La bossalisation, un concept pour penser la condition haïtienne

Le concept permet de penser la condition haïtienne entre violence symbolique, résistance et émancipation

 —- Par Dr Edelyn Dorismond (*)—

Dans cet article, j’entends élaborer, en prétendant lui apporter une intelligibilité originale, la bossalisation comme concept philosophique pour désigner le processus par lequel une société -et singulièrement la société haïtienne- se voit réduire à une condition de dépossession symbolique, de désordre ontologique et de violence structurelle héritée de la plantation. Distinct tant de l’usage que fait Jean Casimir du potentiel subversif du bossale que de la sociologie historique de la contre-plantation élaborée par Gérard Barthélémy, ce concept vise à opérer une percée théorique dans la compréhension de la phénoménologie haïtienne : il s’agit de penser ensemble la destruction des cadres symboliques, la dissolution des repères identitaires, la fracturation du lien social et la persistance d’un régime anthropophage qui dévore ses propres membres. L’article propose une exposition systématique du concept, de ses sources, de son statut de structure des sociétés postcoloniales fondée sur une triple logique d’infériorisation, de mise à mort et d’exclusion, du concept corrélatif de zoopolitique -donner la mort à petit feu comme modalité propre de la politique haïtienne-, de son articulation avec les grands fils de ce que j’ai tenté de mettre en œuvre depuis quelques temps, notamment mon analyse du rapport infériorisant que l’Haïtien exerce sur l’autre Haïtien-, et de ses implications pour une philosophie de l’émancipation articulée autour de l’imagination comme faculté des possibles, de la dignité humaine et de l’égalité comme principes fondateurs d’un monde politique haïtien nouveau.

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