“Il faut qu’une porte soit ouverte ou fermée”, d’Alfred de Musset

— Par Laurence Aurry —

par Laurence Aurry

  En tant que simple amatrice de théâtre, je voudrai juste vous faire part de mes impressions concernant la pièce de Musset, jouée vendredi et samedi 22 et 23 février, dans la petite salle de l’Atrium.

Je vous avoue qu’une mise en scène de Yoshvina Médina me laissait espérer un plus agréable moment.

D’abord le choix même du texte surprend, une œuvre peu connue, Il faut qu’une porte soit ouverte ou fermée, et pour cause ! Le titre résume assez bien le bavardage de cette pièce en un acte, proche du marivaudage mais n’en possédant pas toute la saveur. Pourquoi ce texte désuet alors que le répertoire de Musset offre tant d’œuvres passionnantes et que le théâtre contemporain regorge de pièces courtes autrement plus intéressantes ? Veut-on ramener le public dans les salles ou définitivement signer l’arrêt de mort d’un art déjà moribond ?

Que dire de la mise en scène et des costumes ? On a pu lire dans la presse que Médina signait là « une mise en scène aux accents bruts de modernité ». C’est quelque peu galvauder l’expression « modernité » car les vêtements sont certes en décalage par rapport à l’époque de Musset mais ils ne sont pas franchement modernes. Ces immenses chapeaux qui effacent presque complètement les acteurs, ces costumes bariolés, cette Vénus de carton nous renvoient à la commedia dell’arte, au théâtre de guignol ou à un univers ubuesque. Ces choix, assez surprenants, permettaient d’envisager un jeu et une mise en scène bien plus innovants. L’idée était bonne mais elle a été mal exploitée car le texte ronronne pendant presque quarante cinq minutes pendant que les chapeaux s’agitent inutilement. Finalement, à travers ces costumes, tout est dit : c’est bien la comédie de l’amour qui se joue devant nous. Pour celui qui n’aurait pas compris, Yoshvina Médina a pris soin de ménager, au début et entre les joutes verbales, des scènes dansées fortement érotisées, illustrant les fantasmes des personnages. Au passage, il faut saluer la performance des deux acteurs, Virgil Venance et Marie Laure, pour leurs prouesses acrobatiques réalisées sur une sorte de rocking-chair central, accessoire et lieu du désir. Sur ce fauteuil lui-même, apparaît en effet, l’image d’un couple nu en plein ébat. Pour certains « modernité » rime avec « sexualité ». Médina multiplie donc les signes, donnant à voir avant d’avoir vu, vidant le texte de sa substance avant même de l’avoir entendu. Faut-il rappeler qu’au théâtre, le texte aussi, a un rôle à jouer ?

On peut globalement regretter, outre le choix de l’œuvre, un manque de confiance du metteur en scène envers ses acteurs, qui ne manquent pourtant pas de talent, et envers ses spectateurs, qui ne sont pas totalement dépourvus d’imagination..

LAURENCE AURRY