Ali G : J’suis qui ? : Sacha Baron Cohen revient !

-par Rodolf Etienne

Avec Ali G : J’suis qui ?, sorti en octobre 2026, Sacha Baron Cohen ressuscite l’un de ses personnages les plus célèbres.

Entre humour outrancier, satire politique et accusations de racisme, cette nouvelle comédie interroge autant les transformations de nos sociétés que les limites d’un humour né à la fin des années 1990.

Il avait disparu des écrans de cinéma depuis 2002. Le voici de retour, lunettes teintées, chaînes dorées, survêtements extravagants et assurance inébranlable. Ali G, personnage créé par l’humoriste et acteur britannique Sacha Baron Cohen, reprend du service dans Ali G: Who Iz I?, commercialisé en français sous le titre Ali G : J’suis qui ?. Cette nouvelle aventure, réalisée par Baron Cohen lui-même, marque ses débuts dans la réalisation d’un long métrage. Mais vingt-quatre ans après Ali G Indahouse, le monde a changé. Et la question se pose désormais : les recettes comiques d’hier fonctionnent-elles encore aujourd’hui ?

Un personnage dépassé par son époque

L’histoire retrouve Ali G dans une situation peu glorieuse. Après deux décennies d’insouciance, il apprend que sa compagne Julie, interprétée par Morgana Robinson, est enceinte de huit mois. Confronté à la perspective de devenir père et à ses difficultés financières, il décide de traverser l’Atlantique pour relancer sa carrière médiatique aux États-Unis. Son entreprise tourne rapidement à une succession de situations embarrassantes et de confrontations avec une Amérique profondément divisée. Le film adopte la forme du faux documentaire, mêlant séquences scénarisées et rencontres avec des personnes réelles, parfois piégées par les provocations du personnage.

Derrière la vulgarité assumée, l’objectif demeure de faire apparaître les contradictions de ceux qui acceptent de répondre à des questions absurdes ou de participer à des situations invraisemblables.

Une méthode qui rappelle les aventures de Borat et de Brüno, deux autres créations de Sacha Baron Cohen.

De la satire sociale à la controverse culturelle

Apparu en 1998 dans l’émission britannique The 11 O’Clock Show, Ali G caricaturait à l’origine un jeune Blanc fasciné par les codes du hip-hop, du reggae et des cultures urbaines noires. Son langage approximatif, ses attitudes empruntées et son ignorance revendiquée constituaient les ressorts d’un humour reposant sur le décalage entre l’image qu’il prétendait incarner et la réalité de son personnage.

Cette mécanique comique a cependant toujours suscité des réserves. Qui est réellement la cible de la plaisanterie ? Le jeune Blanc qui s’approprie maladroitement une culture qui n’est pas la sienne, ou les populations dont les expressions sont ainsi transformées en caricature ?

La sortie du nouveau film a ravivé cette interrogation. Au Royaume-Uni, des militants et des organisations ont dénoncé une représentation jugée raciste et dépassée, allant jusqu’à réclamer son retrait des salles. Les fausses dreadlocks, les références rastafariennes et les clichés associés aux cultures noires ont notamment alimenté les critiques. À l’inverse, les défenseurs du personnage estiment que sa fonction consiste précisément à dénoncer, par l’absurde, l’ignorance et les préjugés. Sacha Baron Cohen assume lui-même le caractère anachronique de son personnage. Il explique avoir volontairement ramené cet homme d’une autre époque dans une société dont il ne comprend plus les codes. Ali G devient ainsi autant l’objet de la satire que son instrument.

Ali G : Sacha Baron Cohen

Une Amérique sous observation

Le déplacement du récit vers les États-Unis permet au réalisateur d’explorer les tensions culturelles et politiques contemporaines. Liberté d’expression, radicalisation des discours, immigration, identités et affrontements idéologiques constituent le terrain sur lequel évolue son personnage. Sacha Baron Cohen mobilise également d’autres figures satiriques déjà apparues dans son travail, notamment le colonel Erran Morad et le professeur Nira Cain-N’Degeocello. Ces caricatures opposées participent à une critique des certitudes politiques et de la polarisation américaine. Le procédé conserve sa capacité à provoquer des réactions inattendues. Mais la question de son efficacité artistique reste ouverte. La presse internationale a réservé au film un accueil partagé. Time Out reconnaît plusieurs moments comiques réussis tout en soulignant le caractère inégal de l’ensemble. The Guardian relève de son côté une satire qui attaque aussi bien les puissants que des cibles plus vulnérables, sans toujours retrouver la force des premières créations de Sacha Baron Cohen.

Le rire peut-il encore déranger ?

Le retour d’Ali G intervient dans un paysage médiatique radicalement différent de celui de ses débuts. Les réseaux sociaux ont banalisé les provocations, accéléré leur diffusion et multiplié les possibilités de contestation. L’humour de l’embuscade, autrefois caractéristique de la télévision satirique, se retrouve désormais confronté à une circulation permanente des images et à une attention accrue portée aux représentations culturelles.

Il serait réducteur de considérer cette évolution comme la simple disparition du droit de rire. La critique adressée à Ali G porte moins sur l’existence de la provocation que sur ses destinataires, ses intentions et ses conséquences. Un même ressort comique peut dévoiler un préjugé, mais aussi contribuer à le reproduire.

Disponible sur Prime Video depuis le 28 octobre 2026, après une exploitation cinématographique limitée, Ali G : J’suis qui ? témoigne finalement d’une difficulté propre aux personnages satiriques de longue durée : continuer à surprendre sans devenir prisonniers de leur propre formule.

Le paradoxe d’Ali G est peut-être là : conçu pour tourner en ridicule les ignorances de son époque, il revient dans un monde où c’est désormais sa propre ignorance, réelle ou fabriquée, qui se trouve soumise au jugement public.

Rodolf ÉTIENNE

Rodolf Étienne est journaliste, auteur, traducteur créole et formateur pour adultes (FPA). Depuis plus de vingt ans, il développe une activité journalistique consacrée aux réalités politiques, sociales, économiques et culturelles de la Martinique, de la Caraïbe, de l'Afrique et de leurs diasporas. Ses travaux s'intéressent particulièrement aux héritages historiques, aux circulations culturelles, aux dynamiques de coopération internationale et aux enjeux contemporains de la transmission des savoirs. Contributeur de Madinin’Art, il privilégie une approche documentaire et comparative, associant investigation, analyse et valorisation des patrimoines. Ses recherches explorent également les transformations liées au numérique, à l'intelligence artificielle, à l'éducation et aux nouvelles formes de création artistique. 

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