“Les souvenirs de la dame en noir”, monologue de et par Maïmouna Gueye

—- Par Laurence Aurry —

(Spectacle joué dans la salle Frantz Fanon de L’Atrium, le jeudi 13 mars 2008)

souvenirs de la Dame en noirC’est un cri de souffrance, c’est un souffle de liberté, c’est le théâtre de Maïmouna Gueye. Le monologue de la dame en noir est en réalité un écho de toutes les voix des femmes africaines qui ont vécu le mépris, les mutilations, l’oppression. De l’excision, au mariage forcé, à l’avortement, Maïmouna chante et pleure le triste destin de ces femmes, véritables objets sexuels. Avec beaucoup de violence mais aussi de poésie, d’humour et de dérision, le texte nous interpelle vigoureusement. Le jeu volontairement changeant, heurté, les nombreuses adresses aux spectateurs, l’alternance des tonalités donnent au monologue un réel dynamisme.

La dame en noir semble avoir perdu la raison. Elle pourrait être une de ces sans papiers misérables, qui vivent dans des squats infâmes, c’est du moins ce que suggère la scénographie avec la grosse poubelle, les détritus répandus sur le sol et ce qui ressemble à un lit de fortune, ainsi que ses vêtements déchirés. Elle a fui l’enfer pour vivre dans un autre enfer. Les couleurs sombres des objets, sa longue et belle chevelure noire de sorcière, son corps presque dénudé, tout nous renvoie à la mort, y compris la couverture rouge qui rappelle le sang des épreuves traumatisantes et des mutilations ; le bleu est absent, c’est un leurre, une illusion « cathodique » dont elle se moque avec humour, Maïmouna ne verra jamais les yeux bleus d’Alain Delon.

Par quelques gestes simples, quelques mélodies chantées dans sa langue natale, elle nous transporte avec magie dans son Afrique lointaine pour nous raconter sous forme de plusieurs tableaux les différentes épreuves que le destin lui a fait subir. Maudite dès sa naissance, elle incarne le refus, la désobéissance et la révolte. Elle dénonce un monde cruel, sans amour, où l’on se tue de désespoir parce qu’on ne trouve pas un peu d’écoute et d’attention. Elle nous jette à la figure ses terribles fantômes, nous invite à les voir, à les écouter, mais sans jamais tomber dans le pathétique. Car dans sa détresse et son dénuement le plus total, elle reste d’une incroyable force et d’une grande dignité.

Une belle leçon de courage qui nous amène à relativiser nos propres maux !

 

Laurence AURRY