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La conciergerie : chaînon manquant entre « l’hébergement » et « l’expérience touriste »

— Par Rodolf Étienne

Après le développement spectaculaire de l’hébergement locatif, une nouvelle étape s’amorce pour le tourisme martiniquais : celle de la pleine valorisation du service.

La conciergerie pourrait précisément être le chaînon manquant entre « logement touristique » et « expérience touriste ».

Formation des professionnels, commercialisation, accueil, intendance, connaissance des clientèles, numérique : le CMT (Comité Martiniquais du Tourisme) accompagne désormais explicitement la structuration de la conciergerie en Martinique.

Près d’un touriste de séjour sur deux choisit désormais, en Martinique, un appartement, une villa ou une résidence de tourisme.

Hier, la Martinique vendait sa destination. Aujourd’hui, depuis qu’elle a développé ses hébergements, elle doit vendre davantage la qualité de son service et la singularité de l’expérience qu’elle propose.

Disposer de milliers de villas et d’appartements ne suffit pas. Il faut transformer le séjour en expérience, le visiteur en hôte, la réservation en consommation locale et, idéalement, un premier voyage en désir de revenir.

2024 – Un nouveau départ

En 2024, la Martinique accueillait 988 301 visiteurs. La fréquentation globale reculait légèrement de 1,4 % par rapport à 2023, mais cette évolution masquait un phénomène beaucoup plus intéressant : le nombre de touristes de séjour progressait de 2,8 % pour atteindre 571 511 personnes, son niveau le plus élevé depuis plusieurs décennies.<p>  Lire Plus

Europe : « Garde ta terre, tes plaines, tes hommes, tes hivers… »

— par Rodolf Etienne

L’investisseur voit un actif. L’agriculteur voit une terre. La puissance publique, elle, devrait voir la capacité de nourrir demain !

Parce qu’un champ, ce n’est pas seulement une surface, ce n’est pas seulement une valeur inscrite dans un bilan comptable. Un champ, c’est une possibilité de produire, une capacité de nourrir, une réserve de biodiversité. Un champ, c’est un paysage, un patrimoine, ou, tout simplement une histoire familiale. Mais… un champ, c’est aussi, et de plus en plus, un actif stratégique.

Une agriculture européenne puissante, mais fragilisée

L’UE (Union européenne) est l’une des plus grandes puissances agricoles et agroalimentaires mondiales. Ses campagnes produisent céréales, lait, viande, fruits, légumes, vins, huiles et produits transformés. Des millions d’emplois dépendent directement ou indirectement de l’agriculture et de l’industrie alimentaire. Pourtant, derrière cette puissance apparaît une fragilité croissante : les exploitations disparaissent, les agriculteurs vieillissent, l’installation des jeunes devient difficile, le prix des terres augmente dans de nombreuses régions, les marges sont comprimées par le coût de l’énergie, des engrais, des machines et du crédit, et les revenus agricoles demeurent extrêmement variables selon les filières.<p>  Lire Plus

Sunrise Airways poursuit son développement depuis Cap-Haïtien

Sunrise Airways : dans le ciel fracturé d’Haïti, une compagnie refuse de disparaître

— Par Rodolf Etienne —

Dans un pays où les routes sont devenues dangereuses et les aéroports vulnérables, faire décoller un avion relève désormais autant de l’acte économique que de la résistance nationale.

Alors que Port-au-Prince demeure isolée par la violence et que plusieurs transporteurs internationaux ont déserté le pays, Sunrise Airways, la compagnie aérienne haïtienne, ne se contente plus d’assurer quelques liaisons de survie : elle tente de construire un véritable réseau reliant Haïti, sa diaspora et le reste de la Caraïbe.

Il existe des entreprises dont l’activité dépasse progressivement leur fonction première. Sunrise Airways appartient aujourd’hui à cette catégorie.

Créée en 2010 par l’entrepreneur et pilote haïtien Philippe Bayard, la compagnie est devenue l’un des derniers instruments permettant à Haïti de maintenir une continuité aérienne avec son territoire, sa diaspora et son environnement régional.

Sa devise : Connecting people, not just places – relier des personnes et pas seulement des destinations – prend, dans le contexte haïtien, une portée singulière. Lorsqu’une route terrestre peut signifier racket, enlèvement ou affrontement armé, un vol intérieur ne constitue plus un simple service commercial.<p>  Lire Plus

France des régions – Paradoxe en Martinique ou l’île qui gaspillait ses deniers publics

La France, dans son large ensemble, n’avance pas à la même vitesse.

– Par Rodolf Etienne

Certaines régions attirent les habitants, produisent, innovent, exportent et maintiennent un chômage relativement faible. 

D’autres accumulent vieillissement, pauvreté, dépendance, perte de population et faiblesse de l’investissement. 

La Martinique n’est pas, chiffres en main, le « dernier de la classe » républicaine.

Mais son cas est peut-être plus dérangeant encore.

Possédant davantage d’atouts que plusieurs autres régions ou territoires, elle se voit tout de même largement dépassé.

La France, dans son large ensemble, n’avance pas à la même vitesse.

Il faut tout d’abord faire taire une idée simple. Non, la région française économiquement la plus mal en point n’est pas systématiquement la Martinique. La Guyane affiche un chômage de 19,3 % au premier trimestre 2026. La Réunion est à 19 %, la Guadeloupe à 15,2 %, contre 13,5 % en Martinique.

Sur la pauvreté, les dernières données régionales comparables placent également la Guyane, La Réunion et la Guadeloupe derrière la Martinique. Mais cette lecture brute aurait le désavantage de masquer quelque chose de bien plus grave.<p>  Lire Plus

Fort-de-France : l’usure du pouvoir dans le miroir de l’Afrique

– Par Rodolf Étienne

Au moment où la rentrée scolaire remet sous nos yeux les transformations démographiques de la capitale, Fort-de-France offre une contradiction politique particulière qui mérite d’être regardée sans révérence excessive. Ici, il faut préciser ! Le PPM (Parti Progressiste Martiniquais) ne gouverne pas Fort-de-France depuis 1945, puisqu’il n’a été créé qu’en 1958. Césaire fut d’abord élu sous l’étiquette communiste. Mais la continuité politique issue du césairisme est incontestable.

Aimé Césaire de 1945 à 2001, Serge Letchimy de 2001 à 2010, Raymond Saint-Louis-Augustin de 2010 à 2014, puis Didier Laguerre depuis 2014.

Nous parlons donc, en 2026, de quatre-vingt-une années de continuité politique municipale. Cette durée n’est pas en elle-même antidémocratique. Lors des récentes élections, les Foyalais ont librement voté. Des oppositions se sont présentées. Toute élection est libre. Vouloir assimiler Fort-de-France à quelque régime autoritaire que ce soit serait absurde. Mais la démocratie ne se mesure pas seulement à la possibilité juridique de changer de pouvoir, elle se mesure également à la réalité de cette possibilité.

Une majorité arrivée depuis quatre ans peut invoquer l’héritage. Après quatre-vingts ans, l’héritage devient aussi un bilan.

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Violences : Quand la célébrité déplace le doute

— Par Rodolf Étienne

Qui est cru, qui est protégé, qui est exposé, qui supporte le coût du doute. La notoriété ne crée pas la violence, mais elle peut en modifier tout l’écosystème. Une femme parle… L’esentiel du débat devrait porter sur ce qu’elle rapporte. Très vite, autre chose occupe la scène : le nom de l’homme mis en cause, sa carrière, son œuvre, ses admirateurs, ses contrats, ses soutiens.

Face à elle, il n’y a plus seulement une personne, mais une réputation et tout ce qui s’est construit autour d’elle. Avant même l’examen des faits, la parole entre ainsi dans un rapport de forces profondément inégal.

  • Cette contribution ne veut traiter d’aucune affaire particulière et ne vise aucune personne identifiable.
  • Il interroge un mécanisme général : que devient la parole d’une femme lorsqu’elle rencontre la puissance sociale, économique et symbolique de la célébrité ?

Selon l’Organisation mondiale de la santé, environ 840 millions de femmes et de filles — près d’une sur trois — ont subi des violences physiques ou sexuelles au cours de leur vie.

Il ne s’agit donc ni d’un phénomène rare ni d’une succession de faits isolés, mais bien d’un fait social mondial.<p>  Lire Plus

Synesthésies : les « Haïkus » de Michel Herland

— par Rodica Gabriela Chira —

Je suis vraiment touchée par ce volume d’une élégance exquise que j’ai vu, goûté et écouté en même temps, sous l’empire des sensations inouïes engendrées par une succession d’images et de paroles. On ne pourrait penser à un volume pareil s’il n’était porté par une expérience de vie et une sensibilité poétique. Depuis toujours les poètes interprètent la rencontre entre l’homme et la Nature, sachant que l’image deviendra poétique seulement si les sens du poète comme ceux du lecteur sont prêts à l’accueillir. Déjà aveugle, Borges avait témoigné dans sa Prière de sa reconnaissance pour avoir su reconnaître ce que des gens qui disposent encore de la vue ne savent pas voir. Il témoignait ainsi que nos sens, suffisamment éveillés, peuvent nous porter au-delà des trois dimensions.

Compagne de la contemplation, la sagesse, si elle vient avec l’âge, peut être la meilleure des amies. Ainsi le château de ce haïku, « Dominant la mer/ Quelques cailloux entassés/ Le château des pauvres » (8-9), nous rappelle-t-il, entre autres, le passage du temps dans de modestes cailloux, là où un géologue décrypterait les traces des siècles et des millénaires.<p>  Lire Plus

L’état de droit à la Martinique

— Par Michel Herland —

Cet article qui fait suivre à celui portant sur le verdict du procès des « déboulonnages » des statues à la Martinique (*) se propose d’étudier plus largement la situation de l’état de droit. Compte tenu des similitudes structurelles existantes entre la Martinique et les autres collectivités françaises d’Outre-mer cette analyse pourra s’appliquer, mutatis mutandis, à ces dernières.

Deux définitions pour commencer.

L’état de droit. A priori, l’état (sans majuscule) de droit règne dans un pays lorsque les lois sont globalement respectées. Mais dans les démocraties libérales la définition est différente, l’état de droit suppose en outre que les lois ne contredisent pas les droits de l’homme – les droits humains – tels que définis par diverses chartes, avec toutes les ambiguïtés que cela suppose (1). Ainsi considère-t-on chez nous que l’état de droit ne prévaut pas en Chine, même si les lois y sont respectées bien plus que dans bien des démocraties occidentales.

Légitimité de l’État. Ce n’est pas une question de droit mais de sentiment. Un État (avec majuscule) est ou non perçu (globalement) par les citoyens comme légitime – et donc plus ou moins en mesure de faire régner la loi.<p>  Lire Plus

« Déboulonnages » : un jugement hors norme

— Par Michel Herland —

Par euphémisme, on a appelé dans la presse le procès qui s’est tenu à Fort-de-France du 5 au 7 novembre 2025 contre les casseurs (cinq femmes et six hommes de 24 à 54 ans) de plusieurs monuments publics martiniquais le « procès du déboulonnage ». C’était d’emblée minimiser les faits. Déboulonner c’est un acte respectueux, sinon de la personne en effigie du moins du travail de l’artiste qui l’a façonnée. Déboulonner c’est avoir conscience que les perspectives historiques changent et qu’un jugement concernant le passé ne saurait être définitif. Casser au nom de l’indignation d’un moment c’est un réflexe de voyou qui démontre l’absence de toute réflexion véritable. Or c’est bien de casse qu’il s’est agi, les œuvres en question n’existent plus. Le jugement, rendu le 17 novembre, a fait preuve d’une grande clémence puisque seuls deux accusés ont été reconnus coupables mais dispensés de peine, les autres innocentés alors qu’ils avaient reconnu les faits.

Rappel des faits

Empruntons à la revue Esprit ce rappel des faits.

« Le 22 mai 2020, journée de commémoration de l’insurrection d’esclaves de 1848, l’année de l’abolition de l’esclavage, démarrait une vague de destructions de statues sur l’île de la Martinique.<p>  Lire Plus

Mes vœux à la classe politique martiniquaise

— par Michel Herland — Ce début d’année voit déferler, et c’est normal, les vœux de diverses personnalités de notre île. Ils appellent à mobiliser nos énergies dans le bon sens, et c’est normal, ne manquant pas de parler de nos principaux atouts : notre jeunesse pleine d’énergie, notre belle nature. Comme la plupart de ces personnalités sont aux affaires à un titre ou un autre, j’aurais préféré qu’elles annoncent ce qu’elles entendent faire concrètement dès cette année pour mobiliser la jeunesse et mieux tirer partie de la nature.

La nature nous offre la richesse de son sol et la beauté de ses paysages. Agriculture et tourisme donc. L’agriculture tout d’abord. On parle beaucoup de l’autosuffisance alimentaire : s’en soucier est en effet nécessaire. En ces temps troublés il est loin d’être inconcevable que, en raison d’une crise particulièrement grave, le cordon ombilical avec la « mère patrie » se rompe. « En temps Robert », alors que la Martinique était bien moins peuplée qu’aujourd’hui et encore principalement rurale, il lui fut bien difficile de se nourrir. Qu’en serait-il aujourd’hui ?

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Élégie tropicale

Nota bene : Le poète n’analyse pas, n’explique rien. Ses poèmes sont des contes que chacun peut déchiffrer à sa guise. À l’instar du photographe ou du peintre, le poète prend des instantanés et s’efforce de décrire ce qu’il a observé avec son propre vocabulaire. Bien que le poète raconte ce qu’il voit, qu’il ne juge pas, son regard est sélectif et il ne cache pas ses états d’âme. S’il est « voyant », comme dit Rimbaud, il ne faut pas l’entendre au sens où il verrait plus clair que les autres, mais simplement qu’il faut le laisser libre de voir, parfois, autrement. Michel Herland.

Tes grands arbres à l’assaut des mornes jusqu’au ciel
Les lianes qui s’accrochent aux fromagers
Les fleurs sauvages de tes savanes
Tes gamins sourire-soleil
Les mamzels longues jambes
Les vieillards en ont vu d’autres
endimanchés de blanc
ils accompagnent l’un des leurs
à sa demeure dernière<p>  Lire Plus

Gouverner c’est prévoir

– Par Michel Herland –

[Article repris de France Antilles Martinique, 2 mars 2023]

Dans un entretien publié dans France Antilles le 27 janvier 2023, le professeur Justin Daniel revient sur « l’Appel de Fort-de France » lancé lors de la Conférence des présidents des régions ultrapériphériques de l’Union européenne, Huguette Bello, présidente de la Région Réunion, Ary Chalus, président de la Région Guadeloupe, Serge Letchimy, président de la Collectivité territoriale de Martinique, Guy Losbar, président du Département Guadeloupe, Louis Mussington, président de la Collectivité de Saint-Martin, Ben Issa Ousseni, président du Conseil départemental de Mayotte et Gabriel Serville, président de la Collectivité territoriale de Guyane, le 16 mai 2022. Cet « appel solennel » mentionnait trois orientations :

« – Refonder la relation entre nos territoires et la République par la définition d’un nouveau cadre permettant la mise en œuvre de politiques publiques conformes aux réalités de chacune de nos régions,
– Conjuguer la pleine égalité des droits avec la reconnaissance de nos spécificités, notamment par une réelle domiciliation des leviers de décision au plus près de nos territoires,
– Instaurer une nouvelle politique économique fondée sur nos atouts notamment géostratégiques et écologiques. 
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La Martinique n’est déjà plus dans la France

— Par Michel Herland —

Quand la loi d’un État n’est plus appliquée dans un territoire de la Nation, ce dernier n’est plus dans la Nation. Il est devenu de facto une entité autonome où l’État sera bafoué chaque fois que l’occasion se présentera. Si les décisions qui s’appliquent alors dans le territoire en question émanaient d’autorités régulièrement élues par ses habitants (ou par un dictateur dont l’autorité n’est pas contestée), il ne pourrait que devenir indépendant. Si les décisions continuent à être prises nominalement par l’État en dépit de la loi et sous la pression de tel ou tel groupe, la situation perdurera aussi longtemps que ledit État acceptera de jouer un rôle de fantoche.

Telle est la situation dans laquelle se trouve désormais la Martinique, comme le démontrent deux exemples récents : le saccage des statues et le refus de la vaccination par des membres du personnel hospitalier (et des pompiers). Dans le premier cas, l’État a laissé volontairement s’accomplir des actes délictueux. Dans le second cas, il a cédé aux personnels refusant l’obligation vaccinale en décidant de leur maintenir leur traitement (lequel avait continué à leur être versé pendant la grève) jusqu’à ce qu’une éventuelle reconversion leur permette de trouver un autre emploi.<p>  Lire Plus

Des défaillances de l’État à l’impossible autonomie

— Par Michel Herland —

Les violents mouvements sociaux à la Martinique et à la Guadeloupe, un peu plus d’une décennie après ceux de 2009, illustrent une fois de plus l’impasse dans laquelle se trouvent tant les ultramarins que le gouvernement de la France. Contrairement à la Grande-Bretagne qui a su faire en sorte que ses colonies soient autonomes financièrement, la France a laissé s’installer des habitudes de dépendance des colonies par rapport à la Mère patrie. C’est sans doute pourquoi nul n’a vu d’objection, en 1946, quand les habitants des quatre « vieilles » colonies (Martinique, Guadeloupe, Guyane et Réunion) de tous les bords politiques ont demandé par la voix d’Aimé Césaire, alors député communiste, leur transformation en départements. La France se trouve dès lors dans la situation pour le moins anachronique d’être légalement souveraine de territoires tropicaux peuplés majoritairement par des citoyens de couleur issus d’ancêtres esclaves, des citoyens habiles à mettre en avant ce passé douloureux pour faire pression sur un gouvernement adepte du « pas de vagues ». Conscient du rapport de force en leur faveur, les Antillais usent de la violence pour appuyer leurs revendications.<p>  Lire Plus

Bonnes feuilles : « La Mutine », roman

La Mutine, petite île des tropiques, fait face à une grève générale. Les syndicats soutenus par la majorité de la population réclament une hausse du niveau de vie tandis que les patrons s’inquiètent pour leurs profits. Chaque camp manœuvre afin de se mettre l’État français dans la poche. Pendant ce temps, les indépendantistes avancent leurs pions… Michel, professeur de philosophie venu de Métropole, assiste à ce cirque avec consternation. Lui continue de faire cours tout en coulant des jours heureux avec Belle, une Créole à la sensualité torride, artiste-peintre à ses heures. Face aux tensions sociales qui s’exacerbent, au racisme qui se réveille, l’enseignant prône les vertus de la raison. Mais le destin de l’une de ses élèves, fille de l’un des grands Blancs de l’île, va basculer jusqu’au meurtre… La Mutine est une fresque haute en couleur aux allures de roman policier et aux accents de pamphlet politique. S’inspirant du conflit social qui paralysa la Martinique et la Guadeloupe en 2009, l’auteur, désormais directeur de Mondesfrancophones / qui collabore de temps à autre à Madinin-art (dernièrement avec un article sur la politique commerciale d’Air France), fabrique une fable édifiante sur ces / nos territoires insulaires où la température monte plus facilement qu’ailleurs.<p>  Lire Plus

Instants / instantanés : les « Haïkus Martinique » de Michel Herland

— Par Daouia Gacem —

Le signe calligraphié d’un H parcourt le petit recueil poétique « Haïkus Martinique » de Michel Herland, universitaire, économiste, essayiste, romancier, poète.

Il s’inscrit ici dans la lignée des auteurs français francophones comme P. Claudel, P. Eluard, Stéphanie Le Bail…, lesquels, séduits par la force de cette forme ultra courte de la poésie japonaise, se sont efforcés de la transcrire dans notre langue. Les difficultés de l’exercice sont multiples car il ne suffit pas en effet d’amaigrir un alexandrin trop bavard, d’enfermer un sonnet dans un tercet.

Cinq syllabes, puis sept et à nouveau cinq rythment les trois lignes de vers enrichis d’allitérations, d’assonances, de sonorités suggestives, quelques rares rimes. La versification seule pourrait faire japonisant mais ne ferait pas le haïku. Il y faut aussi toutes les richesses d’un instant évoqué.<p>  Lire Plus

Exposition « Pictural » : peinture actuelle en Martinique

Par Selim Lander

Après l’exposition tirée du fonds de l’entreprise Renault, présentant quelques grands noms des arts plastiques du XXe siècle, la Fondation Clément a eu l’excellente idée de réunir trente-cinq artistes martiniquais toujours actifs dans une exposition collective intitulée Pictural. « Pictural » comme peinture, même si l’on n’est pas surpris de trouver des exceptions au châssis rectangulaire habituel, tant les frontières entre peinture, sculpture, installation se sont désormais estompées.

Si l’art contemporain, on ne le sait que trop, trop souvent déçoit (« le n’importe quoi ou le presque rien » selon la formule célèbre de Jean Clair), ce n’est nullement le cas des œuvres rassemblées ici, à quelques réserves inévitables près. Aucune mièvrerie dans cette exposition, et si les silhouettes « approximativement » dessinées sont de rigueur, ce n’est pas gaucherie ou maladresse mais simplement parce que l’avènement de la photographie a « tué » le dessin académique (sauf chez de rares récalcitrants qui font parfois figure désormais de révolutionnaires. Voir le portrait par Claude Cauquil reproduit en tête de cet article). On sait d’ailleurs, depuis Münch et d’autres, qu’une physionomie n’a pas besoin d’être exacte ni même précise pour être réaliste et expressive.<p>  Lire Plus

« Noir, la couleur qui tue », un livre de Lucien Cidalise-Montaise

Sé pa tout’ poule ki chanté ki pond

— Par Michel Herland —

Un architecte, engagé dans diverses opérations d’intérêt général liées à l’habitat au cours de sa vie professionnelle, a pris la plume, la retraite venue, pour défendre les nombreuses causes qui lui tiennent à cœur, au-delà de la dénonciation du racisme évoquée par le titre. Les textes rassemblés ici, dont certains ont été déjà publiés sur Madinin-art ou dans France Antilles, témoignent avant tout de la désespérance d’un homme n’ayant jamais abandonné sa foi communiste et son idéal révolutionnaire devant l’absence de perspective pour notre île.

Dans ces chroniques, on le voit tout à tour honorer Mandela, se réjouir des élections successives d’Obama, appeler à voter Mélanchon lors des dernières présidentielles françaises. Mais c’est la Martinique qui l’intéresse au premier chef. On n’est pas surpris de le voir pourfendre la gouvernance de la CTM, alliance contre-nature de la carpe et du lapin, et, plus généralement, dénoncer « la lâcheté, l’évanescence morale de nombreux politiciens ». S’il s’abstient, en général, de nommer les personnes, il fait des exceptions remarquables pour Yann Monplaisir, personnification du capital honni, et, de manière moins attendue, pour Chamoiseau.<p>  Lire Plus

Chronique des Îles du vent – Guadeloupe & Martinique

Nouvelles et poésies sélectionnées par Dominique Ranaivoson, en collaboration avec Jean-Marc Rosier

Douze écrivains originaires de la Guadeloupe et de la Martinique témoignent leur commun attachement à leurs îles natales ou adoptives. Leurs écritures, en français ou en créole, associées à l’image ou à la musique du slam, en prose ou en vers, témoignent de la richesse de la créativité littéraire de la région. Inspirées par leurs aînés, mais libres de toute école, leurs plumes sont tout à la fois des Caraïbes et du Monde.

LES AUTEURS

Jimmy Anjoure-Apourou, Nicole Cage, Miguel Duplan, Frankito (Franck Salin), Michel Herland, Véronique Kanor, Serghe Kéclard, Gaël Octavia, Émeline Pierre, Michael Roch, Jean-Marc Rosier, TiMalo

EXTRAITS

« Ça faisait long d’temps qu’j’y étais pas revenu, fout’ mes pieds sur le sol de ma gwada pour rien, pour de faux, et jouer pour de faux au fils qui s’en revient après un long périple. Et pourquoi tout ce temps Je n’en sais fichtre rien, j’avais traîné, erré, marché sur toute la terre, en cherchant dans l’ailleurs une réponse à moi-même… Question à la peau dure, persistante et teigneuse comme de la mauvaise herbe.<p>  Lire Plus

L’ Afrique d’hier et d’aujourd’hui à la Fondation Clément

Exposition ouverte jusqu’au 6 mai 2018

Masque Dan (Côte d’Ivoire)

— Par Selim Lander —

Depuis que les locaux de la Fondation Clément se sont agrandis de nouveaux espaces muséaux, des expositions prestigieuses y sont organisées chaque année. Après la rétrospective Télémaque, en 2016, puis Le Geste et la Matière, en partenariat avec le Centre Pompidou, en 2017, voici, tirées des collections de la Fondation Dapper, une sélection d’œuvres majeures de la statuaire africaine accompagnée de quelques créations de plasticiens africains contemporains.

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Le Talisman de la présidente, le « roman » de la dernière présidence de l’UAG

— Par Michel Herland —

Corinne Mencé-Caster fut la dernière présidente de l’Université des Antilles et de la Guyane (UAG). À la fin de son mandat, la Guyane ayant fait sécession, elle ne présidait plus qu’une Université des Antilles (UA) elle-même en proie à de fortes tensions internes. Son livre intitulé  « roman » sur la couverture mais dont tous les personnages sont reconnaissables par les initiés, est en réalité un plaidoyer pro domo qui vise à l’affranchir de toute responsabilité dans la situation dans laquelle elle a laissé l’université à son départ, marquée par la désaffection des étudiants.

Corinne Mencé-Caster (CMC dans le « roman » : on ne saurait être plus transparent) n’a jamais douté de ses qualités. « Bardée de diplômes » très jeune (p 48), chercheuse perfectionniste qui passe des « nuits blanches à refaire des articles déjà largement présentables » (p. 53), « promue au national » (p. 145) contrairement à ses collègues dont « les promotions ne traduisent nulle appétence à l’effort, mais un goût immodéré pour le siège des conseils d’administration et le partage arbitraire des promotions entre soi » (p.<p>  Lire Plus

Ephémères jardins de la Martinique

— Par Michel Herland —

A l’initiative de Bernard Hayot et avec le soutien de la Fondation Clément, ont été publiés plusieurs ouvrages mettant en valeur le patrimoine matériel martiniquais et incitant à sa conservation, à commencer par Le Patrimoine des communes de la Martinique (1998, 2e éd. 2013), puis, à partir de 2010, une série de petits guides consacrés à telle ou telle commune particulière.[i].

Voici maintenant Jardins de la Martinique, un gros ouvrage richement illustré comme il se doit, mais dont l’intérêt réside également dans les commentaires abondants d’Isabelle Specht, lesquels sont nourris par les récits des nombreux visiteurs de l’île qui n’ont pas manqué de se montrer frappés par l’exubérance et la générosité de sa végétation, depuis Jean-Baptiste du Tertre (1667) jusqu’aux deux André surréalistes, Breton et Masson (1941), en passant par le Père Labat (fin XVIIe), Jean-Baptiste Leblond (fin XVIIIe) et bien d’autres comme Louis Garaud,  vice-recteur de la Martinique à la fin du XIXe siècle. Une admiration parfois tempérée par un sentiment d’oppression, à l’instar de Lafcadio Hearn qui voyait dans les forêts montagneuses une « beauté étrange et effroyable ».<p>  Lire Plus

Le Martinique Jazz festival 2017

— Par Selim Lander —

Un aperçu limité aux deux soirées qui se sont déroulées dans la grande salle de l’Atrium, aperçu très partiel d’un festival qui aura permis d’écouter en divers endroits de la Martinique une vingtaine d’ensembles plus ou moins étoffés. Les deux soirées de gala dans la salle Aimé Césaire ont permis chacune, comme il est désormais de tradition, de découvrir successivement deux ensembles différents. La chanteuse d’origine guadeloupéenne Tricia Evy a précédé l’Africain Ray Lema le 1er décembre. Le lendemain, le « souffleur » américain Kenny Garrett a succédé à sa compatriote l’organiste Rhoda Scott. Deux soirées éclectiques et de bonne facture. Ray Lema joue du piano et ajoute parfois sa voix chaude et grave. Son quintette rassemble un guitariste (basse), un saxo, un trompettiste, un batteur. Kenny Garrett est un surdoué du saxophone, admirateur de John Coltrane, qui accompagna Miles Davis pendant plusieurs années avant de prendre son envol. Accompagné par un pianiste, un contrebassiste, un batteur, un percussionniste, il se revendique de genres musicaux très variés et séduit particulièrement dans ses solos qui balancent entre virtuosité et lyrisme.<p>  Lire Plus

La Martinique et la Catalogne

— Par Michel Herland —

À l’exception des Écossais, les responsables politiques de tous bords condamnent à qui mieux mieux les aspirations des Catalans à l’indépendance. Que les chefs d’État européens et le président de leur Conseil se montrent opposés à une telle volonté d’émancipation se comprend aisément : ils redoutent qu’une Catalogne indépendante n’encourage des mouvements séparatistes à l’intérieur de leurs propres frontières. Les États centralisés sont hostiles par nature à une autonomie un tant soit peu poussée ; même les États fédéraux (comme l’Allemagne) n’ont aucune envie que leur territoire se réduise, ni même de déléguer à l’échelon inférieur davantage de compétences que celles qui sont déjà les siennes. La règle, en l’occurrence, est simple : nul ne souhaite la diminution de ses pouvoirs. En France, l’enchevêtrement des compétences entres les différents niveaux de la puissance publique (départements, régions, État, pour s’en tenir à quelques-uns !) illustre bien l’impossibilité d’une véritable décentralisation dans un pays dont la tradition est à l’opposé. Ainsi, alors que la construction et l’entretien des bâtiments des établissements d’enseignement sont de la compétence des autorités locales, le ministère de l’Éducation « nationale » demeure une administration tentaculaire (le « mammouth ») et toute puissante.<p>  Lire Plus

Guyane – Martinique : il n’y aura pas de responsabilité politique sans le courage des élus et l’effort des populations

— Par Yves-Léopold Monthieux —
Et voilà que la question institutionnelle s’invite au débat guyanais. En dépit de l’ampleur des mécontentements et de la présence du drapeau guyanais au cours des manifestations, il était apparu que les revendications s’inscrivaient dans le strict cadre d’appartenance à la république française. Les déclarations des communicants des « 500 frères » ne tarissaient pas de références à leur condition de Français. Devant l’échec des négociations une nouvelle revendication s’ajoute donc au cahier des doléances : la reconnaissance à la Guyane d’un nouveau statut politique. On est mal renseigné sur cette nouvelle donne, mais s’il s’agit d’un réflexe de dépit dû au moindre succès de la démarche, son expression était inévitable. En effet, ce n’est pas en deux ou trois jours, loin des bases du pouvoir de décision, que des sujets qui appellent une grande expertise et des accompagnements budgétaires significatifs, que des solutions définitives au problème soient proposées sans que le gouvernement ne soit accusé de démagogie. Par ailleurs, pour les partisans du progrès dans la République l’éruption guyanaise se produit au pire moment du calendrier politique, à moins d’un mois d’échéances électorales qui pourraient faire vaciller la 5ème République.<p>  Lire Plus