Selim Lander

Avignon 2022-6 : « Salina », « Chasser les fantômes », (OFF)

– par Selim Lander –

Salina, les trois exils de Bruno Bernardin et Khadija El Mahdi d’après Laurent Gaudé

Laurent Gaudé est l’un des romanciers les plus marquants d’aujourd’hui. Ses récits écrits dans une langue incantatoire sont généralement situés dans un univers exotique. On se souvient du Soleil des Scorta (prix Goncourt 2004) et auparavant de l’extraordinaire Mort du roi Tsongor, sorte d’OVNI littéraire paru en 2001. Salina, les trois exils qui date de 2018 est dans la même veine. Le roman raconte l’histoire de Salina, un bébé abandonné dans le désert et recueilli par une tribu farouche. Elle sera mariée de force à un homme qu’elle n’aime pas et ne cessera de chercher à se venger jusqu’à l’ultime fin, celle de l’improbable réconciliation, quand la nouvelle reine de la tribu lui donnera un de ses fils en réparation. C’est ce dernier, Malaka, qui raconte l’histoire de Salina dans la barque qui conduit sa dépouille vers un mystérieux cimetière.

Adapter un roman aussi purement littéraire est une gageure dont la compagnie Les Apicoles se sort avec les honneurs. Bruno Bernardin avait déjà interprété en solo Sang Négrier de L.

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Avignon 2022-5 : Là où je croyais être il n’y avait personne, Flesh (IN)

— Par Selim Lander —

Là où je croyais être il n’y avait personne de et avec Anaïs Muller et Bertrand Poncet

Une pièce drôle dans le IN, on n’y est pas vraiment habitué mais des comme celle-là, on en redemande. Les deux jeunes comédiens ont concocté un mélange loufoque à propos d’une histoire d’amour entre un frère et une sœur. Il y est question de Musil et de Duras puisque la seconde a trouvé chez le premier l’idée de sa pièce Agatha, laquelle traite justement de ce sujet.

Là où je croyais être il n’y avait personne est le deuxième volet, après Un jour j’ai rêvé d’être toi, d’une œuvre toujours en construction intitulée Les Traités de la perdition. Les titres indiquent déjà le registre, celui d’un comique tout en finesse, souvent allusif. S’il y a bien quelques traits appuyés, ceux-ci sont loin d’être les plus nombreux. Au début, nos duettistes sont vêtus d’un costume bricolé qui pourrait évoquer celui de mousquetaires en campagne. Après ce prologue placé sous l’égide de Musil, place à Duras et aux choses sérieuses, les comédiens désormais habillés pour l’une d’une robe classique et pour l’autre d’un smoking avec chemise et nœud papillon blancs.

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Avignon 2022 (4) : Le Nez, Frantz (OFF)

– Par Selim Lander –

Le Nez adapté de Gogol et mis en scène par Ronan Rivière

Un beau matin, Kovalev, assesseur de collège mais homme de quelque importance dans la société pétersbourgeoise découvre qu’il a perdu son nez. Ce serait déjà bien ennuyeux mais voilà-t-y pas que le nez s’est sorti tout seul des eaux de la Neva où les pauvres gens qui l’avaient découvert dans une miche de pain ont cru bon de le jeter et qu’il se met à faire des frasques, comme séduire la fiancée de Kovalev ou semer du désordre dans la ville en promettant monts et merveilles à qui veut l’entendre. Sous la farce, en un temps (la publication date de 1836) où la censure ne laissait pas passer grand-chose, ce récit dissimule une critique acerbe de la Russie impériale, des inégalités sociales exacerbées et de la crainte engendrée par une police attelée à défendre l’ordre social.

L’adaptation de Roman Rivière joue délibérément sur le côté farce du texte, tout en gonflant le rôle d’Alexandrine, la fiancée de Kovalev, laquelle bien qu’appartenant au beau monde se montre ici particulièrement délurée.

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Avignon 2022 – 3 : Fin de partie (OFF), Futur proche (IN)

– Par Selim Lander –

Fin de partie (aux Halles)

Le théâtre des Halles accueille régulièrement une pièce de Beckett mise en scène par Jacques Osinski avec Denis Lavant dans la distribution : Cap au pire en 2017, La Dernière Bande en 2019, Fin de partie pour cette édition. Succès assuré à chaque fois, ne serait-ce qu’en raison de la présence de Denis Lavant, acteur beckettien par excellence. Il se meut dans l’absurde comme un gardon dans la Garonne. Ce qui ne veut pas dire qu’il ressemble à un vif poisson. Au contraire, courbé, emprunté, « la démarche raide et vacillante », écrit l’auteur, il ferait peine à voir si le texte, faisant fi de tout réalisme, n’était pas là pour nous rappeler constamment que nous sommes au théâtre. Miracle de la prose de Beckett : nous tenir en haleine avec des histoires qui n’ont ni queue ni tête délivrées sur un ton sentencieux par des comédiens fatigués ! Encore faut-il que les comédiens tiennent la route et personne ne prétendra que ce n’est pas le cas ici.

Clov est le fils adoptif, serviteur, souffre-douleur de Hamm, lequel endosse donc les rôles inverses.

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Avignon 2022 – 2 : Le Septième jour, La Tempesta (IN)

– par Selim Lander –

Le Septième jour : Meng Jinghui (again)

Les fidèles du IN connaissent le metteur en scène chinois Meng Jinhui déjà invité en 2019 avec la Maison de thé, une production qui bénéficiait de très gros moyens tant pour la distribution que les décors gigantesques, avec, faut-il le répéter, un résultat bien décevant : beaucoup de bruit (et d’argent dépensé) pour rien ! Le voici à nouveau avec une adaptation à nouveau très personnelle, celle d’un roman de Yu Hua (l’auteur de Vivre adapté au cinéma par Zhang Yimou), au titre directement évocateur de l’Apocalypse de Jean.

Yang Fei, le protagoniste, est mort. Expédié au paradis, ou plutôt en l’occurrence dans l’enfer, il y rencontre des proches arrivés avant lui, en particulier son père adoptif et son ex-femme. La relation entre le père et le fils est le point fort de l’histoire. Le premier, employé des chemins de fer, a trouvé le bébé au cordon ombilical non encore coupé. Il l’a récupéré, élevé avec beaucoup d’amour, compromettant ainsi ses chances de se marier, aucune femme ne voulant épouser un homme ainsi encombré.

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« Le Déparleur » démarre en Avignon !

Mardi 19 juillet à 12h30, coup d’envoi du Déparleur au théâtre de l’Observance.

Tous les jours sauf le lundi jusqu’au 30 juillet.

Sur la photo, le comédien s’apprête à franchir l’entrée du théâtre le 18 juillet pour l’installation de la pièce.

Pour mémoire, deux articles écrits lors de la création de la pièce en Martinique :

« Le Déparleur » de et avec Michel Herland

— Par Roland Sabra —

Un petit banc de bois blanc sur le sol parsemé de journaux parmi lesquels on reconnaît, le Monde, le Diplo, France-Antilles, les pages saumon du Figaro. Le décor est planté en décalage avec l’univers supposé d’un clochard, tout comme son apparence. La soixantaine bien tassée, barbe naissante, sous un smoking défraîchi, foulard noué autour du cou, il porte une chemise bien blanche. Son mode d’énonciation est marqué de l’hésitation de celle ou celui dont la parole est restée trop longtemps sans adresse. Ses mots font référence aux poètes, aux plus grands, et empruntent à l’argot d’un temps qui n’est plus mais qui fût le sien. Proche et lointain, il est d’un monde où l’humain déclinant est en fuite.

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Avignon 2022-1 : « Glob », « Hidden Paradise », « Arletty » (OFF)

— Par Selim Lander —

Ouverture bien tardive de cette chronique alors que le festival est déjà en son mitan. Pour débuter, deux pièces québécoises et, pour finir, Arletty, la nouvelle pièce du dramaturge Koffi Kwahulé consacrée à la star qui a traversé presque tout le XXe siècle.

Glob par les Foutoukours

Jean-Félix Bélanger et Rémi Jacques sont deux clowns à nez rouge mais qui ne font pas dans la pantalonnade. Chez eux tout est douceur, grâce, élégance. Ils nous font rire mais à peine. Ils nous enchantent, ils nous ravissent dans leur monde où rien ne semble avoir d’importance, où tout s’arrange avec un (tout) petit peu d’astuce et beaucoup de bonne volonté. S’ils font mine, parfois, de se fâcher, leur complicité ne faillit jamais. Pas besoin de mots pour se comprendre, quelques onomatopées suffisent. Les outils pour nous séduire se résument à peu de choses : une « échelle d’acrobate » inventée pour la circonstance, des balles de jonglage, des boules lumineuses qui ont tendance à changer de couleur,… ce qui n’est pas sans poser à nos deux comparses les problèmes qu’on imagine facilement.

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L’exposition « Aspiration aux voyages » au Musée Gauguin, au Carbet

— Par Selim Lander —

L’idée de cette exposition collective est née lors du premier confinement en mars 2020. L’horizon s’était brutalement rétréci, ne restaient que les pouvoirs de limagination et lenvie de créer quelque chose.

Du voyage intérieur, immobile au tourisme de masse en passant par le voyage initiatique, spirituel, musical et onirique , voire lexil où le voyage devient arrachement, cette exposition organisée par lassociation Lartgondstout propose une rencontre dans lunivers intime de 7 artistes : Marie ALBA, Hélène JACOB, Chantal NOTRELET, Isabelle PIN, Jerôme SAINTE-LUCE, Garance VENNAT, Sandrine ZEDAME.

Marie Alba a désormais une solide pratique de « l’upcycling ». Elle présente ici une installation réunissant l’un de ses mannequins masculins richement décoré à côté d’une authentique valise. Elle évoque ainsi puissamment l’exil, un exil d’une sorte inouïe cependant, car son mannequin n’est pas seulement arrivé d’ailleurs, il vient d’un autre temps – passé ou avenir ?

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Petites Formes 2022 : Guy Régis Jr ; Marionnettes belges

— Par Selim Lander —

Les cinq fois où j’ai vu mon père

Après Moi fardeau inhérent qu’on a découvert en Martinique interprété par Daniely Francisque lors d’un précédent festival des Petites Formes, c’est un autre monologue de même auteur, interprété cette fois par un comédien, Christian Gonon, sociétaire de la Comédie Française, qui clôture la présente édition.

Comme l’indique le titre, un enfant évoque les quelques occasions dont il se souvient ou croit se souvenir, où il fut en présence de son père parti chercher mieux ailleurs. Il n’est pas à proprement parler un enfant abandonné puisque le père lui rend de temps à autres visite, à lui et à sa mère. Mais ces visites sont si espacées et si fugaces qu’il se considère plutôt comme un enfant sans père. Et le souvenir qu’il en a est imprécis, ce qui se comprend d’autant mieux qu’il était un enfant quand elles se sont produites.

Peut-on tirer une pièce d’un tel argument ? Sans nul doute, tant d’événements peuvent s’inscrire dans ce contexte ! Et de fait il y a des moments émouvants, en particulier chaque fois qu’un dialogue s’instaure – avec difficulté, évidemment – entre le père et le fils.

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Petites Formes 2022 : Frankito

Zantray

— Par Selim Lander —

Une pièce en créole guadeloupéen heureusement surtitré, y compris pour les Martiniquais car il diffère suffisamment de celui d’ici pour entraîner quelques difficultés de compréhension. Zantray, inspirée d’un fait divers, met en scène deux personnages, mari et femme, dans la chambre de l’asile où le premier est enfermé. Pourquoi ? C’est évidemment l’intérêt de la pièce que de différer la réponse aussi tard que possible. Et, de fait, après que la réponse sera donnée il y aura une baisse inévitable de l’intensité dramatique que les quelques révélations qui suivront ne parviendront pas à compenser tout à fait. Quoi qu’il en soit, la première partie avec le mari seul sur le plateau est particulièrement brillante. L’homme enfermé « rumine ses rancœurs », comme le précise le programme, mais il le fait avec un bagout, un humour tels qu’on est constamment fasciné, suspendu à ce qu’il va dire. Le créole est une langue imagée, où abondent les proverbes, ce qui la rend particulièrement savoureuse. Et elle est ici merveilleusement servie par Christian Julien.

Avec l’apparition de la femme la pièce se transforme un affrontement qui n’empêche pas des retours de tendresse, ce qui nous vaut un moment de danse « collé-serré » agréablement sensuel.

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« L’Histoire d’une femme » de Pierre Notte

— Par Selim Lander —

Parallèlement au festival des Petites Formes, on peut assister au Théâtre municipal de Fort-de-France, jusqu’au samedi 26 mars, à un très brillant monologue de Pierre Notte, mis en scène par lui-même et remarquablement interprété par Muriel Gaudin. Une femme qui se raconte, ce que c’est que d’être une femme dans la France d’aujourd’hui, le sexisme ordinaire, la drague pas très maligne avec des blagues pas très fines quand il ne s’agit pas d’invites sexuelles directes et grossières. Bien « torché », et P. Notte sait comment faire, cela ferait déjà une bonne pièce mais il a eu la très bonne idée de choisir une femme pas comme les autres, avide d’expériences et de savoir. Est-ce parce qu’elle a été renversée par un cycliste et s’est retrouvée couchée sur un trottoir, inconsciente, pendant quelques minutes ? Toujours est-il qu’elle se réveille pleine d’interrogations et bien décidée à ne plus s’en laisser compter par les hommes. Les conversations avec ces derniers se terminent toujours de manière abrupte, même si, comme le lui dit son frère à un moment, ce n’est quand même pas comme si elle abandonnait un chien au bord de l’autoroute par temps de canicule !

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Petites Formes 2022 : bis repetita placent

Antigone ma sœur du Collectif La Palmera

— Par Selim Lander —

Lorsque nous avions vu cette pièce, encore en construction, en 2020, elle ne nous avait qu’à demi convaincu. Un spectacle tonitruant pour les amateurs d’opéra rock, telle fut, pour autant que l’on s’en souvienne, notre réaction. Notre mémoire n’est pas infaillible, loin de là, mais de revoir la pièce aujourd’hui laisse une toute autre impression. Alors que les « numéros » d’antan paraissaient souvent gratuits avec beaucoup de bruit et de gesticulations inutiles (i.e. réservés à un certain public que l’on peut qualifier de « djeun’s » !), le spectacle présenté aujourd’hui, sans rien perdre de son côté rock, s’est enrichi comme si le mythe avait enfin instillé la pièce et ses interprètes. Les récits qui rappellent les principaux épisodes de cette tragique histoire (nous sommes en effet aux origines de la tragédie) dans laquelle les personnages, loin d’être des héros, sont les instruments malheureux d’un destin implacable, sont parfaitement résumés et clairement racontés.

Les dialogues sont soit des divertissements agréablement comiques, soit des moments clés du mythe rapporté par Sophocle dans Œdipe Roi et dans Antigone.

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Petites Formes 2022 : Françoise Dô

— Par Selim Lander —

Juillet 1961

Depuis sa première prestation sur le plateau de la salle Frantz Fanon, il y a cinq ans, Françoise Dô a fait son chemin. Repérée par Hassane Kouyaté, cornaquée un temps par la metteuse en scène Stéphanie Loïc, aidée des conseils du dramaturge Paul Emond, lauréate de quelques concours, elle revient dans sa Martinique avec un nouveau spectacle écrit, mis en scène et interprété par elle-même. Produite par le CDN de Saint-Etienne, avec de très nombreux soutiens, Juillet 1961 est une incontestable réussite, bien supérieure, par exemple, à Penthésilé.e.s de Laetitia Guédon, étouffée de rectitude politique et d’enflure bien qu’auréolée par le festival IN d’Avignon, présentée récemment dans cette même salle Frantz Fanon.

C’était pourtant une gageure pour une française, fût-elle noire, d’être légitime en voulant évoquer les émeutes dans les quartiers afro-américains aux États-Unis dans les années 60. F. Dô y parvient pourtant avec deux personnages féminins plus deux musiciens sur le plateau et un personnage masculin en voix off s’exprimant en anglo-américain surtitré. Bien que physiquement absent celui-là n’est pas le moindre atout d’une pièce qui réussit à être crédible tout en se montrant d’une grande sophistication formelle.

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Petites Formes 2022 : Poiteaux

— Par Selim Lander —

Suzy et Franck

Une pièce à thèse très réussie : la thèse est démontrée… dans la mesure où elle écarte d’emblée les objections. Ainsi l’affaire Dutroux, exemplaire en ce qu’il s’agit d’un tueur sadique et sans aucun remords et qu’il n’y a pas le moindre doute sur sa culpabilité. Face à l’interrogation évidente – à quoi bon maintenir en prison un individu pareil jusqu’à ce que mort s’en suive ? – l’auteur botte en touche. A partir de là, il est facile de trouver des exemples d’erreurs judiciaires qui ont conduit des innocents à la guillotine ou sur la chaise électrique. D’emblée, le débat de fond est donc écarté : n’y a-t-il pas pourtant un distinguo à faire entre le criminel avéré et celui pour lequel un doute subsiste, aussi minime soit-il ? Il est dommage que le cas Dutroux, si exemplaire, soit ainsi écarté, d’une chiquenaude. Le justification de son enfermement plutôt que son élimination serait-elle l’espoir d’une rédemption ? Ou bien la foi dans une dignité de la personne humaine quelle qu’elle soit ?

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« Big Shoot » de Koffi Kwahulé

Le 18 mars, 19h au CDST à Saint-Pierre

Même le festival martiniquais des « Petites Formes » a son OFF !

Le CDST, à Saint-Pierre, accueille la pièce BIG SHOOT pour une unique représentation. 

L’auteur, Koffi Kwahulé, originaire de Côte-d’Ivoire, est mondialement connu. Deux de ses pièces, Petite Souillure et Jaz, ont déjà été jouées en Martinique.

Les spectateurs sont donc priés de bien s’accrocher ! S.L.

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Au commencement était l’acteur
Jeux du cirque médiatique où le bourreau se fait artiste et offre à la curiosité malsaine de la société le spectacle de son crime. Interrogatoire poussé, sévices psychologiques de détraqué, folie et sexualité… Tour à tour inquisiteur et tortionnaire, Monsieur invente Stan, sa victime, et fabrique l' »alibi » nécessaire à ses pulsions.

L’espace du théâtre c’est la langue, et la plupart de mes pièces sont écrites pour être jouées sans décor. Seul importe l’univers qu’impose la respiration de la langue. Et l’effigie de l’acteur. Car mon théâtre est avant tout un désir d’acteur ; ce sont eux qui, généralement, font découvrir mes pièces aux metteurs en scène. Et au commencement de Big Shoot est Denis.

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Petites Formes 2022 : Bolivar

— Par Selim Lander —
Les Revenants de l’impossible amour de Faubert Bolivar

L’édition 2022 du festival martiniquais des « Petites Formes » a commencé en fanfare, pourrait-on dire, par la création d’une nouvelle pièce de Faubert Bolivar. « Fanfare » ne doit pas être pris ici au pied de la lettre, même si la musique est très présente et sur le plateau avec deux musiciens (Daniel Dantin et Ghassen Fendri), l’un à la section rythmique, l’autre à la guitare électrique. Le mot est plutôt à prendre au sens plus général de ce qui révèle un éclat particulier. Et de fait, outre la musique, le décor, les costumes, l’aisance des comédiens, tout contribue à faire de cette pièce un spectacle total.

On ne présente plus Faubert Bolivar au public martiniquais. Sa dernière apparition publique date du mois de novembre dernier, lorsque sa pièce Il y aura toujours un dernier soleil fit l’objet d’une lecture publique – remarquée – par Alexandra Déglise /1. Il fit lui-même, naguère, une apparition en personne sur les planches de Tropiques Atrium où on put l’entendre défendre vaillamment des textes poétiques.

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Le concours de poésie de Balisaille

Des poètes du monde entier, libres de leurs droits, âgés de moins de 25 ans, peuvent concourir à ce prix, précise l’association, qui invite à écrire à l’adresse assobalisaille@gmail.com, pour répondre à l’appel de participation et/ou toute demande de renseignement.
Pour ce faire, elles et ils doivent adresser à l’association, jusqu’au samedi 2 avril 2022, un recueil inédit, soit en Créole, soit en Français, d’au moins 30 pages, ou la traduction en Créole d’un ouvrage poétique majeur, à partir de sa langue originale.
« Les poèmes présentés peuvent avoir été publiés dans une revue ».
Les résultats seront proclamés, le 28 mai 2022, lors de la clôture du Festival international de poésie, organisé par l’association Balisaille.
Ce Festival est baptisé « Mai-Poésie / Rencontres internationales de poésie et de lectures vivantes ».
Aucune candidate / aucun candidat ne pourra remporter le prix, si les juges estiment qu’aucun des documents soumis n’est « digne », souligne l’association Balisaille.
Créée en 2021, l’association Balisaille se donne comme objectifs de produire et coproduire des créations théâtrales et de les diffuser, pratiquer des activités artistiques et culturelles, et d’agir en tant que force de proposition, en matière artistique et culturelle, et d’organiser des rencontres pluridisciplinaires.

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Musique et chansons à l’Atrium : Viktor Lazlo, Mariejosé Alie

— Par Selim Lander —

Il y a longtemps que l’on n’avait pas vu la grande salle de l’Atrium aussi remplie de monde. Peut-être parce que la crainte de la COVID s’éloigne et que les contraintes se relâchent (malgré une recrudescence des cas post-carnaval), sans doute aussi en raison des deux têtes d’affiche de la soirée. Mariejosé Alie a été journaliste de télévision en Martinique avant de continuer sa carrière en France. On l’a beaucoup vue et entendue récemment à la suite de la sortie de son livre Entretiens avec Aimé Césaire. Quant à Viktor Lazlo, elle est une habituée de la Martinique, non seulement du plateau de l’Atrium mais encore des réunions littéraires, puisque elle-même romancière, elle organise ici le festival Ecriture des Amériques et, depuis peu, les Cafés littéraires du Diamant.

Un concert avec deux têtes d’affiche, c’est prendre des risques. Celle qui passe en premier – Mariejosé Alie en l’occurrence – court le risque d’être prise pour un de ces faire-valoir auxquels on ne prête guère attention, étant dans l’attente de LA vedette de la deuxième partie.

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Exposition, théâtre : L’Art Gonds Tout à Bellefontaine le 12 mars

L’association L’Art Gonds Tout organise deux manifestations dans le cadre de la 4e édition bellifontaine d' »A la rencontre de l’artiste » : , l’exposition des œuvres de cinq plasticiennes et la pièce de théâtre, Femmes influentes, femmes combattantes. Ces deux événements sont présentés ci-dessous.

Exposition Avec Ailes de 10h à 17 h

Les artistes de l’exposition éphémère ont choisi la force émancipatrice de l’art pour explorer les thématiques du corps, de la souffrance, de la représentation de soi …à travers la peinture, la sculpture, les installations et le théâtre.

Des plasticiennes des associations l’art Gonds Tout et PABE renforcées par la peintre Lee mettent en scène leur univers artistique dans une balade immersive intitulée « Avec Ailes ».

Les visiteurs et visiteuses seront accueilli-e-s à l’entrée de l’exposition par « Les gardiennes », installation des artistes Isabelle PIN et Garance VENNAT RAGOT.

« Tu me pulvérises, me submerges, m’humilies… et tu dis que tu m’aimes ! ». A ce leitmotiv des hommes violents répondra l’écho des femmes résistantes et combatives « Je suis la femme de ma vie » : Femme eau, femme bois, femme végétale, femme résiliente…Je m’aime telle que je suis.

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Brillante reprise de « Circulez ! » jusqu’au 12 mars au TAC

 Nous avons revu ce jeudi 10 mars 2022 avec un plaisir plus fort encore qu’en 2017 cette pièce de José Jernidier. Aussi serait-il dommage de ne pas attirer l’attention sur elle alors qu’elle se joue encore pendant deux soirées. Précisons que Circulez ! n’est nullement réservée aux amateurs habituels du théâtre. C’est certes une réflexion sur cet « accident de l’histoire » qu’est la société antillaise, au-delà de « l’histoire de l’accident » qui en est l’argument, mais elle se présente sous la forme d’une comédie faite pour ravir tous les publics. Alors « circulez » vite (mais sans provoquer d’accident !) pour vous rendre au Théâtre municipal de Fort-de-France avant qu’il ne soit trop tard. Quant à ceux qui veulent en apprendre davantage avant de se décider, ils trouveront ci-dessous notre compte rendu d’il y a 5 ans.

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Peut-on encore évoquer le malaise antillais (le « problème identitaire ») sans tomber dans le déjà vu alors que ce thème n’a jamais cessé de hanter la conscience des auteurs antillais ? De la déréliction au ressentiment, on a déjà tout lu, tout vu.

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12 mars – « Avec Ailes » : des femmes artistes s’exposent à Bellefontaine

Pour la seconde année consécutive la Maison des Associations et de la Vie Culturelle de Bellefontaine réitère son exposition éphémère « A la rencontre de l’artiste ».

Cette première édition se tiendra le 12 mars 2022, en prolongement de la journée internationale des droits des femmes du mardi 08 mars.

Il s’agit ainsi pour la ville de Bellefontaine de montrer, au gré des différents évènements proposés, les créations de plusieurs femmes artistes engagées dont les œuvres présentent des esthétiques diverses mais dont le sujet prend racine dans une quête identique : questionner, dénoncer si nécessaire la situation de la femme dans nos sociétés.

« Toutes les actions qui font avancer les Droits des femmes sont bonnes à prendre » déclarait Françoise Héritier, anthropologue et militante féministe.

Les artistes de l’exposition éphémère ont choisi la force émancipatrice de l’art pour explorer les thématiques du corps, de la souffrance, de la représentation de soi …à travers la peinture, la sculpture, les installations et le théâtre.

Des plasticiennes des associations l’art Gonds Tout et PABE renforcées par la peintre Lee mettent en scène leur univers artistique dans une balade immersive intitulée « Avec Ailes ».

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Les Cafés littéraires du Diamant

— Par Michel Herland —
La Martinique est terre d’écrivains et de lecteurs qui ne sont pas tous écrivains. La Librairie Alexandre n’a pas sombré faute de lecteurs mais à cause de l’impéritie de certains édiles municipaux qui avaient pris la mauvaise habitude de laisser en souffrance les factures de livres et de fournitures scolaires. Pour triste qu’elle soit, la disparition de cette librairie historique du centre de Fort-de-France, de même que les difficultés de la Librairie Antillaise, ne privent pas les Martiniquais de livres, d’autres librairies existent offrant un large choix, depuis les bandes dessinées jusqu’à la littérature la plus raffinée, de quoi satisfaire les curiosité diverses des lecteurs.

Il y a pour autant bien peu d’événements autour des livres. Aussi faut-il saluer l’initiative du directeur de l’hôtel Diamant Les Bains qui a entrepris de prolonger, avec la participation active de Viktor Lazlo, le festival Écritures des Amériques, en organisant des rencontres mensuelles avec un écrivain. Des passionnés de la littérature avaient répondu à l’appel, le 23 février, pour écouter David Foenkinos dialoguer avec Viktor Lazlo avant de se prêter au jeu des questions de la part du public.

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« Le Déparleur »

Au Théâtre Aimé Césaire (T.A.C.), le samedi 5 mars  à 18h:

« Tu sais quelquefois on se demande à quoi que ça sert, tout ça, tout ce mal qu’on se donne. Et les matins qui se répètent. Putain de Dieu. Y a des jours où je voudrais être déjà dans le trou. D’ailleurs j’ai jamais été bien que dans des trous… ». Ainsi débute Le Déparleur. Un personnage se raconte, il est au bout du rouleau, il se remémore les principales étapes d’une vie faite de misères plutôt que de bonheurs qui l’ont conduit là où il est enfin parvenu, sur un bout de trottoir d’où il harangue les passants.

Ce « seul en scène » est un monologue adressé au public, divisé en dix brèves parties, chacune traitant d’un thème particulier, récit d’un épisode vécu ou considérations plus générales (l’alcool, les trafics de drogue, la démocratie, la révolution, la médecine, etc.), tous sujets à propos desquels le personnage « déparle », nourri par son expérience et ses lectures.

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« Vibrasyon a Mas » : images du carnaval guadeloupéen

— Par Selim Lander —

En cette période carnavalesque, une visite de l’exposition de photographies qui se tient en ce moment et jusqu’au 2 avril au Créole Arts Café de Saint-Pierre est une très bonne occasion de se plonger dans l’ambiance du « Mas a Po » de l’île sœur. Gageons que nos propres carnavaliers trouveront là des sources d’inspiration et de renouvellement. On ne peut qu’être saisi en effet par l’intensité de ces images, photographies de groupe ou portraits. Cela tient, bien sûr, au talent des quatre photographes (trois femmes et un homme) qui ont su capter le bon éclairage, le bon moment, choisir l’angle adéquat et les quelque cinquante prises de vue sont d’une qualité exemplaire. Cela tient aussi à l’implication des modèles dans la geste carnavalesque. Même lorsqu’ils sont pris, comme c’est le plus souvent le cas, au repos, même quand ils posent devant l’objectif, ils sont encore immergés dans le carnaval.

Ces images illustrent à leur manière l’adage vécu par tous les comédiens suivant lequel l’habit fait le moine.

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Superbes « Belles Places »  !

Par Selim Lander

Deux danseuses noires + deux circassiennes blanches, une pièce 100 % femmes avec une intention féministe affichée. Les danseuses sont souvent quatre en réalité car les deux circassiennes se mettent également à danser dans les tableaux à quatre. Après un prologue superflu au cours duquel est délivré en voix off un premier discours militant (éloge de la « femme djok », i.e. poteau mitan) à la clé, le spectacle commence et sera un enchantement de début à la fin, faisant oublier aussi bien le discours inaugural que celui qui viendra interrompre brièvement la pièce. Dans cette veine, on aura préféré le moment où une danseuse, micro en main, s’adresse à sa partenaire (puis idem pour les circassiennes).

Il n’y a pas si longtemps, on voyait fleurir sur les plateaux des pièces parlant des migrants : c’est sans doute ce qu’attendaient les subventionneurs. Désormais la mode est pour les sujets « woke » (racisés, femmes, lgbtq…). Ainsi va le monde. Toutes ces vertueuses intentions n’empêchent heureusement pas de faire de bons spectacles. Et celui-ci en est un, son ramage sauvé par son plumage.

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