Festival de Trinité
— Par Roland Sabra —
En clôture du festival de Théâtre Amateur de Trinité Jacques-Olivier Ensfelder présentait les désormais célèbres » Monologues du vagin« . Jacques-Olivier Ensfelder est un ancien élève de l’école supérieure d’art dramatique de paris, il a joué dans de nombreuses pièces de théâtre à la télévision et au cinéma. Prix du meilleur acteur au festival caribéen du court métrage, et prix du scénario d’outre mer organisée par RFO aux festivals de Cannes, il s’adonne à l’écriture et a publié deux recueils de poèmes aux éditions Librairie Galerie Racine. Il est aussi intervenant en milieu scolaire agréé DRAC et Éducation Nationale, et professeur d’art dramatique. Un homme du métier en quelque sorte. La pièce de Eve Ensler a beau avoir fait le tour du monde, été jouée des milliers de fois, mise en scène pas loin d’une centaine de foi, elle garde une charge corrosive absolument délicieuse. Ensfelder a choisi de représenter sur scène le bureau de l’auteure, dans lequel vont défiler les femmes venues témoigner des rapports qu’elles ont avec leur sexe, leur vulve, leur vagin, etc.





Edito du 20/05/2008





Les comédiens et les comédiennes sont des êtres insupportables. Narcissiques, auto-centrés, mégalomanes, d’une redoutable fragilité qui se pare de la robe de l’infantilisme le plus indécrottable, on ne peut que les haïr de ne pouvoir faire du théâtre sans eux. Et pourtant… l’adage est bien connu qui affirme que l’on apprécie les gens que pour leurs qualités alors qu’on les aime pour leur défauts. Jandira de Jesus Bauer a été comédienne, ce qui explique pourquoi elle est sans doute assez folle pour s’embarquer avec trois comédiennes antillaises et monter « Les Bonnes » à Fort-de-France. Le résultat est à la mesure de l’entreprise, décalé, iconoclaste et fidèle, inventif et décapant, mais surtout réussi. 


Mise en sc
Michèle Césaire continue d’explorer les relations maître-serviteur. Après nous avoir présenté un Jacques le Fataliste très sage, elle nous offre aujourd’hui une Mademoiselle Julie tourmentée. Le tourment accompagne d’ailleurs la vie de Strindberg, auteur de la pièce et inventeur du théâtre moderne.
Mademoiselle JULIE est une leçon de sociologie sous la fausse apparence d’un divertissement. C’est là toute la différence entre un théâtre militant, didactique, pesant qui noie le divertissement dans la leçon démonstrative et le théâtre de réflexion qui, se présentant d’abord comme un divertissement, amène le spectateur à s’interroger, à penser. Un espace est constitué entre la scène et la salle que le spectateur aura la possibilité, le loisir et pas l’obligation, de traverser par un processus d’identifications plus ou moins conscient non pas à des personnages, mais à des situations vécues, incarnées par des comédiens. Ce qui est asséné d’un côté est laissé à la liberté d’appropriation de l’autre. Distinction entre texte de propagande et texte à thèse, éloge de la distanciation surtout quand elle est brechtienne. Parvenir à cette magie assure à la pièce sa pérennité. C’est pourquoi on peut toujours jouer Sophocle et quelques autres.