Accord-cadre : l’autonomiste Serge Letchimy déroule

— Les Contrechroniques d’Yves-Léopold Monthieux —

Ainsi donc, le président de la CTM a présenté à l’État le vœu d’évolution statutaire exprimé par le congrès des élus. Il convient de rappeler que le seul objet de cette institution est de faire des propositions à l’État sur l’évolution statutaire de la Martinique.

Absence d’opposition de gauche ou de droite 

Le Président est conforté par l’accord des 6 parlementaires martiniquais et par une forte délégation d’élus reçus officiellement à l’Élysée, unis derrière sa personne et son autorité. Sa légitimité est renforcée par des gestes identitaires forts comme l’adoption d’un drapeau nationaliste en remplacement d’un emblème français, la reconnaissance du créole comme langue « co-officielle », l’adoption en cours d’un hymne national martiniquais. Ces manifestations de nationalisme ne font pas l’objet d’oppositions et se déroulent dans un univers médiatique acquis à sa cause. En conséquence, il est difficile de reprocher à l’État de tenir compte de la proposition d’évolution institutionnelle présentée dans ces conditions.

Serge Letchimy ne suit pas le peuple, il le précède.

Par ailleurs, Serge Letchimy a toujours été un autonomiste. Il a même été le président du plus grand parti autonomiste de la Martinique (le PPM). Il n’a pas caché préférer renoncer à la politique que de renoncer à faire avancer l’autonomie. Dès lors, profitant de la « fenêtre » nécessairement limitée dans le temps, qu’il tient de sa fonction, il a entrepris de poser des jalons irréversibles d’une évolution statutaire. Seule une opposition politique pourrait l’en empêcher, or celle-ci n’existe pas. Il n’est pas l’adepte du curieux adage de son prédécesseur : « le MIM propose et le peuple dispose », alors que celui-ci a toujours évité de soumettre son projet au peuple par référendum ? Dans le processus en cours, Serge Letchimy ne suit pas le peuple, il le précède. Il se retrouve en tête des militants autonomistes et non à leur suite. Serge Letchimy ne dispose pas mais fait plus que proposer.

Serge Letchimy patron des indépendantistes 

Qui peut le lui reprocher ? Sans doute pas les indépendantistes et les activistes qui lui vouent une tranquillité politique inespérée malgré les déboires de la CTM. D’ailleurs, l’activisme idéologique dont il fait preuve le désigne sans conteste comme le leader non seulement des autonomistes, mais aussi celui des indépendantistes (y compris ceux du MIM) … et des autres. De ces « autres », en effet, ne se manifeste aucune opposition malgré le boulevard que leur offrent les résultats presque apocalyptiques de la gestion de la CTM. Les élus semblent mettre implicitement l’avenir institutionnel au-dessus du règlement des difficultés de la population, laquelle subit la situation sans émois apparents. La population ne dit rien, les élus sont au garde-à-vous. Ainsi, le procès en incompétence qui est fait à Serge Letchimy serait considéré comme secondaire au regard de l’aventure messianique qu’il s’est donné, dans le sillage d’Aimé Césaire.

Un accompagnement messianique 

Son compagnon politique Patrick Chamoiseau qui, indépendantiste, Césairiste du bout des lèvres, peu friand de politique utilitaire et prophète à ses heures, est celui qui situe le mieux l’ambition idéologique de Serge Letchimy : « celui qui parviendra, avec le souffle d’un idéal, l’énergie d’un projet, à mettre en branle ce processus de responsabilisation, cette liberté de conception, en entraînant avec lui, sans peur, sans renoncement, sans régression aucune, la majorité des Martiniquais, deviendra le père de la Nation. Tout autre faible degré politicien (déresponsabilisation, agitation dans les urgences, logique de gestion, panacée économique ou paternalisme social) est voué aux oubliettes de nos histoires ».

Ces deux hommes ne se quittent pas : ils n’avancent pas masqués.

yLm

Fort-de-France, le 19 aout 2026