“Du Morne-des-Esses au Djebel”, un roman de Raphaël Confiant

La guerre d’Algérie, aujourd’hui lointaine, a laissé des traces dans l’imaginaire antillais, largement occultées aujourd’hui par l’immense figure de Frantz Fanon. Ce dernier, en effet, a eu une trajectoire de vie fulgurante marquée à la fois pas un engagement aux côtés des Algériens qui réclamaient leur liberté et par des livres tels que Les damnés de la terre (1961) qui ont rayonné à travers le monde entier. De la Palestine au Québec, des ghettos noirs américains aux Républicains irlandais ou aux Tamouls du Sri-Lanka, la parole fanonienne a ensemencé durablement nombre de luttes pour la dignité.
        Cependant, tous les Antillais qui ont eu affaire à la guerre d’Algérie n’étaient pas des Fanon, loin de là ! Des milliers d’appelés et de soldats de métier originaires de la Martinique et de la Guadeloupe ont participé à cette véritable tragédie qui a duré huit ans (1954-62) et fait plus d’un million de morts, tous camps confondus. Du Morne-des-Esses au Djebel retrace le parcours de trois d’entre eux, parcours emblématique s’il en est puisque marqué par des positionnements et des destins différents, voire diamétralement opposés. Il y a, ainsi Ludovic Cabont, rejeton d’une Négresse des champs de canne à sucre devenu officier de Saint-Cyr, affecté à la célèbre 10è Division parachutiste d’Alger (commandée par le général Massu), qui désertera, ne supportant plus les exactions de l’armée française alors que son compatriote martiniquais Juvénal Martineau, d’extraction petite bourgeoise et mulâtre, diplômé de la même école prestigieuse, fera le choix exactement inverse. Autre destin : celui de Dany Béraud, jeune sorbonnard martiniquais féru de théâtre qui refusera l’appel sous les drapeaux et rejoindra le FLN (Front de Libération Nationale) à la frontière algéro-marocaine sans pour autant faire montre de la moindre appétence pour les armes.
        Dans ce roman, Raphaël Confiant dresse aussi les portraits de célèbres chefs du FLN comme Youssef Saadi, Ali Lapointe ou encore le redoutable colonel Amirouche qui, dans les grandes villes algériennes, mais surtout dans le djebel, la montagne algérienne, vont mener la lutte contre l’occupant français et ses troupes au sein desquelles on trouve des Bourguignons, des Normands, des Alsaciens, des Marseillais, des Corses mais aussi des Sénégalais et des Antillais. De cet affrontement sanglant qui continue jusqu’à aujourd’hui à marquer les relations entre la France et l’Algérie, la mémoire antillaise n’a conservé, outre l’image de Fanon, que celles des soldats revenus éclopés ou de cercueils rapatriant les corps d’hommes jeunes, originaires pour beaucoup des campagnes, qui sont tombés au champ d’honneur ou du déshonneur (selon le point de vue duquel on se place).
        C’est à ces victimes anonymes de la grande histoire et aujourd’hui presque oubliées que Raphaël Confiant a voulu rendre hommage à travers ce roman.

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