Selim Lander

Avignon : « Swamp Club » de Philippe Quesne

—Par Selim Lander

Swamp Club 1Swamp Club de Philippe Quesne est passé par Vienne et Berlin avant Avignon. Une grande tournée internationale suivra. Ce metteur en scène a donc une solide réputation et des soutiens dans le monde du théâtre contemporain. Aussi était-on particulièrement curieux de le voir à l’œuvre. Il a lui-même comparé ses spectacles à « des études entomologiques, dans lesquelles on pourrait observer des êtres humains évoluer comme au microscope » – une remarque citée par Marion Siefert dans le programme du festival. Elle ajoute que Philippe Quesne « sculpte ses thématiques plus qu’il ne les écrit, trouvant son inspiration aussi bien dans la peinture et les arts graphiques que dans les aléas du réel et de la création collective ».

En pénétrant dans la salle de Vedène, grande et moderne, où Swamp Club est programmé, on est tout de suite séduit par le décor qui occupe tout le plateau. À jardin, une salle cubique, toute vitrée, sur pilotis, au-dessus de la marre qui donne son titre à la pièce. À cour, en haut d’une pente, une sorte d’entrée de mine ou de souterrain, légèrement surélevée, étayée de billots de bois et, devant, écrits avec des morceaux de bois les deux mots swamp et club.

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Avignon : Anouilh, Mouawad, Lazare

— Par Selim Lander —

AntigoneDe toutes les Antigone écrites pour le théâtre, c’est celle d’Anouilh qui est la plus jouée et l’on ne se lasse pas de la redécouvrir dans des décors et des mises en scène différentes. C’est ici une troupe de comédiens amateurs qui s’est lancée, composée d’élèves de sciences-po (Paris). Bien que novices, ils démontrent déjà une surprenante maîtrise. Surtout, ils parviennent à faire passer les différentes émotions, les genres différents qui se bousculent dans cette pièce : tragédie, compassion, sagesse, amour passion, comédie…

Au début de la pièce les comédiens sont tous vêtus de noires ; la seule à être habillée différemment, dans une gabardine bleu marine, représente le chœur ; au fur et à mesure qu’elle présente les comparses, ces derniers se lèvent et enfilent la tenue de leur personnage. Antigone, la première, revêt une longue robe blanche qui lui laisse les bras nus ; quelqu’un les lui couvre les bras de terre ; la pièce peut alors commencer. L’intimité du cadre (une petite salle du théâtre des Barriques), l’absence de tout décor, la ferveur des comédiens, la sobriété de la mise en scène, tout cela empêche que l’émotion faiblisse jamais.

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Avignon : Kwahulé, Kacimi, Marivaux

Par Selim Lander –

Le IN - Cloître St LouisEn Avignon le festival bat son plein. Les rues de la ville sont envahies par les amateurs de théâtre et par les comédiens qui s’efforcent de les convaincre de venir assister à « leur » spectacle qui promet tant de merveilles. Les affiches s’étagent sur les murs, accrochées partout où c’est possible, aux grilles, aux fenêtres et aux moindres poteaux. Les chiffres donnent le vertige : 1258 spectacles différents aux OFF et 66 au IN, lequel a depuis longtemps débordé de son lieu historique, la cour d’honneur du palais des Papes et envahi cloîtres, lycées, etc. Un nouveau lieu, une construction nouvelle, a ouvert cette année, la FabricA, dédié aux résidences et aux répétitions. En dehors des représentations proprement dites, le festival est marqué par divers événements et de nombreux débats à destination des professionnels comme d’un public plus large. Ainsi, le lundi 15 juillet, le IN s’interrogeait sur « Comment sortir de la crise de l’avenir ? », tandis qu’au OFF on débattait sur « Culture et numérique – le prix de la gratuité ».

Mais l’on se rend en Avignon d’abord pour le théâtre.

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art press : l’album des quarante ans

« Et fallait-il qu’un luxe innocent
Allât finir la fureur de nos sens ? »
Supervielle (cité p. 251)

art_press_album—Par Selim Lander –

Le premier numéro de la revue art press (sans majuscules) est daté de décembre [1972]-janvier 1973. Le Centre Pompidou (Beaubourg) n’existe pas encore mais une exposition consacrée à l’art contemporain français a été organisée, à l’initiative du président, au Grand Palais en 1972. Les courants désormais emblématiques du second XXe siècle sont en train de se structurer : hyperréalisme, pop art, land art, arte povera, antiform, art corporel, art conceptuel (1)… À Paris, encore, le collectif Support-Surface est sorti des limbes. Toute cette effervescence artistique avait un besoin particulier d’être montrée mais aussi commentée, expliquée : art press est arrivée à point nommé et sa longévité atteste qu’il y avait non seulement un besoin à combler mais que la formule adoptée – qui fait appel à des écrivains et des philosophes à côté des spécialistes de la critique et qui accorde une place conséquente à la littérature – était celle du succès.

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Le CAC 40 caracole

 

Chtonien sulfureux panache
Eclabousse la croute des volcans
Le nègre vendu à l’encan
Sue et saigne sous la cravache

Pas si loin le maître parla
Viens me rejoindre sur ma couche
Je veux le plaisir de ta bouche
Jacaranda et pergola

Orient régiments laborieux
Air pollué puanteur acide
Fourmi automate livide
Trime ouvrier miséreux

A Shanghaï le luxe s’étale
Maserati Lamborghini
Jambes étirées robes mini
Le riche orgueilleux se régale

Chômeur au visage fermé
ANPE bureau immonde
C’est le triste sort du vieux monde
Irrésolu et désarmé

Mais il faut que je me console
La finance se porte bien
Les puissants ne manquent de rien
Le CAC 40 caracole

 

Michel Lercoulois, juin 2013

 

 

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No ou l’engagement

Par Selim Lander – No comme Non en espagnol. Il y a plusieurs manières de dire Non, de s’opposer à l’état du monde jugé insupportable. On peut s’armer d’un revolver ou d’une bombe, exposer directement sa vie, par exemple. Ou protester avec les moyens de l’intellectuel ou de l’artiste – un pamphlet, une chanson, un tableau…, moyens en principe sans risque sauf lorsqu’on affronte une dictature sanguinaire, ce qui était le cas, au Chili, sous le règne de Pinochet. No, le film se passe au Chili en 1988, au moment où le régime, sous la pression internationale, s’est résolu à organiser un référendum pour ou contre le maintien de Pinochet, déjà au pouvoir depuis 1973, pour huit années supplémentaires. Les deux camps ont droit à une émission quotidienne de propagande de quinze minutes à la télévision. Au départ le camp du Oui est donné largement vainqueur, le régime jouant à la fois sur la peur et sur ses succès économiques ; c’est pourtant le Non qui l’emportera.

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Cinéma : Wadjda, etc.

—Par SelimLander —

Après Syngué Sabour, les spectateurs martiniquais ont été à nouveau confrontés via le cinéma à la condition féminine en terre d’islam. Singué Sabour montrait une femme pauvre se débattant comme elle pouvait, face à un mari réduit à la condition de zombie. Et l’on découvrait peu à peu qu’elle n’était pas mieux lotie auparavant, quand son guerrier de mari était plus en forme. Wadjda est filmé en Arabie saoudite, l’action se situe dans une famille de la classe moyenne, le contexte est donc différent. Le message implicite du film, pour le spectateur occidental, est pourtant le même : la soumission de la femme dans ces sociétés musulmanes patriarcales est parfaitement abominable. De beaux esprits diraient peut-être qu’il faut opérer un distinguo, que ces sociétés sont patriarcales et que la religion n’y est pour rien. Ce n’est pourtant pas ce que montrent ces films : le coran, objet sacré, est omniprésent ; les interdits qui pèsent sur les femmes sont religieux.

Lire aussi : Syngé Sabour: le langage est pouvoir même dans un pays en guerre, de Roland Sabra
et aussi : Syngé Sabour, un drame bourgeois dans l’Afghanistan en guerre, de Selim Lander

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Rencontres cinémas : Le court c’est long (parfois) !

—Par Selim Lander —

Quatre films étaient au programme de la soirée court-métrage de ces Rencontres 2013. Le court est un genre à part qui éveille d’autres envies que les films au format habituel. On sait que l’argument restera très simple mais l’on s’attend à une surprise dans le scénario, et surtout on s’apprête à découvrir l’univers particulier d’un auteur qui n’a pas encore, en général, eu l’occasion de l’exprimer.

De ces quatre films, Entre Deux (de Nadia Charlery) est le seul qui remplisse entièrement le contrat et ce n’est donc pas pour rien qu’il a emporté le Prix de court, cette année. Les cinéphiles martiniquais qui ont déjà eu l’occasion de le visionner l’ont revu avec plaisir : l’applaudimètre en faisait foi. L’histoire, fondée sur un qui pro quo téléphonique, fonctionne bien, elle a une fin heureuse et les deux comédiens (y compris celle qui n’est qu’une voix au téléphone) se tirent avec honneur de leur prestation. Enfin – ce qui n’est peut-être pas un détail – Entre Deux, qui dure sept minutes d’horloge, est le seul film vraiment court de cette sélection.

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Rencontres cinémas : Una Noche de Lucy Mulloy – ça tangue à La Havane

—Par Selim Lander —

UNA NOCHEUne petite en uniforme de lycéenne – jupette jaune et haut blanc – qui court, qui court à perdre haleine, deux jeunes gars bien baraqués, l’un le frère de l’une, l’autre le copain de l’un, qui œuvrent sans entrain dans la cuisine d’un palace, des chiens errants, des étrangers en goguette, des putes guère affriolantes, des familles naufragées, la drogue, les médicaments, et l’argent, l’argent qui brûle les doigts et qui manque, qui manque. Tout cela est filmé à Cuba avec des vues en plongée sur les toits de la Havane, des scènes de rues entre les maisons décaties, des vélos hors d’âge tractés par des autobus brinquebalants. Et la mer, la mer belle mais dangereuse dans laquelle on peut se noyer.  

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Réconfortant : « Une vie simple » fait l’ouverture des Rencontres de Fort-de-France

—Par Selim Lander –

Une vie simpleGrâce aux Rencontres Cinémas les Martiniquais ont eu la chance de visionner Une vie simple moins d’un mois après la Métropole. Un film qui mérite incontestablement d’être vu, moins pour ses qualités cinématographiques que pour ce qu’il raconte. L’histoire, on s’en doute, n’est pas compliquée mais cela n’enlève rien à ses vertus hypnotiques. Pendant deux heures d’horloge, nous assistons aux derniers mois de la vie d’une femme âgée, Ah Tao : une première chute (elle est victime d’un AVC), la rédemption (hémiplégiques, elle retrouve peu à peu ses moyens), la chute ultime. Pendant ce parcours, elle rencontre différentes personnes : les soignants et les pensionnaires de la maison de retraite où elle s’installe après son accident, des membres de la famille dans laquelle elle a toujours vécu, mais le point fixe dans son existence est le rejeton de cette famille, Roger, jeune producteur de cinéma célibataire dont – pourtant déjà bien vieille mais domestique toujours – elle continuait de s’occuper (1).

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Néolib’

— Par Michel Lercoulois —

Gratouille ta merde héron
Tu n’as pas meilleur domicile
Tu trouveras bien un étron
De quoi nourrir un imbécile

Tu n’es pas content bouge-toi
Ah tu veux faire le candide
Réclamer exiger tes droits
Reste dans ta bauge sordide

Non mais tu crois au pèr’ Noël
Et qu’il suffit que tu demandes
Festin royal plat en vermeil
Langoustes ortolans amandes

Tes droits on se les fout au cul
Tout cela n’est pas si facile
Et ta naïveté me tue
Tant pis si tu es trop fragile

La monde est pour les héritiers
Les malins et les sans scrupule
Plutôt que me faire pitié
Pauvre héron tu-es ridicule

Contente-toi du RSA
Et de tes pauvres jobs minables
Ne m’embête plus avec ça
Je n’aime pas les misérables

heron
Michel Lercoulois, 10 juin 2013  

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Théâtre pour les petits : Délivrans-la ou la naissance de Ti Piman dou

–Par Selim Lander –

IMG_1430On n’a guère l’habitude, dans ces colonnes, de s’intéresser au théâtre pour les enfants et c’est dommage car ce théâtre, quand il est réussi, ravit autant les petits que les grands. Tel fut le cas lors de la représentation de Délivrans-la ou la naissance de Ti Piman dou face à un public d’enfants accompagnés par leurs parents. Ce spectacle du Théâtre du Flamboyant, dirigé par Lucette Salibur, qui l’a mis en scène, s’inscrit dans une trilogie, à côté de Ti Piman dou raconte et de Ti piman dou et ti chabinn’ Kako. Ce volet-ci est une pièce sans parole, balayant en 45 minutes la vie de Ti Piman dou de la naissance à la vieillesse. Daniely Francisque, qui interprète le personnage au cours des principales étapes de la vie, démontre en effet que l’éloquence ne passe pas nécessairement par les mots.

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Un récital de Miguel Ángel Estrella

— Par Selim Lander —

miguel-angel-estrellaEn écoutant le pianiste argentin Miguel Ángel Estrella, l’autre soir, à l’Atrium, je ne pouvais m’empêcher de penser au film de Haeneke, Amour, qui a remporté l’année dernière à Cannes une couronne ô combien méritée, superbe film qui met en scène une pianiste âgée, soudain privée de l’usage de son instrument par la maladie. À un moment, dans le film, alors que son mari lui fait entendre le dernier disque d’un de ses élèves virtuoses, elle lui demande d’arrêter : elle ne supporte plus d’écouter de la musique, y compris des morceaux qu’elle aime et qu’elle a, sans doute, elle-même joués. À la fin d’une vie, les valeurs les plus établies vacillent, quand elles ne s’éclipsent pas complètement.

Je pensais donc à ce film superbement émouvant, servi par deux interprètes éminemment talentueux (Emmanuelle Riva et Maurice Trintignant), en écoutant Miguel Ángel Estrella, l’autre soir, à l’Atrium.

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« Lise dans les flaques ». De et avec Sandrine Delsaux au Guichet Montparnasse

— Par Selim Lander –-

Sandrine  Delsaux 1On a déjà présenté ici le Guichet Montparnasse, petite salle parisienne qui accueille chaque jour, à la manière de celles du Off avignonnais, plusieurs spectacles différents. Sandrine Delsaux y joue en ce moment et pour quelques semaines encore, Lise dans les Flaques, one woman show sur un texte qu’elle a elle-même écrit.

Les auteurs qui s’interprètent eux-mêmes sont inévitablement soumis au risque de se montrer trop complaisants, tant il est difficile de se juger soi-même. De fait, pendant toute la première partie, sorte de long prologue au cours duquel le personnage explique la situation dans laquelle il se trouve (« Un vent violent a soufflé sur moi et a tout fait valdinguer »), le spectateur a du mal à rentrer dans la pièce, d’autant qu’il est sans arrêt pris à partie, ce qui est plus gênant qu’autre chose.

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« Des yeux de verre » de Michel Marc Bouchard au festival amateur de Fort-de-France

—Par Selim Lander –-

Mdes_yeux_de_verreichel Marc Bouchard est un auteur reconnu au Québec. Sa pièce Des yeux de verre a été primée au Québec. Fallait-il pour autant vouloir la monter à Fort-de-France ? Peut-être son thème a-t-il été déterminant puisqu’on nous dit que l’inceste serait un fléau qui accable notre île plus qu’ailleurs. Ce thème, cependant, n’est-il pas un peu trop rebattu, et pas seulement en Martinique, les auteurs semblant l’affectionner particulièrement ? Quoi qu’il en soit, au théâtre, ce n’est pas seulement le sujet qui compte, la manière de le traiter importe tout autant. On ignore comment la pièce a été montée à Montréal mais la prestation des comédiens de Virgul’ ne nous a pas paru porter une  intensité suffisante pour la rendre convaincante.

Non que les comédiens déméritent. Ils démontrent un vrai plaisir de jouer ce qui laisse penser qu’ils seraient sans doute bien plus à l’aise dans le registre de la comédie.

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Le rendez-vous annuel de Courtes Lignes : « Toc Toc » de Laurent Baffie

Toc Toc

Par Selim Lander –  La compagnie Courtes Lignes est de retour et tous les amateurs martiniquais de comédies théâtrales de se réjouir. Chaque année au printemps, on attend en effet désormais comme un dû le nouveau spectacle de cette compagnie guadeloupéenne, invitée dans le cadre du festival de théâtre amateur de Fort-de-France. On peut se demander d’ailleurs si ladite compagnie a bien sa place dans un tel festival, tant ses principaux comédiens s’avèrent au fil des ans de plus en plus professionnels.

Il s’agit de théâtre de boulevard, les arguments sont en général des plus ténus, le spectacle ne vaut donc pas par la profondeur des réflexions qu’il suscite chez le spectateur, tout repose sur la capacité des comédiens à nous faire rire à partir des situations et des bons mots concoctés par l’auteur. Moins que tout autre théâtre, le comique ne supporte la médiocrité. Le succès de Courtes Lignes tient donc avant tout au jeu de ses comédiens.

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« Les Pleurnicheurs » d’Hanokh Levin, mis en scène par Jandira Bauer

—Par Selim Lander –

les_pleurnicheurs-360Les Pleurnicheurs est la dernière des 52 pièces écrites par Hanokh Levin (1899-1992), auteur israélien prolifique qui jouit en France d’une certaine renommée. C’est de son lit de malade que, raconte-t-on, il dirigeait les répétitions de cette ultime pièce, lorsque la mort est venue interrompre son travail. Dans un hôpital de Calcutta (!), trois malades en fin de vie « pleurnichent », couchés dans le même lit (d’où Calcutta, sans doute). Dans l’espoir de les distraire de leurs idées moroses, quelques membres du personnel de l’hôpital entreprennent de jouer pour eux Agamemnon – la première des trois Oresties, ici quelque peu transformée, comme on peut s’en douter. Cette pièce d’Eschylle raconte comment Agamemnon, le roi de Mycène, se fit assassiner par son épouse Clytemnestre, alors qu’il retournait en vainqueur de la guerre de Troie, un argument loin d’être roboratif, mais l’on voit bien que, à défaut d’apporter un soulagement significatif aux malades, l’introduction de quelques morceaux d’éloquence à l’ancienne dans une pièce éminemment moderne, doit pouvoir dérider au moins le spectateur.

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Le mirage du mariage pour tous

– Par Michel Herland –

La nouvelle loi française ouvrant le mariage aux homosexuels fait l’objet d’un affrontement passionné entre des anciens qui n’imaginent pas autre chose que le maintien d’une tradition, il est vrai solidement établie, suivant laquelle il ne saurait y avoir de mariage qu’entre un homme et une femme – et des modernes qui, mettant en avant l’idéal d’égalité, revendiquent pour les couples homosexuels le droit de se marier et d’avoir des enfants, tout comme les couples hétérosexuels.

Les anciens, cependant, s’appuient rarement sur la tradition de manière explicite ; ils mettent en avant plus volontiers l’intérêt des enfants. Ces derniers auraient absolument besoin d’un référent paternel et d’un référent maternel pour s’épanouir.

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Un bilan de la création contemporaine en Guyane

— Par Selim Lander —

Une exposition consacrée à l’art contemporain guyanais est installée jusqu’au 12 mai sur les cimaises de la Fondation Clément en Martinique. Pour ceux qui ne le connaîtraient pas, le lieu vaut à lui seul la visite. L’habitation Clément est sans doute le plus bel exemple de l’architecture coloniale martiniquaise. La maison des maîtres, parfaitement entretenue, est montrée dans son jus, avec les salles de réception au rez-de-chaussée et les chambres à l’étage. Des dîners sont encore parfois servis dans la salle-à-manger. Ce fut en particulier le cas lorsque le président Mitterrand et le président Bush (père) décidèrent de se retrouver en Martinique. Les communs (cuisine, …) situés conformément à la tradition dans des bâtiments à part, sont également ouvert à la visite.

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Zindziwa, de Lucette Salibur

— Par Michel Dural —.

À la sortie, on n’est pas sûr d’avoir compris ce que Lucette Salibur, auteur et metteur en scène d’un spectacle foisonnant, riche d’inventions et parfois déconcertant, voulait faire. Et c’est très bien ainsi.

ZindziwaCette interrogation sur le sens d’une pièce destinée à un public jeune, mais pas trop, peut surprendre: c’était donc si compliqué que cela? Oui et non, car on est très loin des contes pour enfants formatés et platement univoques, avec les gentils et les méchants, ou bien le bestiaire antillais ou walt-disneyen dont l’imaginaire convenu tend parfois à prendre le jeune public pour un parterre de demeurés.

L’univers de « Zindziwa » est d’emblée résolument moderne, actuel, avec sa musique rude et dérangeante, son peu de lumière. Le plateau est nu, où s’avance un personnage en carton entouré de créatures grisâtres et inquiétantes, lancées dans un ballet où des corps énigmatiques s’agglutinent et se déconstruisent. Saluons dès à présent la chorégraphie inventive du spectacle et le travail des comédiens-danseurs qui accompagnent le jeune héros androgyne de l’histoire dans le dédale de ses interrogations.

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Gimme the Loot : Les Pieds Nickelés à New York

Par Selim Lander. Deux jeunes taggers New-Yorkais, aussi naïfs que sympathiques, veulent relever un défi a priori impossible : tagguer la pomme géante du stade de baseball des « Mets », qui sort de son chapeau chaque fois que l’équipe marque un point. Le genre du film, signé Adam Leon, est donc clairement défini. Nous en avons déjà vu en Martinique quelques-uns de ce genre récemment : foutraques, mettant en scène des adolescents pour le moins indisciplinés, qui passent plus de temps dans la rue qu’à l’école ou à la maison, et s’expriment dans le langage le plus cru, pour ne pas dire le plus grossier, possible. 

gimme-the-lootCeci dit, chacun de ces « films de rue » est différent. Gimme the Loot se distingue d’abord en mettant en scène deux jeunes voyous – Sofia (Tashiana Washington) et Malcom (Ty Hickson) – qui ne ressemblent en rien à des voyous. À les voir – moins à les entendre ! – on leur donnerait le bon dieu sans confession. Ils sont, pour autant qu’on le sache, encore vierges, s’aiment sans oser se le dire et libèrent plutôt leur énergie en tagguant allègrement les murs de leur ville.

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Abstractions jazziques au CMAC

Par Selim Lander.

mario-canonge-et-michel-zenino-duo-jazzLe programme du premier trimestre 2013 s’est clôturé jeudi 21 mars au CMAC de Fort-de-France par une session autour du pianiste Mario Canonge. Ce dernier, qui vit le jour en Martinique en 1960, est un musicien éclectique qui connaît une brillante carrière internationale.

Dans la première partie du concert, Mario Canonge s’était associé seulement un second musicien, le contrebassiste virtuose Michel Zénino. Un duo atypique au cours duquel la contrebasse s’affranchissait constamment du rôle d’accompagnement rythmique dans lequel elle est habituellement cantonnée, pour briguer une place équivalente à celle du piano. Malgré sa taille imposante il n’est pas aisé pour une contrebasse de rivaliser avec le piano, surtout quand il s’agit du grand Steinway du CMAC, qui sonnait encore une fois à merveille. Pour une fois on ne regrettait pas que les instruments fussent amplifiés, d’autant que l’ingénieur du son avait si bien réglé tout son appareillage que l’on pouvait presque douter qu’il fût là. Michel Zénino « pelote la grand-mère » comme peu de ses collègues (ce qu’on a pu constater immédiatement dans la seconde partie où il était remplacé par un autre instrumentiste, dans une formation plus classique) : il a très souvent les deux mains tout à fait en bas de la touche, à moins que sa main droite n’adopte un doigté de harpiste.

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Martinique : patrimoine à l’abandon

Par Michel Herland. La mise en valeur des sites naturels de notre île – dont nous avons souligné les faiblesses dans quelques articles récents – ne serait pas seulement un atout pour attirer les touristes. Elle profiterait à tous les Martiniquais. On peut en dire autant du patrimoine architectural : hélas ! il n’est pas l’objet de davantage de soins que les sites naturels. N’est-il pas pour le moins curieux que nos édiles, qui se gargarisent de la culture créole, ne voient pas les pépites qui parsèment encore nos communes – ou s’ils les voient ne manifestent aucun souci de les préserver ? Puisqu’il existe à l’UAG un centre de recherches sur les pouvoirs locaux, on lui suggère de lancer une enquête sur le comportement des élus à cet égard. Quelles peuvent bien être les raisons qui les conduisent à laisser disparaître, faute d’un minimum de soins, des trésors architecturaux (à notre échelle – il ne s’agit évidemment pas du Taj Mahal !) ? On en donnera cinq exemples, tous différents.

Dans la commune la plus touristique de l’île, qui fait l’objet, paraît-il, d’un ambitieux plan de (ré)aménagement sous l’égide de la Région, il n’y a pas que le front de mer à considérer. 

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Victor Hugo, mon amour

Par Selim Lander. Il est à peine nécessaire de parler ici de Victor Hugo, mon amour, le spectacle d’Anthéa Sogno, qui en est à plus de cinq cents représentations et qui a reçu un accueil enthousiaste de la critique. Néanmoins, au cas où certains amateurs martiniquais du théâtre n’auraient pas encore pris leurs places, ce billet pourra peut-être les convaincre de se précipiter. Car il serait dommage qu’ils ratent un grand moment de bonheur.

Victor Hugo mon amourLe Théâtre de Fort-de-France a organisé sa saison 2012-2013 autour de Victor Hugo. Entre Marie Tudor en janvier et une adaptation des Misérables en avril, voici donc Victor Hugo, mon amour, un spectacle centré autour de la figure de Juliette Drouet, comme le titre le laisse présager. On ne connaît pas suffisamment Juliette Drouet, née Julienne Gauvain, comédienne qui n’eut guère de succès sur les planches, mais qui trouvera le rôle de sa vie comme compagne de la main gauche du grand homme, pendant un demi-siècle. Une compagne souvent délaissée, comme en témoignent les dix-huit mille lettres qu’elle a écrites à son amant. Le choix des lettres qui constituent la trame du spectacle est-il orienté ?

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Le cœur des enfants léopards

Par Selim Lander. Le constat n’est pas nouveau : Les créations au théâtre de textes écrits spécialement pour le théâtre se font rares. Ce n’est pas que ces textes, pourtant, fassent défaut. Au contraire, le stock ne cesse d’augmenter, et sur un rythme accéléré, les gens qui écrivent pour le théâtre étant de plus en plus nombreux. Il y a donc un paradoxe : d’un côté une inflation de textes, de l’autre côté une surabondance de spectacles bâtis à partir d’autres objets littéraires : correspondance, roman, poésie, quand il ne s’agit pas purement et simplement d’improvisation. Les auteurs contemporains de théâtre ont beaucoup de mal à se faire jouer tandis que les spectateurs se voient confrontés à des spectacles (qu’on ne saurait appeler des pièces) qui ne comblent pas nécessairement leur amour du théâtre.

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 On a connu cette sorte de déception, mardi dernier, avec Le Cœur des enfants léopards. Bien que nous ne l’ayons pas lu, le texte de départ, un roman du congolais Wilfried N’Sondé, ne devrait pas être en cause, à se fier aux récompenses qu’il a reçues : le Prix de la Francophonie et le Prix Senghor.

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