Samedi 12 octobre 2019 Origin’Ale Montsinery Guyane
« Alors les yeux de tous deux s’ouvrirent ; ils reconnurent qu’ils étaient nus, et ayant cousu ensemble des feuilles de figuiers, ils en firent des ceintures. »
« Puis l’Éternel Dieu fit pour Adam et pour sa femme des vêtements de peau, et il les en revêtit. » Nouveau Testament
Se vêtir devient une sorte de réflexe humain né, non d’une influence extérieure, mais du regard porté sur soi-même.
Comment étais-tu habillée ?
Cette interrogation s’avère être un « cliché » planétaire dans la façon d’aborder le contexte du viol… Une façon de questionner qui met en évidence les préjugés sur les agressions sexuelles. Certaines façons de s’habiller seraient donc, ni plus ni moins, qu’un appel au viol !
Habillée Comment ?
C’est la question fréquemment posée aux victimes d’agression sexuelle.
Comme si la façon de s’habiller pouvait justifier l’acte criminel!
Et pourtant, à l’inévitable question posée par les policiers, avocats, juges ou médecins, les réponses données par les victimes ne cadrent pas avec ce préjugé : pyjama, jeans, pantalon, veste, blouse, robe de mariée, salopette….

D’un côté les Grecs, de l’autre les Troyens et une guerre qui dure depuis 9 ans. Parce qu’Agamemnon l’a humilié devant ses compagnons, Achille décide de se retirer du combat. Privés de leur meilleur guerrier, les Grecs vacillent tandis que les Troyens gagnent du terrain… Comment faire pour gagner la guerre sans Achille ?
Dans le cadre du Festival Le Mois Kréyol #2, la Cie Moun San Mélé présentera sa version théâtrale du Discours sur le Colonialisme d’Aimé Césaire.
Elle avait une envie viscérale de comprendre le drame de la migration. Mais, elle avait peur d’aller dans la « jungle » de Calais pour appréhender l’état déplorable de l’Europe. Donc, la metteure en scène française Catherine Boskowitz a traversé une partie du continent en bus pour arriver en Grèce, le point de départ du périple européen de beaucoup de migrants. Ce qu’elle a vu et vécu avec eux a inspiré « Le pire n’est pas (toujours) certain », présenté en première aux Francophonies à Limoges, en France. Entretien.
Bourses résidence La Colline – Tropiques Atrium
Texte d’Édouard Louis, m.e.s. et jeu Stanislas Nordey.
Il faut avant tout saluer le travail d’adaptation du texte de Tania de Montaigne qui, non destiné à priori à la mise en scène comporte peu de dialogues. Si Noire, la vie méconnue de Claudette Colvin, dans sa version originale a été couronné par le Prix Simone Veil en 2015 le texte de sa transposition théâtrale par Lucie Nicolas est lui lauréat de l’Aide à la Création d’ARTCENA, en catégorie dramaturgies plurielles. Et cela commence très fort. La comédienne lors de son entrée en scène salue le public, habituellement européen mais martiniquais ce soir là, et prend langue immédiatement avec lui en lui demandant de partager une traversée, celle d’une altérité stigmatisée. « Prenez une profonde inspiration, soufflez et suivez ma voix, rien que ma voix, désormais, vous êtes noir, un noir de l’Alabama dans les années 50. Désormais, vous êtes noir. Être noir, c’est être une zone d’infiltration, c’est comprendre minute après minute, heure après heure, que pour l’autre, vous n’êtes pas forcément un être humain mais vous n’êtes pas un animal non plus. Non, vous êtes autre chose, une chose indéfinissable et embarrassante, une question ouverte, un problème.
— Par Dégé —
Dans Qui a tué mon père, Édouard Louis décrypte les mécanismes de domination qui broient les êtres et leurs relations.
Forts d’une expérience de vingt ans d’accueil des créations ultramarines en Avignon, Marie Pierre Bousquet et Greg Germain, codirecteurs du Toma remettent le canevas sur le métier. Nul doute que les projets expérimentés ou abandonnés ici et là autour des cultures des Outremers n’aient nourri leur réflexion et conforté leur envie d’aller plus loin en partant des atouts De la Chapelle du Verbe incarné (situation et potentiel du bâtiment), d’un travail de dialogue constant avec la ville.
Noire
— par Janine Bailly —
Kirill Serebrennikov impressionné par les photos de nu du photographe chinois Ren Hang, y voyant une poétique liée à une culture et découvrant ses écrits, décide de le rencontrer avec l’envie de bâtir un projet ensemble. Hang se suicide avant. Serebrennikov empoigne alors ses mots, ses images et fait Outside.
Le texte de Martin Crimp reprend la trame singulière des Phéniciennes d’Euripide. Trame singulière car Euripide soumet le mythe fondateur (Œdipe) à la parodie, au jeu, orchestre avec malice et critique les aventures de ces héros grecs, les soumet « à la question » par le biais d’un chœur de « filles » omniprésent et omnipotent. Ces filles d’aujourd’hui, étudiantes ou dans la vie active, brillamment conduite par la déjantée et gouailleuse Elsa Guedj, ne sont rien moins que ces Phéniciennes, femmes d’Orient, migrantes avant la lettre. En pleine guerre du Péloponnèse qui entraînera la décadence de la Grèce, ce sont des femmes qui parlent et qui s’opposent. Crimp fait de ce chœur l’axe de la représentation.
Ils sont quatre adolescents qui se réunissent dans un sous-sol de banlieue aux USA. Deux milieux s’affrontent : deux nantis et deux prolos. Déjà des jeux de pouvoir, des défis, des serments et des paris. Jude, la révoltée, sœur d’Acton petit frère protégé par les fils de famille Frayne et Hoke, en est l’enjeu. Les voilà grands, se retrouvant à l’enterrement d’Acton qui s’est suicidé ne supportant pas sa lâcheté qui a permis le viol de sa sœur par les deux autres. Deux équipes d’acteurs au jeu vif font le va et vient entre ces deux époques. Sur une simple dalle de béton, l’espace étant délimité par une lumière vive ou un noir qui appelle le vide, les mots traversent les corps, les déconstruisent dans leurs mensonges, leur rationalité leur bonne conscience ou leur remords. Tous ont triché et le plus faible a trinqué. Deux dénonciations fortes : le viol lié à la présence de substances pharmaceutiques pose la question du consentement, le fossé entre les classes sociales crée une inégalité et donne une lecture de l’Amérique d’aujourd’hui.
Voilà un spectacle bien huilé qui roule tout seul avec le plaisir de retrouver de vrais dialogues (oui, on l’avoue), des retournements de situations, un décor qui fonctionne dans son classicisme absolu et ses répartitions d’entrée-sortie de cour à jardin. Pépère ? Le duel à fleuret moucheté Martha- George l’en empêche : voilà deux comédiens toniques qui derrière le cynisme laissent éclater leur douleur (la perte du fils) tout en buvant sans modération. Ils entraînent dans la danse les jeunes Nick et Honey qui finiront par se mettre au diapason (excellents acteurs eux aussi). Jeu de dupes et jeu de rôles. La mise en scène et la direction d’acteurs frôlent parfois le boulevard comme pour donner une ambiguïté supplémentaire ce qui retentit habilement sur la joute oratoire. Un seul regret, le choix d’un jeu trop hystérisé pour Martha ce qui renforce la maitrise de George. A quelque chose malheur est bon.
Totalement allumée, Ava : râlant d’être trop belle et multipliant les poses lascives, elle ne veut plus être uniquement cet objet de désir qu’elle provoque pourtant. Ava a un univers : trapéziste, acrobate, chanteuse, fakir c’est une femme orchestre qui maitrise le rire avec humour et dérision (les bouts d’essai de cinéma). Elle joue. Drôle et sensuelle ce n’est pas incompatible, le comique au cirque n’est pas l’apanage de l’homme, le clown ne se décline pas qu’au masculin. Ava est brillante et a du mal à trouver chaussure à son pied : c’est aussi souvent comme ça dans la vraie vie. Pourquoi n’arrive-t-on pas à croire qu’elle nous permet de décliner une image différente du clown en introduisant sa féminité ? Question des auteurs et du cirque actuel que ne pose pas le spectateur car elle introduit un univers poétique qu’elle conduit avec le panache d’un Cyrano. La fin, comme une pirouette est trop convenue c’est dommage car Orianne Bernard, en vraie circassienne, assure de bout en bout ce personnage fantasque et doué.
Une vieille artiste et ses boys qui ont roulé leur bosse de salle des fêtes en foyers ruraux se racontent, se montrent, de l’habillage au maquillage : les faux cils, les vestes usées, les perruques, on verra tout par le menu et en même temps la scène centrale et les deux espaces loges avec leurs petits mensonges renvoyant à la réalité de l’exercice du métier dans des lieux miteux où fleurissent plus de moqueries que d’applaudissements. Dans le rôle de la Fille, Céline Pique ne manque pas d’abattage mais pourquoi tant de détails, de couleurs, de costumes ? Le spectateur devient voyeur : le kitsch s’impose à lui, effaçant la construction de la langue particulière de Lagarce qui crée un va et vient à la fois codé et grinçant. C’est dommage.
Dans le cadre de la sélection Grand Est, Théâtre en scène s’empare d’une pièce de Steve Gagnon jeune auteur québécois qui explore la séparation amoureuse d’un jeune couple. Il n’est pas si facile de faire le deuil de ses espoirs d’adolescent idéaliste, comment s’aimer sans se résigner, être guetté par l’usure et la convention sociale ? Vincent Goethals dont les créations sont très liées à l’écriture théâtrale francophone contemporaine (Québec, Afrique) est totalement à l’aise dans la saveur de la langue québécoise et le mode interpellatif de la pièce même si le spectateur y perd parfois le souffle tant le rythme et le débit sont rapides, tant les « marde » et les « tabernacle » lui tombent dessus comme autant de grêlons. Tant, pis, tant mieux, le but n’est pas de le préserver. Le décor : une baignoire, un appartement avec des bâches de protection, des éclairages de chantier, un univers sonore : tout va bouger, se mettre au rythme du jeu des acteurs et de leurs mouvements chorégraphiés dans l’amour pour affirmer l’espoir des retrouvailles.
Deux comédiens, artistes permanents du CDN de Thionville, partent de leur enfance (le vécu, le rêvé, l’inventé) pour construire à base d’improvisations, de souvenirs un spectacle avec le dramaturge A Koutchevsky. Très vite en partant d’une photo de classe les deux protagonistes (Régis et Isabelle) qui n’ont pas les mêmes souvenirs en arrivent au questionnement sur le métier d’acteur, le jeu d’identité. Le personnage crée l’imposture pour la bonne cause, pour l’imaginaire. Ils inversent les rôles : celui qui écoute devient le leader et vive versa…C’est une joute amicale qui les conduira à débusquer une imposture dans la vie réelle : l’usurpation d’identité pour extorquer un peu d’attention et d’affection. A moins que ce soit le départ de l’invention d’un personnage… La parole coule comme on parle dans la vie réelle sans volonté d’étayer un raisonnement qui fait démonstration. Dans une salle de classe avec un ordinateur et un écran, ils sont vrais au milieu des spectateurs assis en demi -cercle et cependant ils jouent. ETRE peut aussi se jouer ? Qu’est-ce qui vous construit ? Quelles armes dans une société qui accorde de la place à ceux qui ont pignon sur rue ?