L’éphéméride du 27 novembre

Invention des allumettes à friction par John Walker le 27 novembre 1826

Une allumette est une petite tige de bois (généralement du peuplier, parfois de saule), de carton ou de chiffon, destinée à créer une flamme par friction avec son extrémité enduite d’un produit chimique inflammable, après quoi elle n’est plus utilisable.

Le mot « allumette » date des environs de l’an 1200 pour désigner une petite bûche destinée à faire prendre le feu.

Les allumettes sont vendues généralement en nombre, conditionnées en boîtes ou en pochettes de carton.

Historique
Les origines
Les allumettes datent de l’Antiquité.

Il a été retrouvé, à Saintes, datés du iie siècle, de petits bâtonnets de bois carbonisés à une extrémité2. On ne sait pas si ces “allumettes” ont simplement servi à transporter une flamme, à éclairer, ou si elles ont participé à la production de feu.

En revanche, en Chine est attesté dès le vie siècle, l’existence de bâtonnets de pin imprégnés de soufre, qui auraient eu cet usage3.

Contrairement aux allumettes actuelles, ces allumettes au soufre ne peuvent s’enflammer que secondairement, au contact d’une braise préalablement obtenue par les moyens classiques (briquet d’acier, par exemple, déjà connu des Romains).

Au Moyen Âge, les allumettes étaient faites de roseau et fortement soufrées1.

Les premières allumettes, mentionnées dès 1530, différaient des allumettes modernes. Connues sous le nom de bûchettes, fidibus ou chénevottes, il s’agissait de petites tiges de bois, de roseau ou de chènevotte, de papier roulé ou de mèches de coton trempées dans la cire4. L’utilisation de ces allumettes soufrées à une ou deux extrémités est décrite au xviie siècle dans un poème de Saint-Amant (1594-1661) :

Souvent tout en sueur je m’esveille en parlant,
Je saute hors du lit, l’estomach pantelant,
Vay prendre mon fuzil, et d’une main tremblante
Heurtant contre le fer la pierre estincelante,
Après m’estre donné maint coup dessus les dois,
Après qu’entre les dents j’ay juré mille fois,
Une pointe de feu tombe et court dans la meiche,
R’avivant aussi-tost cette matiere seiche,
J’y porte l’allumette, et n’osant respirer
De crainte de l’odeur qui m’en fait retirer,
Au travers de ce feu puant, bleuastre et sombre,
J’entrevoy cheminer la figure d’une ombre…

— Saint-Amant, nouvelle édition, 1855, p. 84

Ce passage décrit le problème d’arriver dans le noir complet au sortir d’un cauchemar, à battre le briquet (nommé fusil avant le xviiie siècle), allumer l’amadou, allumer l’allumette au soufre (qui brûle avec une flamme bleue) pour pouvoir enfin allumer une bougie.

Ce n’est qu’au début du xixe siècle (de 1805 à 1831) que l’on verra pour la première fois une allumette produire une flamme en un seul temps, par réaction chimique ou par frottement. La boîte avec frottoir naît à cette époque, en 1830.

Les progrès au xixe siècle
L’allumette moderne a été inventée en 1805 par Jean-Joseph-Louis Chancel, assistant du professeur Louis Jacques Thénard à Paris6. Le mélange inflammable contenait du chlorate de potassium, du soufre, du sucre et du caoutchouc. Il s’enflammait lorsqu’il était plongé dans un petit flacon d’amiante rempli d’acide sulfurique concentré4. Cette sorte d’allumette, aussi onéreuse que dangereuse, ne rencontra pas un grand succès.

La première allumette inflammable par friction est l’invention du chimiste anglais John Walker le 27 novembre 1826. Il reprit des travaux infructueux menés par Robert Boyle, en 1680, sur l’utilisation du phosphore et du soufre. Walker mit au point un mélange de sulfure d’antimoine (III), de chlorate de potassium, gomme et d’amidon, qui pouvait s’enflammer en frottant sur une surface rugueuse composée d’une pâte à base de phosphore amorphe et de peroxyde de manganèse. Les premières allumettes, brevetées par Samuel Jones, furent commercialisées sous le nom de lucifers. Elles présentaient d’importants défauts, la flamme étant instable et la réaction trop violente. De plus, l’odeur qu’elles produisaient était désagréable.

Le Hongrois János Irinyi (en) (1817-1895) invente l’allumette moderne non explosive en 1836, substituant le dioxyde de plomb au chlorate de potasse, évitant ainsi les explosions violentes9,.

En 1831, le Français Charles Sauria ajouta du phosphore blanc afin d’atténuer l’odeur. Ces nouvelles allumettes, qui devaient être conservées dans une boîte hermétique, gagnèrent en popularité. L’Allemand Jakob Friedrich Kammerer fut à l’origine de leur production industrielle en 1832. Malheureusement, ceux qui travaillaient à leur fabrication furent atteints par des maladies osseuses, en particulier au niveau des mâchoires11, liées à l’exposition au phosphore blanc. Après une campagne dénonçant ces pratiques, qui menaient à des infirmités graves, défigurantes et parfois mortelles, une convention internationale sur l’interdiction de l’emploi du phosphore blanc (jaune) dans l’industrie des allumettes, signée à Berne le 26 septembre 1906, et suivie d’actions législatives, contraignit l’industrie à changer de méthode et à protéger les ouvriers.

C’est en Autriche, en 1833 que s’établit la première fabrique d’allumettes chimiques à base de phosphore. Elles étaient tellement inflammables que le cahot des voitures de transport suffisait à les faire prendre[réf. nécessaire]. Aussi dans la plupart des États allemands se décida-t-on à en interdire l’usage jusqu’en 1840, époque où Preshel inventa sa fameuse[réf. souhaitée] pâte composée de gomme épaisse de chlorure de potasse, de phosphore et de bleu de Prusse. Plus tard, ce chimiste remplaça même le chlorate par l’oxyde pur (peroxyde de plomb, qui ne fait pas d’explosion).

L’allumette de sûreté
‘allumette de sûreté, encore appelée « allumette suédoise » en raison de la nationalité suédoise de son inventeur Gustaf Erik Pasch, date de 1844. La « sûreté » provient du fait qu’elle nécessite un grattoir spécial, dont les éléments chimiques interagissent avec ceux de l’extrémité de l’allumette pour s’enflammer. Le grattoir est composé de poudre de verre et de phosphore rouge, tandis que l’extrémité de l’allumette est enduite de sulfure d’antimoine, de dioxyde de manganèse et de chlorate de potassium. La chaleur engendrée par le frottement transforme le phosphore rouge en phosphore blanc, qui à son tour contribue à l’inflammation de l’allumette. Une société américaine développa un procédé similaire et le breveta en 1910.

Un monopole d’État en France pendant 120 ans
Article connexe : Société d’exploitation industrielle des tabacs et des allumettes.
En France, la taxe sur les allumettes mise en place par une loi de 1871, qui devait améliorer les finances publiques nationales éprouvées par la guerre franco-prussienne de 1870, s’étant avérée d’un rendement trop faible, la fabrication et l’importation des allumettes ont été déclarées monopole de l’État par la loi du 2 août 1872.

D’un tissu artisanal, le secteur est donc rapidement passé à une organisation industrielle unitaire, le monopole étant affermé à la Société Générale des Allumettes Chimiques. En 1935, il est pris en charge par le Service d’exploitation industrielle des tabacs et des allumettes, qui devient en 1980 une société anonyme, la SEITA, privatisée en 1995, aujourd’hui fusionnée dans Altadis.

Le monopole fut aménagé par la loi no 72-1069 du 4 décembre 1972, autorisant l’importation d’allumettes en provenance d’États membres de la Communauté européenne16. Après plusieurs recommandations de la Commission européenne entre 1969 et 1987, le monopole de fabrication et d’importation fut levé en 1995, à l’occasion de la privatisation de la SEITA.

Et un marché parallèle
Parallèlement à ce monopole se met en place, notamment en milieu rural, un marché illégal relevant de la contrebande. Ces allumettes de contrebande restaient fabriquées à base de phosphore, sable, colle et chlorate de manière très artisanale.

Allumettes contemporaines
Allumettes-tempête
Les allumettes-tempête peuvent être enflammées au dehors, même par très grand vent. Elles sont très appréciées des marins et des campeurs mais aussi des pisteurs secouristes. La tête inflammable, très reconnaissable, est beaucoup plus volumineuse que celle des allumettes classiques. Elles sont également très résistantes à l’humidité.

Allumettes traitées contre l’humidité
Ces allumettes sont moins chères que les précédentes ; elles sont conçues pour résister à l’humidité, mais elles ne s’allument pas en plein vent.

Allumettes en boîtes étanches
Des boîtes étanches à vis permettent de conserver les allumettes au sec par tout temps et même en immersion. On peut les garnir d’allumettes spéciales ou ordinaires.

Allumettes par pays
Belgique
Union Match est une compagnie allumettière belge.

Italie
Les allumettes de cire (fiammiferi cerini) sont de minuscules allumettes de papier de cellulose pure paraffinée, ayant un aspect de mini-cierge de cire. Très populaires, peu encombrantes et résistant bien à l’humidité, elles demandent une certaine dextérité pour être allumées sans se plier : il faut les pincer entre les deux ongles du pouce et de l’index, très près de la partie inflammable. Les boîtes sont en carton décoré à glissière, avec un rabat empêchant la chute accidentelle des allumettes et parfois même un élastique permettant la fermeture automatique du tiroir

Collection
La collection des boîtes d’allumettes porte le nom de philuménie. Elle est pratiquée de longue date par d’infatigables chercheurs, évoqués par Anatole France, Le Crime de Sylvestre Bonnard, membre de l’Institut.

La plus ancienne boîte d’allumettes française connue, « Pyrogènes », très joliment ornée, est conservée à la Bibliothèque nationale.

 

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C’était un 27 novembre: le sabordage de la flotte à Toulon

Pour «l’honneur du pavillon», afin de ne pas tomber dans les mains allemandes qui venaient d’envahir la zone libre, la marine française a coulé tous ses bâtiments.

Deux ans après Mers-el-Kébir en 1940, le 27 novembre 1942, la flotte française va voir une nouvelle fois une grande partie de ses navires sombrer. Mais cette fois, ce sera un sabordage de la main même des Français. Au soir du 27 novembre, 90% des navires amarrés dans la rade de Toulon ont été sabordés. Tous les grands bâtiments de combat de haute mer sont coulés ou irrécupérables. Ce sont au total 235 000 tonnes rendues hors d’usage – soit trois cuirassés, sept croiseurs, quinze contre-torpilleurs, treize torpilleurs, six avisos, douze sous-marins, neuf patrouilleurs et dragueurs, dix-neuf bâtiments de servitude, un bâtiment école, vingt-huit remorqueurs et quatre docks de levage. Un suicide pour la gloire et en respect de promesse faite par l’amirauté de ne jamais tomber aux mains des Allemands.

Le 11 novembre, Hitler déclenche l’opération «Anton» en totale violation de la convention d’armistice signée en juin 1940. Les Allemands envahissent la zone libre. Une invasion à leurs yeux nécessaire depuis que les Alliés ont débarqué, le 8 novembre en Afrique du Nord, au Maroc et en Algérie.

Mais surtout, Hitler craint que la flotte française consignée dans la base navale de Toulon ne considère qu’après l’invasion de la zone libre, elle est déliée de l’article 8 de la convention d’armistice qui lui imposait la neutralité, et ne rejoigne les forces alliées. La ville est désormais l’unique enclave non occupée de la France métropolitaine.
Opération «Lila»

Le 26 novembre, deux colonnes de panzer se mettent en mouvement afin de prendre l’arsenal. Nom de code de l’opération : «Lila». Le 27, au petit matin, les soldats allemands arrêtent le préfet maritime, l’amiral Marquis. Son chef d’état-major, le contre-amiral Robin, parvient à s’échapper et à transmettre au major général de l’arsenal, le contre-amiral Dornon, l’ordre de sabordage qu’il retransmet aussitôt à l’amiral Laborde à bord du Strasbourg, bâtiment amiral des forces de haute mer. Celui-ci lance par radio l’ordre général de destruction, répercuté également par signaux optiques. Les équipes de sabordage doivent faire vite. Les chars allemands ont pénétré dans l’arsenal mais perdent un temps précieux, faute de pouvoir s’y repérer. Ce qui laisse le temps aux «sabordeurs» de finir leur travail.
6 heures du matin, les premières explosions se font entendre puis se succèdent. Les équipes allument les mèches, ouvrent les vannes, noient les soutes… parfois sous la menace des soldats allemands. Certains navires comme les croiseurs Algérie, Marseillaise ou Dupleix brûleront pendant plusieurs jours. Trois sous-marins parviennent à gagner l’Algérie et à rejoindre les Forces navales françaises libres (FNFL). Ce jour-là, la «Royale» – surnom donné à la marine de guerre – a sauvé l’honneur de son pavillon.

Source : Liberation.fr
https://www.liberation.fr/culture/cetait-un-27-novembre-le-sabordage-de-la-flotte-a-toulon-20211127_LAXFJXZQMJAOFJ66ZDAROFMTTU/