Patrick Chamoiseau

“Manifestes”, de Patrick Chamoiseau et Édouard Glissant

— Par Frédéric Manzini —

Dans les années 2000, les deux écrivains martiniquais Patrick Chamoiseau (né en 1953) et Édouard Glissant (1928-2011) ont cosigné, parfois avec d’autres auteurs, plusieurs tribunes inspirées par divers événements de l’actualité – l’élection de Barack Obama, la venue de Nicolas Sarkozy en Martinique, le passage d’un ouragan ou le mouvement social de 2009 aux Antilles contre la cherté de la vie. 

Six de ces écrits sont désormais rassemblés dans le recueil Manifestes (La Découverte, 2021) : les deux intellectuels complices font partager leur vision du monde empreinte d’un lumineux humanisme qui se situe dans l’héritage d’Aimé Césaire. Doux utopisme ou résolu optimisme ?

La question des Antilles

Bien sûr, la question de ce qu’ils appellent « ces enclaves coloniales archaïques que sont encore les pays dits DOM-TOM » occupe une place centrale dans les prises de position des deux auteurs. Ils entendent refonder la relation entre les outre-mers et la métropole sur le fondement d’échanges fraternels qui rompent avec les dominations passées : « Les Républiques “unes et indivisibles”, écrivent-ils, doivent laisser la place aux entités complexes des Républiques unies qui sont à même de pouvoir vivre le monde dans ses diversités. »

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Manifestes pour un mouvement à travers l’océan des humanités

— Par Aliocha Wald Lasowski, philosophe —
Un ouvrage rassemble, pour la première fois, six textes coécrits par les penseurs martiniquais Patrick Chamoiseau et Édouard Glissant. Dix ans après la mort de ce dernier, d’autres ouvrages nous invitent à naviguer dans son sillage.

Manifestes
Édouard Glissant et Patrick Chamoiseau,
préface d’Edwy Plenel
La Découverte et Institut du Tout-Monde, 2021,
168 pages, 14 euros

En 2009, évoquant les États-Unis saccagés par le racisme et la xénophobie, les écrivains et penseurs martiniquais Édouard Glissant et Patrick Chamoiseau voient l’élection de Barack Obama comme l’imprévisible réalisation de la créolisation, ce processus en devenir du tissage de contacts et de relations mêlées. « Dans un pays où toute idée de rencontre, de partage, de mélange était violemment repoussée par une grande partie de la population » , Obama incarne alors la diversité, lui qui grandit à Hawaï, d’un père kényan, d’une mère du Kansas et d’un beau-père indonésien. Cette analyse éclairante, publiée aujourd’hui avec d’autres textes sous le titre Manifestes , montre comment la haine peut être dépassée par la mondialité, conçue, espérée comme un « imprévu de métissages inouïs et inattendus ».

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Publication des « Manifestes » d’Édouard Glissant et Patrick Chamoiseau 

Les Manifestes des écrivains  Édouard Glissant et Patrick Chamoiseau paraîtront le 4 février en librairie, à l’occasion du 10ème anniversaire du décès d’Édouard Glissant. Il s’agit de leurs divers textes théoriques et critiques, de textes de réflexion, publiés entre 2000 et 2009.

La sortie de Manifestes, programmée à cette date par les Éditions La Découverte et les Éditions de l’Institut du Tout-Monde, peut s’entendre comme un hommage à Édouard Glissant, disparu à Paris, le 3 février 2011, à l’âge de 82 ans. Un auteur martiniquais qui par ses écrits a influencé profondément son époque. Son ami de longue date, Patrick Chamoiseau, prix Goncourt en 1992 pour le roman Texaco, l’a accompagné dans son parcours intellectuel. Ensemble, ils ont publié les Manifestes, qui traitent entre autres de thèmes sociétaux, et qui sont réunis aujourd’hui pour être édités dans un seul ouvrage, dont l’avant-propos est écrit par Patrick Chamoiseau lui-même, sous le titre de Malgré tout. La postface, Une poétique de la politique, est quant à elle proposée par Edwy Plenel, journaliste politique français qui participe au site d’information indépendant Médiapart.

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Pour J-C William

— Par Patrick Chamoiseau —

Jean-Claude William.

T’en souviens-tu ?

De nos rires autour de cette boutade de William Faulkner qui très souvent disait :

« Entre un bon whisky et rien, je choisirai toujours un bon whisky ! »

Comme Faulkner ne parlait jamais à la légère,
il m’est arrivé de penser
juste pour complexifier les choses
et sans grande contradiction de ta part
qu’il désignait par le mot « rien » toutes les situations intolérables

Ce que Glissant aurait appelé de son côté
le rassurant néant
l’absence ronronnante
la crève paisible,
ce « rien » dans lequel se débattent les Nations sans État que l’on appelle DOM-TOM.

Au « rien »
Faulkner préférait le feu du risque
là où l’insupportable des petites vies se consume d’emblée
là où la ferveur ignore les renoncements
là où la nuit des manguiers se bouleverse soudain d’un voumvap de lucioles..

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Contre les statues : les traces-mémoires

—Par Patrick Chamoiseau —

Nos monuments demeurent comme des douleurs.
Ils témoignent de douleurs.
Ils conservent des douleurs.

Ce sont le plus souvent des édifices produits par la trajectoire coloniale : forts, églises, chapelles, moulins, cachots, bâtiments d’exploitation de l’activité esclavagiste sucrière, structures d’implantation militaire… Les statues et les plaques de marbre célèbrent découvreurs et conquistadores, gouverneurs et grands administrateurs. En Guyane, comme aux Antilles, ces édifices ne suscitent pas d’écho affectif particulier ; s’ils témoignent des colons européens, ils ne témoignent pas des autres populations (Amérindiennes, esclaves africains, immigrants hindous, syro-libanais, chinois…) qui, précipitées sur ces terres coloniales, ont dû trouver moyen, d’abord de survivre, puis de vivre ensemble, jusqu’à produire une entité culturelle et identitaire originale.

La trajectoire de ces peuples-là s’est faite silencieuse. Non répertoriée par la Chronique coloniale, elle s’est déployée dans ses arts, ses résistances, ses héroïsmes, sans stèles, sans statues, sans monuments, sans documents. Seule la parole des Anciens, qui circule dessous l’écriture – la mémoire orale – en témoigne.
Or la parole ne fait pas monument.
La parole ne fait pas l’Histoire.
La parole ne fait pas la Mémoire.

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« Quand Patrick Chamoiseau écrivait: «Esquisser en nous la voie d’un autre imaginaire du monde…» »,

— Par Sophie Klimis, professeure ordinaire de philosophie, Université Saint-Louis-Bruxelles, pour Carta Academica —

Chaque semaine, « Le Soir » publie une chronique d’un membre de Carta Academica* sur un sujet d’actualité. Cette semaine : quand la parole du poète peut recréer le monde en le disant autrement…

A des années-lumière d’un certain narcissisme parisien et de sa surenchère dans le « glauque » et le cynisme, Patrick Chamoiseau, écrivain français martiniquais, fait œuvre profonde de salubrité publique. Son livre Frères Migrants (Seuil, 2017) devrait être inscrit au programme de toutes les écoles de la « francophonie », France y compris. Abasourdi face à la crise des migrant.e.s, comme beaucoup d’entre nous, Chamoiseau y raconte s’être senti comme « appelé » par la voix d’outre-tombe d’Édouard Glissant, cet autre immense philosophe-poète originaire de Martinique, décédé en 2011, qui fut son ami et son « maître ». « Quand un inacceptable surgissait quelque part », se souvient Chamoiseau, Glissant l’appelait pour lui dire : « on ne peut pas laisser passer cela ! »

La tentation de la désespérance

Face à la recrudescence des violences en Syrie, à ce nouveau million de réfugié.e.s

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Parmi nous

Pour M.C.M.

— Par Patrick Chamoiseau —

Il faut l’imaginer parmi nos futilités ordinaires

Pas comme potomitan comme Man Ninotte ou la Baronne

plutôt comme une souveraineté sans assise dans la case

Elle était reine d’un territoire dont nul ne connaissait l’exacte géographie

mais dont les frontières, éprouvées par chacun, se révélaient dangereuses :

son lit était sacré

sa brosse inatteignable

et son peigne interdit !


 

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Vers Le Diamant

Pour E.G.

par Patrick Chamoiseau

Ce qu’il existe de tendre
et de sensible
dans le soleil et dans le sable
s’est accordé ici
pour habiter les ombres
d’une secrète lumière

celui qui le sait
qui le tait
qui en est enchanté
n’en habite que l’absence.

Sous le soleil voilé
parfois
le sable accuse le gris clair des patiences
mais aux points de lumière
les éclats de lambis
de vieux quartz ou de sel
semblent s’accorder
aux souvenirs dispersés des empreintes

seule
de l’écume
le frissonnement trop clair
en conserve l’intuition
et en dessine la trace.

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« Contre la damnation »

Un texte de Patrick Chamoiseau, écrit pour être lu lors de la Nuit des libertés publiques, lu par Anaïs de Courson von Sothen , comédienne

Republié à l’occasion des 50 ans du Syndicat de la magistrature.

L’idée de justice assume l’idée de liberté. L’idée de liberté suppose une conscience responsable, alimentée par la raison, et qui, dans un contexte difficile ou pas, mais toujours en connaissance de cause, effectue une violation de la loi, une atteinte à des valeurs communes, une offuscation de quelque précieux principe.

Après une violation de la loi, ce qui met en branle la justice ce n‘est ni la peur ni la revanche ni la vengeance ni la sûreté, c’est la reconnaissance rigoureuse, et individualisée, d’une amplitude de libre-arbitre sur un fondement de responsabilité. Car la justice est une intelligence qui ne craint pas les aventures du libre, ses risques et ses dangers

La conscience responsable suppose la présence d’un être humain. Par définition, l’humain n’est pas une matière inerte, mais un processus complexe, toujours en devenir, rebelle aux fatalités, sensible aux alchimies de la démesure et de la raison, et dans lequel hier et demain sont des données distinctes, sont des données vivantes.

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Renaître, aprézan !

— par E. Glissant et P. Chamoiseau —
Août 2007

 

Lettre ouverte à MM. les Présidents des Conseils Régional et Général.
Et à tous les élus de la Martinique.

Un cyclone est passé. Dans son sillage: désolation végétale, ruptures diverses, et l’accablement des plus démunis… Mais les moments chaotiques sont souvent des lieux de renaissance. Toute régénération surgit toujours d’une perturbation. Plus la perturbation est sévère, plus le renouvellement qui s’ensuit est profond, puissant, parfois jusqu’à la mutation. La nature sait utiliser ses effondrements pour expérimenter d’inédites vivacités: les arbres ramènent de leur traumatisme une haute vigueur et l’écosystème meurtri s’ébroue pour redistribuer les possibles en des intensités variables.

En fait, le désastre ou la crise sont aussi, et surtout, des opportunités. Quand tout s’effondre ou se voit bousculé, ce sont aussi des rigidités et des impossibles qui se voient bousculés. Ce sont des improbables qui soudain se voient sculptés par de nouvelles clartés. Ce sont des interdits, des paresses, de stériles habitudes qui lochent et appellent à se faire soulager.

Ce qui est vrai pour le monde naturel l’est aussi pour les cultures, les peuples, les identités ou les civilisations.

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Le théâtre aux Antilles – un numéro d’« Africultures »

— Par Selim Lander —

Il n’est pas trop tard pour signaler un numéro d’Africultures (trimestriel), numéro double, qui fournit un panorama très complet de la création théâtrale aux Antilles françaises, même s’il ne rend pas compte, par la force des choses, des développements les plus récents puisqu’il fut publié au début de cette décennie. Cette réserve n’empêche pas qu’il constitue encore un instrument extrêmement précieux pour connaître les acteurs du théâtre antillais, toutes les personnes interrogées étant encore en activité. En effet, les entretiens avec ces personnalités du monde théâtral ne sont pas les morceaux les moins intéressants de cette publication qui, davantage qu’un numéro de revue, a toutes les apparences d’un ouvrage collectif (dirigé par Sylvie Chalaye et Stéphanie Bérard).

Sous la signature de la seconde, ce numéro d’Africultures s’ouvre sur une brève histoire du théâtre aux Antilles françaises depuis le XVIIIe siècle (la construction d’un « vrai » théâtre remonte à 1780 à Pointe-à-Pitre, en 1786 à Saint-Pierre de la Martinique) jusqu’à nos jours, avec les péripéties liées à la Révolution française, les tournées des troupes métropolitaines, les premières écritures insulaires, la division entre théâtre populaire et théâtre bourgeois, l’évolution des thématiques de la comédie vers les pièces engagées à partir de l’impulsion donnée par Césaire dans les années 1950 et 1960 : traductions en créole de pièces du répertoire, pièces ressuscitant des figures héroïques de la geste antillaise célèbres ou anonymes, pièces plus intimistes mettant en scène sous une forme ou sous une autre ce qu’il convient d’appeler le « malaise antillais ».

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Patrick Chamoiseau : «Les flux migratoires sont comme un réveil du sang de la terre»

—Par Catherine Calvet —

Patrick Chamoiseau vient de publier un ouvrage poétique et passionné, Frères migrants (Seuil, mai 2017), véritable manifeste poétique pour tous ceux qui sont refoulés aux frontières ou qui errent de centres de rétention en bidonvilles. Ce livre s’inscrit dans un large faisceau d’initiatives venant de la société civile, depuis la «Constituante migrante» (symposium-performance organisé en janvier à Beaubourg par la plateforme «le Peuple qui manque») jusqu’à l’adaptation récente au théâtre par Marcel Bozonnet du Couloir des exilés de l’anthropologue Michel Agier.

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Pourquoi choisir la poésie comme moyen de protestation contre la fermeture des frontières ?

Parce que c’est tout ce que je sais faire ! Ceci étant, il faut distinguer «poésie» et «poétique». La «poésie» est la pratique d’un langage inouï, la fréquentation d’un indicible, dans une langue. La «poétique» est une vision du monde, et de l’homme dans le monde, sur la base de ce qui fait l’irréductible humain quand on a enlevé toutes les aptitudes liées aux nécessités immédiates, à la survie et aux pures rationalisations. Une poésie suppose toujours une vision du monde ; une poétique peut, en revanche, se pratiquer sans formalisation poétique.

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« Frères migrants » de Patrick Chamoiseau : notre parole primordiale

— Par Loïc Céry (Institut du Tout Monde) —

Comment convaincre de l’importance du dernier essai de Patrick Chamoiseau, et de l’urgence de le lire et d’en diffuser la substance ? – celle d’une mobilisation de chacun face au drame des migrants, et du moment de nouvelles fondations ? Je propose un aperçu sur les urgences de cette diffusion, à laquelle nous voulons contribuer ici avec l’Institut du Tout-Monde (fin de l’article).

À en juger par les commentaires assez unanimes de la presse, la sortie de l’essai Frères migrants de Patrick Chamoiseau (Seuil, mai 2017) a été saluée par un éloge général, les uns et les autres ayant noté la générosité singulière de cet appel à la solidarité avec les migrants, son élan vers l’ouverture et son aspiration au dépassement des réflexes de rejet. Une quasi-unanimité par conséquent, qui a quelque chose de rassurant devant ce qui est certainement un livre important, en un contexte troublé. Pourtant, demeure une sorte d’insatisfaction toute personnelle : je ne suis pas sûr finalement, qu’on ait pour de bon pris la mesure exacte de cet appel, et tout à la fois de cet essai politique court et dense, de ce tournant éthique et de cette postulation poétique à de nouvelles éclosions.

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Patrick Chamoiseau : « Les frontières sont devenues des guillotines »

Le grand écrivain martiniquais publie « Frères migrants », une ode à la tolérance et à l’accueil. Entretien.

— Par Marie Lemonnier —

Drame majeur de notre temps, la question des migrants n’a trouvé aucune réponse dans notre monde actuel, comme si celle-ci s’avérait réellement impossible à concevoir à l’heure de la mondialisation marchande et du repli sur soi. Ce sont ainsi des milliers d’hommes, de femmes et d’enfants qui sont abandonnés à la mort, transformant la Méditerranée en cimetière et nos frontières en murs de sang. Une catastrophe humanitaire, politique mais aussi poétique, souligne le grand écrivain martiniquais Patrick Chamoiseau, prix Goncourt 1992 pour «Texaco».

A l’occasion de la parution de son nouveau livre «Frères migrants», publié aux éditions du Seuil, il explique à «L’Obs» pourquoi la poésie doit en effet d’urgence revivifier nos systèmes de représentation afin de renouveler notre vision du monde, réinventer le sens de nos frontières et organiser une solidarité des souverainetés nationales. Dans une vibrante «Déclaration des poètes» qui clôt l’ouvrage (extraits à découvrir ici), il formule aussi les grands principes humains qui pourraient nourrir ce nouvel imaginaire et conduire à la «mondialité» voulue par son ami Edouard Glissant.

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Frères migrants, les poètes déclarent…

« On ne peut pas laisser passer ça » : c’est ainsi qu’Édouard Glissant, en insistant sur le « on ne peut pas », convoquait son jeune complice Patrick Chamoiseau face aux urgences du Tout-Monde et des humanités en relation. Ce souvenir a été d’emblée rappelé par l’écrivain en introduction à la lecture de cette « Déclaration des poètes », mercredi 1er février à la Maison de la poésie à Paris, lors d’une soirée de « poétiques de la résistance » organisée par l’Institut du Tout-Monde fondé par Édouard Glissant.

L’esprit qui habite Frères migrants est le même qui avait inspiré Quand les murs tombent, ce manifeste contre le ministère de l’identité nationale et de l’immigration qu’ils avaient écrit ensemble en 2007. On y retrouve cette inspiration que, depuis Aimé Césaire (Discours sur le colonialisme) et Frantz Fanon (Les Damnés de la terre), la Martinique n’a cessé d’apporter au monde (lire sur Mediapart Martinique éveilleuse du monde).

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Apré nonm lan

Pour Jean Bernabé

 — Par Patrick Chamoiseau —

Jan
Man ka wè an gwan lawonn sèbi  ek an chay  betafé
Man ka  tann tout  kalté  jan tanbou ka dégajé kadans
Ek man ka tann lang-an
Ki ka ouvè, ki ka lévé
Ki ka bat  alantou’w
 
Ki  ka  djélé osi !
 
Ou apiyé’y
Ou gloryé’y
Ou bay limyé rasin et lépésè zetwal
Ou viré bay sa‘y ba nou  ek ou tyenbé  fos la
 
Saki vayan  jodi ka dépozé chapo
Sé a lan men yo ka poté tchè yo
Sé a lan men yo ka balé tout kalté la pousiè
Pou dépozé anba plat pié’w dé kalté bel ti mo
Dé vyé mo a vyé neg
Dé pawol kout dé pawol  long
Dé pawol a dousin
Tou sa lang lan za di, tousa i poko di  ek tousa i ké di
 

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«Le rôle de l’artiste est de toujours être du côté de la beauté»

A l’occasion de la 23e édition du SIEL ( Salon Internatiponal de l’Edition et du Livre), l’Institut français a invité l’auteur et poète Patrick Chamoiseau pour présenter son dernier roman «La matière de l’absence». Avec le recul de l’artiste, il partage avec nous une vision élargie sur l’existant et l’impensable.

Vous présentez, dans le cadre du SIEL «La matière de l’absence», un ouvrage dans lequel vous explorez le deuil de votre mère, disparue il y a seize ans. Quand fait-on le deuil d’une mère ?

Patrick Chamoiseau :Dans les sociétés traditionnelles, le deuil est un moment très particulier, une sorte de seuil qu’il faut traverser. Ce qui fait que l’on dispose de systèmes symboliques qui aident à traverser cette période. La difficulté du monde contemporain c’est que l’on a ce phénomène d’individuation. On construit, d’une certaine manière, son éthique, son équilibre, son architecture de principe et de valeurs. On est détaché du système symbolique communautaire et l’on doit construire, seul, sa propre personne. C’est évidemment une liberté, mais dans cette nouvelle liberté, il reste les moments difficiles que l’on doit gérer à sa manière.

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« Solibo Magnifique » traduit en japonais

Conférences, samedi 25 février 2017 à 15h à la Maison de la Culture du Japon à Paris.

« Il y a des pays comme ça où la mer est par-devant la mer est par-derrière… »

À l’occasion de l’attribution du Grand prix de la traduction 2016 à la version japonaise de son ouvrage Solibo Magnifique, la MCJP accueille un grand romancier, conteur, essayiste et théoricien de la créolité, Patrick Chamoiseau. Lauréat du Goncourt 1992 pour le désormais célèbre Texaco, l’écrivain sera entouré par ses deux traducteurs Ryoko Sekiguchi et Patrick Honnoré qui nous feront voyager dans l’univers des insularités, et nous expliqueront comment la musique les a inspirés dans leur travail de traduction.

Entre la Martinique et le Japon, à travers la traduction d’une oeuvre, Solibo Magnifique, les invités entrouvriront aussi des portes oubliées vers des lieux communs rapprochant des cultures au-delà des frontières linguistiques. Des îlots où l’humain livre sa mémoire, énonce ce qui l’entoure et effleure l’universel.

Maison de la Culture du Japon à Paris, 101Bis Quai Branly, 75015 Paris

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De la migration, sur scène, en littérature, et dans la vie

— par Janine Bailly —

L’actualité nous en donne régulièrement des échos, les médias s’emparent de leurs odyssées, transcontinentales ou européennes, de préférence si elles se font tragiques, et puis on s’habitue, on vit près d’eux sans les voir sans les regarder sans leur faire même l’aumône d’un sourire, d’un signe de reconnaissance, d’une parole, qui viendraient à l’appui d’une possible aide matérielle.

Ils sont les sans-papiers, les déracinés, les déshérités, les exilés, les migrants, les « à expulser », ceux que l’on dit réfugiés quand bien même la terre où ils ont pris pied au péril souvent de leur vie, ne leur offre aucun refuge, et qu’on les voit dormir sur les trottoirs des villes, dans les encoignures des portes, dans les replis des murs, hommes femmes et enfants blottis à même le sol dur ou sur quelque carton censé les isoler du froid qui terrifie. Ils, ce sont ceux que la vie a poussés vers nous, fuyant les vicissitudes de pays devenus pour eux invivables, pays en guerre, pays en misère, pays soumis à quelque petit chef dictatorial, pays devenus, par la faute des activités incontrôlables des hommes, ingrats et de sols improductifs.

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Contre la barbarie!

Mercredi 1 février 19H – Maison de la poésie – Paris

Avec l’Institut du Tout-monde, je prononcerai en compagnie
d’Isabelle Fruleux
une
GRANDE DÉCLARATION SUR LES MIGRANTS.
Une soirée « Itinerrance » proposée par l’Institut du Tout-Monde,
avec la participation du Collectif PEROU

et du Collectif pour une Politique de la Relation (Bruno Guichard)

Welcome à tous.
Réservez – Place limitées.

Impasse Molière – 157 rue Saint Martin – 75003

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L’esclavage : quelle influence sur notre poétique ?

— Par Patrick Chamoiseau —

J’ai choisi de vous parler de l’influence de l’esclavage sur notre poétique.

D’abord, deux considérations liminaires.

La première sera pour remercier mon ami le professeur Aimé Charles-Nicolas de l’hommage qu’il rend aujourd’hui à la littérature. Demander à un écrivain « d’ouvrir » en quelque sorte un colloque scientifique, c’est, au-delà de ma personne, reconnaître au même niveau que les sciences de l’homme, la perception poétique des choses, et l’importance des poètes, romanciers, musiciens et artistes qui, dans les Amériques, ont questionné les réalités humaines de nos pays. L’intuition poétique, l’exploration romanesque, les divinations enthousiasmantes des plasticiens, des photographes et des musiciens, ont bien souvent précédé — pour ne pas dire « inauguré » — les investigations pragmatiques des sciences de l’homme et de l’esprit. C’est donc pour souscrire à la tenue scientifique de ce colloque que je vais convoquer, pour leur laisser ma place, deux poètes essentiels à la compréhension des mondes créoles américains : Aimé Césaire, Edouard Glissant. Les poètes sont l’âme de leurs peuples, parler d’eux, c’est parler de la lumière la plus accomplie de ces peuples tout entiers.

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La Matière de l’absence : l’écriture comme célébration du surgissement

— Par Michèle Bigot —

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L’absence, c’est avant tout celle de Man Ninotte, la mère du narrateur, qui vient de la porter en terre. De ce deuil, partagé avec la fratrie, et au premier chef, avec sa sœur, la Baronne, il reste l’indicible douleur de la perte. Mais aussi la densité d’une présence de l’absente, qui apparaît à tous les coins de rue. Sa silhouette, ses gestes, ses expressions, une trace. La trace autour de laquelle on peut broder à l’infini. Broderie et tissu font texte. L’absence de la mère renvoie à « l’effacement primordial », celui des Amérindiens, celui des esclaves enchaînés à la cale du vaisseau négrier, arrachés à leur univers, plus dépouillés que les plus nus. Sur cette radicale absence, cette totale amputation, cette disparition, il s’agit de faire culture, « sol et racine ». Le manque fondateur, l’effacé structurant, voilà qui va faire nouveau monde.

Et la perte de l’être le plus cher réactualise ce manque radical. Par là, elle fait surgir la forme poétique. La mort scandaleuse est aussi un immense horizon. Bazil, la mort annoncée par la conque de lambi, arrête les enfants en plein vol.

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Chamoiseau, l’œuvre au monde

Compte rendu critique de : Patrick Chamoiseau, La matière de l’absence (Seuil, 2016)

chamoiseau_micro—Par Loïc Céry (ÉdouardGlissant.fr) —

La légende dit que Jean Paulhan, le « pape de l’édition française » des années vingt aux années soixante, avait coutume en recevant ses invités à son hôtel particulier non loin des Arènes de Lutèce, d’expliquer à qui voulait l’entendre, la signification des deux imposantes piles de livres qui trônaient à l’entrée de l’intimidante demeure, comme des Himalayas inaccessibles à l’entendement. Les ouvrages provenant des envois de presse, tous neufs et souvent dédicacés par leurs auteurs, étaient rangés en rangs serrés, dans un équilibre instable et pourtant viable, mais dont la précarité elle-même intriguait les visiteurs, compte tenu de la hauteur impressionnante des deux colonnes. Les livres attendaient l’attention si salvatrice du démiurge, qui pouvait d’un coup vous propulser au firmament des gloires littéraires de Paris ou de sa seule indifférence vous laisser dans la moiteur de la confidentialité. Dans cet hôtel particulier qui a vu passer tout ce que la littérature française comptait de talents confirmés et d’espoirs en germe, les ouvrages reçus, innombrables et envahissants, n’échappaient jamais à cette sélection première, ce tri soigneusement pensé par le maître.

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