Littératures

Forfaiture en réseau

— Par Marie-Joé Lirus —

… ! J’ai besoin d’un AVOCAT qui ne me trahira pas,
Dis-moi ! où il est ?
… ! J’ai besoin d’un MEDECIN qui ne me trahira pas,
Où est-il ?
… ! J’ai besoin d’un CURÉ qui ne me trahira pas,
…?
… ! J’ai besoin d’un PASTEUR qui ne me trahira pas,
…?
… ! J’ai besoin d’un ÉLU qui ne me trahira pas,
…?
… ! J’ai besoin d’un POLITIQUE qui ne me trahira pas,
… ?
… ! J’ai besoin d’un COMMERCANT qui ne me trahira pas,
… ?
… ! J’ai besoin d’une POLICE qui ne me trahira pas,
… ?
… ! J’ai besoin d’une GENDARMERIE qui ne me trahira pas,
… ?

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Être Noire pour traduire une Noire ?

— Par Akram Belkaïd —

Faut-il être Noire pour traduire un poème écrit par un Noire ? Faut-il être arabe pour traduire un texte écrit par un arabe ? Faut-il être Algérien pour traduire l’œuvre d’un auteur algérien ? Ces questions font actuellement débat en raison de la polémique autour de la traduction en néerlandais du poème d’Amanda Gorman. Pour mémoire, cette jeune Afro-américaine avait fait sensation dans le monde entier en lisant son texte, The Hill We Climb, (La colline que nous gravissons) lors de la cérémonie d’investiture du président américain Joseph Biden en janvier dernier.

Aux Pays-Bas, l’éditeur Meulenhoff a proposé à Marieke Lucas Rijneveld, une jeune auteure très connue, d’en assurer la traduction en néerlandais. Précisons, car c’est important pour la suite, que Mme Rijneveld est blanche. En réaction, la journaliste et activiste noire Janice Deul – elle milite pour plus de diversité au Pays-Bas – a dénoncé dans un article « un choix incompréhensible » qui, selon elle, provoque « douleur, frustration, colère et déception. » L’affaire s’est emballée, les réseaux sociaux ont pris le relais et, finalement, l’éditeur a retiré la traduction à Rijneveld (laquelle a publié un poème intitulé « Tout Habitable » pour dire son désarroi et sa peine face à cette affaire).

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« Candide » en feuilleton pour réviser ses classiques sur France Culture

Du 3 au 14 mai à 20h 30 -Série- Podcasts-
Réalisée par Cédric Aussir, cette adaptation du chef-d’œuvre de Voltaire est un bijou radiophonique. Enlevée, drôle et servie par une distribution de rêve.
Joie, bonheur et bis repetita. Entendre, (ré)entendre Candide. Comme ça. C’est-à-dire à la fois à la lettre (irréprochable adaptation de Laure Egoroff) et de manière si enlevée que Bridgerton et sa chronique peuvent aller se rhabiller quand, dès le premier épisode, il suffit d’un mot (« parapet ») pour emballer nos imaginaires. Pour aussi, et comme à toute cause il faut bien un effet, que ledit jeune homme, trop épris de la belle Cunégonde, se fasse chasser du château. Le reste – le pire, en réalité – est bien connu des lycéens, qui devraient pouvoir ainsi joyeusement réviser… ( Le Monde)

Synopsis :
Candide est un jeune garçon vivant au château du baron de Thunder-ten-tronckh qui se trouve en Westphalien 6. Il a pour maître Pangloss, philosophe qui enseigne la « métaphysico-théologo-cosmolonigologie », et qui professait, à l’instar de Leibniz, que l’on vit dans le meilleur des mondes possibles — la philosophie leibnizienne est cependant déformée dans ce que professe Pangloss17.

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Vaksen vs Viris « Veni vidi vici »*

— Par Daniel M. Berté —

Viris vini an Vandrédi

valid valéré valsé

vann a vil pri lavi avan

viktim vilnérab volé

pran lavol jik o Valala

Viris vandal viris violè

« Veni vidi vici »

Vorien-a gaté lé vayan

vevvié kon lé vwazen

viris vini anpéché viv

Vakabon viré mové van

vilen varian ki pli violan

i vréyé vivan kay vermin

« Veni vidi vici »

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Aimé Césaire, la voix de la fraternité

En 1976, Aimé Césaire s’entretenait avec Edouard Maunick, poète et journaliste mauricien, au cours d’une série de cinq émissions. Le poète et homme politique antillais avait 63 ans à cette époque. Dans ces entretiens, il parle de son parcours intellectuel et de son attachement à la culture antillaise et africaine. Il évoque aussi la douleur de l’exil, le racisme toujours présent dans les sociétés occidentales et l’importance de maintenir l’espoir parmi les peuples noirs opprimés.

Aimé Césaire est né en Martinique en 1913. Après de brillantes études au lycée Schoelcher de Fort-de-France, il obtient en 1931 une bourse qui lui permet de suivre des études à Paris. En 1934, il fonde la revue L’Etudiant noir avec Senghor, Damas, Sainville et Maugée, puis entre à l’Ecole Normale  Supérieure. En 1935, il commence à écrire un long poème, le Cahier d’un retour au pays natal, pour lutter contre le dépaysement et l’exil. Il invente le terme de négritude. En 1939, il retourne en Martinique où il enseigne au lycée de Fort-de-France. En 1941, il fonde la revue Tropiques avec sa femme et d’autres amis.

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« Labimsolo » de Daniel Boukman

Daniel Boukman : ouvrages édités en créole martiniquais

°en français * en créole martiniquai °* en français et n créole martiniquais

Poésie

*Anba fey, préface Raphaël Confiant, illustrations Caesar Conrad

Editions Radio Mango, 1987

*Pawol bwa sek, préface Jean Bernabé, illustrations Henri Guédon

Editions Zandoli, 1992

*Chiktay pawol, avant-propos Monchoachi, illustrations Ali Randalls Editions Mabouya, 1994

*Zizinng pawol, préface Edouard Glissant, illustrations Alain Salevor Editions Mabouya, 198l

Prose

*Pawol fonmi fol, préface Raphaël Confiant, illustrations Emmanuel Baker

Editions Mabouya, 2010

Théâtre

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« Parenthèse virale » & Écrire…

— Patrick Mathelié-Guinlet —

Parenthèse virale
 
Comme gouttes de pluie
absorbées par le sable
s’écoule ainsi le temps
en jours bien trop semblables
pour que tout bonnement

les retienne l’esprit
et pire sont les nuits
quand nous saisit l’ennui
lors de nos insomnies…
 
Ma mémoire est en berne
dans ces moments si ternes
comme un grand brouillard gris
fait un philtre d’oubli…
 
Mais que cela nous pèse
quand ce virus a mis
tout simplement nos vies
entre deux parenthèses !

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Littératures : nouveautés du 25 avril 2021

Le mot littérature, issu du latin litteratura dérivé de littera (la lettre), apparaît au début du XIIe siècle avec un sens technique de « chose écrite » puis évolue à la fin du Moyen Âge vers le sens de « savoir tiré des livres », avant d’atteindre aux XVIIe – XVIIIe siècles son sens principal actuel : ensemble des œuvres écrites ou orales comportant une dimension esthétique (ex. : « C’est avec les beaux sentiments que l’on fait de la mauvaise littérature » André Gide) ou activité participant à leur élaboration (ex. : « Se consacrer à la littérature »).

La littérature se définit en effet comme un aspect particulier de la communication verbale — orale ou écrite — qui met en jeu une exploitation des ressources de la langue pour multiplier les effets sur le destinataire, qu’il soit lecteur ou auditeur. La littérature — dont les frontières sont nécessairement floues et variables selon les appréciations personnelles — se caractérise donc, non par ses supports et ses genres, mais par sa fonction esthétique : la mise en forme du message l’emporte sur le contenu, dépassant ainsi la communication utilitaire limitée à la transmission d’informations même complexes.

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Patrick Chamoiseau de nuit (2/2)

« L’heure Bleue » de Laure Adler : 53 minutes

Contes créoles et mythologies personnelles… A l’occasion de la parution de son livre “Le Conteur, la nuit et le panier” (Seuil), Patrick Chamoiseau nous emmène dans une balade qui, à l’image de son œuvre littéraire, mêle imaginaire foisonnant et pensée politique.

Idées préconçues, déjà-vu, déjà-dit, imposé, convenu… On a toujours cru que le syndrome de la page blanche était le mal des écrivains en panne d’inspiration, mais pour Patrick Chamoiseau, c’est bien “vider la page” qui permet d’entrer dans le processus créatif. Partant de l’extraordinaire émergence de la figure du conteur créole, il interroge dans son dernier livre “Le Conteur, la nuit et le panier” (Seuil) son propre travail d’écrivain, sa mémoire intime et les mystères de la création. 

À écouter  –  CULTURE

La lucidité-oxygène de Patrick Chamoiseau (1/2)

 

54 min

Créer, c’est dépasser l’ordre établi, qui n’est autre, dans les Antilles du XVIIe siècle, que l’ordre esclavagiste. Parler le jour, c’est prendre le risque d’être “transformé en panier”, selon un vieux proverbe créole qui amuse Patrick Chamoiseau. 

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Volkan Sézè (Dorsal bosal)

— Par Daniel M. Berté —

I ni dé volkan ki ka mò
I ni dé volkan ki ka rété
I ni dé volkan ki la selman pou van-an
I ni dé volkan fou
I ni dé volkan boulé an sann
I ni dé volkan ki ka viv an bann ek ka rodé
I ni dé volkan ki ka pwenté djol-yo anlè dlo detanzantan
vré chien lanmè
I ni dé volkan ki ka séré fidji-yo
toulong dan lé niyaj
I ni dé volkan lonjé kon rinoséros fatidjé
dontokel yo pé taté poch galaktik-yo
I ni dé volkan kwayan ki ka fè moniman
pou gloriyé pep ki disparet
I ni dé volkan véyatif
I ni dé volkan ka japé,
an montan lagad an palapot kay lépep ki ka dòmi
I ni dé volkan avous ki ka paret ek disparet
(sa sé jes makak)
I fo pa bliyé sa ki pa lé pli piti
lé volkan pies dòwsal pa janmen lokalizé
ek dontotjel lé rantjin ka konstwi lannuit
I ni dé volkan dontotjel djol-yo ka miziré kantékant
épi déchiraj antan-lontan-a.

Mofwazaj Dorsale bossale de Aimé Césaire ki paret dan Moi, laminaire
Daniel M.

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La lucidité-oxygène de Patrick Chamoiseau (1/2)

« L’heure Bleue » de Laure Adler : 54 minutes

 

En 1992, il se voit décerner le prix Goncourt pour son roman “Texaco”. Près de trente ans plus tard, c’est en Martinique que Laure Adler part à la rencontre de l’écrivain Patrick Chamoiseau, pour tracer avec lui les contours d’une “lucidité nouvelle” précipitée par la pandémie.

Il est devenu muet lorsqu’il a découvert, en entrant à l’école à Fort-de-France, qu’on ne parlait pas créole mais français. Aujourd’hui, il cite son ami et complice Edouard Glissant qui écrivait “en présence de toutes les langues du monde”. 

Auteur de dizaines de romans et d’essais et créateur de mots et de sens, Patrick Chamoiseau a bel et bien fait du langage un allié dans sa lutte contre les absolus – une langue, une couleur de peau, une religion, un imaginaire – sur lesquels le colonialisme a fondé sa domination. 

À écouter  Patrick Chamoiseau avec « La matière de l’absence » aux Editions du Seuil

53 min

René Char a dit : “La lucidité est la blessure la plus rapprochée du soleil » : à l’opposé d’une lucidité amère, c’est une lucidité fertile, qu’il appelle “lucidité-oxygène”, que cherche à penser Patrick Chamoiseau.

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L’aménagement du créole en Haïti et les droits linguistiques au regard du projet de « Constitution » néoduvaliériste du PHTK : les sables mouvants d’une dérive totalitaire

— Par Robert Berrouët-Oriol, Linguiste-terminologue —

Mirlande X, enseignante dans un lycée de Port-au-Prince et lectrice assidue de nos chroniques linguistiques depuis plusieurs années, nous demande dans un récent courriel si les droits linguistiques figurent dans le projet de « Constitution » que l’ex-président Jovenel Moïse –dont le mandat a expiré le 7 février 2021 selon la Fédération des barreaux d’Haïti, mais qui s’accroche au pouvoir dans un climat politique marqué par la régression des droits citoyens et l’emprise grandissante des gangs armés sur le territoire national–, s’est mis en tête de faire adopter par référendum en juin prochain. Pertinente, la question de Mirlande X renvoie à la nécessité de garantir, notamment dans un texte constitutionnel, l’efficience des droits linguistiques inscrits dans la Déclaration universelle des droits linguistiques de 1996. Et comme nous l’avons auparavant explicitement formulé à travers la vision de l’aménagement linguistique en Haïti que nous offrons en partage dans nos articles et dans nos livres, les droits linguistiques sont un droit premier.

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Étonnants Voyageurs, un festival original en direct de Saint-Malo, France

– par Janine Bailly –

Les 22, 23 et 24 mai, une Trentième Édition 2021 forcément en ligne, et sans Michel Le Bris !

Je me souviens… Il fut, en des temps plus heureux, des Pentecôte(s) où descendait sur nos fronts, non la blanche colombe de la Bible, mais l’esprit de la littérature. Alors déferlait sur Saint-Malo, à peine contenue par l’antique ceinture granitique de ses remparts, la vague des lecteurs, amoureux des livres du « tout-monde », corsaires à l’affût de trésors dormant entre les pages, pirates chasseurs d’autographes, flibustiers dénicheurs d’inédites perles rares au creux secret de l’huître… Je me souviens… les courants convergents des visiteurs déferlant de toute la Bretagne et d’ailleurs vers le Palais du Grand Large ; la ville vaisseau littéraire à prendre à l’abordage, l’ancien repaire investi pendant trois jours, espace clos et pourtant ouvert sur le monde, bulle de sérénité où la vie se déroulait d’autre et belle façon ; le ressac des mots, les paroles entendues des écrivains, que l’on buvait sans que jamais ne soit étanchée notre soif, et dans l’odeur salée qui montait du large, l’écho des aventures et des voyages, périples autour du monde, mais encore plongée au cœur de la pensée et dans les hauts-fonds de l’âme humaine ; les milliers de pages à réveiller, auxquelles donner vie par une  lecture à venir, que l’on pressentait heureuse et riche, et dont la seule idée tenait déjà d’une indicible satisfaction ; le choix difficile puisque de cette bibliothèque marine, universelle, aux alizés ouverte, on ne pourrait hélas tout acquérir !

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Celui qui se réfugia dans la montagne. Monchoachi.

— Par Widad Amra

S’il est des personnages qui avancent dans la vie, entourés d’un halo de mystère, par leur rapport à l’existence, par ce qu’ils donnent peu à voir, peu à entendre, mais tellement à comprendre, il en est un qui incarne cette alchimie mystérieuse, le poète Monchoachi.

Dans le film d’Arlette Pacquit : « La Parole Sovaj », présenté en avant-première à Tropiques – Atrium le 30 mars dernier et en première diffusion sur Martinique la 1ère, le 6 avril, André-Pierre Louis, alias Monchoachi, nous est présenté dans toute sa complexité et toute sa clarté. Chose étonnante, l’homme solitaire est descendu de la montagne du Vauclin, lui qui refuse tout projecteur, cultive l’absence plus que la présence. Il nous est apparu dans sa simplicité, son apparente fragilité, son sourire malicieux, sa modestie, son élégance.

Ce documentaire d’une belle poésie, est un voyage qui brise les codes habituels pour offrir ce que la poésie a de plus éclaté et de plus rassemblé, de plus libre, de plus primitif, voire subversif, dans ce qu’elle offre à voir de ce qu’est la beauté.

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Parution en Haïti et au Canada du livre « La didactisation du créole au cœur de l’aménagement linguistique en Haïti »

— Par Jean Euphèle Milcé —
Le National salue la publication, en mai 2021, du livre collectif « La didactisation du créole au cœur de l’aménagement linguistique en Haïti » (coédition Zémès, Haïti, et Cidihca, Canada). Coordonné et coécrit par le linguiste-terminologue Robert Berrouët-Oriol, collaborateur régulier du National depuis plusieurs années, ce livre ouvre des perspectives nouvelles et fortes en vue de l’enseignement du créole et de l’enseignement des savoirs et des connaissances dans la langue maternelle des locuteurs. Pour découvrir cet ouvrage et en apprécier le contenu, Le National présentera bientôt à ses lecteurs, en exclusivité, une série d’entrevues réalisées avec plusieurs auteurs de « La didactisation du créole au cœur de l’aménagement linguistique en Haïti ».
Appelé à être un livre de référence majeur dans le système éducatif haïtien, ce livre est la première publication entièrement consacrée à la didactisation de la langue parlée par plus de onze millions de locuteurs au pays. Son aménagement est donc l’un des plus grands défis que l’État haïtien a l’obligation de mettre en œuvre en vue d’une éducation de qualité et véritablement inclusive.

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Disparition de Bernard Noël, poète du corps et de la « sensure »

Écrivain engagé, essayiste, romancier, historien, reporter, polémiste, sociologue, critique d’art, éditeur, mais surtout poète français contemporain considéré comme l’un des plus grands, Bernard Noël s’est éteint le 13 avril 2021, à l’âge de 90 ans. En 2016, ultime distinction, l’Académie française avait consacré l’ensemble de son œuvre poétique en lui attribuant son Grand Prix de Poésie. Une belle reconnaissance pour celui dont le travail avait été salué en son temps par Louis Aragon.

« Le Bernard Noël que j’ai connu était bardé d’un silence à couper au couteau », écrivait son ami Georges Perros en 1977. Leur Correspondance sera publiée en 1998. Avec cette forte image, Perros met en lumière un paradoxe fondateur : l’œuvre de Bernard Noël, abondante, à la fois inspirée et pensante, s’est construite dans ce rapport violent à l’intériorité silencieuse. Violence dont le langage est l’instrument, l’arme. Dans un entretien avec Claude Ollier, en 1995, il déclarait : « Il n’y a jamais eu pour moi d’en dehors du langage. Il n’y a de l’indicible que parce qu’il y a du dicible ». Ce constat renvoie à l’homme vivant dans son époque autant qu’à l’écrivain, au poète qu’il fut… Vivant dans son époque, car comme nombre de jeunes gens de sa génération, il réagit avec révolte et détermination aux événements du monde, d’Hiroshima à la guerre du Vietnam, des crimes de Staline à la guerre d’Algérie, au cours de laquelle il milite avec les “porteurs de valise” du Réseau Curiel.

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Wou tou… Moun tou

— Par Daniel M. Berté —

Menm si’w kon juiféran
Ou ka ba lari chenn
Ou ka mandé chen pen
Pas dé poch-ou krévé
Wou tou… ou sé Moun tou

Menm si’w kon griyav vet
An didan djel an bef
Ou dé digré pli ba
Ki an kabann vètè
Wou tou… ou sé Moun tou

Menm si’w pran wonm pou soup
Epi ou ka tété’y
Ka trennen an dalo
Ka santi makriyo
Wou tou… ou sé Moun tou

Menm si ou pèd lakat
Epi’w touni an tet
Ek pran Mango Vilsen
Pou lotel katétwal
Wou tou… ou sé Moun tou

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Hommage au poète de l’île Maurice, Edouard Maunick

— Par Marie-Hélène Léotin —

Edouard Maunick, chantre mauricien de la négritude métisse et de la créolité, poète de l’insularité, est décédé à Paris le 10 avril 2021 à l’âge de 89 ans. Natif de l’île Maurice, il laisse derrière lui une importante œuvre poétique riche d’inventions lexicales et de souffle baroque. Compagnon et héritier de Césaire et de Senghor, Grand Prix de la francophonie pour l’ensemble de son œuvre, Edouard Maunick était inspiré par son île, le lieu, la mer, les aromes, le parfum des épices, sans jamais tomber dans le doudouisme. Révolté, métis à la recherche de la beauté du monde, de l’Océan indien à la capitale des lettres françaises, on retiendra d’Edouard Maunick le magnifique recueil intitulé « Ensoleillé vif » (1976), préfacé par Senghor.

Le combat d’Edouard Maunick concernait aussi la langue. Produit de la francophonie mauricienne, il avait fait du français sa langue d’expression privilégiée, n’oubliant jamais de rappeler qu’il était venu à la langue de Voltaire par le créole. Le français que le poète a pratiqué est nourri des mots et des structures de la pensée créole, sans jamais tomber pour autant dans l’exotisme facile.

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Les Français écrivent tellement que Gallimard dit stop

Paris – De moins en moins de Français lisent, mais ils sont toujours autant de candidats pour être publiés. Et pour Gallimard, c’en est trop: l’éditeur prie les écrivains aspirants d’attendre avant d’envoyer leur prose.

« Compte tenu des circonstances exceptionnelles, nous vous demandons de surseoir à l’envoi des manuscrits. Prenez soin de vous toujours et bonnes lectures« , écrit la prestigieuse maison sur son site internet. 

Ce conseil y est apparu début avril et a été relayé sur le compte Twitter officiel le 2 avril, un vendredi en fin d’après-midi. Pas sûr qu’il soit suivi unanimement, mais pour accroître ses chances, mieux vaut s’y plier. Et patienter. 

Le contexte est assez défavorable aux inconnus qui se rêvent en Houellebecq ou en Nothomb. La fermeture des librairies à deux reprises en 2020, au printemps et à l’automne, a entraîné des reports de parution, provoquant un embouteillage en 2021. Si se faire publier est toujours difficile pour un débutant, c’est devenu encore plus compliqué. 

Gallimard n’est pourtant pas avare en premiers romans dans sa fameuse Collection blanche: cinq à la rentrée de janvier, deux en mars, deux en avril… Interrogé par l’AFP sur les raisons de ce message au grand public, l’éditeur a évoqué l’immensité des volumes envoyés. 

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Séminaire René Maran en ligne

Séance ouverte à toutes et tous le 9 avril 2021 de 14h 30 à 16h 30. Heures de Paris.

Pour participer à la séance, copiez le jour J le lien zoom ci-dessous sur votre navigateur :
https://us02web.zoom.us/j/86391171941?pwd=UnRVZTFNTnZmOHQ1WndVQ2h6YTdldz09

ID de réunion : 863 9117 1941
Code secret : 507593

Cette intervention du prof. Charles W. Scheel veut faire le point sur les documents disponibles dans les diverses archives pour la période entre fin 1909 (départ de Maran pour l’Afrique) et juillet 1921 (publication à Paris de Batouala avec sa préface). Il s’agit surtout des nombreuses correspondances de l’écrivain à cette époque. Mais on souhaite également relever les mentions concernant ces genèses dans les nombreuses études consacrées à l’œuvre de René Maran depuis la sortie de Batouala. Toutes indications seront appréciées dans la discussion, suite à la présentation du thème !

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La didactisation du créole au cœur de l’aménagement linguistique en Haïti

— Par Robert Berrouët-Oriol —

Je suis particulièrement ravi d’annoncer la parution en Haïti et au Canada, en mai 2021, du livre « La didactisation du créole au cœur de l’aménagement linguistique en Haïti » (382 pages, coédition du Cidihca, Montréal, et des Éditions Zémès, Port-au-Prince).

L’orientation éditoriale et les objectifs de ce livre sont clairement énoncés : « Par la variété et l’amplitude des articles qu’il rassemble, le livre « La didactisation du créole au cœur de l’aménagement linguistique en Haïti » institue une démarche pionnière en didactique du créole et en créolistique. Destinées à la fois aux professeurs des cycles primaire et secondaire, aux enseignants-chercheurs de l’enseignement supérieur, aux spécialistes du langage, aux didacticiens, aux journalistes et aux lecteurs divers intéressés par la question linguistique haïtienne, les études consignées dans le présent ouvrage, inédites et de grande qualité, couvrent chacune un ou plusieurs aspects de la didactisation du créole. Les auteurs des 15 chapitres de ce livre –des universitaires œuvrant en Haïti, en Europe, aux États-Unis, au Canada et aux Antilles françaises–, abordent la question de la didactisation du créole à la lumière de leurs champs de spécialisation : linguistique, sociolinguistique, didactique, sociodidactique, droit, littérature, terminologie, lexicologie, dialectologie et créolistique.

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Littératures: nouveautés du 04 avril 2021

Le mot littérature, issu du latin litteratura dérivé de littera (la lettre), apparaît au début du XIIe siècle avec un sens technique de « chose écrite » puis évolue à la fin du Moyen Âge vers le sens de « savoir tiré des livres », avant d’atteindre aux XVIIe – XVIIIe siècles son sens principal actuel : ensemble des œuvres écrites ou orales comportant une dimension esthétique (ex. : « C’est avec les beaux sentiments que l’on fait de la mauvaise littérature » André Gide) ou activité participant à leur élaboration (ex. : « Se consacrer à la littérature »).

La littérature se définit en effet comme un aspect particulier de la communication verbale — orale ou écrite — qui met en jeu une exploitation des ressources de la langue pour multiplier les effets sur le destinataire, qu’il soit lecteur ou auditeur. La littérature — dont les frontières sont nécessairement floues et variables selon les appréciations personnelles — se caractérise donc, non par ses supports et ses genres, mais par sa fonction esthétique : la mise en forme du message l’emporte sur le contenu, dépassant ainsi la communication utilitaire limitée à la transmission d’informations même complexes.

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En compagnie d’Édouard Glissant sur France-Culture

Édouard Glissant, le langage du Tout-Monde 

 » Le poète achemine la connaissance du monde dans son épaisseur et sa durée, l’envers lumineux de l’histoire qui a l’homme pour seul témoin. »
Alors que l’on commémore cette année les dix ans de sa disparition, nous vous proposons aujourd’hui de cheminer en compagnie d’Édouard Glissant, poète et philosophe martiniquais, fondateur des concepts de « créolisation » et d' »antillanité », et auteur d’une oeuvre dense, riche, dans laquelle il s’applique à penser le Tout-Monde, ce monde dans lequel toutes les cultures et les langues sont mises en relation, s’influencent et se transforment. Lire l’oeuvre d’Édouard Glissant, c’est faire l’expérience d’un langage singulier, à la fois exploration poétique et acte politique d’émancipation. Lire Édouard Glissant c’est aussi rencontrer une pensée dynamique fondée sur la relation, et extrêmement féconde pour penser notre monde contemporain. Alors écoutez la voix et les mots du poète et de ses compagnons !

1 Patrick Chamoiseau, une voix dans la nuit

Dans le sillage d’Édouard Glissant, l’écrivain Patrick Chamoiseau pense la création littéraire comme suivant un moment proche du chaos. Dans son nouvel essai Le Conteur, la nuit et le panier il interroge, sous la forme d’énigmes initiales, l’impératif de conter pendant la nuit et mène une réflexion autour de l’Écrire, de la figure du conteur créole et du  » choc esthétique ».

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Rabelais pourrait bien être un conteur créole

LE CONTEUR, LA NUIT ET LE PANIER, Patrick Chamoiseau. Seuil, 272 pages, 21 euros

— Par Muriel Steinmetz —
C’est une des hypothèses de Patrick Chamoiseau, dans un livre qui célèbre les maîtres de la parole venus d’Afrique et leurs descendants contemporains.

Comment Patrick Chamoiseau a-t-il découvert la voix de son propre chant, dans des langues « offertes par le hasard
», le créole, le français ? Il explore dans ce livre la naissance de sa vocation d’écrivain. Et met en garde : ici, pas de recettes narratives, ni d’atelier d’écriture ! Son texte, complexe, lumineux, poétique, théorique, clair et énigmatique, s’articule telle une « laronde », nom donné, dans les plantations colonialistes, aux traditions des veillées antillaises. Lors de ces veillées souvent mortuaires, un conteur prenait la parole, en créole, dans un « silence de roche ».

Langue dominée, Langue matricielle

Chamoiseau tresse de concert l’essai au récit. En des chapitres intimes, il revient sur la terre ferme de son enfance, par bouffées de mémoire structurelle. Il évoque « les petits-lots ficelés » que sa mère, Man Ninotte, pas « véritablement lettrée », lui rapportait du marché après avoir vidé la brouette d’un djobeur (celui qui effectue de menus travaux), débordante de rebuts de librairie.

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« Poisson d’avril! » & « Pak nou » de Patrick Mathelié-Guinlet

“Poisson d’avril!”

On aurait souhaité que ça ne soit en gros
qu’une plaisanterie, la blague d’un potache
et, si on l’avait eu quand même dans le dos,
un poisson de papier que, discret, l’on accroche

tel un mauvais rêve, dissipé aussitôt
au réveil à l’instar des brumes matinales
par le soleil levant de l’île tropicale…
Mais ce poisson d’avril, hélas, est un poison

qui pour bien plus longtemps menace nos poumons,
un virus qui n’aurait jamais dû débarquer
des bateaux, des avions, du moins sans précautions,
pour mieux nous confiner ensuite à la maison…

******

Pak nou

Pak, ti tak, ti tak Pak,
ti tak, ti tak Pak.
Pak atak, Pak atak,
matoutou krab !

Krab pa ni mak,
chak krab an lak,
chak krab an bak,
chak krab an sak,
chak krab an pak
èk san di hak,
krab pak an pak
èk bonda-man-jak…

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