—Par Dominique Daeschler —
Je sors un peu « stone » d’un spectacle qui tricote les trop : trop de maquillage, trop d’aigus, trop de virevoltes. Arrêt à l’ombre d’un platane de la place Pasteur : sur un pas de porte, s’élève une voix portant tout l’allant des vers de Victor Hugo. Une jeune femme m’invite à m’asseoir juste en face à la table de « Aux Arts », panaché à l’appui. Elle, c’est Stéphanie Berger comédienne et coordinatrice d’un projet appelé » Aux Arts », nom donné à un co-lab associatif et artistique. Allons bon ! Trinquons !
Le verbe est rapide, précis, décidé. Stéphanie raconte : jusqu’à 35 ans elle a fait tous les métiers (vendeuse, serveuse, formatrice pour le réseau bio coop) avec un engagement continu dans la vie associative. Changement de cap : elle fait une école de théâtre à Arles sensibilisée aussi à l’art thérapie ( ce qu’on retrouvera dans sa démarche) où elle paie ses cours en apprenant le secrétariat la billetterie, l’administration, la communication. Toutes ces compétences, comme elle ne souhaite pas être seulement interprète et répondre à la demande, elle veut les mettre au service d’un projet associatif qui accompagne les artistes, la population. Elle cherche un local avec vue sur rue (trois petites marches pour la scène ouverte) donnant la possibilité d’ateliers, d’expositions, de repas…
Avoir voix au chapitre, ne pas être tout le temps dans l’efficacité, un projet artistique doit conjuguer le « prendre soin » avec l’entraide en ADN. Le partage se fait au-delà des opinions politiques, du statut social. Les membres d’Aux Arts sont dans la débrouille pas dans la rentabilité. C’est cet esprit de générosité qui anime aussi ceux qui se produisent.
Les rencontres sont presque irréelles : la « scène ouverte » est offerte pour 20’ d’intervention. Se succèdent une festivalière avec des chants roumains, un poète, des musiciens d’Amérique latine, un gars de la rue avec son banjo, un magicien habitué de longue date du festival dont elle recueille les confidences, des enfants qui reprennent un slogan de manif, des artistes du off…Toutes les nationalités se croisent.
Dire autrement pendant le festival c’est bien mais « Aux Arts » ne se contente pas d’une « parenthèse enchantée » pour un monde meilleur.
Depuis novembre 2025 l’association met en en place des scènes ouvertes par trimestre (15 passages entre nov25 et avril26) avec le soutien (logistique, prêt de salle etc.) de structures pérennes comme le 11 ou La Factory.
Témoigner de nos diversités, ne pas blacklister, sortir de l’entre-soi est un travail permanent : c’est par essence le champ de l’acte artistique. Du local d’Aux Arts, Stéphanie dit qu’il est une réponse politique, une fin de non-recevoir à l’observation des uns et des autres par médias ou communautés interposés.
« Hisser le propos », « chacun ensemble » dit encore Stéphanie. Un mantra qui redonne son sens social à la culture. Retour sur Jean Vilar.
Aux Arts, citoyens !
