Étiquette : Jamaïque

Lu Wilson ou le reggae comme géographie

– par Rodolf Etienne

Il y a des musiciens que l’on raconte par une discographie. Pour Lu Wilson, il faudrait presque commencer par une carte.

Bouaké, la Martinique, Londres et Brixton, Kingston, Tahiti. Afrique, Caraïbe, Europe, Jamaïque, Pacifique : autant de lieux traversés, habités parfois pendant des années, qui ont fini par dessiner un parcours où le reggae est vécue comme une langue commune.

Revenu en Martinique pour un séjour de plusieurs mois, le chanteur et guitariste entend en profiter pour ouvrir – écrire – une nouvelle étape de son histoire et de son parcours musical. Pas simplement revenir jouer dans son pays, reprendre contact, reconstruire une formation, enregistrer, rencontrer, en un mot, partager.

Né en Afrique, grandi en Martinique

Lu Wilson est né à Bouaké, en Côte d’Ivoire, de parents martiniquais. La Martinique est ensuite l’île où il grandit, fréquente l’école, se fait des amis et construit une partie essentielle de son identité. Mais la trajectoire de Lu Wilson est justement faite de départs. Londres devient l’un de ses territoires de formation musicale et humaine. Brixton, avec ce que ce quartier a représenté pour les diasporas caribéennes, africaines et pour la culture reggae britannique, constitue une étape importante.  Lire Plus

MÉMOIRE : Les réseaux panafricains en Martinique

— Par Rodolf Étienne

Avant que Bob Marley, le reggae et les dreadlocks ne donnent au rastafarisme une visibilité mondiale, un formidable réseau d’idées circule déjà entre la Jamaïque, Trinidad, les Antilles françaises, Paris, Harlem et l’Afrique.

Garveyisme, panafricanisme, internationalisme noir, éthiopianisme, affirmation d’une identité noire et interrogation sur l’héritage africain traversent ces espaces.

Et la Martinique se trouve beaucoup moins éloignée de cette histoire qu’on pourrait le croire.

Bob Marley n’est pas à l’origine du rastafarisme. Lorsqu’il naît en Jamaïque en 1945, le mouvement possède déjà une histoire d’une quinzaine d’années. Le moment symbolique déterminant intervient le 2 novembre 1930, lors du couronnement à Addis-Abeba de Ras Tafari Makonnen sous le nom d’Haïlé Sélassié Ier, empereur d’Éthiopie.

Plusieurs prédicateurs jamaïcains interprètent alors l’événement dans une perspective biblique et afrocentrée. Parmi eux, Leonard Howell, Joseph Hibbert, Archibald Dunkley et Robert Hinds. Howell, qui avait séjourné aux États-Unis et fréquenté les milieux influencés par le garveyisme, devient l’une des principales figures de la première génération rastafari.

Marcus Garvey lui-même n’est pas rastafari. Mais sa pensée exerce une influence considérable sur les fondateurs du mouvement.  Lire Plus

La Jamaïque en route vers la république : un projet de loi pour remplacer le roi Charles III par un président jamaïcain

— Sabrina Solar —

La Jamaïque se prépare à franchir une étape historique en annonçant son intention de devenir une république, un projet qui pourrait signifier la fin de la monarchie constitutionnelle après plus de six décennies. Le 5 décembre 2024, le gouvernement jamaïcain a présenté un projet de loi visant à abolir la monarchie et à remplacer le roi Charles III par un président jamaïcain en tant que chef d’État. Ce changement, longuement débattu, marque une volonté forte de la part des autorités jamaïcaines de se détacher définitivement de la couronne britannique, un processus qui s’inscrit dans une dynamique de républicanisme croissante dans les Caraïbes.

Un changement mûri et symbolique

Bien que la monarchie en Jamaïque soit un rôle essentiellement cérémonial, son maintien est perçu par de nombreux citoyens comme un vestige du colonialisme britannique. Depuis l’indépendance du pays en 1962, la Jamaïque conserve le monarque britannique comme chef d’État, un arrangement souvent jugé incompatible avec l’idéal d’une nation pleinement souveraine. La ministre des Affaires juridiques et constitutionnelles, Marlene Malahoo Forte, a expliqué que la présentation de ce projet de loi répondait à une volonté populaire exprimée chaque année lors des célébrations de l’indépendance.  Lire Plus