Lu Wilson ou le reggae comme géographie

– par Rodolf Etienne

Il y a des musiciens que l’on raconte par une discographie. Pour Lu Wilson, il faudrait presque commencer par une carte.

Bouaké, la Martinique, Londres et Brixton, Kingston, Tahiti. Afrique, Caraïbe, Europe, Jamaïque, Pacifique : autant de lieux traversés, habités parfois pendant des années, qui ont fini par dessiner un parcours où le reggae est vécue comme une langue commune.

Revenu en Martinique pour un séjour de plusieurs mois, le chanteur et guitariste entend en profiter pour ouvrir – écrire – une nouvelle étape de son histoire et de son parcours musical. Pas simplement revenir jouer dans son pays, reprendre contact, reconstruire une formation, enregistrer, rencontrer, en un mot, partager.

Né en Afrique, grandi en Martinique

Lu Wilson est né à Bouaké, en Côte d’Ivoire, de parents martiniquais. La Martinique est ensuite l’île où il grandit, fréquente l’école, se fait des amis et construit une partie essentielle de son identité. Mais la trajectoire de Lu Wilson est justement faite de départs. Londres devient l’un de ses territoires de formation musicale et humaine. Brixton, avec ce que ce quartier a représenté pour les diasporas caribéennes, africaines et pour la culture reggae britannique, constitue une étape importante. Puis d’autres routes s’ouvrent. Ce déplacement permanent est probablement une des clés pour mieux comprendre Lu Wilson.

Dans l’ombre de Tuff Gong, Errol Brown

Chez Lu Wilson, le reggae n’est pas un habillage posé sur des chansons. La basse, la batterie, la guitare riddim, l’espace laissé entre les instruments, les harmonies et la voix constituent une véritable grammaire. Sa discographie en garde la trace. En 2016 paraît Red Eyes, album dont les plateformes conservent notamment Spanish Gyal, No Poll Tax, Jah Master, Conscious Lady, True Reality, High Grade Gyal, Po-Lin ou encore Afrikan Lady.

Une autre histoire traverse le parcours de Lu Wilson : celle de ses liens avec la Jamaïque et, notamment, avec Errol Brown. Ingénieur du son jamaïcain passé par Treasure Isle, Errol Brown est présenté à Bob Marley par Marcia Griffiths à la fin des années 1970. Il devient assistant ingénieur sur Survival en 1979, puis tient un rôle central derrière la console pour Uprising en 1980, enregistré au Tuff Gong Studio de Kingston.

Quinze ans ou presque dans le Pacifique

Puis il y a Tahiti. Une étape qui devient une longue installation. Lu Wilson a passé l’essentiel des quinze dernières années dans le Pacifique avant son séjour actuel en Martinique. En janvier 2020, un événement organisé à Tahiti annonçait sa présence pour présenter Mama Say, décrit comme un titre réalisé au Fenua, ainsi que plusieurs autres compositions.

Lu Wilson est aujourd’hui en Martinique pour plusieurs mois et travaille à remettre en place une formation scénique : Lu Wilson au chant et à la guitare riddim, Steel Ranking à la basse, Shabba à la batterie, Chris Dachir à la guitare lead et Speed I aux claviers. La démarche n’est donc pas seulement nostalgique. Il s’agit de savoir ce que peut devenir cette musique aujourd’hui, avec de nouveaux partenaires, un autre âge, d’autres expériences et sans doute une autre manière de regarder l’île.

Sources et repères

  • Qobuz — discographie Lu Wilson : c’est actuellement la page la plus riche que j’ai trouvée, avec notamment Lady, My Number One, She Used To, Mohli ki pa bon, Ya dis Kotchie et d’autres sorties 2026.
    Écouter Lu Wilson sur Qobuz
  • Spotify — “She Used To” : un bon point d’entrée récent dans son univers.
    She Used To sur Spotify
  • Spotify — “Po-Lin” / album Red Eyes : permet de remonter à son travail de 2016 ; la page donne également accès aux autres titres de l’album comme No Poll Tax, Jah Master, Conscious Lady, High Grade Gyal ou Afrikan Lady.
    Po-Lin et Red Eyes sur Spotify
  • Apple Music — Lu Wilson : page artiste générale.
    Lu Wilson sur Apple Music
  • Apple Music — “She Used To” : single reggae paru en 2024.
    She Used To sur Apple Music
  • Amazon Music — Lu Wilson : très utile pour voir d’un coup ses sorties récentes ; on y retrouve notamment London Roses, Tou ‘l temps Bb, Over & Over, My Number One, Up Town Lady, Lady et She Used To.
    Lu Wilson sur Amazon Music
  • SoundCloud — “Jah Master” : intéressant pour entendre une facette plus ancienne et roots de Lu.
    Jah Master sur SoundCloud
  • SoundCloud — “Bend Down Low” : reprise/standard associé à Bob Marley, publiée sur son compte SoundCloud.
    Bend Down Low sur SoundCloud
  • La Grosse Radio — fiche Lu Wilson : très intéressante pour Madinin’Art parce qu’elle permet aussi de mesurer la diffusion de son répertoire : Afrikan Lady, High Grade Gyal, Jah’s Master, No Poll Tax, Mama Say, etc.
    Lu Wilson sur La Grosse Radio
  • Kribbean — profil Lu Wilson : petite porte d’entrée éditoriale vers sa discographie reggae/caribéenne.
    Profil Lu Wilson sur Kribbean