— Par Michèle Bigot —
Festival d’Avignon off, 11.Avignon, 04>23.07 2026
Alif est le troisième volet du triptyque « Hexagone, une petite histoire de France ». Ce troisième volet est consacré à l’importance de la langue dans l’histoire de l’immigration. Comme son titre l’indique , il s’agit d’un bel éloge de la langue arabe, de sa culture, de sa poésie et de sa musicalité. Abdel, l’enfant de l’immigration maghrébine, va au collège à St-Etienne, où il découvre les beautés de la langue arabe, sous l’égide d’une professeure passionnée, qui enseignera aux enfants l’amour de cette langue et leur montrera l’importance d’habiter avant tout sa langue maternelle, cette ressource qui jamais ne s’épuise et jamais ne vous trahit. Et que les enfants issus de l’immigration ont fort besoin d’apprendre et de révérer. Ce troisième volet parachève donc l’histoire de la famille, le premier ayant été consacré à l’histoire de la mère d’Abdel (Si loin, si proche), le second à l’histoire de son père (Ulysse de Taourit).
Cette troisième partie se distingue des précédents par sa dimension poétique et lyrique. La musique (Georges Baux, Abdelwaheb Sefsaf) y occupe une place importante, non moins que les danses qui l’accompagnent (remarquable Adila Bendimerad). Quant à la poésie arabe, elle est le véritable centre de l’oeuvre: D’Imrou El-Quays à Mahmoud Darwich, elle traverse le temps sans rien perdre de son lyrisme ni de sa musicalité. Et au-delà de la poésie, c’est la langue arabe même qui trouve ici l’hymne qu’elle méritait:
» Il y a une letrre qui ne ressemble à aucune autre.
Elle vient avant toutes les phrases.
elle ne signifie rien , et pourtant elle ouvre tout.
On l’appelle Alif. »
C’est la langue du poème, c’est aussi celle des rêves et des prières, de la colère aussi; c’est le refuge indestructible, ce qui ne pourra jamais être arraché à un peuple. Avec la langue, les enfants grandissent, ils s’emparent de leur héritage culturel, ils se l’approprient.
Pour rendre compte de cet apprentissage il fallait une mise en scène et une scénographie specifiques: la scénographie donne à voir l’espace de la salle de classe, munie de gradins occupés par les élèves et occupée au centre par un plateau tournant où évolue la professeure d’arabe/danseuse. La présence de musiciens au plateau réalise la fusion entre les arts. Le public est lui aussi convié à participer à la cérémonie, à en rythmer les chants. La présence du narrateur, Abdelwaheb Sefsaf, travaille à la cohérence de l’ensemble en contant les jeux, les attentes et les surprises des collégiens. Le fil autobiographique continue de se nouer autour des éléments de la culture arabe, mais il porte aussi les déceptions les rancoeurs et la révolte que traversent les enfants de l’immigration, face à la discrimination et aux promesses trahies par la république.
Il s’agit donc là d’un beau spectacle, très riche, très rythmé, très lyrique. un peu moins flamboyant pourtant que les deux premières parties, à la fois plus engagé, plus poétique mais moins riche de cette tendresse et de cette autodérision qui rendait si attachants les deux premiers volets.
Michèle Bigot
Alif, texte et mise en scène d’Abdelwaheb Sefsaf, composition musicale Georges Baux, Abdelwaheb Sefsaf, musique additionnelle enregistrée Georges Baux, Antony Gatta, Léa Maquart et Artyom Minasyan. Avec Adila Bendimerad, Abdelwaheb Sefsaf, Souad Sefsaf, Aliocha Regnard et Natalie Royer, dramaturgie Natalie Royer, scénographie Souad Sefsaf, assistée de Lola Pacciani, construction du décor Alain Deroo, Ivan Issael et Henri Meiffren, création vidéo Raphaëlle Bruyas, création lumière et régie vidéo Nino Valette, création costumes Emmanuelle Thomas,
ingénieur du son Jérôme Rio, stagiaire à la mise en scène Louna Philip,
regard chorégraphique Christelle François. Du 14 au 17 avril 2026, au Théâtre de Sartrouville et des Yvelines – CDN. Du 4 au 23 juillet 2026, Festival d’Avignon, Théâtre 11 (84) • à 14h à 14h, relâche les vendredis 10 et 17 juillet 2026. Du 3 au 7 mars 2027, Théâtre des Quartiers d’Ivry – CDN (94).
