— Par Dominique Daeschler —
Il a toujours été là Réginal et vivote dans son atelier de mécano naval, assis dans le noir dans un joyeux bordel qui sent la solitude et la pauvreté. IL murmure, se répète, tête baissée comme on courbe l’échine en râlant. La voix prend du volume, injuriant les bateaux et ceux qui quittent l’île car pour lui s’en aller pour recommencer ailleurs la même chose n’est qu’un insensé gaspillage.
Au milieu des potes avec qui on traîne et on boit un coup, il y a Lili que Réginal aime depuis toujours. Lili, femme libre, fait peu de cas de lui. C’est la moins marginale de la bande, la seule à avoir un travail régulier, elle rêve de partir.
Réginal peste, se révolte. Il est l’homme de l’errance poétique, ses rêves le nourrissent tout en construisant un univers de défense et de désarroi face à sa rivalité avec les cousins du patron. Alors tout se mêle : la nuit, la peur de Lili, les grosses paluches, les petits morceaux de fer et les petits morceaux de viande. Les rêves dévorent et sont dévorés par la réalité.
La langue d’Alfred Alexandre, qui nous rappelle Bwo Kanal, envahit le corps du comédien Serge Abatucci, elle ne le quittera plus. Le texte, au service d’une qualité de présence en scène hors du commun, en complicité avec la mise en scène d’Ewelyne Guillaume, va déplacer la force vers une grande tendresse tout autant vibratoire. A l’aube c’est l’amour absolu qui nous fascine.
Chapelle du verbe incarné. Toma. Relâche le 17. Jusqu’23 juillet.
Trois pièces d’Alfred Alexandre sont présentées dans le Off, ‘Au bout du pays’ et ‘Un anniversaire’ à la Chapelle du Verbe Incarné et ‘Le Patron’ au théâtre du Balcon. Dans une mise en scène d’Ewlyne Guillaume.
