Catégorie : Théâtre

« La sœur de Shakespeare », d’après Virginia Woolf, m.e.s. de Juliette Marie

— Par Dominique Daeschler —

Reprenant le texte de Virginia Woolf « la chambre à soi » pour le premier spectacle de la jeune compagnie Reme, Juliette Marie se l’approprie en associant à Judith la sœur inventée de William Shakespeare, la célèbre écrivaine. C’est en complices qu’elles dialoguent sur le peu de cas que l’on fait des femmes créatrices, la reconnaissance et l’argent allant de préférence à la gent masculine. Alors si Judith a autant de talent que son frère que va-t-il se passer ? Ira-t-elle d’échec en en échec ou fera t’elle taire les oiseaux de mauvais augure ? Notre bonheur c’est que Juliette Marie mélange les époques et leurs types de société. Le mur fait des feuillets de la « chambre à soi » sème ça et là un féminisme évolutif. Pas question de laisser Virginia sur un piédestal et de l’isoler dans son époque. Juliete Marie l’a fait sortir du cadre et la met en mouvement de façon subtile à travers les discussions qu’elle a avec Judith. La metteuse en scène ne craint pas de convoquer le rap, le monde des influenceuses, la situation mondiale actuelle, se servant de la marionnette et du mime, du chant pour mieux partager avec le public à son tour impliqué.

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« 24 », Cité des promesses »- texte et m.e.s M. Grandperret et S. Nivault

— Par Dominique Daeschler —

Quatre voisins qui s’ignorent vivent Au 24 cité des promesses. Quelles promesses pour César, Louise, Sylvain, Arthur ? Celles qu’ils se font d’être visible, de combler leur ambition, de sortir d’un boulot alimentaire ou de la dépression. Quel sens ont leurs existences ? Chaque individu est bien cerné dans ce qu’il fait, ce qu’il donne à voir : attitudes, prise de parole, chacun semble entrer dans une typologie sociologique presque caricaturale. La dérision, les humiliations, les rêves animent les corps et tout doucement le plateau est animé par une conscience de groupe qui, en grande partie grâce à la danse, crée une force visuelle qui ne se démentira pas. IL y a une densité dans la rencontre, quand les barrières sociales et les préjugés se font la malle, elle habite le plateau. Le délitement des murs, la poussière ne laisseront pas l’indifférence, la solitude gagner. Le texte bien calé sous leurs pieds, les comédiens danseurs, avec une mention spéciale à Laurent Troudart, donnent l’espoir d’un monde où un « nous » se construit et s’épanouit dans et par les différences.

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« Alif », texte & m.e.s. Abdelwaheb Sefsaf

— Par Michèle Bigot —

Festival d’Avignon off, 11.Avignon, 04>23.07 2026

Alif est le troisième volet du triptyque « Hexagone, une petite histoire de France ». Ce troisième volet est consacré à l’importance de la langue dans l’histoire de l’immigration. Comme son titre l’indique , il s’agit d’un bel éloge de la langue arabe, de sa culture, de sa poésie et de sa musicalité. Abdel, l’enfant de l’immigration maghrébine, va au collège à St-Etienne, où il découvre les beautés de la langue arabe, sous l’égide d’une professeure passionnée, qui enseignera aux enfants l’amour de cette langue et leur montrera l’importance d’habiter avant tout sa langue maternelle, cette ressource qui jamais ne s’épuise et jamais ne vous trahit. Et que les enfants issus de l’immigration ont fort besoin d’apprendre et de révérer. Ce troisième volet parachève donc l’histoire de la famille, le premier ayant été consacré à l’histoire de la mère d’Abdel (Si loin, si proche), le second à l’histoire de son père (Ulysse de Taourit).

Cette troisième partie se distingue des précédents par sa dimension poétique et lyrique. La musique (Georges Baux, Abdelwaheb Sefsaf) y occupe une place importante, non moins que les danses qui l’accompagnent (remarquable Adila Bendimerad).

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« Thésée, sa vie nouvelle », conception & m.e.s. Valérie Dréville, Guy Cassiers

D’après le roman de Camille de Toledo
Festival d’Avignon 2026, L’Autre scène du Grand Avignon, Vedène

— Par Michèle Bigot —
Nous voici prévenus, le titre annonce la couleur et cette couleur ce n’est pas « la vie nouvelle de Thésée », c’est « Thésée, sa vie nouvelle », nuance!! Le focus, c’est donc Thésée, et accessoirement, ou secondairement, comme un ajout énoncé par le remords, une correction, un ajustement: « sa vie nouvelle ».
Allons-y voir, entrons dans le labyrinthe avec ce Thésée, nouvelle facture. Nous sommes invités à cheminer à ses côtés et à assister (ou à participer) à son combat contre le monstre, le Minotaure, qui lui aussi doit être d’un genre nouveau. C’est ainsi que passé et présent se conjuguent d’entrée, comme se conjuguent avec eux l’individuel et le collectif. C’est le pouvoir du mythe, antique et actuel, personnel et collectif tout ensemble.
Le récit sera notre fil et Valérie sera notre Ariane! Une parole oraculaire ouvre et ferme le récit: « Qui commet le meurtre d’un homme qui se tue? » Récit qui nous mène du début du XXème siècle et sa grande guerre, à la fin des trente glorieuses, c’est à dire aujourd’hui, en passant par la seconde guerre.

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« RIP «, Textes Mathilde Bourbin / m.e.s Mathilde Bourbin, Nathalie Bernas

— Par Dominique Daeschler —

Le collectif Attention Fragile s’attaque à travers une adaptation très libre de « La mort d’Ivan Illitch » de Tolstoï, aux représentations de la mort fantasmées ou vécues pour en dégager, avec humour, le sens de la vie. Le tout petit plateau d’Artéphile va vivre les remous, dans ces temps de disette, d’une distribution à 7 comédiens qui demande à la metteuse en scène des astuces d’entrée, de sortie, de planques (derrière des cadres de tableau). Aux remous va s’ajouter la défonce totale du mythe du temps étiré à la russe. En cassant les codes du réalisme, en jouant les décalages tant dans le décor (des peintures de la Renaissance au kitsch) que dans les costumes et le jeu souvent excessif voire mélodramatique, l’intemporalité s’installe. Peu importe où on est, à quelle époque, ce sont les pensées intérieures de chacun qui font rebond créant un climat électrique, hystérique. Le verbe se fait tonitruant (la veuve) Il déchire l’enveloppe sociale pour laisser apparaître la mesquinerie et la pingrerie de la veuve, l’hypocrisie et l’égocentrisme des (faux) amis.

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Barrage – texte Jenny Briffa, m.e.s. Frederic Andrau –

— Par Dominique Daeschler —

La compagnie Exil de Nouvelle Calédonie axe son travail théâtral sur l’approche d’évènements, de situations politiques inhérents à la vie sur l’île. Dans Barrage ce sont les émeutes violentes de 2024 conduites par de jeunes kanak qui sont au centre du récit dont s’emparent deux protagonistes, Marguerite kanak indépendantiste, Kevin caldoche loyaliste. Ils sont tous deux professeurs dans le même lycée donc à même d’avoir un point de vue sur la jeunesse scolarisée ou non.

Le récit, tout en dialogues s’impose comme les images d’un documentaire, développant les points de vue d’une population contrastée où subsiste un rapport néocolonial fort. Le choix est fait d’entrer dans le débat politique par ce qui est vécu au jour le jour dans cette période insurrectionnelle (vols des jeunes désœuvrés, peur pour les parents restés dans des zones incendiées, échanges avec les différents PC …). Cela permet un échange clair qui facilite la compréhension du spectateur mais reste dans l’affectif du relationnel entre deux personnes. On raconte plus qu’on ne joue, les personnages sont très statiques se heurtant aux difficultés de la théâtralisation.

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« Femmage », jeu, m.e.s. Chloé Begou – textes de sept autrices

— Par Dominique Daeschler —

Femmage, définition : hommage rendu à une femme ou à une création artistique inspirée des pratiques féminines traditionnelles, critique d’une hiérarchie art et artisanat.

Revue par Chloé Begou, c’est une volonté d’une rencontre pluridisciplinaire d’arts valorisant des récits d’artistes en mouvement, afin de construire un langage commun qui nous aide « à tenir » dans le monde d’aujourd’hui. Sept autrices, de la guadeloupéenne Béatrice Bienville à Douce Mirabaud, en passant par Sophie Fillières ont été choisies pour leur engagement féministe, certaines revendiquant la dénomination « activiste ». Leurs histoires, bâties sur la transgression remettent en cause le genre assigné. C’est queer, punk, sur scène Chloé Begou, grande silhouette noir immobile face au public, jette les texte, les mâchent, les mastiquant en rage ou en douceur , dans une continuité de souffle qui appelle la musique de la compositrice batteuse Yoko Oshima, défie la créativité De Clara Chotil qui dessine en direct des œuvres projetées derrière elles.

C’est tonique, cash, avec cette distance que sait mettre un grand professionnalisme. Chacune joue sa partition à l’écoute des deux autres ,se rassemblant parfois entre musique et chant, donnant tout son sens à un changement de rôle et à la sororité.

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« Island story », texte création collective, concept & m.e.s. Kyung-Sung Lee

— Par Michèle Bigot —

4>6-07-2026, festival d’Avignon

Gymnase du lycée Aubanel

Island Story, la pièce créée par Kyung-sung Lee en 2022 relève du théâtre documentaire, dans la meilleure acception du terme. Elle ne repose pas seulement sur la force intrinsèque des témoignages, mais aussi et surtout sur l’incarnation qu’en réalisent les acteurs-témoins. Les faits sont suffisamment tragiques pour secouer la torpeur des festivaliers et les amener à une saine conscience historique. Des faits si méconnus en France ( et ailleurs) qu’il est besoin de les rappeler.

Il s’agit du massacre qui s’est déroulé sur l’île de Jeju le 3avril 1948. A peine libéré de la colonisation japonaise, la Corée est divisée en deux et administrée par l’URSS au Nord et par les USA au sud. Le 3 avril les membres du Parti du Travail de Corée du Sud attaquent des postes de police de l’île. La répression exercée par les forces de l’ordre est aveugle et impitoyable. 30 000 personnes dont une majorité d’innocents disparaissent et sont assassinés de façon systématique.

Des années plus tard, lorsque la démocratie met fin à plusieurs décennies de dictature, la mémoire refait surface.

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Who cares?

— Par Michèle Bigot —

La Manufacture, festival d’Avignon OFF

4>21/07 15/50>17/10

Who Cares? C’est la question qu’on est en droit de se poser face à l’indifférence du monde, media, réseaux sociaux et bar du commerce confondus. L’impression qu’on a souvent face à la catastrophe imminente (ou déjà advenue) que « tout le monde s’en fout ». Pas Guillaume Bariou, qui a consacré temps et efforts dans une recherche sur la possibilité, non pas d’une île, mais de l’empathie. Dans quelle mesure, jusqu’où peut-on sortir de l’apathie pour entrer en empathie?

Voilà le questionnement qui hante le personnage et son auteur. A point de proposer sur scène quelque chose comme une sortie de l’indifférence, une naissance au monde réel, en proie à toute sorte de désastres: on a le choix, catastrophe climatique (on est en plein dedans, sécheresse, canicule, incendies …), tsunamis, séismes et autres tragédies qui ébranlent la société des hommes non moins que celle des autres espèces vivantes.

Alors que faire? Et que faire quand on est homme/femme de théâtre? Comment traduire en langage scénique ce désarroi, cette angoisse existentielle?

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Deux pépites tchèques à la Manufacture : Perpetuum Havel et Antiwords

— Par Dominique Daeschler —

Deux spectacles sans paroles qui ne sont pas s’en rappeler la grande époque de la marionnette tchèque où la médiation de l’objet incluait une parole secrète pour contrecarrer la censure soviétique. Deux spectacles inspirés par deux œuvres de Vaclav Havel( Perpetuum mobile et Audience) qui ont pour thème l’oppression politique sous des régimes totalitaires.

Perpetuum Havel- m e s Petr Bohac- scénario Bohac et Zotov-Mikshin

Dans une cellule de prison un homme tondu, opposé au régime totalitaire de son pays est recroquevillé sous une maigre couverture. Un dissident. Un prisonnier politique soumis à l’isolement dans une cellule spartiate va accomplir les gestes de survie quotidiens avec les humiliations qui doivent détruire sa résistance : séances de tinette sous la surveillance d’un maton qui le mate, repas dérisoire sous forme de petit pois, flashs de lumière… Pas de livre, pas de radio, seuls de lancinants bruits qui s’amplifient : l’homme n’a que son corps pour dire, en s’astreignant à des exercices physiques, qu’il lutte, que son aspect robotique dénonce une nécessité de routine pour survivre. Plus tard il dansera…Dehors les barbelés semblent se resserrer autour de lui.

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« Au bout du pays « -texte Alfred Alexandre, m.e.s. Ewelyne Guillaume

— Par Dominique Daeschler —

Il a toujours été là Réginal et vivote dans son atelier de mécano naval, assis dans le noir dans un joyeux bordel qui sent la solitude et la pauvreté. IL murmure, se répète, tête baissée comme on courbe l’échine en râlant. La voix prend du volume, injuriant les bateaux et ceux qui quittent l’île car pour lui s’en aller pour recommencer ailleurs la même chose n’est qu’un insensé gaspillage.

Au milieu des potes avec qui on traîne et on boit un coup, il y a Lili que Réginal aime depuis toujours. Lili, femme libre, fait peu de cas de lui. C’est la moins marginale de la bande, la seule à avoir un travail régulier, elle rêve de partir.

Réginal peste, se révolte. Il est l’homme de l’errance poétique, ses rêves le nourrissent tout en construisant un univers de défense et de désarroi face à sa rivalité avec les cousins du patron. Alors tout se mêle : la nuit, la peur de Lili, les grosses paluches, les petits morceaux de fer et les petits morceaux de viande.

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La promesse de l’aube -texte R Gary, m.e.s. Mekhitarian

— Par Dominique Daeschler — 

Un texte dense, adapté du roman de Romain Gary met en scène l’amour fou que sa mère lui portait sans occulter comment Romain a su entrer dans  les ambitions carriéristes de cette dernière et trouver une respiration dans
l’écriture. La mère et le fils jouent dans un temps décalé. Elle adopte le présent, dialogue ou soliloque, colorant par son accent russe un jeu parfois à la limite du caricatural. A l’opposé, le fils joue le récit, la distance avec son propre amour qui le mine et le nourrit. C’est sans doute cela la bonne surprise : l’acteur metteur en scène Tigran Mekhitarian nous donne un romain Gary loin de l’image créée par la mère et loin de l’image « beau ténébreux viril » à tout crin que Gary semblait vouloir donner.

C’est cette option récit qui nous touche sur un plateau quasiment nu (une table, une chaise, un carton à chapeau et de temps à autre la présence d’un acteur « couteau suisse » qui évoque d’autres personnages). On s’accroche au texte car l’essentiel est bien de révéler un auteur derrière un diplomate casse-cou.

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« Projet Barthes », d’après La Préparation du roman de R.Barthes

Ttb, Avignon off, 4>23-07-2026

— Par Michèle Bigot —

Voici bien le spectacle le plus audacieux et le plus réussi qu’on puisse imaginer. Dont l’ambition le dispute à l’humilité de sa mise en oeuvre. Il ne s’agit de rien moins que de la mise en espace du texte (ou plus exactement d’un montage de fragments du texte) prononcé par Roland Barthes lors de plusieurs séances au Collège de France ayant pour sujet « la préparation du roman » entre 1979 et 1980.

Dit comme ça, on pourrait redouter le pire, à savoir une suite de considérations théoriques et historiques sur le genre littéraire du roman. Au lieu de ça on assiste à la confession d’un être fragile qui consent à parler de lui, à dire à la fois son désarroi à la suite du décès de sa mère et son désir de commencer une nouvelle vie. Comme si le deuil était l’occasion d’une vita nova, une renaissance telle que l’imagine Dante dans son long poème. Barthes interprète cette vita nova comme un passage, la conséquence d’une rupture, le choix difficile et salutaire d’une vie nouvelle, une métamorphose.

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L’art d’être mon père. Texte et jeu : Julie Timmerman.

— Par Dominique Daeschler —

— Festival d’Avignon — Dans Zoé, Julie Timmerman avait abordé les rapports familiaux et brossé un portrait de son père comédien bipolaire, en abordant aussi la préparation

du spectacle de l’école tout en restant la petite Zoé. Dans ce nouveau texte, Julie franchit le pas : elle est son père dans son bel amour du théâtre, ses extravagances, ses vagabondages poétiques. Fièvre à communiquer les tempos de cet excessif, fièvre à être lui, sans filet, dans l’exigence d’une double transmission. La préparation du spectacle de l’école est le seul

sujet. Le choix d’une parole rapide, jetée, exaltée, d’un œil scrutateur troubleront tous ceux qui connaissent son père, François. La comédienne donne toute liberté à son corps, parcourant la scène de cour à jardin, en constante adresse au public. L’émotion est dépassée pour mieux valoriser la volonté du père d’entrer « en théâtre » avec les enfants et d’en assumer rigueur et invention.

Le texte dans un mélange de dialogues avec les enfants, les profs, la

directrice et les digressions du père, démontre magistralement comment se construit le théâtre, comment en art, il y a du chaotique, du mouvant, de l’inattendu qui font sens, nous sollicitant au-delà du réel.

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L’hors présence ou Chimères du pays de Morsan, m.e.s. Typhaine Raffier

— Par Michèle Bigot —

4>10-07 La FabricA du festival d’Avigon 2026

Dans le huis clos d’une maison isolée se noue une tragédie des temps modernes. L’hors-présence, qui n’est pas tout à fait une absence, mais pas non plus une véritable présence, c’est celui (ou celle) de Laure, une jeune femme atteinte d’un cancer en phase terminale, qui d’une partie à l’autre (3 parties, « l’hors- champ », « l’hors-la-loi », « l’hors-jeu ») se transforme à vue, occupant d’abord tout l’espace physique et mental de la fratrie, puis disparaissant progressivement au fur et à mesure de l’écoulement du temps qui lui est compté. Une maladie génétique l’emporte sous nos yeux, comme elle menace tous les membres de la famille qui l’entourent, sa soeur Suzanna et ses deux frères, Simon et Soren. Le drame est tissé de la souffrance de la soeur à l’agonie et des tourments de sa fratrie, déchirés entre compassion, aide et terreur face à la mort qui approche. Chacun tente de faire face à sa manière, Suzanna en se faisant aide à domicile, Soren,le frère aîné, en lisant à Laure un extrait de La Montagne magique tous les soirs et Simon, le plus jeune et le plus fragile qui crie sa révolte et son angoisse.

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ETC Caraïbe déploie les écritures caribéennes à Avignon

Jusqu’au 25 juillet, ETC Caraïbe participe au Festival d’Avignon avec une programmation riche mêlant spectacles, lectures et projets en développement. Une présence qui offre aux auteurs martiniquais et caribéens une vitrine exceptionnelle au sein du plus grand rendez-vous international consacré au spectacle vivant.

Une programmation entre créations et découvertes

Cette année, ETC Caraïbe investit Avignon avec une ambition claire : faire entendre les voix de la Caraïbe et permettre aux œuvres du territoire de rencontrer producteurs, diffuseurs et nouveaux publics.

Parmi les temps forts annoncés figure « Le Syndrome d’Ulysse », spectacle musical coproduit avec le Théâtre du Balcon. Cette création, écrite par Ali Babar Kenjah et Serge Barbuscia, ouvre une programmation qui entend faire dialoguer les écritures contemporaines et les réalités caribéennes.

Autre rendez-vous important : « Matrices » de Daniely Francisque. Déjà connue du public martiniquais, la pièce poursuit désormais son parcours avec l’objectif d’intégrer de nouveaux réseaux de diffusion.

Des textes en quête d’avenir

Avignon est également un lieu où les projets prennent forme. « Bruissement des fourmilières », texte d’Adeline Flaun actuellement en création, y est présenté afin de séduire de futurs partenaires et d’envisager des collaborations autour de sa production.

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« War and Breakfast » : plus que deux soirées !

–_ Par Selim Lander –– Guillaume Malasné et son atelier de théâtre amateur présentent pendant trois soirées consécutives à partir du jeudi 25 juin au théâtre du Lycée Schoelcher un montage de trois courtes pièces de Mark Ravenhill issues du recueil War and Breakfast. Des pièces montées pour la première fois par Ravenhill à l’heure du breakfast lors du Festival d’Edimbourg en 2007, d’où le titre du recueil repris dans l’adaptation de Guillaume Malasné. Quant à la guerre, elle est omniprésente dans ces histoires, pas la grande guerre cantonnée au loin, mais la guerre intime, d’abord, celle que l’on peut se livrer au sein d’un couple ; la guerre civile sans nom, celle qui enferme les privilégiés derrière les murs de lotissements cadenassés (gated communities) pour les protéger de la violence du dehors ; la violence aveugle des terroristes enfin.

Après un premier tableau, celui du couple, où Malasné a choisi de faire succéder plusieurs comédiennes face à l’unique homme de la distribution, les deux suivants sont traités sur le mode choral et cela est fait de telle sorte que l’on croirait que ces pièces ont été écrites pour être jouées ainsi, ce qui n’est pourtant pas le cas.

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Fola (Steve) Gadet raconte « Le Tanbouyé des sans-voix » d’Ernest Pépin

— par Selim Lander — Personnage multiforme, universitaire, spécialiste des Amériques anglophones, auteur de plusieurs ouvrages sur les mouvements qui se font jour aux marges de la société, Steve Gadet appartient sous son autre nom, Fola, au monde du spectacle comme musicien et rappeur. Le voici désormais acteur avec cette interprétation d’un récit signé Ernest Pépin, guadeloupéen comme lui et comme le héros de leur histoire, un tanbouyé qui a réellement existé, Marcel Lollia surnommé « Vélo » ou, chez Pépin, « l’ange ».

Les lecteurs de Madinin’art ont déjà eu la primeur d’un article (signé Sarha Fauré) qui apporte déjà beaucoup quant aux intentions de la pièce, de l’auteur du livre, de l’interprète qui a choisi de le porter à la scène : « Ernest Pépin érige Vélo en symbole de résistance, de création et de liberté ». C’est en effet ce que dit le texte… mais il ne dit pas que cela. Car « l’ange » est présenté tout autant comme un héros négatif, un ivrogne, « un sac de rhum », souvent famélique, parfois maladif, la figure même du raté.

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« War & Breakfast » : quand la guerre s’invite à la table du quotidien

25, 26 et 27 juin à 19h30, au Théâtre du Lycée Schoelcher à Fort-de-France

L’Autre Bord Compagnie présente les, la onzième création de son atelier amateur : War & Breakfast, d’après l’œuvre du dramaturge britannique Mark Ravenhill.

Figure majeure du théâtre contemporain anglais, Mark Ravenhill est reconnu pour son écriture incisive et sa capacité à décrypter les mécanismes de nos sociétés. Avec War & Breakfast, il interroge la manière dont la guerre, la peur et les discours idéologiques s’immiscent dans les gestes les plus ordinaires de la vie quotidienne.

À travers trois courtes pièces – Grand-Peur et Misère, Les Troyennes et Guerre et Paix – les comédiens explorent un univers où l’intime se trouve progressivement envahi par les tensions du monde. Quand la guerre s’infiltre dans la vie d’un couple, jusque dans les cauchemars de leur enfant, la peur transforme peu à peu le regard porté sur les autres. Derrière les apparences rassurantes d’une société convaincue d’incarner le bien, se dessine alors une réflexion sur les mécanismes de l’exclusion, de la violence et de la désignation de l’ennemi.

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« WAR AND BREAKFAST », les 25, 26 et 27 juin au théâtre du lycée Schoelcher

​ »Liberté, démocratie, vérité, lumière – le combat n’en finit jamais. Il y a toujours des ennemis. Nous devons nous battre. »

Quand la guerre s’infiltre dans l’intimité d’un couple, et jusque dans les cauchemars de leur enfant, la peur s’installe sournoisement et contamine patiemment leur perception du monde et des autres. Réfugiée derrière leurs grilles protectrices, la société des “gens bien”, sûre d’elle-même, peut alors partir en croisade et terrasser le Mal, les démons, les méchants.

Un spectacle où l’on s’éloigne progressivement de l’ordinaire pour glisser vers le burlesque, comme pour tenir à distance ce qui nous effraie et nous accable, et mettre en lumière l’absurdité de la guerre.

Le projet s’appuie sur le texte original de Mark Ravenhill, composé de plusieurs courtes pièces. Le groupe a travaillé cette année sur trois d’entre elles : Grand-Peur et Misère, Les Troyennes et Guerre et Paix.

Mark Ravenhill (né en 1966) est l’une des figures majeures du théâtre britannique contemporain. Révélé dans les années 1990 avec Shopping and Fucking, il devient rapidement l’un des auteurs emblématiques du mouvement « In Yer Face Theatre », aux côtés de Sarah Kane ou Jez Butterworth, un courant qui bouscule les codes du réalisme et met en scène la violence sociale, l’intimité, le politique et les contradictions de nos sociétés occidentales.

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« Le Tanbouyé des sans-voix » : quand la littérature devient théâtre, musique et mémoire

Mardi 23 juin à 19h | Terres d’Art | Domaine de Tivoli FdF
— Par Sarha Fauré —

Avec Le Tanbouyé des sans-voix, Fola Gadet propose une adaptation scénique ambitieuse et sensible du roman éponyme d’Ernest Pépin, paru en 2024 chez Caraïbéditions. Présenté au Domaine de Tivoli à Fort-de-France, le spectacle s’inscrit dans une démarche artistique qui fait dialoguer littérature, théâtre, danse et musique afin de donner corps à l’une des figures les plus emblématiques de la culture populaire guadeloupéenne : Marcel Lollia, surnommé Vélo.

Le roman d’Ernest Pépin constitue déjà en lui-même une œuvre singulière. L’auteur ne cherche pas à écrire une biographie traditionnelle du célèbre tanbouyé. Il préfère emprunter une voie plus poétique et plus profonde : celle d’une parole réinventée de l’intérieur. En se glissant dans la conscience de Vélo, il compose une sorte d’autobiographie imaginaire qui restitue non seulement le parcours d’un homme exceptionnel, mais aussi l’âme d’un peuple. Chaque page vibre au rythme du tambour ka ; chaque phrase semble porter l’écho d’un battement, d’une respiration ou d’un chant venu des profondeurs de l’histoire caribéenne.

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Le Théâtre du 6e Continent célèbre les écritures théâtrales au Domaine de Tivoli

Du 19 juin au 4 juillet : le programme

— Par Sarha Fauré —

Figure incontournable du paysage théâtral martiniquais, José Exélis consacre sa vie à la scène depuis plus de quarante ans. Comédien dès 1984 au sein du Théâtre de la Soif Nouvelle, il se forme auprès d’Annick Justin-Joseph avant de s’imposer comme auteur, metteur en scène et dramaturge.

Créateur de plusieurs pièces, dont Overdose (1988) et Soledad (1989), il développe au fil des années une écriture scénique singulière où se croisent texte, musique, danse et mouvement. Son approche, qu’il qualifie de « tout corps en jeu », donne naissance à un théâtre hybride, profondément ancré dans les réalités caribéennes, oscillant constamment entre le réel et l’imaginaire, entre la gravité et la légèreté.

En 2002, il fonde la compagnie Les Enfants de la Mer, du nom de l’une de ses créations emblématiques. Depuis, il a participé à une trentaine de productions, écrit plusieurs pièces et mis en scène une vingtaine de spectacles issus principalement du répertoire caribéen.

Le Théâtre du 6e Continent : faire dialoguer amateurs et professionnels

À travers cette nouvelle manifestation théâtrale, le Théâtre du 6e Continent défend une vision ouverte et inclusive de la création artistique.

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Théâtre : publications de juin 2026

Découvrez les nouveautés du mois, notamment les textes lauréats du concours Vivons Les Mots !  et les pièces jouées au festival d’Avignon.

📚🏆 Les lauréats du concours  » Vivons les mots! 2026

🥇 Des fleurs, des bonbons, un fusil

🏅 Médaille d’or du concours Vivons les mots ! 2026

✍️ Jérémie Kalil

Dans le salon d’une famille ordinaire de banlieue parisienne, la fête des Mères devrait être un moment de joie, entre rituels familiers et tendres attentions.

Mais cette année, tout bascule. Une parole de trop, une humiliation de plus, l’adolescente de la maison explose et mange les fleurs qu’elle vient d’offrir à sa mère. Ce geste, aussi brutal qu’inattendu, fait voler en éclats l’équilibre fr[…]

📖 EAN : 9782336622279
📅 11/06/2026
📏 135 x 215 mm
📚 Collection : En scène
📄 72 pages
💶 11.00 €

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« Le secret », texte de Sonia Jean-Baptiqite-Edouard, m.e.s. de José Exélis, univers musical Jeff Baillard

📅 Samedi 20 juin 🕙 10h00 📍 Salle Lumina Sophie – Rivière-Pilote🎭✨

✍️ Texte : Sonia Jean-Baptiste-Édouard
🎬 Mise en scène : José Exélis
🎵 Univers musical : Jeff Baillard

🌟 Une création théâtrale  sur la quête des origines, les secrets de famille et la construction de soi.


🔎 L’HISTOIRE

Aurélie est une jeune femme de 18 ans qui mène une existence paisible, entourée de sa famille et de ses certitudes. Mais parfois, une rencontre peut faire vaciller toute une vie…

🌙 Lors d’une soirée, elle croise le chemin d’un homme plus âgé. Entre eux naît une étrange sensation, une impression de familiarité impossible à expliquer. Troublée, Aurélie cherche à comprendre ce qu’elle ressent.

🤫 Pourtant, le véritable bouleversement ne vient pas de cette rencontre inattendue. Il surgit du passé, à travers les mots de sa marraine, gardienne silencieuse d’une vérité longtemps enfouie.

💔 Après des années de silence, celle-ci décide enfin de révéler ce que sa mère lui a toujours caché : l’identité de son père.

À cet instant, tout bascule.

🧩 Les souvenirs prennent une autre couleur.
🕰️ Les non-dits trouvent enfin un sens.

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William Mesguich, de la pelouse aux planches

— par Selim Lander —

William Mesguich est de retour au Théâtre municipal de Fort-de-France pour trois représentations, non, cette fois, pour servir le texte d’un autre mais pour raconter son itinéraire d’artiste… et de footballeur puisque le foot fut en effet la grande passion de son enfance et de son adolescence, qu’il avait même envisagé une carrière professionnelle avant qu’un grave accident sur le terrain ne l’amenât à suivre les traces de son père. C’est d’ailleurs le moment le plus fort de la pièce, lorsque, assis en bord de scène et muni, pour une unique fois, d’un micro, il mime un interrogatoire par un journaliste précisément sur cette question : comment être comédien quand on est le fils de Daniel Mesguich ? S’il est clairement compliqué d’être un « fils de », l’exemple de William Mesguich montre que cela ne saurait empêcher le talent quand il est là. Surtout quand on est un bourreau de travail, capable, par exemple, d’interpréter quatre pièces dans la même journée lors de certains festivals d’Avignon ! Né d’ailleurs sous une bonne étoile, baptisé William en hommage au grand Will.

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