Étiquette : Gary Klang

« Deux arbres rouges »

Deux arbres rouges
Deux arbres rouges me regardent par la fenêtre
Deux arbres tels des gardes rouges
Ils me fascinent par leur beauté
Leur calme
Et me font oublier toutes les laideurs du monde
Je pense à la Révolution
Je pense à ce surhomme
Qui traversa fleuves et montagnes
Tout en combattant l’ennemi chinois
Et l’ennemi japonais
Qui dit mieux mes amis
Sans oublier le docteur Béthune
L’immense docteur Béthune
De Montréal
Qui accompagna le président Mao au nom de la Révolution
Je pense également à Fidel
Et au Che
Qui donna sa vie pour les misérables
Comme aurait dit Victor Hugo
Eux aussi firent une épopée
Et c’est un devoir de mémoire que je veux ici leur rendre
Pensons à eux
Car aujourd’hui où l’argent est roi
Il nous faut
Pour ne pas mourir
Respirer l’air des hauteurs
Et de la grandeur
GARY KLANG
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Thélyson Orélien

— Par Gary Klang —
Je connais Thélyson Orélien depuis son exil d’Haïti et son arrivée à Montréal. Il était venu à la maison, accompagné d’un ami écrivain et éditeur afin de discuter d’un manuscrit qu’il nous avait soumis.
Je comprends ce qu’il a pu ressentir en quittant la mère patrie à cause du séisme de 2010. Mon séisme à moi était d’une autre nature et avait pour nom Duvalier. Je sais donc, tout comme lui, ce qu’est l’exil que j’ai nommé ex-île – le titre de mon premier recueil de poèmes, paru en France.
Si j’évoque aujourd’hui Thélyson c’est que je voudrais pouvoir l’aider et que son cas m’intéresse à un double point de vue : d’une part, parce que je le connais et aussi en tant qu’auteur intéressé par tout ce qui touche à la littérature, étant moi aussi écrivain – j’ai écrit une bonne vingtaine d’ouvrages dans tous les genres et j’ai été président de la Société des Écrivains Canadiens.
Il faut aider Thélyson et ne pas tirer sur un homme qui se trouve par terre et sans défense.
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Mes chers Trompinou et Rubicon,

— Par Gary Klang —

Je me fais l’avocat, non pas du diable, mais d’un pays que j’aime beaucoup : Cuba. Pourquoi nuire à ce pays qui a fait l’une des plus belles révolutions du monde avec à sa tête un certain Fidel Castro, accompagné d’un dénommé Che Guevara ? Révolution qui a permis de donner l’éducation et les soins gratuits à tout un peuple et d’envoyer des médecins partout dans le monde pour soigner les plus pauvres. J’en ai vu en Haïti. Sans oublier l’envoi de troupes en Angola par ce même Fidel, afin d’aider Nelson Mandela à se libérer de l’apartheid. A-t-il eu tort ? Bien sûr que non. Alors, Trompinou et Rubicon, pourquoi ne pas imiter ce que font les Cubains au lieu de vouloir les détruire? J’avoue avoir du mal à vous comprendre. Est-ce parce que Rubicon en veut au pays de ses parents que la Révolution aurait chassés ? Cela ne le grandirait pas. Alors, un conseil : changez votre fusil d’épaule. Soyez l’ami des Cubains. Laissez-les libres de choisir leur régime et tout ira pour le mieux.  Lire Plus

« La vie est la farce à mener par tous », « Lettre d’amour à Haïti

La vie est la farce à mener par tous
— Par Gary Klang —
La vie est la farce à mener par tous
Il faut rire les amis
Rire à n’en plus pouvoir
Rire à la mer et aux étoiles
Rire au mal et à la mort
Rire
Car la vie est une farce
Rien qu’une farce
Comme dit le poète
Qui s’en allait
Les mains dans les poches crevées
Oui mes amis
Quelle farce la vie
Sortir d’un trou
Pour finir dans un autre
Nous sommes tous des migrants
Mais refusons de voir
Prenant tout au sérieux
Trompant
Tuant
Au lieu de rire
Rire au soleil
Et à la lune
Rire à l’absurde
Rire à n’en plus pouvoir
Alors
Ce serait joie sur terre
Qui ne serait plus vallée de larmes
Mais océan de bonheur
Où chacun se donnerait la main
Noirs Blancs Jaunes Rouges
Le soleil brillant enfin pour tous
O Oui mes frères
Tendons-nous tous la main
Afin d’être joyeux
Et de rire
Car la vie est une farce à mener par tous
Rien qu’une farce
Non rien n’est jamais sérieux
GARY KLANG
*****
***
*
Lettre d’amour à Haïti
Par Gary Klang
Ma chère île
Qu’est-ce qui t’arrive
Toi jadis si belle
Si fière
Au point que l’on t’appelait Perle des Antilles
Te voilà maintenant la proie des gangs et des malfrats
Même le soleil détourne le regard
Tu n’es plus que l’ombre d’un grand passé défunt
L’ombre d’une grande histoire
L’ombre d’une ombre
Et tes bougainvilliers
Que sont-ils devenus
Eux qui jadis grimpaient si joyeusement aux murs
O terre aimée
Terre de rêve au goût d’amande
Qu’est devenue la ville où je suis né
Je ne la reconnais plus
Ni le Champ-de-Mars tant de fois parcouru
Aujourd’hui champ de boue
Qu’est-ce qui t’a pris ô mon île
Tu fais peur maintenant par ta violence
Et les lieux que j’ai connus jadis n’existent plus
Ces lieux où il fit si bon vivre
Je me rappelle ces marchandes descendues des montagnes
Venues pieds nus
Dans la poussière et sur les cailloux
Avec leur panier sur la tête
Afin de vendre quelques légumes
Je revois également les amis
Passant sans s’annoncer
Nous discutions de tout et de rien
Surtout de rien
Histoire de passer le temps
Il y avait aussi les promenades du dimanche soir au front de mer
Autour de la fontaine
Avec son doux murmure d’enfant heureux de vivre
Quelle tristesse d’y penser
Je ne te reconnais plus ô ma terre
Depuis la venue d’un médecin fou
Qui tuait au lieu de soigner
Celui par qui tout le mal est arrivé
Non rien n’est plus comme avant
Mais je garde espoir
Réveille-toi ô mon île
Et sors de ta léthargie
Redeviens celle que tu étais
La fierté de tout un peuple
N’oublie jamais que là où Spartacus a échoué
Toi par tes seules forces
Tu t’es défaite des chaînes de l’esclavage
Sois un modèle ô ma terre pour l’humanité tout entière
GARY KLANG
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La mort n’existe pas

— Par Gary Klang —

Il y a plus de choses dans le ciel et sur la terre, Horatio, que n’en rêve votre philosophie (Shakespeare, Hamlet)

Je vais vous raconter une histoire qui semble tout droit sortie d’un roman de Stephen King ou d’Edgar Poe, et pourtant tout y est vrai. Elle met en scène le soussigné en compagnie de ses amis Georges Anglade et Gérard Aubourg, sauf qu’à l’époque
Georges était déjà mort et enterré. Certains vont en rire mais j’en prends le risque. Riez, riez, belles âmes ! Cela dit, je peux fort bien comprendre que lorsque Gérard et moi racontions ce qui nous arriva, les amis souriaient d’un air de dire que notre
place était à l’asile de fous de Pont Bedète. Mais tant pis, je prends le risque de passer pour cinglé, car je tiens à partager avec vous ce qui nous arriva par un bel après-midi d’été à Montréal.

Nous étions installés dans le café La Brûlerie, Gérard et moi, à une table où je faisais face à l’entrée, tandis que Gérard regardait le fond de la salle.  Lire Plus

Je vais au gré du vent

Je vais au gré du vent
— Par Gary Klang —
Je vais au gré du vent
Et ne sais où aller
Les chemins ne mènent nulle part
Et tout s’embrouille
La lune ne brille plus comme avant
Même le soleil paraît maussade
On dirait
Un feu d’enfer surgi pour nous narguer
Et c’est alors qu’une voix venue d’ailleurs murmure
Voici le temps des petits hommes
Tous les grands sont partis
Nous laissant seuls
Oui triste triste est ma pauvre âme
Ami
Alors que faire me diras-tu
Les guerres surgissent à tout propos
Tels des feux fous
Accompagnées de bombes aveugles
Et moi je vais
Au gré du vent mauvais
Ne sachant où aller
Pareil à l’homme
Laissé seul dans un désert de sable
Pas d’autre choix qu’attendre
J’attendrai donc
Qu’une porte s’ouvre
Et que quelqu’un m’accueille
Car je n’ai plus
Ni parents
Ni amis
Je suis
Comme un enfant que sa mère abandonne
O oui Ami
Triste triste est mon âme
Et j’attends
GARY KLANG
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Lettre à un raciste

— Par Gary Klang —
Salut raciste,
Tu me détestes parce que j’ai la peau noire, mais bizarrement, pour les grands jours, tu revêts un smoking noir. Va comprendre. Tu te crois supérieur aux autres parce que t’as la peau blanche, comme ce cinglé d’Hitler qui, soit dit en passant, était plus proche du méditerranéen que du Danois. Plus cinglé que ça tu meurs et il l’était tellement que dans sa haine il décida un jour sans crier gare d’éliminer tous les juifs de la terre. Et le pire dans cette affaire est qu’il n’a trouvé personne pour lui dire qu’il divaguait. A quoi pensaient donc les Germains ? Reprends-toi, Adolf. Reviens sur terre. Est-ce parce que les juifs se disent le peuple élu, et que tu penses que cet honneur te revient de droit ? Tu vois bien que nous nageons dans l’absurde, car il n’y a personne d’élu. Qui les aurait élus ? Sache qu’on se sent tellement mieux en accueillant l’autre, en lui ouvrant les bras, au lieu de le repousser. Tellement heureux en choisissant le bien au lieu du mal.
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Les Chiens des ténèbres

— par Gary Klang —
«Prends les poils de la queue d’un chien noir, qui n’aura rien de blanc, avec un peu de sa graisse, qu’on fera fondre; ensuite que l’on fasse une mèche de quelques morceaux d’un drap mortuaire et qu’on frotte avec ce que l’on a composé; si on l’allume sur une lampe verte avec de l’huile de sureau, dans une chambre où il n’y aura pas d’autre lumière, on verra des choses admirables et surprenantes» (Le Grand Albert)
Port-au-Prince dormait encore lorsque le président Faustin se réveilla à 5 h du matin en pensant à
une phrase de Robespierre :
« On conduit le peuple par la raison et les ennemis du peuple par la terreur.» 
 
Certes, il fallait conduire les ennemis par la terreur, leur couper les couilles, la tête et la parole, mais aucun peuple ne méritait d’être conduit par la raison. Robespierre était naïf mais lui, Faustin, n’avait qu’un but : éliminer tous ses ennemis.
Pour ne plus être humilié.
Il n’oublierait jamais ce petit homme, pourtant noir lui aussi, qu’il avait eu pour prof à la fac de médecine dans les années 40.
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Tout s’en va à vau-l’eau

— Par Gary Klang —

Tout s’en va vau-l’eau
Tout ce qui est ne sera plus
La mer se retire
Et moi
Je pense au temps passé
Au temps défunt
A la maison tombée dans la poussière
Un soir où tout semblait si calme
Et je me dis
Pourquoi tout va si mal
Qu’est-ce qui pousse à mal faire
Tel ce médecin soignant le pian
Et qui une fois élu
Ne guéris plus personne
Mais tua ceux qui jamais ne lui ont fait de mal
Tout comme ces petits hommes en pantalons flottants dans la forêt
Éliminant leur propre peuple à coups de barres de fer
Puis vidant toutes les villes
Leur chef aimait pourtant Verlaine
Sans oublier ceux qui un jour voulurent éliminer le peuple de la Bible
Les cheminées crachant la chair humaine
Et tuant à qui mieux mieux
Pourquoi donc ô mon Dieu
Pourquoi le mal
Pourquoi certains prennent-ils les chemins creux
Alors que la grand-route apporte la lumière
Comme une nuit calme baignée d’étoiles
Une nuit parfumée au jasmin
Allez comprendre

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Algérie, ce pays presque mien

En l’honneur de mon ami-frère Karim Akouche
— Par Gary Klang —
Lorsque mon ami-frère Karim Akouche m’incita à écrire un texte sur l’Algérie, j’ai su tout de suite que j’allais remuer beaucoup de souvenirs et de points sensibles car, bien que n’y étant jamais allé, ce pays presque mien me tient autant à cœur qu’Haïti, la France ou le Canada.
Je suis né en Haïti. Ma mère et mes grands-parents maternels sont eux aussi nés dans cette île, ce qui fait de moi un vrai natif natal, comme on dit là-bas. Tandis que mon grand-père paternel a vu le jour à Bône (Annaba) en Algérie, le 6 septembre 1883. La guerre de 1870 chassa Napoléon le Petit, mais aussi mon arrière-grand-père de Metz, en Alsace-Lorraine. Voici ce qu’en dit mon grand-père, Charles Klang, dans ses Mémoires :
« Pieds nus dans la neige et sous la rigueur du froid en hiver, c’est ainsi qu’il (son père Louis-Arthur) s’est battu. A la reddition de Metz, où il se trouvait alors, les Allemands lui offrirent le choix : ou demeurer à Metz et devenir Allemand, ou laisser la ville dans les 24 heures.
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Lettre de Gary Klang à Marco Rubio

Mon Cher Marco,

Tu as 55 ans et moi 84. Vu la différence d’âge, je t’écris comme un père écrirait à son fils. Sans haine et sans colère, car je pense que notre monde a besoin de beaucoup d’amour, surtout par les temps qui courent. Je ne vais donc pas ajouter du négatif à une situation qui en a déjà trop.

Tu voudrais, semble-t-il, renverser le régime cubain. Je ne connais pas l’histoire de ta famille mais tout porte à croire que tu voudrais te venger de la Révolution castriste. Cependant, tu n’ignores sûrement pas ce qu’elle a apporté à la patrie de tes parents en réalisant ce que aucun gouvernement américain n’a jamais fait pour son peuple.

Fidel a éliminé le préjugé de couleur qui pourrissait le pays. Il a aussi donné à tous les Cubains l’éducation et les soins gratuits au point que certains Américains viennent se faire soigner à la Havane. Son système universitaire forme des milliers de médecins qui vont partout dans le monde. J’en ai vu en Haïti, mon pays de naissance. Ils vont dans les coins les plus reculés pour soigner les malades, là où les médecins haïtiens ne se rendent pas.  Lire Plus

Ode au Che

Prévisualiser (ouvre un nouvel onglet)— Par Gary Klang

O Che
Un jour
Par haine de l’injustice
Tu partis à la défense des opprimés
Sur les routes de poussière et dans la jungle
Malgré l’asthme qui ne t’a jamais quitté

Tout allait bien
Tout prenait sens
Mais tout prit fin dans un village perdu des Andes
L’homme de main te croyait vaincu
Mais ce qu’il ignorait
C’est que tu vivrais éternellement dans la mémoire des hommes

Adios Compañero Heroico
Je te salue de tout mon cœur
De toute mon âme
Repose en paix
Car ton corps
Allongé presque nu sur une table de campagne
A vaincu la mort à tout jamais  Lire Plus

Ma belle langue créol,

—Par Gary Klang —
O mon créole,
Tu es peut-être la seule langue au monde où la notion de faute n’existe pas. Mais au pays où je suis né, dans cette île jadis nommée Perle des Antilles, les gens qui se disaient de bien pensaient que tu ne devais être parlée que par les gens du peuple. Je me souviens qu’à l’école quiconque osait s’exprimer en créole était puni.
Et pourtant, comme tu es belle et comme tu rayonnes. Tu portes en toi ce qu’aucune autre langue au monde ne possède : l’absence de faute et de culpabilité. Toute voum sé do. Personne ne sera jamais pointé du doigt.
Tu portes en toi tous les parfums de l’île, toutes ses odeurs. La beauté des bougainvillées, la saveur de la mangue, l’inoubliable ilang-ilang qui parfumait les nuits de mon enfance.
Je revois l’oiseau-mouche sautant de fleur en fleur, heureux de vivre; la marchande descendant des montagnes en portant sur la tête un amas de légumes; pieds nus, sourire aux lèvres et sans jamais se plaindre.
Oui, j’aime le créole, j’aime ce peuple courageux si digne dans sa souffrance.
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Une maison dite blanche

un conte pour grandes personnes 
— Par Gary Klang
Dans une ville appelée Ouachinetone, il y avait un président appelé Dodo Trap qui décida un beau jour (mais l’était-il vraiment ?) que son pays, les États-Désunis, devait arrêter d’emmerder le monde entier, d’asphyxier Cuba, de kidnapper les présidents vénézuéliens, de faire la guerre à l’Irak après avoir fait mentir un général en chambre qui secouait sous le nez de son voisin une fiole censée contenir un poison mortel, etc., etc. Oui, ce pays méritait le nom que lui avait donné un de ses plus grands écrivains, air-conditioned nightmare, ce qui signifie cauchemar climatisé.
En effet, malgré la fausse image entretenue dans les médias aux ordres, malgré tous les mensonges propagés, il était clair pour tout esprit honnête que ce pays était plus un enfer qu’un paradis, car seul comptait l’argent. Money, money, money ! Le riche était respecté, même s’il avait violé 50 veuves, mais le pauvre était honni, cloué au pilori. Il n’avait pas droit au respect auquel tout être humain a droit.
Dans ce pays, le plus riche qu’on ait jamais vue – même la Rome antique fait piètre figure – des milliers de gens dormaient dans leur voiture ou dans les rues.
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Madrid

—Par Gary Klang —
Au pays du grand maître qui défit les visages
Et de l’ours blanc plus grand que tous les autres
Dans ce pays des jeux de mort
Où nous voyions l’homme à la cape défier la bête mythique
Nous avions des nuits fauves et des joies
Où l’amitié seule avait son mot à dire
C’était le temps d’avant
Celui où la fissure ne perçait pas
Cachée par l’enthousiasme d’une jeunesse faite de rire et de poèmes
Nous écoutions alors Garcia Lorca et Machado
Son las cinco de la tarde
 
C’était l’heure où le toréador rendait l’âme dans l’arène de Madrid
L’heure des bars et des flamencos
Je me souviens d’une fille rencontrée par hasard
Avec qui nous marchâmes dans Madrid jusqu’à l’aube
Malgré celui qui citait Cervantès du haut de son balcon
Et les serenos qui répondaient très vite à l’appel de nos mains
C’était l’heure des soupers sans fin
Et des promenades sur la Gran Via jusqu’au petit matin
Nous relisions Hemingway et Lorca
Son las cinco de la tarde
 
GARY KLANG 
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Quand toutes les roches toucheront l’eau

— Par Gary Klang —

Mes Chers Compatriotes,

J’en appelle à toutes les classes sociales, aux dirigeants, aux possédants, aux démunis, aux Noirs et aux Mulâtres. Nos dirigeants ont pour devoir d’apaiser les souffrances d’Haïti et pourraient pour cela s’inspirer de Fidel qui, malgré le blocus, a donné à son peuple l’éducation et les soins de santé gratuits. Mais rien de tel chez nous.

Le Président Aristide l’a constaté de manière imagée : woch nan dlo pa konnen doulè woch nan soley. La classe aisée, qui loge dans les belles villas, et le peuple, qui croupit dans la boue, s’ignorent et vivent dans deux mondes séparés.

Mais contrairement aux autres dirigeants, tu as voulu changer les choses, mon cher Titide. Hélas, au lieu de t’aider, toi qui risquas ta vie pour chasser Duvalier, les bien-pensants se sont ligués contre toi et t’ont destitué. Tu as eu droit à deux coups d’État et le peuple souffre toujours autant. Qui pis est, ce sont tous les Haïtiens, sans exception, qui aujourd’hui pâtissent des gangs.

Cependant, lorsque je pense à la grandeur de l’épopée dessalinienne, je garde encore espoir : le pays renaîtra !  Lire Plus

Viva Venezuela !

— Par Gary Klang —
Si je republie cet article aujourd’hui, c’est parce que j’en ai marre d’entendre critiquer Chavez et Maduro; marre d’en entendre dire du mal par des gens qui ne savent pas de quoi ils parlent; marre des menaces de Trump; marre de lire dans les journaux français et américains tant de sottises concernant ce pays. Comme nous avons pu le constater, Michel Butor et moi, les seuls invités de langue française dans le cadre de ce festival de poésie : le président Chavez était aimé de son peuple pour lequel il avait créé, entre autres, des restaurants à bon marché pour les plus démunis. Quel gouvernement français, belge ou américain l’a jamais fait ?
C’est mon ami Enrique Hernandez D’Jesus qui m’invita à ce festival. Je l’avais rencontré au Mexique – autre pays frère – lors d’une rencontre de poésie, où m’avait convié un autre grand ami et poète, Marco Antonio Campos. D’entrée de jeu, j’étais certain qu’Henrique et moi étions liés pour la vie et que je le reverrais un jour. De fait, on s’est revus en juin 2012 à ce festival organisé en son honneur.  Lire Plus

Lettre à Duvalier

— Par Gary Klang —
Tu as tout gâché Duvalier
Avant toi
Tout allait bien
La peur n’existait pas
Ma ville était un havre
Blotti contre la mer qui souriait aux étoiles
Les bougainvilliers s’étiraient langoureusement contre les murs
Joyeux
Comme des jeunes filles en fleurs
Le mal n’était qu’un mot
La vie avait un goût de mangue et d’oisiveté
Et c’est alors que tu vins
Faisant du meurtre la norme
Avec ton Fort Dimanche
Qui n’avait rien de dominical
Et où régnait une femme
Pire que tes sbires
Dont le nom aurait plu au führer
Madame Adolphe
Madan Max Adolphe
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Mon frère Davertige

— Par Gary Klang —

Davertige, mon frère, et Port-au-Prince, ma ville natale, si mal en point. Ma ville natale, qui fut si belle, et Davertige dont les vers d’Idem expriment cette beauté morte dans une langue unique.

« Omabarigore la ville que j’ai créée pour toi 
En prenant la mer dans mes bras »

Port-au-Prince est aussi mon Omabarigore et demeure dans mes souvenirs la ville qu’elle fut jadis, un lieu mythique où s’enracinent mes rêves d’enfant et mes poèmes. Et non la ville-poubelle que les médias occidentaux exposent avec une joie sadique sous son plus mauvais jour. Ville-détritus, ville-enfer, Calcutta des Antilles, où les assassins kidnappent et tuent en plein midi. Ville kafkaïenne, à l’opposé de celle de mes songes et dont Davertige nous restitue l’atmosphère tranquille d’avant la dictature :

« O mémoire ô mémoire redites-moi sa vie parmi les fleurs blanchies 
Parmi les fers à repasser et les vieux moulins à café 
Parmi les tables de lessiveuse et les cuvettes de linge frais »

Il faut lire Davertige. L’universel se mêle ici au particulier, et s’il nomme Port-au-Prince c’est pour s’échapper aussitôt dans une surréalité qu’André Breton eût appréciée :

« Je voulais librement m’en aller à travers Port-au-Prince 
Quand un monsieur en bleu me dit – Arrêtez mon cher Ange… 
Ma petite folle s’en allait les cheveux pleins de vers luisants 
Mille Messieurs en bleu m’encerclaient un instant 
Me tenaient par le cou Et j’arrivais à me défaire d’eux 
En disant – Sales punaises aux yeux rouges de feu…»  Lire Plus

Ami ne m’appelle pas étranger

Ami ne m’appelle pas étranger
— Par Gary Klang —

Ami
Ne m’appelle pas étranger
Ni d’une île
Ni de la mer
Ni des fleuves

Comme toi
Poussière d’étoiles
Et nos ancêtres
Venus des terres d’ébène

Tu t’enfermes
Et me parles de frontières
D’immigrés
D’immigrants
D’étrangers
De sans-papiers
Que sais-je

Qui t’a légué la terre

Je vais
Je viens
Je passe   Lire Plus

« Les mots », de Gary Klang

— Par Gary Klang —
Les mots

Les mots sont fatigués mes frères

Tous ces grands mots qu’on nous jette à la face

Ils ont un goût de vomissure

 

Comme ces sources puantes

Près de la mer caraïbe

Où enfant je plongeais joyeusement

Malgré l’odeur de soufre

 

Les mots sont fatigués mes frères

Les mots en ont assez

Et plus personne n’y croit

 

Les mots divisent

Les mots séparent  Lire Plus

Voyage féérique au Macoutistan, le « pays » du grand poète et romancier Gary Klang…

—  Par Robert Lodimus —
     Le 27 février 2025, les parents, les collègues et les lecteurs de Jean-Pierre Basilic Dantor Franck Étienne d’Argent, alias Frankétienne, l’ont accompagné à sa dernière demeure avec une profonde tristesse. L’enfant de « Ravine-Sèche » allait célébrer sa quatre-vingt-neuvième année d’existence le 12 avril prochain, dans une capitale en lambeaux, méconnaissable, pariatisée, livrée pieds et mains liés, – comme le Fils de l’Homme à Hérode Antipas –, aux lycanthropes d’Hadès et de Perséphone, le dieu et la déesse des enfers. Franck Étienne a traversé, – pour reprendre le jargon utilisé dans le vaudouisme –, sans avoir accompli son rêve : obtenir le prix Nobel de littérature. Peut-être, entrera-t-il dans l’histoire à l’instar de l’écrivain suédois nobélisé à titre posthume en 1931, Erik Axel Karlfeldt, – quoique celui-ci l’eût refusé de son vivant en 1918 –,  pour son ouvrage Cor d’Automne (Höstorn), paru pour la première fois en 1927. Car, dans bien des cas, la mort n’est pas arrivée à gommer l’opiniâtreté des « obsessions subjuguantes ». Et puis, « mieux vaut tard que trop tard !»
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« Ma pauvre île », par Gary Klang

Ma pauvre île

Ma pauvre île
Tu connus la douceur amérindienne
La reine Anacaona
Et le cacique Henri
Les caresses de la lune
Et le rire du soleil
Lorsqu’un jour
Débarquèrent les conquistadors
Avec leurs lances et leur violence

Commencèrent alors
La traite et l’esclavage
Les nez les bras coupés
Les hommes enfouis sous terre
Avec du miel sur la tête
Pour attirer les abeilles

Puis ce furent
Les présidences en cascade
Et des êtres
Avides de pouvoir
Et sans cesse renversés
Telles des quilles folles  Lire Plus

Ode au Che

—  Par Gary Klang —
         O Che
Par haine de l’injustice
Tu partis un jour avec tes compagnons
Inti Peredo
Coco Peredo et d’autres
À la défense des opprimés
Malgré l’asthme dont tu souffrais
Et la dureté de l’aventure
Tout allait bien
Tout prenait sens
Mais tout prit fin
Et toi
Étendu presque nu
Dans un village perdu des Andes
L’assassin te croyait vaincu
Mais ce qu’il ignorait
C’est qu’à jamais tu vivrais dans la mémoire des hommes
Comme un symbole immortel
De justice et de fraternité
Adieu Compañero Heroico
Tu peux dormir tranquille
Car le vainqueur c’est toi
GARY KLANG

 

 

Ode au Che
—Par Gary Klang —

O Che
Ton corps à moitié nu
Allongé sur une table de campagne
Les yeux ouverts
Fixés à tout jamais sur l’éternité
Tu as fait don de ta vie à ceux d’en bas
Et sillonné les routes comme Don Quichotte de la Mancha
Ton frère
Mais tes moulins n’étaient pas des chimères  Lire Plus

Le temps qui passe

— Par Gary Klang —
Le temps qui passe
La neige qui tombe à perdre haleine
Le ciel couleur de robe de nonne
Et moi
Messager ivre du passé
Je pense à ceux que j’ai perdus
Tel celui qui à Berlin faillit perdre la vie
Pour finir dans une jungle pleine de bêtes et d’effroi
Enfermé dans une cage
Laissé là pour mourir
Lui que terrifiaient la solitude et la poussière
Il y avait aussi celui qui à Madrid
Me présenta au grand toréador adulé par son peuple
El Cordobes
Ainsi qu’à cet enfant que l’on appelait le p’tit chanteur à la voix d’or
Joselito
Jamais je ne vous reverrai mes frères
Car le temps a passé
Ce temps qui nous ignore
Il vous a emportés
Et nous emportera tous
Recouvrant tout de sa poussière
Gary Klang
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