Parutions

Comment peut-on aimer le sport ?

— Par Thierry Blin, maître de conférences en sociologie —
sport_&_philo-1Sport & philosophie Yves Vargas. Éditions le Temps des cerises, 300 pages, 17 euros.

Le sport, vous en mangez à tous les repas : télévision, sortie au stade, transpiration personnelle, etc. S’il est un enthousiasme universel, c’est bien celui-là ! Disséquée par les mains érudites d’Yves Vargas, la passion collective change et livre une ossature pleine d’idées philosophiques et sociales. Quel est l’ADN du sport ? L’œil ! Le sport, c’est l’œil : l’exhibition athlétique chronométrée, mesurée, comptabilisée sous toutes les coutures. Pas étonnant qu’il soit le roi des spectacles. D’autant plus qu’il est simple, reposant. Il ne nous assomme pas de manifestes, déclarations, dissertations, etc. Il s’expose en évidence. Le drame de l’incertitude réduit à l’équation de la simplicité, de l’immédiateté, ici et maintenant. Dans le geste sportif : pas de signifié derrière les signifiants, de cause derrière les effets : la transparence causale. D’où une hostilité constitutive aux subtilités de l’herméneutique, qui explique d’ailleurs qu’il ne puisse être, en lui-même, livré en fiction.

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Honoré, l’humanité par le dessin

— Par Caroline Constant —

la_mort_apres_la_retraitePetite anthologie du dessin politique, d’Honoré. Éditions de la Martinière, 25 euros. Hélène Honoré Hélène Honoré, avec les éditions de la Martinière, sort une anthologie politique de l’œuvre de son père, assassiné le 7 janvier 2015 à Charlie Hebdo. Une œuvre puissante et originale.

Il avait un trait reconnaissable entre tous, en noir et blanc, nimbé d’élégance et de férocité. Il avait aussi une signature très originale, les six lettres de son prénom, Honoré, réunies dans un petit carré. Philippe Honoré est mort assassiné, le 7 janvier 2015, à Charlie Hebdo avec les journalistes et dessinateurs qu’il côtoyait depuis la recréation du journal, en 1992. Les éditions de la Martinière ont sorti hier un très bel ouvrage, une Petite anthologie du dessin politique, préfacé par François Morel. Et surtout par sa fille, Hélène Honoré, qui affirmait dans nos colonnes, une semaine après le drame, sa volonté de « faire connaître son travail, pour que les gens s’en emparent avec leurs yeux ».

Quel bonheur de parcourir, de 1995 à 2015, tous les dessins de cet artiste.

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« Black-Label ou les déboires de Léon-Gontran Damas », un essai de Kathleen Gyssels

black-labelCaen, Passage(s), 2016, « Essais ». ISBN : 979-10-94898-01-7. 308 p. 20 €.

En 1956, le « troisième homme de la négritude » publie son troisième recueil de poésie, Black-Label. Dans cette œuvre, qui retint peu l’attention des critiques, Damas se montre particulièrement élusif tout en reprenant la thématique qui lui tient à cœur. Anti-clérical t anti-bourgeois, pacifiste et anti-assimilationniste, le Guyanais s’y révèle aussi comme un poète hypersensible, livré à des crises profondes liées à son existence nègre et son expérience d’un Antillo-guyanais toujours en exil.

Entre amour et dépression, engagement politique et danses afro-cubaines, la poétrie métissée de Damas s’imprègne du jazz et du blues pour raconter les déboires d’un être complexe, laminé par des souvenirs d’enfance et, pourtant, toujours prêt à l’exaltation. Tenant compte du contexte socio-culturel de l’époque où il paraît, le recueil de Damas est ici analysé à l’aune des affiliations esthétiques et éthiques du poète proche, entre autres, de Richard Wright, Langston Hugues et Claude Mc Kay, mais aussi d’Apollinaire, Ghérasim Luca ou Robert Desnos.

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« L’identité, c’est la guerre », de Roger Martelli

roger_martelliEéditions Les liens qui libèrent, 205 pages, 18,50 euros.

Sur tout le continent européen, l’extrême droite a imposé l’idée que l’identité serait l’enjeu crucial des sociétés contemporaines. Le mouvement des hommes, stimulé par l’actuelle mondialisation, serait en train de bouleverser l’équilibre des cultures installées. La nation, l’Occident, la chrétienté, nous dit-on, sont menacées : il nous faut donc désormais défendre notre identité, ou la retrouver si nous estimons qu’elle est perdue. « Nous ne sommes plus chez nous » devient un credo de plus en plus lancinant. Et quand on n’est plus chez soi on finit par ne plus savoir qui on est…

La peur de l’autre est en passe de devenir le pivot exclusif de nos imaginaires. À quoi s’ajoute une autre conviction, qui veut que les sociétés occidentales soient en « état de guerre ». Le choc des civilisations opposant l’Occident et l’Islam avait été annoncé dès le début des années 1990. Après l’attentat du World Trade Centre, il est devenu une guerre contre le terrorisme, qui justifie les mesures les plus sévères, aux confins de l’état d’exception.

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« Pour la démocratie martiniquaise » : décapant, amusant et instructif

cla_3_courants_ploitiquesChristian Louise-Alexandrine, que des générations d’élèves connaissent bien pour avoir suivi des cours de Sciences Economiques et Sociales et que quiconcque s’interesse un tant soit peu à la vie politique de la Martinique connait pour ses engagements, publie une contribution au débat qui s’intitule « Pour la démocratie martiniquaise ». Après un très rapide apperçu de ce qu’a été la vie politique ces dernières années, il propose un schéma synthétique des différents positionnements possibles à partir des de ce qu’il identifie comme étant les trois courants qui structurent la vie politique du pays. Economiste de formation il reprend le célèbre schéma de Freyssinet du « halo du chômage »et substitue aux notions initiales celles d’intégrationnistes, autonomistes et indépendantistes. On obtient donc sept positionnements politiques qui vont des plus tranchés aux plus flous. Le résultat est d’autant plus intéressant qu’au-delà du positionnement individuel au moment d’aujourd’hui on peut se poser la question de ce qu’il en était lors des scrutins précédents et reconstruire ainsi un parcours poilitique.
Mais là où l’ouvrage de Christian Louise-Alexandrine devient jubilatoire c’est quand il applique ce schéma au personnel politique de la Martinique.

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Benjamin Stora : « La gauche doit défendre les minorités et cesser de se cacher derrière un universalisme abstrait »

— Entretien réalisé par Elsa Sabado —

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La France n’en a pas fini avec son passé colonial. Il a imprégné les imaginaires et a constitué un socle idéologique sur lequel le Front national s’est construit. C’est ce Transfert d’une mémoire, de l’Algérie coloniale vers la métropole, qu’avait décrit Benjamin Stora en 1999. Cet ouvrage analysait déjà les raisons historiques pour lesquelles les questions difficiles de l’immigration ou de l’Islam en France seraient au cœur du débat public.

C’était également le sujet du roman d’Alexis Jenni, L’Art français de la guerre. Un dialogue inédit entre l’historien et l’écrivain permet ici d’éclairer la nature de cet imaginaire colonial et son actualité, dans une France secouée par les grands défis qui surgissent après le « Choc de janvier 2015 ».

Face aux crispations identitaires, cet échange passionnant invite à mener une bataille culturelle décisive pour sortir de la violence des mémoires et à affronter enfin, par une prise en compte sereine de l’Histoire, les enjeux du présent.

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Pour l’historien Benjamin stora, si la parole s’est libérée en France sur la guerre d’algérie, cela s’est fait en ordre dispersé, faisant craindre une guerre de « mémoires ».

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Le serpent et la hache, chronique d’ETA avant l’adieu aux armes

file_ramuntxoENTRE LES LIGNES – Ils sont flics, avocats, journalistes, bandits, magistrats… Acteurs ou observateurs de l’actualité judiciaire, ils ont pris la plume. Stéphane Joahny, reporter au service société du JDD, leur donne la parole. Ce mois-ci : File, Ramuntxo, de Pierre Lodi, aux éditions Gatuzain.

« Nous luttons pour la liberté de ce pays et nous ne cesserons jamais de le faire… » Arnaldo Otegi, 57 ans, était attendu en héros ce samedi 5 mars dans un stade vélodrome de San Sébastian trop petit pour les 10 à 20.000 personnes venues lui rendre hommage. Après six ans et demi passés en détention et auréolé d’une image de pacificateur pour avoir été l’un des premiers à souhaiter l’arrêt de la violence, l’ancien dirigeant de Batasuna incarne plus que jamais le renouveau politique indépendantiste basque.

Condamné en 2003 à vingt ans de réclusion pour son appartenance à ETA, Lorentxa Guimon, 46 ans, originaire d’Anglet, vient elle aussi de recouvrer la liberté. Elle la doit à la mobilisation militante qui accompagne tout prisonnier basque détenu aussi bien en France qu’en Espagne – plusieurs centaines de personnes avaient fait le déplacement jusqu’à Rennes fin février pour appuyer sa demande de remise en liberté – mais surtout à son état de mauvaise santé (elle est atteint de la maladie de Crohn) jugée incompatible avec la détention…

Qui sont-ils ces Basques aux passeports espagnols ou français qui, de sept provinces accrochées de part et d’autre des Pyrénées, rêvent de construire un pays malgré le prix à payer : plus de 800 morts d’un côté, des années de prison par centaines de l’autre?

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Les syndicats en Afrique à l’épreuve du néolibéralisme

revue_tiers-monde-224Les chantiers du syndicalisme en Afrique Sous la direction de Benjamin Rubbers et Alexis Roy. Revue Tiers- Monde, n° 224, Armand Colin, 20 euros.

Le choc des politiques d’ajustement structurel, à partir des années 1980, a totalement refaçonné les paysages syndicaux sur le continent africain, avec les suppressions massives d’emplois et la fragilisation des travailleurs dans les bastions traditionnels. L’arrivée, ces dix dernières années, de compagnies étrangères attirées par les ressources minières, forestières ou agricoles, a dopé les taux de croissance… sans retombées en matière d’emploi. Ce numéro de la revue Tiers-Monde décrypte les défis que ces mutations économiques posent aux syndicats africains. Les auteurs s’attachent, aussi, aux dynamiques syndicales créées par la relative ouverture du jeu politique depuis les années 1990. De la concurrence avec les ONG estampillées « société civile » à la complexité, voire l’ambivalence des rapports avec des gouvernements toujours placés sous la tutelle des institutions financières internationales, se dessinent des stratégies syndicales contrastées, miroirs d’inégales luttes contre les politiques néolibérales.

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Parutions. Janvier 2016

emprise_religionsPenser la religion en matérialistes historiques

Nicolas Mathey

L’Emprise  des religions Manière de voir, éditions le Monde diplomatique numéro 145, février-mars  2016, 98 pages,
8,50 euros.

Face à l’inhumaine absurdité du monde libéral, il nous faut aussi comprendre le phénomène religieux qui prétend lui répondre. Citons Marx : « Tout bouleversement historique des conditions sociales entraîne en même temps le bouleversement des conceptions et des représentations des hommes et donc de leurs représentations religieuses. » Dans le dernier recueil d’articles du Monde diplomatique, on retrouvera justement l’analyse des conditions qui encouragent la résurgence politique du religieux. Ainsi, « les régimes arabes n’ont jamais cessé d’instrumentaliser la religion musulmane », note Akram Belkaïd. D’autres contributions se penchent sur l’importance électorale des Séfarades en Israël, du mouvement Gülen en Turquie, et de l’Opus Dei dans le monde chrétien. Au-delà de ces confusions entre pouvoirs religieux et politiques, c’est la question de la nécessité de croire que pose le philosophe Jacques Bouveresse. Y compris par une « une religion de l’humanité », selon l’expression de Durkheim.

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Une «  nouvelle efficacité productive, économique, écologique  »

— Par Jean Lojkine, sociologue —

daniel_bachet_critiqueCritique de la finance capitaliste. Pour un financement solidaire Daniel Bachet. Éditions du Croquant, 190 pages, 20 euros.

L’originalité de la démarche de Daniel Bachet tient dans sa conception plurielle de la rationalité économique. Pour lui, en effet, la notion d’efficacité économique, d’efficience, ne se réduit pas à la rationalité économique capitaliste. On peut sortir du cadre étroit de la division entre rationalité économique et « logique des sentiments » en privilégiant une économie alternative tournée vers les valeurs universelles : égalité, justice sociale. Une autre efficacité est possible, est même présente dans le mouvement coopératif à travers la découverte de nouvelles normes, de nouvelles règles, de nouveaux critères de gestion qui relèveraient du « bien commun », de la primauté accordée à la satisfaction des besoins humains et sociaux. Ainsi on peut construire une « nouvelle efficacité productive, économique, écologique ». Le profit ne doit plus être l’unique objectif. On rejoint ici d’autres démarches alternatives comme les « nouveaux critères de gestion » de Paul Boccara.

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Pour la sociologie Et pour en finir avec une prétendue « culture de l’excuse »

lahire_pour_la_socioBernard Lahire

Depuis plusieurs décennies, la sociologie est régulièrement accusée d’excuser la délinquance, le crime et le terrorisme, ou même de justifier les incivilités et les échecs scolaires. A gauche comme à droite, nombre d’éditorialistes et de responsables politiques s’en prennent à une « culture de l’excuse » sociologique, voire à un « sociologisme  » qui serait devenu dominant. Bernard Lahire démonte ici cette vulgate et son lot de fantasmes et de contre-vérités.
Il livre un plaidoyer lumineux pour la sociologie et, plus généralement, pour les sciences qui se donnent pour mission d’étudier avec rigueur le monde social. Il rappelle que comprendre les déterminismes sociaux et les formes de domination permet de rompre avec cette vieille philosophie de la responsabilité qui a souvent pour effet de légitimer les vainqueurs de la compétition sociale et de reconduire certains mythes comme celui du self made man, celui de la « méritocratie » ou celui du « génie » individuel.
Plus que la morale ou l’éducation civique, les sciences sociales devraient se trouver au coeur de la formation du citoyen, dès le plus jeune âge.

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Parutions : Guy Debord, Yvon Quiniou, François Châtelet

guy_debordGuy Debord, l’ivresse situationniste

Didier Pinaud
Jeudi, 14 Janvier, 2016

« Debord, le naufrageur« , de Jean-Marie Apostolidès. Le nouveau travail biographique sur celui qui incarne le mouvement des années 1950-1970 cherche à démontrer la tentation messianique et le penchant dogmatique de sa démarche.

Après le Guy Debord d’Anselm Jappe (Denoël, 2001), celui de Vincent Kaufmann (Fayard, 2001), voici celui de Jean-Marie Apostolidès, avec cette phrase de Guy Debord lui-même présentée sur le bandeau : « Les naufrageurs n’écrivent leur nom que sur l’eau »…

Écrire, marcher sur l’eau : c’est précisément ce qu’il y a de nouveau dans cette biographie. Le côté quasi religieux du personnage, que l’on voit ici avoir eu un vif intérêt pour le pamphlétaire catholique Léon Bloy… C’est même tout le discours situationniste qui développe cette tendance. « Le postulant doit adhérer aux dogmes d’une façon absolue », dit ici Jean-Marie Apostolidès. Le biographe insiste : « Ceux-ci donnent en toute lucidité aux thèses situationnistes la forme de dogmes dont il serait dangereux de s’écarter.

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Eugénie Tell-Eboué : histoire d’une passion

—Avant-propos de Rodolphe Alexandre, Président de la Région Guyane —

tell_eboueEugénie Tell naît à Cayenne le 23 novembre 1891. Elle est la fille d’Herménégilde Tell, fonctionnaire de l’administration pénitentiaire, qui a gravi tous les échelons des postes d’encadrement jusqu’à en devenir le tout puissant directeur en Guyane. Il est en outre franc-maçon, fréquente les hauts grades, et il est le vénérable de la loge La France Equinoxiale, de la Grande Loge de France à Cayenne.
Après des études secondaires au lycée de jeunes filles de Montauban, Eugénie Tell revient en Guyane, où son père lui assure un emploi d’institutrice à Saint-Laurent-du-Maroni.
Tout ainsi concourt à faire d’Eugénie une jeune fille en vue de la bonne bourgeoisie créole guyanaise, fréquentant les associations de bon goûts, les thés dansants et les bals de la loge, et pouvant espérer un mariage « aisé » avec un notable local, bien à l’écart de la misère du petit peuple de la colonie.
Les hasards de la vie vont lui faire rencontrer, de passage en Guyane, un jeune administrateur colonial en congé de son poste africain : Félix Eboué.

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Benjamin Stora : « La décolonisation des imaginaires n’est pas une question achevée »

stora_memoires_dangereusesDans les « Mémoires dangereuses. De l’Algérie coloniale à la France d’aujourd’hui » (Albin Michel), 
le spécialiste de la guerre d’Algérie lance un plaidoyer en faveur d’une bataille culturelle contre la radicalisation et l’obscurantisme par la réappropriation en commun d’une histoire coloniale refoulée. 
Il sera l’hôte des Agoras de l’Humanité, accueillies samedi, au musée de l’histoire de l’immigration à Paris.

La réédition de votre essai Transfert d’une mémoire, avec vos Mémoires dangereuses, se veut un acte engagé. Quels enjeux attachez-vous à cette intervention dans le débat public actuel ?

Benjamin Stora Ce livre, je l’ai écrit en 1998, à mon retour du Vietnam. À l’époque, j’avais trouvé un paysage politique français inquiétant. J’avais quitté la France à un moment marqué par la montée du FN. Tout au long de mes études sur l’histoire de l’Algérie et du Maghreb contemporain, j’avais déjà pointé une série de passages de mémoire d’une rive à l’autre de la Méditerranée et j’avais, à l’époque, décidé d’écrire cet essai pour montrer comment se formaient des comportements, des réflexes et des mémoires que j’ai qualifiés de « sudistes ».Il s’agissait pour moi d’intervenir, au travers d’un essai historique, dans le contexte de l’époque.

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Dictionnaire passionné du tango

tango_passion« Le tango réside entre un pas et un autre, là où s’entendent les silences et où chantent les muses », disait le danseur Gavito, comme si c’était dans cette pause, cet interstice, que s’exprimaient les émotions qui donnent naissance au pas suivant. Dans cet entre-deux, naît et vit le tango que nous aimons.

Ni guide, ni encyclopédie exhaustive, ce dictionnaire se veut une déambulation subjective dans un univers en perpétuelle mutation. Car si le tango est bien un monde en soi, une musique, une danse, une poésie, il définit aussi une certaine conception de l’existence. Une promenade en liberté qui, si elle parcourt les sentes balisées de l’histoire et des références communes de Buenos Aires à Paris et au-delà, emprunte aussi des chemins de traverse au gré de nos investigations et de notre fantaisie.

Plus de cinq cents entrées font ainsi la part belle aux biographies de personnages (musiciens, chanteurs, danseurs, poètes…), mais aussi aux lieux, aux paroles, aux techniques et aux concepts, et permettent de reconstituer le voyage de cette alchimie métisse née dans le Río de la Plata au tournant du XXe siècle et vécue aujourd’hui autour du monde par des milliers de passionnés.

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Bourdieu et les sciences sociales. Réception et usages

bourdieu_&_sciences_socialeCollectif sous la direction de Catherine Leclercq, Wenceslas Lizé et Hélène Stevens
Pierre Bourdieu n’a cessé de dialoguer, mais aussi parfois de « ferrailler », avec différentes traditions disciplinaires. Mais que sait-on, au juste, de la façon dont son œuvre est lue et utilisée par les chercheurs en sciences sociales ?
Ce livre cherche à répondre à cette question en éclairant les logiques de réception et d’appropriation de ses travaux dans plusieurs disciplines : la sociologie, l’anthropologie, l’histoire, la science politique, la philosophie, l’économie, le droit, les études littéraires et les sciences de l’information et de la communication.
L’originalité de cet ouvrage tient non seulement à son parti pris pluridisciplinaire, mais également au fait qu’il rassemble plusieurs générations de chercheurs, et donne ainsi à voir la dynamique des usages de la pensée de Pierre Bourdieu au-delà du premier cercle de ses collaborateurs et de ses élèves.
Contribution à une histoire des sciences sociales, ce livre témoigne du travail de chercheurs qui concourent à la construction de savoirs décloisonnés, réflexifs et critiques.

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« Non à l’état d’urgence permanent », l’appel de onze juristes

non_etat_urgenceQuelques semaines après les attentats du 13 novembre, il est proposé d’inscrire l’état d’urgence dans la Constitution. C’est pourquoi il faut rappeler ce que signifient, dans une société démocratique, les principes d’un Etat de droit  : toute restriction des libertés doit être strictement nécessaire à la protection de l’ordre public, proportionnée aux troubles qu’elle entend empêcher et accompagnée de contrôles  ; celui du gouvernement par la représentation nationale et celui des autorités administratives et policières par des juridictions dotées de pouvoirs effectifs.

Rappeler ces principes ne signifie pas que le droit doit ignorer les situations exceptionnelles. Mais toute mesure d’exception doit rester fidèle à ces principes, au risque de basculer dans un régime non démocratique.
Contournement de fondements républicains

L’état d’urgence permet, sur la base de simples soupçons policiers, des assignations à résidence qui instituent une véritable rétention administrative à domicile, ainsi que des perquisitions sans autorisation judiciaire. Il ne vise pas seulement des personnes soupçonnées de terrorisme, mais les suspects de « menace pour la sécurité et l’ordre publics  » ou d’« atteinte grave à l’ordre public  ».

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La Déclaration universelle des droits de l’Homme publiée à grande échelle

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La déclaration universelle des droits de l’homme illustrée

CONNAÎTRE SES DROITS, C’EST RÉSISTER !

« Ce livre est à mettre entre toutes les mains, il doit circuler en tous lieux, il est pour tous les âges. Il est notre bouclier contre la barbarie. Il est un outil pour lutter contre les idées qui font perdre à certains leur humanité. »

Fabienne Kriegel, Directrice des Editions du Chêne

 Début 2015, en réaction à l’attentat de Charlie Hebdo, les Éditions du Chêne ont décidé de publier la Déclaration universelle des droits de l’homme en beau livre illustré.

Le propos : relire ces 30 articles capitaux à la lumière d’illustrations qui rappellent l’importance et la force de l’image.

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Katherine Dunham (1909 – 2006). Entre élite noire et créole

— Par Rodolf Etienne —

katherine_dunham1Qui se souvient de Katherine Dunham interprétant la diablesse dans le ballet La Guiablesse, inspiré du folklore martiniquais et sous la direction de Ruth Page ? Qui se souvient aujourd’hui du Ballet Nègre, l’une des premières compagnies noires des Etats-Unis ? Et qui se remémore encore les apparitions fulgurantes de la chorégraphe à l’écran, comme par exemple dans Stormy Weather ?
Qui s’intéresse encore à ses études sur les danses et arts nègres de la Caraïbe, sur la culture haïtienne et, singulièrement, sur le vodou haïtien ?
Pourtant, Katherine Dunham est une de ces icones du XXème siècle qui semble ne pas devoir cesser d’inspirer les générations, tant par son immense talent, la rigueur de ses études ou, plus naturellement, en tant qu’afro-américaine ou, plus simplement, femme du Tout-Monde…
D’autant qu’elle-même, créole par la variété de ses origines, revendiquait tout autant sa créolité – sa mixité – que sa culture afro-américaine, sans parler qu’elle était partout chez elle dans la Caraïbe tandis que son cœur était indéfectiblement attaché à l’East Saint-Louis, dans l’Illinois.

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« Les Jeunes De Banlieue Mangent-ils Les Enfants ? » de Thomas Guénolé

Le « jeune-de-banlieue » est devenu l’ogre des temps modernes. Arabe mal rasé de 15-35 ans vêtu d’un survêtement à capuche, il se promène avec un cocktail Molotov dans une main et une kalachnikov dans l’autre. Il fume du shit dans les cages d’ascenseur, il brûle des voitures ; il gagne sa vie grâce à des trafics de toutes sortes et en fraudant les allocations sociales. Sa sexualité consiste à violer les filles en bande dans des caves ; sa spiritualité, à écouter les prêches djihadistes de l’« islam-des-banlieues », dans des caves également. Il hait la France, l’ordre, le drapeau, et bien sûr, il déteste les Français (comprendre : « les Blancs »). Il aime le jihad et l’islamisme. Son rêve : partir en Syrie se battre aux côtés d’Al Qaïda, pour ensuite revenir en France commettre des attentats. Il ne serait donc pas étonnant que bientôt les parents disent à leurs enfants : « Si tu n’es pas sage, le jeune-de-banlieue viendra te chercher. »

La réalité est moins spectaculaire… L’ascenseur social étant à l’arrêt depuis longtemps, seule une toute petite minorité de jeunes de banlieue arrive à s’en sortir.

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Prix Interallié 2015 : « La Septième Fonction du langage » de Laurent Binet

— Par Thierry Clermont —

laurent_binetLe romancier a été récompensé pour son polar sémiologique, La Septième Fonction du langage.

Laurent Binet est le lauréat du prix interallié 2015 pour son second roman, La Septième Fonction du langage, publié chez Grasset. Il succède au palmarès à Mathias Menegoz (Karpathia). Dans son roman aux allures de thriller loufoque, et qui file sur les chapeaux de roue, Laurent Binet nous conte avec humour, dérision, érudition et pédagogie l’histoire de la sémiologie et de ses satellites à travers ses grandes icônes des années 1970: Roland Barthes au premier chef, Michel Foucault, Gilles Deleuze, Jacques Derrida, Louis Althusser…

Bref, les ténors de ce qu’on appelle la «French Theory». Au passage, le romancier se paye la tête de quelques autres personnalités telles que Philippe Sollers ou Bernard-Henri Lévy. Dès les premières pages, il embarque le lecteur dans les méandres intellectuels et littéraires de la vie parisienne, à travers les tribulations rocambolesques d’un inspecteur et d’un jeune thésard, de Paris à New York, en passant par Bologne, Venise et Naples.

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Deux volumes pour marcher avec Foucault

michel_foucaultŒuvres (tomes I et II), de Michel Foucault. Gallimard, « Bibliothèque de la Pléiade », 59,50 euros l’unité.Critique Maladie mentale, prison, sexualité… Ces publications nous rappellent combien les immersions de Foucault en territoires désertés continuent d’être déterminantes.

Frédéric Gros, auteur de Marcher, une philosophie (Carnets nord), a le goût des traversées. Cet universitaire rompu aux travaux personnels et collectifs sur Michel Foucault – attraction intellectuelle qui remonte à sa thèse – est aussi l’initiateur d’essais affûtés, dont États de violence et le Principe Sécurité parus chez Gallimard (« NRF Essais »). Il ne s’agit pas ici de l’exercice solitaire incarné par les promenades rituelles de Kant à Königsberg, mais du pèlerinage de plusieurs fidèles. Dans l’entreprise fastidieuse de « la Pléiade », l’action organisatrice du chef d’orchestre importe autant que le choix des musiciens. La partition est servie par des collaborateurs aguerris : François Delaporte, Jean-François Bert, Philippe Chevallier, Bernard Harcourt, Martin Rueff, Philippe Sabot et Michel Senellart. L’introduction, subordonnée à une chronologie soignée de Daniel Defert, condense admirablement les défis théoriques posés par l’œuvre de Foucault.

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Le « dico » historique de la liberté

— Par Chloé Maurel, historienne —

dico_libertesProposer une histoire de la liberté sous la forme d’un abécédaire : c’est le pari d’une équipe de chercheurs de l’université de Strasbourg. Le lecteur se promène de l’Antiquité au siècle des Lumières en passant par notre modernité.

Cet épais dictionnaire, fruit du travail collectif de l’équipe de recherche en sciences historiques de l’université de Strasbourg, revisite la notion de liberté, qui, comme les auteurs l’analysent, remonte à l’Antiquité, a été réélaborée au Moyen Âge (où elle est synonyme de privilèges), avant d’avoir été repensée par les philosophes des Lumières.

Observant que peu d’ouvrages jusqu’à présent ont osé se lancer dans une « histoire de la liberté », ils entendent combler un vide et ont réalisé une somme rassemblant des entrées couvrant une large période historique et une vaste étendue géographique. Ainsi ils présentent, dans un langage clair et concis, à destination du grand public, des entrées sur des épisodes de l’histoire des siècles passés, comme la fameuse guerre des Paysans, cette série d’insurrections paysannes qui a déchiré l’Allemagne au début du XVIe siècle, ou sur les luttes des anti-esclavagistes, mais aussi sur des événements plus récents, comme les combats de la France libre et de la Résistance.

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« Writing on the wall » : Mumia Abu Jamal parle au monde

— Par Rodolf Etienne —
writing_on_the_wallGrâce au soutien de Johanna Fernandez(*), qui depuis de nombreuses années rend visite à Mumia Abu Jamal, un nouvelle ouvrage vient compléter la liste déjà longue que constitue les essais, articles et autres commentaires publiés par Mumia Abu Jamal, depuis le couloir de la mort ou la prison, plus simplement.
Cela fait fait des décennies que Mumia Abu Jamal écrit depuis les couloirs de la mort et la prison. Ses thèmes : l’injustice, le racisme et la lutte pour un monde meilleur. Writing on the wall, qui vient juste d’être publié, réunit plus d’une centaine de textes inédits. Johanna Fernandez est étudiante lorsqu’elle entend pour la première fois parler du cas Mumia, lors d’une manifestation de rue. Issue de l’immigration dominicaine, ses parents ayant fui la dictature de Trujillo, Fernandez a grandi dans le Bronx et n’est pas insensible aux problèmes de la communauté afro-américaine. Elle verra en Mumia Abu Jamal « le Che des temps modernes » à un moment où la justice, elle, ne voit en lui qu’un simple meurtrier.

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Cynthia Fleury : « Le travail doit faire lien avec l’émancipation et non pas avec la survie »

cynthia_fleuryCynthia Fleury
Les irremplaçables
Collection Blanche, Gallimard
Parution : 03-09-2015
Nous ne sommes pas remplaçables. L’État de droit n’est rien sans l’irremplaçabilité des individus. L’individu, si décrié, s’est souvent vu défini comme le responsable de l’atomisation de la chose publique, comme le contempteur des valeurs et des principes de l’État de droit. Pourtant, la démocratie n’est rien sans le maintien des sujets libres, rien sans l’engagement des individus, sans leur détermination à protéger sa durabilité. Ce n’est pas la normalisation – ni les individus piégés par elle – qui protège la démocratie. La protéger, en avoir déjà le désir et l’exigence, suppose que la notion d’individuation – et non d’individualisme – soit réinvestie par les individus. «Avoir le souci de l’État de droit, comme l’on a le souci de soi», est un enjeu tout aussi philosophique que politique. Dans un monde social où la passion pour le pouvoir prévaut comme s’il était l’autre nom du Réel, le défi d’une consolidation démocratique nous invite à dépasser la religion continuée qu’il demeure.

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