- par Rodolf Etienne
À Fort-de-France, la rentrée culturelle 2026 a une saveur particulière. Le SERMAC — Service municipal d’action culturelle — prépare sa cinquantième rentrée.
Né en 1976 dans le prolongement de la politique culturelle voulue par Aimé Césaire, il porte depuis un demi-siècle une ambition forte : mettre la culture à la portée de tous, promouvoir les arts martiniquais et lutter contre l’aliénation culturelle.
Pour Aimé Césaire, la culture n’était pas un supplément d’âme réservé à quelques initiés. Elle participait pleinement de l’émancipation. Elle devait permettre aux Martiniquais de retrouver leurs formes d’expression, leurs imaginaires, leurs rythmes, leurs gestes, leur histoire. Avant même la naissance officielle du SERMAC, la municipalité foyalaise avait commencé à structurer cette politique autour du Festival culturel de Fort-de-France et de l’OMDAC. En 1975, le conseil municipal décide de créer un organisme spécifiquement consacré à l’action culturelle ; installé au Parc Floral, il développe progressivement ses interventions, notamment dans les quartiers populaires. Le SERMAC prolongera cette dynamique à partir de 1976.
L’un des principaux foyers de la vie culturelle foyalaise
Depuis lors, plusieurs générations ont fréquenté ses ateliers. Le principe est resté stable : accueillir aussi bien les débutants que les pratiquants confirmés, les enfants comme les adultes, et permettre à chacun d’entrer dans une pratique artistique puis de progresser. Arts plastiques, musique, danse, théâtre et autres disciplines ont fait du SERMAC l’une des grandes écoles populaires de la culture martiniquaise. Son implantation dans le Parc culturel Aimé-Césaire, ancien Parc Floral, n’est d’ailleurs pas anodine : le lieu s’est imposé au fil des décennies comme .
L’intérêt de cet anniversaire ne consiste pourtant pas seulement à regarder le passé. Il oblige aussi à poser une question très contemporaine : quelle place donnons-nous aujourd’hui à la transmission culturelle ? La Martinique de 2026 n’est plus celle de 1976. Les pratiques ont changé, les écrans, les plateformes et les réseaux sociaux sont devenus des espaces majeurs de création et de consommation culturelle, et les jeunes générations circulent entre plusieurs univers musicaux, linguistiques et numériques. Mais le problème posé par Césaire reste étonnamment actuel : comment une société peut-elle s’ouvrir au monde sans perdre sa capacité à produire ses propres représentations ?
Comment transmettre sans figer ? Comment conserver sans folkloriser ? Comment faire de la culture non pas seulement un patrimoine à protéger, mais une matière vivante à transformer ? C’est précisément là que le SERMAC conserve toute sa pertinence. Ses cinquante prochaines années ne pourront probablement pas ressembler aux cinquante précédentes. La photographie, la vidéo, la création numérique, l’intelligence artificielle et les nouvelles écritures pourraient rejoindre plus fortement les pratiques historiques, non pour les remplacer, mais pour prolonger la même mission avec de nouveaux outils.
Car au fond, l’idée fondatrice reste intacte : une culture ne demeure vivante que lorsqu’elle continue à être pratiquée, transmise, discutée et recréée.
En 1976, Aimé Césaire voulait rendre aux Martiniquais une capacité de création et de représentation. Cinquante ans plus tard, le défi est toujours là. Simplement, les scènes ont changé.
Sources et références
Ville de Fort-de-France, historique du SERMAC et de l’OMDAC.
France-Antilles Martinique, « Activités culturelles : les inscriptions sont ouvertes », 9 septembre 2026.
Ville de Fort-de-France, Parc Aimé-Césaire, informations historiques et pratiques.
France-Antilles Martinique, « Festival, OMDAC, SERMAC : 50 ans d’ébullition culturelle ».




