— Par Dominique Daeschler —
— Festival d’Avignon — Dans Zoé, Julie Timmerman avait abordé les rapports familiaux et brossé un portrait de son père comédien bipolaire, en abordant aussi la préparation
du spectacle de l’école tout en restant la petite Zoé. Dans ce nouveau texte, Julie franchit le pas : elle est son père dans son bel amour du théâtre, ses extravagances, ses vagabondages poétiques. Fièvre à communiquer les tempos de cet excessif, fièvre à être lui, sans filet, dans l’exigence d’une double transmission. La préparation du spectacle de l’école est le seul
sujet. Le choix d’une parole rapide, jetée, exaltée, d’un œil scrutateur troubleront tous ceux qui connaissent son père, François. La comédienne donne toute liberté à son corps, parcourant la scène de cour à jardin, en constante adresse au public. L’émotion est dépassée pour mieux valoriser la volonté du père d’entrer « en théâtre » avec les enfants et d’en assumer rigueur et invention.
Le texte dans un mélange de dialogues avec les enfants, les profs, la
directrice et les digressions du père, démontre magistralement comment se construit le théâtre, comment en art, il y a du chaotique, du mouvant, de l’inattendu qui font sens, nous sollicitant au-delà du réel. Cet art d’être
mon père, pari risqué s’il en est, a su déjouer les obstacles de la célébration, de la sensiblerie, du souvenir enjolivé. Lucide et tendre,
parfaitement maitrisé par une comédienne qui s’impose avec panache, il dit aussi combien la transmission est geste d’amour. Si on osait, on dirait « mission accomplie ».
Le 11- 10h15 -jusqu’au 23 juillet
