— Par Dominique Daeschler —
Le collectif Attention Fragile s’attaque à travers une adaptation très libre de « La mort d’Ivan Illitch » de Tolstoï, aux représentations de la mort fantasmées ou vécues pour en dégager, avec humour, le sens de la vie. Le tout petit plateau d’Artéphile va vivre les remous, dans ces temps de disette, d’une distribution à 7 comédiens qui demande à la metteuse en scène des astuces d’entrée, de sortie, de planques (derrière des cadres de tableau). Aux remous va s’ajouter la défonce totale du mythe du temps étiré à la russe. En cassant les codes du réalisme, en jouant les décalages tant dans le décor (des peintures de la Renaissance au kitsch) que dans les costumes et le jeu souvent excessif voire mélodramatique, l’intemporalité s’installe. Peu importe où on est, à quelle époque, ce sont les pensées intérieures de chacun qui font rebond créant un climat électrique, hystérique. Le verbe se fait tonitruant (la veuve) Il déchire l’enveloppe sociale pour laisser apparaître la mesquinerie et la pingrerie de la veuve, l’hypocrisie et l’égocentrisme des (faux) amis. La mort c’est autant ceux qui restent que celui qui est parti dont on n’aura pas de réel portrait. Ivan devient prétexte à l’urgence d’un mieux vivre quelque soit l’état du monde. La metteuse en scène assume les libertés qu’elle prend avec le texte de Tolstoï, le dynamitant sans sourciller et c’est bonheur.
Arthéphile-18h50 -relâche le 19 – jusqu’ au 24 juillet
