Rodolf ÉTIENNE

Rodolf Étienne est journaliste, auteur, traducteur créole et formateur pour adultes (FPA). Depuis plus de vingt ans, il développe une activité journalistique consacrée aux réalités politiques, sociales, économiques et culturelles de la Martinique, de la Caraïbe, de l'Afrique et de leurs diasporas. Ses travaux s'intéressent particulièrement aux héritages historiques, aux circulations culturelles, aux dynamiques de coopération internationale et aux enjeux contemporains de la transmission des savoirs. Contributeur de Madinin’Art, il privilégie une approche documentaire et comparative, associant investigation, analyse et valorisation des patrimoines. Ses recherches explorent également les transformations liées au numérique, à l'intelligence artificielle, à l'éducation et aux nouvelles formes de création artistique.

Sargasses (2) : Quand l’Atlantique étouffe notre littoral

— Par Rodolf Étienne

Les sargasses qui atteignent la Martinique ne peuvent plus être regardées comme une simple nuisance locale.

Elles appartiennent à un système transatlantique désormais installé, nourri par les dynamiques de l’Atlantique tropical, déplacé par les courants et appelé à accompagner durablement les territoires de la Caraïbe.

Mais que se passe-t-il réellement lorsque ces millions de tonnes d’algues terminent leur voyage sur les côtes de Martinique ?

En pleine mer, les sargasses peuvent constituer un écosystème. À proximité immédiate des côtes, leur accumulation massive, au contraire, peut contribuer à en étouffer d’autres.

Entre la masse flottante observée par satellite et le tas brun que l’on retire d’une plage, il existe un espace trop peu regardé : celui des mangroves, des herbiers, des petits fonds, des baies, des poissons, des récifs et des sédiments.

Quand un habitat devient une pression écologique

La sargasse n’est pas naturellement un déchet. Dans l’océan, ses radeaux constituent des habitats flottants où vivent ou transitent poissons, crustacés, invertébrés et jeunes tortues marines. Le problème apparaît lorsque des quantités considérables se concentrent dans des baies, des anses et des petits fonds où l’eau circule beaucoup moins.  Lire Plus

MARTINIQUE : Identité ou delirium tremens ?

– Par Rodolf Étienne

« L’homme a peur de son rêve au moment de le satisfaire… »

L’Appel. Les Indes. Édouard Glissant. Ed. Du Seuil, 1956.

Précision indispensable : le delirium tremens est une urgence médicale liée au sevrage alcoolique sévère. Il n’est nullement utilisé ici comme qualification médicale de la société martiniquaise, mais exclusivement – abusivement – comme image littéraire et politique du sevrage et de la dépendance.

Entre désir d’émancipation et besoin de protection, revendication identitaire et dépendance économique, créolité assumée et attachement au cadre français, la Martinique semble parfois hésiter au seuil de sa propre transformation.

Le tremblement du sevrage

La question est pourtant moins simple qu’elle n’en a l’air. Depuis plusieurs générations, le discours collectif porte simultanément une volonté de différenciation et une demande d’égalité, un désir d’autonomie et un besoin de protection, une critique de la dépendance et une inquiétude profonde devant les conséquences de sa disparition. En clair, le Martiniquais affirme vouloir davantage décider ici-même en Martinique mais continue à attendre énormément de Paris. Il dénonce une économie dépendante, mais une part essentielle de son niveau de vie repose sur des mécanismes de redistribution, des dépenses publiques, des prestations sociales, des rémunérations et des investissements qui s’inscrivent dans l’ensemble français et européen.   Lire Plus

Sargasses (1) : Quand l’Atlantique fabrique la réalité martiniquaise

— Par Rodolf Étienne

Depuis 2011, la Martinique vit au rythme des échouages de sargasses.

Quinze ans plus tard, le phénomène ne peut plus être traité comme un accident saisonnier. Il structure désormais une partie de la vie du littoral, pèse sur la santé, les finances communales, l’activité économique, le tourisme, la pêche, les paysages et jusque sur l’organisation des services publics.

Début septembre 2026, cinq communes parmi les plus exposées — Le François, Le Vauclin, Trinité, Le Marigot et Le Robert — ont décidé de parler d’une seule voix.

Leurs maires se sont réunis au François avec le directeur du GIP Sargasses, Frédéric Voyer, pour réclamer une réponse durable à un phénomène qui s’installe dans le temps. Ce mouvement des élus dit peut-être l’essentiel : qui doit porter durablement le coût, la responsabilité et la stratégie de cette nouvelle réalité environnementale ?

Quinze ans après, toujours l’urgence

La Martinique a pourtant considérablement renforcé son dispositif. Depuis 2023, la collecte en mer monte en puissance. En mars 2026, deux nouveaux moyens ont été mis en service : le Sargator 3, destiné notamment à la façade sud-atlantique, et la barge de transfert Toupiti.   Lire Plus

TÉLÉVISION : Faire de la parole un grand espace de liberté

  • par Rodolf Etienne

Dans notre premier volet consacré à Barbara Jean-Élie, nous retracions les grandes étapes d’un parcours qui l’a conduite du journalisme de terrain à la présentation, de la direction éditoriale à l’écriture, de la télévision à la transmission.

Mais une carrière ne se résume pas à l’addition de postes occupés, d’émissions présentées ou de personnalités rencontrées.

Une carrière se révèle aussi dans une manière d’écouter, de questionner et de faire exister la parole de l’autre, une manière de « travailler ». Chez Barbara Jean-Élie, cette manière de bien faire, de bien dire ou, simplement, de bien écouter est devenue une signature autant qu’un gage.

Depuis septembre 2023, la journaliste présente sur ATV l’émission Face à Face, diffusée chaque soir à 18 h 30. Un format de douze minutes, bref en apparence, mais qui impose une discipline particulière : comprendre rapidement une personnalité, identifier ce qu’elle peut apporter au débat, installer un climat de confiance et conduire l’entretien sans perdre de temps dans les détours convenus.

Barbara Jean-Élie effectue sa quatrième rentrée avec ATV. En quelques années, elle a présenté près de 600 émissions, recevant des femmes et des hommes de tous âges, de tous milieux et de tous secteurs d’activité.   Lire Plus

Honoré Gaston Chosrova : La Martinique populaire

  • par Rodolf Etienne

Une toile dans une maison, un visage reconnu dans une exposition, une scène de rivière, une femme portant des poissons, une yole, un joueur de dominos. Honoré Gaston Chosrova appartient à cette catégorie de peintre restitueur de mémoire.

Originaire de Rivière-Pilote, Honoré Chosrova a consacré son œuvre à représenter la Martinique populaire, quotidienne, vécue. Pas celle des cartes postale, – quoique ! Une Martinique partout habitée, de gestes, d’habitudes, de femmes, de conversations, de loisirs, de métiers, de paysages et de mémoires ordinaires.

Chez Honoré Chosrova, le « peuple » n’est pas un décor, mais sujet même de la peinture.

Une œuvre comme Détente à la rivière, datée de 1993, montre combien son travail s’inscrit dans une volonté de mémoire de la vie martiniquaise. Le tableau plonge dans un univers de rivière, de femmes, de chemins, de conversations et de gestes familiers. Il y a là quelque chose de précieux qui nous est rendue. La peinture de Chosrova ne cherche pas d’abord à expliquer la Martinique. Elle cherche d’abord à la reconnaître, pour donner une dignité picturale à chacune des scènes que l’on pourrait croire trop ordinaires – trop ci ou trop ça – pour entrer dans l’histoire de l’art.  Lire Plus

Quid de la douleur sociale ?

— Par Rodolf Étienne

En cette rentrée de septembre 2026, les foyers sociaux se multiplient.

Transports paralysés, hôpital sous tension, enseignants mobilisés, agents territoriaux en préavis, difficultés financières du Service d’Incendie et de Secours, tensions au Comité Martiniquais du Tourisme, conflit à La Poste et retour annoncé du RPPRAC : il ne se constitue pas encore un mouvement, mais commence à se dessiner un paysage familier.

On ne se demande déjà plus quel secteur connaîtra le prochain préavis, la panique semble générale. On se demande plutôt si toutes ces douleurs, toutes ces colères, pour l’instant parallèles, resteront séparées ou finiront par trouver un point de rencontre. Dans cette hypothèse, un dénominateur commun apparaît : la vie chère et une date, le 19 octobre prochain.

Transport — quand la crise devient institutionnelle

La crise du transport constitue le phénomène le plus visible. Dans le Nord, le Centre puis le Sud, l’arrêt des réseaux urbains a profondément perturbé les déplacements quotidiens. Le TCSP et les transports scolaires permettent encore d’assurer une partie de la mobilité, mais l’essentiel du transport collectif ordinaire est affecté.  Lire Plus

Marie-Thérèse Julien Lung-Fou… « féministe » bien avant le « féminisme »

  • Par Rodolf Etienne

Les recherches contemporaines consacrées aux femmes artistes la présentent comme la première sculptrice native des Antilles françaises reconnue.

Et pourtant, lorsqu’on évoque aujourd’hui les grandes figures intellectuelles et artistiques martiniquaises du XXe siècle, son nom vient rarement parmi les premiers.

Marie-Thérèse Julien Lung-Fou, sculptrice, dessinatrice, poétesse, conteuse, autrice pour la jeunesse, animatrice culturelle, éditrice d’une revue, défenseuse du créole et du patrimoine antillais, appartient à une catégorie surprenante du patrimoine commun, celles des femmes martiniquaises dont le nom semble avoir glissé lentement hors defs limites de la mémoire collective.

Née aux Trois-Îlets en 1909

Marie-Thérèse Julien Lung-Fou grandit dans un environnement marqué par la poterie et les artisans. Née aux Trois-Ilets, en 1909, sa propre histoire familiale porte déjà plusieurs des mondes qu’elle cherchera plus tard à réunir : héritages chinois, afro-caribéens et européens.

Après une scolarité au Pensionnat colonial de Fort-de-France, elle franchit en 1934 une étape considérable pour une jeune Martiniquaise de cette époque : elle intègre l’École nationale des beaux-arts de Paris. 1934 : Il faut s’arrêter sur cette date. La Martinique est encore une colonie.  Lire Plus

TÉLÉVISION : Barbara Jean-Élie entre féminité, histoire et identité

– Par Rodolf Étienne

Journaliste, présentatrice, productrice, autrice, entrepreneure, ancienne conseillère ministérielle : vouloir réduire Barbara Jean-Élie à l’un de ses métiers reviendrait à manquer ce qui fait tout le singulier de son parcours.

En 2023, Barbara Jean-Elie était de nouveau devant les caméras d’ATV, face aux Martiniquais(e)s, comme si une boucle se refermait. La Martinique qu’elle retrouvait à l’écran n’était plus celle dont elle présentait les premières actualités télévisées au début des années 1990.

Titulaire d’une maîtrise de droit et sciences politiques obtenue à Paris I Panthéon-Sorbonne en 1989, Barbara Jean-Elie revient en Martinique et intègre le monde des médias. Après la radio, elle participe à l’aventure d’Antilles Télévision, ATV, à une époque où l’existence même d’une télévision privée locale constituait une rupture.

En 1993, Barbara Jean-Elie est la première journaliste à présenter un journal télévisé sur une chaîne privée martiniquaise.

Elle sera journaliste reporter d’images, présentatrice, animatrice et rédactrice en chef. Ce passage par ATV n’est donc pas un simple épisode dans son curriculum vitae. Il correspond à l’un de ces moments forts où la Martinique commence à diversifier les lieux depuis lesquels elle se regarde, se décrit et se raconte.  Lire Plus

La conciergerie : Entre l’hébergement et l’expérience touriste

— Par Rodolf Étienne

Après le développement spectaculaire de l’hébergement locatif, une nouvelle étape s’amorce pour le tourisme martiniquais : celle de la pleine valorisation du service.

La conciergerie pourrait précisément être le chaînon manquant entre « logement touristique » et « expérience touriste ».

Formation des professionnels, commercialisation, accueil, intendance, connaissance des clientèles, numérique : le CMT (Comité Martiniquais du Tourisme) accompagne désormais explicitement la structuration de la conciergerie en Martinique.

Près d’un touriste de séjour sur deux choisit désormais, en Martinique, un appartement, une villa ou une résidence de tourisme.

Hier, la Martinique vendait sa destination. Aujourd’hui, depuis qu’elle a développé ses hébergements, elle doit vendre davantage la qualité de son service et la singularité de l’expérience qu’elle propose. Disposer de milliers de villas et d’appartements ne suffit pas. Il faut transformer le séjour en expérience, le visiteur en hôte, la réservation en consommation locale et, idéalement, un premier voyage en désir de revenir.

2024 – Un nouveau départ

En 2024, la Martinique accueillait 988 301 visiteurs. La fréquentation globale reculait légèrement de 1,4 % par rapport à 2023, mais cette évolution masquait un phénomène beaucoup plus intéressant : le nombre de touristes de séjour progressait de 2,8 % pour atteindre 571 511 personnes, son niveau le plus élevé depuis plusieurs décennies.  Lire Plus

Europe : « Garde ta terre ! Tes plaines, tes hommes, tes hivers… »

— par Rodolf Etienne

L’investisseur voit un actif. L’agriculteur voit une terre. La puissance publique, elle, devrait voir la capacité de nourrir demain !

Parce qu’un champ, ce n’est pas seulement une surface, ce n’est pas seulement une valeur inscrite dans un bilan comptable. Un champ, c’est une possibilité de produire, une capacité de nourrir, une réserve de biodiversité. Un champ, c’est un paysage, un patrimoine, ou, tout simplement une histoire familiale. Mais… un champ, c’est aussi, et de plus en plus, un actif stratégique.

Une agriculture européenne puissante, mais fragilisée

L’UE (Union européenne) est l’une des plus grandes puissances agricoles et agroalimentaires mondiales. Ses campagnes produisent céréales, lait, viande, fruits, légumes, vins, huiles et produits transformés. Des millions d’emplois dépendent directement ou indirectement de l’agriculture et de l’industrie alimentaire. Pourtant, derrière cette puissance apparaît une fragilité croissante : les exploitations disparaissent, les agriculteurs vieillissent, l’installation des jeunes devient difficile, le prix des terres augmente dans de nombreuses régions, les marges sont comprimées par le coût de l’énergie, des engrais, des machines et du crédit, et les revenus agricoles demeurent extrêmement variables selon les filières.  Lire Plus

Fanm-Doubout ! La Martinique épée levée !

— par Rodolf Etienne

L’épée levée… Non pour déclarer une guerre. Pour trancher dans l’oubli.

Elles sont ici vingt-cinq femmes dans une histoire beaucoup plus vaste. De celles qui ont arraché leur place à l’invisibilité, pris la parole, occupé le pouvoir, transformé nos représentations ou porté le nom du pays Martinique bien au-delà de ses rivages.
L’histoire de la Martinique a longtemps eu cette étrange manière de conjuguer la femme au quotidien et l’homme à la postérité. La femme tenait la famille, le marché, le commerce informel, l’éducation, la transmission, parfois l’habitation, souvent les comptes domestiques, fréquemment la survie elle-même. Mais quand venait le temps de graver les noms dans la pierre, l’histoire redevenait étrangement masculine comme étrangement muette.

Césaire, Fanon, Glissant, Aliker, Lagrosillière, Gratiant sont immenses ! Mais pendant ce temps-là, Paulette Nardal pensait déjà le monde noir ! Suzanne Césaire bouleversait la pensée antillaise ! Jane Léro organisait les femmes ! D’autres préparaient leurs batailles !

Paulette Nardal – avant que la Négritude ne porte son nom

Il faudra peut-être encore longtemps réparer cette injustice. Quand on raconte la naissance de la Négritude, trois hommes apparaissent immédiatement : Aimé Césaire, Léopold Sédar Senghor et Léon-Gontran Damas.   Lire Plus

Espionnage : comment l’IA a transformé le réseau du renseignement ?

– Par Rodolf Etienne

Vous ne verrez plus jamais James Bond de la même manière !

Milan, NSA, pétrole iranien, hackers nord-coréens, réseaux privés de renseignement et essaims d’agents artificiels, le pouvoir ne réside plus seulement dans la capacité de collecter des données.

Il réside désormais dans celle de les comprendre, de les croiser et, de plus en plus, d’agir automatiquement à partir d’elles.

Il y avait autrefois quelque chose de presque rassurant dans l’image de l’espion.

Un homme ou une femme, une fausse identité, un rendez-vous discret, un micro dissimulé, quelques photographies, un dossier rangé dans un coffre. Le renseignement avait ses hommes, ses méthodes, ses frontières et ses secrets. Cette représentation appartient peut-être déjà au passé.

De Washington à Milan, de Pékin à Pyongyang, les affaires apparues ces dernières années dessinent progressivement un autre monde. Les services d’État demeurent, les agents humains n’ont évidemment pas disparu, mais entre eux se sont installés d’immenses réservoirs de données, des sociétés privées de renseignement, des pirates informatiques, des infrastructures dispersées dans plusieurs pays et, désormais, des intelligences artificielles capables d’exécuter elles-mêmes une partie des opérations.  Lire Plus

Sunrise Airways poursuit son développement depuis Cap-Haïtien

– Par Rodolf Etienne

Sunrise Airways : dans le ciel fracturé d’Haïti, une compagnie refuse de disparaître

Dans un pays où les routes sont devenues dangereuses et les aéroports vulnérables, faire décoller un avion relève désormais autant de l’acte économique que de la résistance nationale.

Alors que Port-au-Prince demeure isolée par la violence et que plusieurs transporteurs internationaux ont déserté le pays, Sunrise Airways, la compagnie aérienne haïtienne, ne se contente plus d’assurer quelques liaisons de survie : elle tente de construire un véritable réseau reliant Haïti, sa diaspora et le reste de la Caraïbe.

Il existe des entreprises dont l’activité dépasse progressivement leur fonction première. Sunrise Airways appartient aujourd’hui à cette catégorie.

Créée en 2010 par l’entrepreneur et pilote haïtien Philippe Bayard, la compagnie est devenue l’un des derniers instruments permettant à Haïti de maintenir une continuité aérienne avec son territoire, sa diaspora et son environnement régional.

Sa devise : Connecting people, not just places – relier des personnes et pas seulement des destinations – prend, dans le contexte haïtien, une portée singulière. Lorsqu’une route terrestre peut signifier racket, enlèvement ou affrontement armé, un vol intérieur ne constitue plus un simple service commercial.  Lire Plus

Renaissance Africaine : La nouvelle conquête énergétique du continent

– Par Rodolf Étienne

Au moment où l’Europe redécouvre brutalement sa vulnérabilité énergétique et recherche de nouveaux fournisseurs, l’Afrique, elle, redevient l’objet de toutes les attentions. L’Afrique nouvelle devra-t-elle encore exporter ses nombreuses matières premières pour ensuite importer les produits, technologies et services fabriqués avec elles ?

Pétrole namibien, gaz tanzanien et mozambicain, cobalt congolais, cuivre, manganèse, uranium, solaire, hydroélectricité : l’Afrique possède une part considérable des ressources nécessaires au monde d’aujourd’hui comme à celui de demain.

Il suffit parfois d’une simple crise pour que les cartes que l’on croyait connaître changent brutalement de couleur ou, plus simplement, de mains. Ainsi, pendant plusieurs années, l’Europe a parlé de sortie des hydrocarbures, de neutralité carbone, d’électrification et d’économie post-pétrolière. Puis sont venues les guerres, les tensions commerciales, la rupture avec une large partie du gaz russe, les inquiétudes autour du Moyen-Orient et des routes maritimes.

Le vocabulaire a changé, change encore et changera certainement encore avec les années. On reparle de sécurité énergétique, de stocks, de raffineries, de gaz. Et, surtout, dans ce contexte nouveau, tous les regards se tournent directement vers l’Afrique.  Lire Plus

Le paradoxe martiniquais ou l’île qui gaspillait ses deniers publics

– Par Rodolf Etienne

Certaines régions attirent les habitants, produisent, innovent, exportent et maintiennent un chômage relativement faible. D’autres accumulent vieillissement, pauvreté, dépendance, perte de population et faiblesse de l’investissement. 

La Martinique n’est pas, chiffres en main, le « dernier de la classe » républicaine. Mais son cas est peut-être plus dérangeant encore. Possédant davantage d’atouts que plusieurs autres régions ou territoires, elle se voit tout de même largement dépassé.

La France, dans son large ensemble, n’avance pas à la même vitesse.

Il faut tout d’abord faire taire une idée simple. Non, la région française économiquement la plus mal en point n’est pas systématiquement la Martinique. La Guyane affiche un chômage de 19,3 % au premier trimestre 2026. La Réunion est à 19 %, la Guadeloupe à 15,2 %, contre 13,5 % en Martinique. Sur la pauvreté, les dernières données régionales comparables placent également la Guyane, La Réunion et la Guadeloupe derrière la Martinique. Mais cette lecture brute aurait le désavantage de masquer quelque chose de bien plus grave. La Martinique n’est peut-être pas le territoire français le plus pauvre. Mais, elle pourrait être l’un de ceux qui gaspillent le plus spectaculairement son potentiel.  Lire Plus

FORT-DE-FRANCE : L’usure du pouvoir dans le miroir de l’Afrique

– Par Rodolf Étienne

Au moment où la rentrée scolaire remet sous nos yeux les transformations démographiques de la capitale, Fort-de-France offre une contradiction politique particulière qui mérite d’être regardée sans révérence excessive.

Ici, il faut préciser ! Le PPM (Parti Progressiste Martiniquais) ne gouverne pas Fort-de-France depuis 1945, puisqu’il n’a été créé qu’en 1958.

Aimé Césaire fut d’abord élu sous l’étiquette communiste. Mais la continuité politique issue du césairisme est incontestable. Aimé Césaire de 1945 à 2001, Serge Letchimy de 2001 à 2010, Raymond Saint-Louis-Augustin de 2010 à 2014, puis Didier Laguerre depuis 2014.

Nous parlons donc, en 2026, de quatre-vingt-une années de continuité politique municipale. Cette durée n’est pas en elle-même antidémocratique. Lors des récentes élections, les Foyalais ont librement voté. Des oppositions se sont présentées. Toute élection est libre. Vouloir assimiler Fort-de-France à quelque régime autoritaire que ce soit serait absurde. Mais la démocratie ne se mesure pas seulement à la possibilité juridique de changer de pouvoir, elle se mesure également à la réalité de cette possibilité.

Une majorité arrivée depuis quatre ans peut invoquer l’héritage. Après quatre-vingts ans, l’héritage devient aussi un bilan.

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VIOLENCES FAITES AUX FEMMES : Quand la célébrité déplace le doute

— Par Rodolf Étienne

Qui est cru, qui est protégé, qui est exposé, qui supporte le coût du doute.

La notoriété ne crée pas la violence, mais elle peut en modifier tout l’écosystème. 

Une femme parle… l‘esentiel du débat devrait porter sur ce qu’elle rapporte. 

Très vite, autre chose occupe la scène : le nom de l’homme mis en cause, sa carrière, son œuvre, ses admirateurs, ses contrats, ses soutiens. Face à elle, il n’y a plus seulement une personne, mais une réputation et tout ce qui s’est construit autour d’elle. Avant même l’examen des faits, la parole entre ainsi dans un rapport de forces profondément inégal.

  • Cette contribution ne veut traiter d’aucune affaire particulière et ne vise aucune personne identifiable. Il interroge un mécanisme général : que devient la parole d’une femme lorsqu’elle rencontre la puissance sociale, économique et symbolique de la célébrité ?

Selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS), environ 840 millions de femmes et de filles — près d’une sur trois — ont subi des violences physiques ou sexuelles au cours de leur vie.   Lire Plus