— Par Gary Klang —
J’admire les braves, les gens qui n’ont peur de rien : des personnages historiques tels que Alexandre le Grand, Jules César, Fidel Castro, le Che, Nelson Mandela, Martin Luther King, Rosa Parks…et les autres. J’admire un homme comme Maxime Vieux d’Haïti que je connaissais, sans oublier ses frères Lionel et Didier. Rappelons que Didier a été tué par le macoute Franck Romain à qui j’ai aussi eu affaire. Mais revenons à Maxime. Je l’ai vu un soir, au stade Sylvio Cator, s’asseoir sur le dos d’un taureau. L’animal le projeta au sol, au risque de lui rompre le cou, mais il fut le seul à oser.
Un jour, il se battit contre deux militaires, ce qui lui valut, au bureau de police de Port-au-Prince, d’être transpercé de plusieurs coups de baïonnette. Il finit par se faire tuer d’un coup de couteau à New York dans une bagarre.
Quant à Lionel Vieux, brave parmi les braves lui aussi, il alla se battre en République Dominicaine contre les fachos dans les années 60.
Plus près de nous, j’aimerais vous parler de mon maître de karaté 9e dan, Guy Sauvin, avec qui je suis toujours en contact. Guy est un homme qui lui non plus n’a peur de rien, tout comme Maxime, Didier et Lionel Vieux. Il me l’a d’ailleurs dit. Je l’ai vu combattre lors des championnats du monde de karaté à Paris, en 1972, lorsque la France a été sacrée championne du monde. Et je l’ai souvent vu à l’oeuvre dans d’autres circonstances. Un jour, au club, deux ouvriers le narguaient du dehors. »Ton karaté, c’est de la foutaise, etc., etc. » Guy arrêta son cours et invita les deux hommes à venir se battre contre lui, les deux ensemble. Mais les fanfarons se contentèrent de baisser la tête.
Une autre fois, après le cours, nous allâmes prendre un pot au café d’à côté. Guy jouait au flipper. Il s’arrêta de jouer pour aller boire une bière au comptoir et c’est alors qu’un ostrogoth, sorti de nulle part, en profita pour lui prendre sa place. Guy lui demanda de partir mais l’autre refusa, ce qui lui valut un coup au menton qui l’envoya valser. Alors, mon ami Guy, grand seigneur, lui tendit la main pour l’aider à se relever. Le fanfaron, honteux, lui demanda qui il était. »Je suis Guy Sauvin, répondit-il ». »Merde alors ! s’écria le bonhomme, sur 50 millions d’habitants que compte la France, il a fallu que je tombe sur vous. C’est vraiment pas de chance. »
Un jour, Guy était au cinéma lorsque le type qui se trouvait derrière lui poussa la tête parce qu’il l’empêchait de bien voir l’écran. Sans demander son reste, Guy s’accroupit sur le fauteuil et décrocha au bonhomme un mawashi geri (coup de pied circulaire) à la tête qui mit KO le gars. Le lendemain, il me raconta la scène et craignait que le zigue ne soit mort.
Un soir chez lui, le maire de la ville où il habitait vint le réveiller parce qu’une bande de cinglés faisait du bruit et menaçait de tout casser. Guy alla les voir et leur demanda qui était le chef. Un homme se présenta en roulant des mécaniques. Il lui proposa un marché : ils allaient se battre. S’il gagnait il pourrait tout saccager, mais s’il perdait, il foutait le camp, lui et sa bande de morveux. Le mec accepta et la bagarre s’engagea. Guy lui fit un balayage qui le fit tomber, mais non content de ce qu’il avait fait, il lui brisa le nez en le retournant d’un geste brusque. Le type hurla de douleur, se releva et prit la fuite sans demander son reste.
Mais là ne s’arrêtent pas les aventures de Guy Sauvin. Aimant l’Afrique et les éléphants, il partit un jour pour aller défendre ces derniers contre les braconniers, au risque de se faire tuer. Il visita Ouidah, au Bénin, et le temple des pythons que j’ai visité moi aussi, et me fit même un cours sur les différences entre le vodou haïtien et béninois.
Tel est mon ami Guy Sauvin.
J’ai fait venir des copains haïtiens à son club, dont le chirurgien Stewart Kersaint, Johnny Etienne et Philippe Lahens, décédé récemment.
Tout cela pour vous dire, mes amis, toute l’admiration que j’éprouve pour Guy Sauvin, mon maître de karaté et ami.
GARY KLANG


