuple lui-même parce que cette loi porteuse de raison et d’humanité finit par convaincre une partie des réticents. Ainsi en fut-il de la loi Weil sur l’interruption de grossesse en 1975.

Je respecte trop la politique qui comme disait Aristote est l’art suprême et le plus difficile, pour vouloir la mépriser et la jeter aux orties.

Mais à côté de ces sommets de l’histoire, combien de vallées d’esclavage et de cimetières ?

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De l’incertitude de notre jugement

— Par Michel Pennetier —

Je vole ce titre à Montaigne qui, dans le chapitre XLVII des Essais, parle des incertitudes quant à l’issue d’une bataille alors que le chef de guerre en toute conviction se croit assuré de la victoire. On pourrait à ce propos citer le Président Trump qui se croit vainqueur dans son conflit avec l’Iran en faisant assassiner l’un des principaux responsables du régime iranien !
Mais c’est ici en un autre sens que je voudrais parler du jugement. J’envisage ici le jugement moral que l’on porte sur une affaire de mœurs. Il se trouve que depuis quelque temps naît en mon esprit face à ces événements – affaire Me Too et la suite – comme une double réaction, l’une qui ne peut que suivre le main-stream des condamnations face à des révélations scandaleuses, l’autre qui demande à voir ce qu’il en est derrière ces jugements qui ont soudain surgi à propos de comportements sur lesquels on se taisait jusque très récemment, que l’on ignorait ou feignait d’ignorer, que l’on acceptait comme normaux ou prônait même comme une libération.

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Après la publication de ses cahiers noirs. La lecture de Heidegger peut-elle être recommandée aux élèves de terminale ?

Rappel des faits. Une pétition initiée par le philosophe Vincent Cespedes demande à « sortir Martin Heidegger » de la liste des auteurs recommandés.
Débat avec Stéphane Domeracki Philosophe et auteur de Heidegger et sa solution finale (Connaissances & Savoirs), Pascale Fautrier Écrivaine, autrice de la Vie en jaune (Au diable vauvert) et Maurice Ulrich Journaliste et auteur de Heidegger et le Golem du nazisme (Arcane 17)

Les manipulations d’un auteur nazi

— Par Stéphane Domeracki Philosophe et auteur de Heidegger et sa solution finale (Connaissances & Savoirs) —

L’initiative de cette pétition (1) suscite la levée de boucliers attendue, avec son cortège d’arguments spécieux. Pour les uns, il y aurait « censure » et remise en cause de la liberté pédagogique de l’enseignant : or, ce n’est nullement le cas, puisqu’il ne s’agirait que de cesser d’en recommander officiellement la lecture à des élèves de 17 ans. Pour d’autres, le nazisme de Heidegger serait indétectable dans les œuvres précédant l’engagement nazi officiel : Être et Temps, que son auteur estime pourtant largement incompris par les perspectives ontologiques et existentielles qu’on se plaît à s’en proposer, serait ainsi jugé au-dessus de tout soupçon.

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