La promesse de l’aube -texte R Gary, m.e.s. Mekhitarian

— Par Dominique Daeschler — 

Un texte dense, adapté du roman de Romain Gary met en scène l’amour fou que sa mère lui portait sans occulter comment Romain a su entrer dans  les ambitions carriéristes de cette dernière et trouver une respiration dans
l’écriture. La mère et le fils jouent dans un temps décalé. Elle adopte le présent, dialogue ou soliloque, colorant par son accent russe un jeu parfois à la limite du caricatural. A l’opposé, le fils joue le récit, la distance avec son propre amour qui le mine et le nourrit. C’est sans doute cela la bonne surprise : l’acteur metteur en scène Tigran Mekhitarian nous donne un romain Gary loin de l’image créée par la mère et loin de l’image « beau ténébreux viril » à tout crin que Gary semblait vouloir donner.

C’est cette option récit qui nous touche sur un plateau quasiment nu (une table, une chaise, un carton à chapeau et de temps à autre la présence d’un acteur « couteau suisse » qui évoque d’autres personnages). On s’accroche au texte car l’essentiel est bien de révéler un auteur derrière un diplomate casse-cou. La mise en scène se fait discrète pour laisser libre cours au flot de paroles de la mère qui construit à la fois son fils et sa légende, royale dans l’entretien de son image (l’envoi de lettres à Gary pendant 3 ans après sa mort). Apparait en filigrane la mise en place d’un désarroi chez Gary qui, dans la vraie vie le conduira au suicide.

Espace Roseau Teinturiers-13h10- relâche les 16 et 23- Jusqu’au 25 juillet.