— Par Alain Saint-Victor, Enseignant, historien —
Recension du livre « La didactisation du créole au cœur de l’aménagement linguistique en Haïti »
Robert Berrouët-Oriol (coord.) et al.
Éditions Zémès et Éditions du Cidihca, 382 pages, mai 2021
Parmi tous les enjeux qui concernent l’avenir d’Haïti, celui de la langue occupe, sans conteste, une place fondamentale, incontournable. La question de la langue dans le contexte haïtien comporte une triple problématique (linguistique, sociale et historique) que l’on doit analyser pour rendre compte du fait linguistique dans le pays. Cette exigence n’est certes pas particulière à la réalité linguistique haïtienne, puisque pour comprendre la formation d’une langue, son évolution et le cadre de son utilisation, il faut tenir compte de ces trois facteurs. Mais dans le cas du créole haïtien, et dans celui d’autres créoles, cette approche dénote une certaine particularité du fait que le créole se situe dans une diglossie1 qui lui attribue un rôle dévalorisant, puisqu’il est considéré comme incapable d’exprimer le « savoir » conceptuel et scientifique. Étrange paradoxe : langue d’un peuple riche en connaissances culturelles, en savoirs agricoles et médicinaux, en expressions littéraires et musicales, en arts plastiques, le créole certes est « porteur » de savoirs, mais sa situation en tant que langue marginalisée, exclue des connaissances normatives ou savantes, le confine dans un rôle socialement inférieur, historiquement entretenu par une classe dominante comme une politique linguistique d’exclusion.

Recueil des textes proposés par les candidat·e·s du concours organisé pour accompagner la présentation de la yole à l’
Présentation 
UI MÉ TALA…
… ! J’ai besoin d’un AVOCAT qui ne me trahira pas,
Faut-il être Noire pour traduire un poème écrit par un Noire ? Faut-il être arabe pour traduire un texte écrit par un arabe ? Faut-il être Algérien pour traduire l’œuvre d’un auteur algérien ? Ces questions font actuellement débat en raison de la polémique autour de la traduction en néerlandais du poème d’Amanda Gorman. Pour mémoire, cette jeune Afro-américaine avait fait sensation dans le monde entier en lisant son texte, The Hill We Climb, (La colline que nous gravissons) lors de la cérémonie d’investiture du président américain Joseph Biden en janvier dernier.
Réalisée par Cédric Aussir, cette adaptation du chef-d’œuvre de Voltaire est un bijou radiophonique. Enlevée, drôle et servie par une distribution de rêve.
V
Parenthèse virale



Mirlande X, enseignante dans un lycée de Port-au-Prince et lectrice assidue de nos chroniques linguistiques depuis plusieurs années, nous demande dans un récent courriel si les droits linguistiques figurent dans le projet de « Constitution » que l’ex-président Jovenel Moïse –dont le mandat a expiré le 7 février 2021 selon la Fédération des barreaux d’Haïti, mais qui s’accroche au pouvoir dans un climat politique marqué par la régression des droits citoyens et l’emprise grandissante des gangs armés sur le territoire national–, s’est mis en tête de faire adopter par référendum en juin prochain. Pertinente, la question de Mirlande X renvoie à la nécessité de garantir, notamment dans un texte constitutionnel, l’efficience des droits linguistiques inscrits dans la Déclaration universelle des droits linguistiques de 1996. Et comme nous l’avons auparavant explicitement formulé à travers la vision de l’aménagement linguistique en Haïti que nous offrons en partage dans nos articles et dans nos livres, les droits linguistiques sont un droit premier. 
S’il est des personnages qui avancent dans la vie, entourés d’un halo de mystère, par leur rapport à l’existence, par ce qu’ils donnent peu à voir, peu à entendre, mais tellement à comprendre, il en est un qui incarne cette alchimie mystérieuse, le poète
Le National salue la publication, en mai 2021, du livre collectif « La didactisation du créole au cœur de l’aménagement linguistique en Haïti » (coédition Zémès, Haïti, et Cidihca, Canada). Coordonné et coécrit par le linguiste-terminologue Robert Berrouët-Oriol, collaborateur régulier du National depuis plusieurs années, ce livre ouvre des perspectives nouvelles et fortes en vue de l’enseignement du créole et de l’enseignement des savoirs et des connaissances dans la langue maternelle des locuteurs. Pour découvrir cet ouvrage et en apprécier le contenu, Le National présentera bientôt à ses lecteurs, en exclusivité, une série d’entrevues réalisées avec plusieurs auteurs de « La didactisation du créole au cœur de l’aménagement linguistique en Haïti ».
Écrivain engagé, essayiste, romancier, historien, reporter, polémiste, sociologue, critique d’art, éditeur, mais surtout
Menm si’w kon juiféran
Paris – De moins en moins de Français lisent, mais ils sont toujours autant de candidats pour être publiés. Et pour Gallimard, c’en est trop: l’éditeur prie les écrivains aspirants d’attendre avant d’envoyer leur prose.