Étiquette : Michel Pennetier

“Contes Dogon”, recueillis par Malick Guindo à Endé (Pays Dogon) Mali

Version française et commentaires: Michel Pennetier

INTRODUCTION
Le Pays Dogon, cette falaise de 200 à 300 m de hauteur, arc de cercle de 200 km de longueur , les Dogon, ce petit peuple estimé à 500 000 âmes me tiennent au cœur depuis 20 ans. Suivant l’appel de Marcel Griaule qui décrit dans « Dieu d’eau » les trente jours de conversation avec le vieux sage Ogotomêli, dévoilant l’essentiel de la cosmogonie dogon, je fis un premier séjour en 1999. Le Dieu de l’eau, le Nommo me captiva d’une manière surprenante mais très concrète quand la population du village de Endé où je séjournais, me proposa de les aider à construire un barrage qui leur permettrait de pratiquer les cultures maraîchères nécessaires à leur survie. Il fallut 10 ans de négociations, de problèmes financiers et techniques, pour moi de découverte de la société et de la culture dogon, d’apprentissage de la « Parole dogon » pour que se réalise ce projet : la création d’un périmètre maraîcher de plus de vingt hectares. Aujourd’hui «  Un jardin au Mali » association créée en France pour la gestion de ce projet et « Dikanmonou »( Solidarité pour l’eau) qui réunit la population de Endé continuent à collaborer fraternellement pour l’amélioration de la vie des habitants…

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Journal intime au temps du coronavirus

-— Par Michel Pennetier —

« Journal intime », parce que je n’ai rien à dire sur les mesures que prend le gouvernement, sur les polémiques autour d’une médication appropriée etc …, ce n’est pas de ma compétence. En revanche, exprimer mon ressenti qui peut être à des nuances près celui de tous mes compatriotes et de tous les êtres humains à travers le monde sous la menace du virus, oui, c’est possible. Mais au-delà, j’aurais à exprimer quelques idées sur le rapport de l’homme moderne à la nature et sur le lien possible entre le phénomène de la mondialisation et l’extension des épidémies, enfin j’essaierai d’imaginer les conséquences possibles, fastes ou néfastes, de cette pandémie. L’un de ses effets, c’est déjà qu’elle donne à penser et à penser fondamentalement sur la condition humaine !

Décembre 2019 à février 2020 , Wuhan

Je vois à la télévision des images de la ville de Wuhan, rues désertes, les rares passants sont chassés par la police et sommés de rentrer chez eux. Ambiance crépusculaire de catastrophe.

Je connais Wuhan, ville immense criblée de tours. J’y ai connu quelques personnes et je pense à eux.

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Un examen de conscience à la lumière de « L’Éthique » de Spinoza

par Michel Pennetier —

Si l’on entre dans “l’Éthique” de Spinoza, il est difficile d’en sortir tant cet ouvrage qui parle de la place de l’homme au sein de la Nature ( conçue comme la totalité infinie de ce qui est) et de la meilleure façon de s’y épanouir, est une architecture conceptuelle d’une rigueur rationnelle absolue enchaînant les propositions les unes aux autres d’un bout à l’autre de l’ouvrage. Voici quarante ans que je lis l’«éthique «, non pas de manière continue ! Mais parfois par lectures intenses, puis pendant des mois les idées font leur chemin dans mon esprit, puis une question se pose ( par exemple : comment passe-t-on du premier genre de connaissance par idées confuses, inadéquates au second genre de connaissance par idées adéquates c’est-à-dire vraies, étant donné que le libre-arbitre, la décision volontaire est une illusion ?). Et je reprends la lecture traquant les propositions et leur enchaînement.

J’ai été d’emblée conquis dès les premières pages de l’ouvrage, le livre I qui s’intitule « De Dieu » où Spinoza développe sa conception métaphysique : Dieu, c’est-à-dire la Nature dans laquelle l’homme est englobé.

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De l’inconstance dans la vie politique

— par Michel Pennetier —

La «  Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen », l’ »Habeas Corpus » en Angleterre, la Constitution américaine, les lois sur la laïcité de 1905, le Manifeste du Parti Communiste de 1848, les lois sur la Sécurité Sociale de 1945, oui, tous ces textes ont une forme et un contenu, c’est du solide qui peut porter ses fruits pendant des siècles et qui marque une étape et un progrès dans l’histoire de l’humanité. Donc, ne me faites pas dire que la politique n’est qu’inconsistance ! Il arrive qu’une personnalité ou un groupe de personnes parviennent à faire passer une loi en dépit des criailleries de la presque majorité des représentants du peuple et du peuple lui-même parce que cette loi porteuse de raison et d’humanité finit par convaincre une partie des réticents. Ainsi en fut-il de la loi Weil sur l’interruption de grossesse en 1975.

Je respecte trop la politique qui comme disait Aristote est l’art suprême et le plus difficile, pour vouloir la mépriser et la jeter aux orties.

Mais à côté de ces sommets de l’histoire, combien de vallées d’esclavage et de cimetières ?

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De l’incertitude de notre jugement

— Par Michel Pennetier —

Je vole ce titre à Montaigne qui, dans le chapitre XLVII des Essais, parle des incertitudes quant à l’issue d’une bataille alors que le chef de guerre en toute conviction se croit assuré de la victoire. On pourrait à ce propos citer le Président Trump qui se croit vainqueur dans son conflit avec l’Iran en faisant assassiner l’un des principaux responsables du régime iranien !
Mais c’est ici en un autre sens que je voudrais parler du jugement. J’envisage ici le jugement moral que l’on porte sur une affaire de mœurs. Il se trouve que depuis quelque temps naît en mon esprit face à ces événements – affaire Me Too et la suite – comme une double réaction, l’une qui ne peut que suivre le main-stream des condamnations face à des révélations scandaleuses, l’autre qui demande à voir ce qu’il en est derrière ces jugements qui ont soudain surgi à propos de comportements sur lesquels on se taisait jusque très récemment, que l’on ignorait ou feignait d’ignorer, que l’on acceptait comme normaux ou prônait même comme une libération.

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Un visiteur à la Martinique

— Par Michel Pennetier —

Pour la troisième fois depuis une dizaine d’années, je suis en visite à la Martinique , invité par un ami de longue date qui vit depuis une vingtaine d’années sur ce territoire. L’envie d’écrire un compte-rendu naît de mon impression d’avoir cette fois franchi un pas de plus dans la connaissance de la vie sur cette île et de son passé. C’est un regard nécessairement extérieur, mais emprunt du désir de s’approcher de l’altérité et comme le dit E.Glissant d’entrer dans le processus de la RELATION. Je présenterai d’abord les deux protagonistes de ce séjour et l’amitié qui les lie, ce qui constitue les conditions de ma rencontre avec la Martinique puis j’évoquerai en quatre petits tableaux ce qui m’a permis d’approfondir mon regard.

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La réalité existe-t-elle ?

— Par Michel Pennetier —

Don Quichotte prenait les moulins à vent pour des chevaliers géants. Le héros de Cervantes, c’est nous-mêmes quand nous idéalisons le monde et le fantasmons. Mais son serviteur qui incarne le bon sens, un plat réalisme qui ne se pose guère de question, c’est tout autant notre attitude quotidienne. Dans notre vie ordinaire, nous ne sommes pas assez hardis pour nous interroger sur la réalité de la réalité. Nous ressentons cette question comme assez « unheimlich » , d’une inquiétante étrangeté, nous ne sommes plus chez nous. Ce sentiment nous gagne quand nous percevons quelque dérangement, quelque incongruité dans le quotidien. Faisons appel aux philosophes qui pour la plupart ont tenté d’asseoir le concept de réalité sur des bases solides. Ma méditation ne sera qu’une promenade à la Montaigne à travers les pensées. Promenade un peu éprouvante à cheval comme l’aimait mon auteur préféré au cours de laquelle nous espérons garder notre assiette, c’est-à-dire rester bien assis en selle et ne pas perdre la tête.

Celui qui nierait absolument l’existence de la réalité serait dans une position philosophique et existentielle quasi intenable.

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Méditation cosmique sur une plage de Martinique

— Par Michel Pennetier —

La plage de Schoelcher eut finalement ma préférence. Derrière moi à droite l’église sur la colline, les petites maisons du bourg, un café qui avait installé sa terrasse sur la plage, je n’avais que quelques pas à faire pour aller boire un planteur entre deux baignades. Devant moi la mer, le mouvement régulier des vagues, les teintes bleutées de l’eau qui au loin se confondaient avec le ciel où vagabondaient les formes changeantes de quelques nuages semblables à mes rêveries.

Mais je n’en restais pas là. Deux activités alternaient, se jeter dans l’eau et nager un petit quart d’heure ou se plonger dans un livre intitulé «  Forme et origine de l’univers, regards philosophiques sur la cosmologie ». Les deux se complétaient merveilleusement et faisaient de moi enfin un corps-esprit parfaitement unifié. Deleuze, commentant Spinoza, fait de la nage une activité qui correspond bien à ce qu’est la vie. Si nous ne savons pas nager, ou mal, nous luttons contre la vague, nous nous débattons désespérément et la vague nous renverse. Nager, c’est s’unir à l’eau, se servir de son énergie.

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Réflexions sur le temps présent

Dix jours après

— Par Michel Pennetier —

le_temps_presentLes évènements tragiques à Paris qui viennent de nous bouleverser ont suscité beaucoup d’émotion. Celle-ci est légitime, cependant subjective par définition. Elle peut conduire à des jugements hâtifs, raviver des préjugés, conduire à la stigmatisation d’un groupe humain et même à la violence à l’égard de celui-ci. L’origine des préjugés est de prendre les mots pour la réalité. Que disons-nous quand nous employons les termes : Islam, musulmans, judaïsme, juifs ? Combien de réalités se cachent sous ces noms qui portent des histoires millénaires, des textes symboliques difficiles à décrypter et dont les interprétations sont multiples, des hommes et des femmes, des enfants dont l’être ne peut être réduit à quelques adjectifs ou définitions. Il y a une précaution à prendre : ne pas « essentialiser » un groupe humain, une religion ou une culture, mais plutôt essayer de s’approcher de la fluidité et de la variabilité infini du réel. « Tu ne te feras pas d’image » dit la Bible. Image de Dieu mais aussi image d’autrui. Abordons cet autre en lui laissant sa liberté.

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« Le respect de l’amour » 10e épisode

djebaba— Par Djénaba Diallo & Michel Pennetier—

Chapitre IV

Suite de l’épisode 9

La France

Le gigantisme de Roissy, cette façade prétentieuse de l’Occident ne l’impressionne pas. Sur le tapis roulant qui la surprend quand même un peu, pas d’émotions particulières, pas d’exaltation, pas de frisson de l’aventure, elle pense simplement à tous ces gens qu’elle a laissés en Afrique et qui ont voulu l’empêcher de faire sa vie, et elle a envie de leur dire : « Voilà, je vous ai échappé, maintenant je suis mon chemin ». Sur le sol de la France, elle se sent en accord avec elle-même. Elle téléphone à une tante de Dakar, une intellectuelle, pour lui dire qu’elle est bien arrivée. La femme lui demande ses premières impressions. «  Il y a beaucoup de Blancs, plus qu’à Dakar », dit Djen en riant. Puis elle appelle son père qui lui dit tout surpris : «  Ma fille, tu es un homme ! ».

Djen arpente l’aéroport bruissant de milliers de voyageurs qui arrivent ou partent, des appels sucrés des hôtesses. Elle trouve enfin la file des taxis et se fait conduire à la Gare de Lyon.

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«Le respect de l’amour» (9e épisode)

djebaba

— Par Djénaba Diallo & Michel Pennetier—

Suite de l’épisode 8

Chapitre III

Les années Dakar

La jeune femme habillée à l’européenne, simplement mais avec goût, marche d’un pas ferme dans les rues de Dakar. Elle traverse les ruelles populeuses encombrées de marchands, elle arpente les grandes avenues sous les eucalyptus bordées de grands immeubles modernes où prospèrent les banques et les boutiques de luxe. Dakar, c’est déjà la France, se dit Djenaba, et elle respire l’air de la liberté. Pour autant, elle ne rêve pas, elle laisse sans regret le passé, l’ambiance de la famille et du village, l’oppression de la coutume où on ne peut rien dire, où la notion d’autonomie et de droits de l’individu, surtout pour la femme, n’a pas de sens. Non, ce monde-là, elle n’en a jamais voulu. Quelque part, se dit-elle, j’ai toujours été émancipée, je n’ai pas eu besoin de faire un chemin vers cela, c’était toujours en moi. Et maintenant, elle a ce sentiment de plénitude d’elle-même et d’indépendance. Cela se voit à sa démarche et à son regard assuré. Elle est entièrement dans le présent de sa vie à Dakar, une vie active de travail, ici le ménage et la cuisine chez des Français, là à l’ambassade de France chez un diplomate, autre part encore dans les bureaux d’une organisation de jeunesse.

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Le respect de l’amour (6)

Une vie du Sénégal à la France par Djenaba DIALLO & Michel PENNETIER

djebabaSuite de l’épisode 5

Chapitre II

Les amants de Dougouké

6ème épisode

Djenaba est revenue à Dougouké. Elle est en deuil de l’enfant et d’elle-même, de la vie rêvée, mais convalescente. Les blessures guériront, elle le sait. La maladie de la dépression est presque inconnue en Afrique. On peut souffrir immensément, mais il y a sur ce continent une réserve d’énergie vitale qui semble inépuisable. Djen a une foi simple et profonde, tout vient du Tout-Puissant, il donne et il prend. Elle n’a ni amertume, ni haine, elle n’accuse personne, ni elle-même. Elle est certes au plus profond dans la solitude avec sa souffrance, mais il y a toujours les autres autour d’elle, la solidarité tacite du groupe et elle le rejoint tout naturellement. Le travail ne manque pas à la maison et c’est une sorte de thérapie. Elle aide sa mère aux tâches ménagères, elle se lance dans la couture et le crochet et apprend le savoir-faire en lisant « Femme actuelle ». Son père, voyant sa dextérité – « Djenaba a douze métiers dans ses dix doigts », lui achète une machine à coudre.

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Le respect de l’amour (5)

Une vie du Sénégal à la France par Djenaba DIALLO & Michel PENNETIER

ch 1 «  Le tourbillon » 4e épisode

djebaba

Suite de l’épisode 3

Djenaba, adolescente, a un grand besoin d’action. Elle fonde dans son quartier une association d’entre-aide avec d’autres jeunes. L’objectif est de gagner un peu d’argent pour l’achat des fournitures scolaires et de l’uniforme obligatoire à l’école. C’est aussi pour faire une fête de temps en temps. Elles vendent les feuilles d’une plante qui pousse à foison dans la brousse, du « bissap » vert que l’on mélange au riz ou du rouge pour préparer une boisson. Elles achètent de l’huile et de la farine pour préparer des beignets vendus ensuite dans la rue. Djenaba est la trésorière, la moitié de la recette est réservée aux achats scolaires, l’autre moitié pour faire de temps en temps une fête de quartier.

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Le respect de l’amour (4)

Une vie du Sénégal à la France par Djenaba DIALLO & Michel PENNETIER

Suite de l’épisode 3 djebaba

LE RESPECT DE L’AMOUR, Ch.1 «  Le tourbillon » ,

 Le narrateur :

 Les paroles de Djenaba entrent en moi depuis trois semaines, c’est un flux rapide émaillé de tournures percutantes dont j’essaie de restituer quelques unes : «  je gère le mal », «  il faut faire un bisou au lion » ( parlant de la seconde épouse) , «  Les mères déglutissent sur les enfants ce qu’elles ont sur le cœur » ( parlant de sa mère), «  les hommes sont des chasseurs », «  Je peux avoir de la colère, mais je n’ai pas de haine car je comprends chaque être humain et la colère devient pitié » (évoquant les hommes). J’aurais pu enregistrer tout simplement les paroles de Djenaba et en conserver toute la fraicheur.

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Le respect de l’amour (3)

Une vie du Sénégal à la France par Djenaba DIALLO & Michel PENNETIER

djebaba

Suite de l’épisode 2

 « LE RESPECT DE L’AMOUR » Chapitre 1 « Le tourbillon »,

Quand Djeneba a huit ans, comme une école s’est ouverte dans cette ville, le père la ramène à Dougouké. Elle y retrouve sa mère, ses deux soeurs et son frère, tous nés après elle. Les deux épouses ont chacune leur habitation séparée par une barrière mais elles élèvent ensemble les enfants, font la cuisine à tour de rôle. Il arrive que la seconde épouse frappe Sirandine. Le père achète chaque mois la nourriture pour toute la maisonnée, mais la seconde épouse en prélève une partie pour la revendre à son profit, sans que le père le sache. Sirandine cultive un champ dont le produit représente un complément de nourriture familiale.

C’est une maison à l’africaine très simple avec un grand salon pourvu de meubles en bambou que l’on n’utilise presque jamais car il y a une terrasse tout le long de la maison et un abri tôlé à côté, et c’est là que séjournent à l’ombre toute la journée la nombreuse maisonnée et les innombrables visiteurs qui passent pour bavarder et boire le thé.

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Le respect de l’amour (2)

Une vie du Sénégal à la France par Djenaba DIALLO & Michel PENNETIER

djebaba

Suite de l’épisode 1

Mohamed se promène dans la rue. Il porte une belle ceinture à la taille et une montre de valeur au bras. Un individu l’aborde : « Mohamed, quelle magnifique ceinture ! Regarde, moi, je n’ai que cette ficelle pour tenir mon pantalon. » Mohamed donne sa ceinture et rentre à la maison en tenant de ses mains son pantalon. Mais avant d’arriver, il a donné sa montre à un autre quémandeur.

Mohamed est relativement aisé, il ne supporte pas de regarder la misère autour de lui sans réagir. Il achète régulièrement des sacs de céréales pour ses voisins.

 Force de la bonté. Sa propension innée à l’empathie lui fait ressentir toute souffrance, tout désarroi de l’autre. Il ne laisse personne sans secours.

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Le respect de l’amour (1)

Une vie du Sénégal à la France par Djenaba DIALLO & Michel PENNETIER

djebaba« Elle était satisfaite d’être Khady, il n’y avait eu
nul interstice dubitatif entre  elle et  l’implacable
réalité du personnage de Khady Demba …
A présent encore c’était quelque chose dont elle
elle  ne doutait pas –  qu’elle était indivisible  et
précieuse, et qu’elle ne pouvait être qu’elle-même. »

Marie Ndiaye : «  Trois femmes puissantes »

Avant-propos

Est-il vrai que toute vie, du moment qu’on la perçoit en  sa profondeur, mérite d ‘être racontée ? Est-il vrai aussi, comme le pense Christophe Donner, que l’imagination est plus un obstacle qu’une bénédiction pour un romancier ?  Dostoïevski disait : » Que peut-il y avoir de plus invraisemblable que la réalité ? Jamais un romancier ne proposera d’impossibilités aussi impossibles que celles que la réalité nous présente chaque jour par milliers, sous l’aspect des choses les plus ordinaires ».

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La Chine, une société harmonieuse?

par Michel Pennetier.

 

—Une année en Chine. Il est temps de faire le bilan. Je suis venu sans idées préconçues. Bien sûr, j’avais des images dans ma tête. Les foules brandissant le petit livre rouge, je savais que c’était du passé. La Chine, atelier du monde, l’urbanisme délirant de Shanghai, un pays en plein développement, je savais que c’était le présent. Une économie libérale avec un régime politique communiste, c‘était ce qui excitait ma curiosité. J’avais aussi dans ma tête les questions qui fâchent : le Tibet, la liberté d’expression, les condamnations d’intellectuels et d’artistes, Tian An Men ( si bien nommée : la Porte du Ciel !). Enfin j’avais ma prédilection pour la Chine du passé : la culture la plus ancienne du monde, la plus longue histoire, le confucianisme qui a imprimé pendant plus de deux mille ans sa marque à la vie sociale, la pensée taoïste au fondement de pratiques qui gagnent l’Occident : le Tai Ji Chuan, le Qi Kong, l’acupuncture, la médecine.

Ce que j’ai pu apprendre de la Chine, vient peu de conversations, mais essentiellement de mon vécu avec les Chinois et d’observations quotidiennes.

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« Un dimanche au cachot », de Patrick Chamoiseau

Une lecture possible : un roman initiatique

— Par Michel Pennetier —

un_dimanche_au_cachot

Dans le dernier roman de l’auteur martiniquais, le lecteur intervient parfois dans l’œuvre en cours d’écriture, de manière bien intempestive, critiquant tel choix, en proposant un autre, bref agaçant l’auteur. Désormais, le roman est écrit et publié, et le lecteur reprend tous ses droits d’interprétation au risque d’ajouter à l’œuvre des sens qui n’avaient pas été pensés par l’auteur ou dont il n’était pas conscient. Mais c’est son droit et le pouvoir que le lecteur s’arroge de créer ainsi à partir de sa lecture est en fait un hommage qu’il rend à l’auteur dont l’œuvre par sa richesse et sa complexité est capable de donner naissance à une créativité nouvelle, se démultipliant ainsi à chaque lecture. La mienne se voudrait fraternelle et j’espère qu’elle aura l’heur de plaire à l’auteur.
Deux récits alternent, se chevauchent, s’interpénètrent ; deux temps, celui du présent et celui du passé de l’esclavage entrent en relation, deux jeunes filles dominent le roman, celle d’aujourd’hui, une jeune délinquante recueillie dans un centre de rééducation nommé «  la Sainte Famille », celle du passé, une jeune chabine, esclave sur l’Habitation où un siècle plus tard sera installé le centre.

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