— Les ContreChroniques d’Yves-Léopold Monthieux —
Contrairement à une inexactitude répandue par une information exclusive, la Droite martiniquaise n’a dirigé la collectivité (conseil général) que pendant 22 ans, de 1960 à 1982. Les résultats ont été inversement professionnels à cette courte durée : ils peuvent être appréciés par rapport au bilan catastrophique des 45 années suivantes.
LE CONCOURS DE PLUSIEURS CIRCONSTANCES
La droite locale constituée est née d’un concours de circonstances historiques, presque d’un accident : la chute de la Quatrième République. L’an 1958, date du retour au pouvoir du général de Gaulle et de l’avènement de la 5ème République, furent aussi celle de la création du Parti progressiste martiniquais (PPM) le 22 mars 1958, de la Fédération martiniquaise de l’Union pour la nouvelle République (UNR) fondé le 1er octobre 1958 et de l’apparition des idées de rupture institutionnelle. Cette droite, qui n’est pas née d’un élan purement local comme le PPM, s’est constituée pour servir de relais au parti national et s’opposer à l’émergence des idées autonomistes et indépendantistes en se cristallisant autour du général de Gaulle. A l’initiative de la création des DOM, de Gaulle réapparaît au moment où des vents contraires commencent à s’exprimer en outre-mer.
FORMATION DE LA DROITE ET PREMISSES DU DISCOURS DE RUPTURE
L’an 1958, ce furent aussi 2 ans après la démission d’Aimé Césaire du Parti communiste français et une véritable envolée vers son nouveau parti qui était attendu pour être plus modéré que le PCM : communistes fidèles à Césaire, anticommunistes, cadres de la SFIO, gaullistes de cœur et autres personnalités, sous l’œil bienveillant d’institutions, tel l’évêché, trop contentes de voir le parti communiste se faire tailler les croupières. Mais on s’aperçut très tôt que si le PPM et le PCM allaient longtemps se détester – jusqu’au pacte global d’unité de Camille Darsières en 1983 – la fracture idéologique entre ces 2 partis était moins grande que prévu. Tant dans ces partis qu’en provenance de la diaspora parisienne, les discours de rupture allaient converger en se déclinant sous plusieurs vocables : autonomie, autogestion, autonomie de gestion, indépendance, souveraineté, nationalisme… A cause de ces idées évolutionnistes, la prise de distance à l’égard du PCM se poursuivit au-delà du PPM : de nombreux militants rallièrent le panache de l’homme du 18 juin et de la départementalisation. C’était l’acte de naissance de la droite en Martinique, celle-ci se coulant dans le courant départementaliste ultra-majoritaire, et s’en contentant. Ce fut son malheur : une fois venue sa défaite en 1983, elle ne sut jamais s’opposer, aucun autre sujet sérieux de contestation ne se présentant.
PIERRE D’ACHOPPEMENT ENTRE LA DROITE ET LA GAUCHE : L’ASSIMILATION
En effet, pour l’UNR et les partis de droite qui lui succéderont, les questions statutaires allaient être le seul vrai sujet d’achoppement avec la gauche. Cependant, pouvait-il en être autrement pour une droite issue du biotope de gauche. Dans son action quotidienne dans les communes (ou au conseil général), elle conduisait une politique sociale parfois supérieure à celles détenues par la gauche. De 1958 à 1964 on assistera à une ruée des élus de gauche vers la droite et à des scores soviétiques favorables au pouvoir lors des trois référendums organisés. Elle s’est retrouvé un complice syndical, la CGT, donc le PCM. Assimilationniste sous sa forme syndicale le jeudi à la Maison des Syndicats ou dans les manifestations de rue, le PCM était autonomiste le samedi sur les tréteaux électoraux. Bref, la CGT fut un artisan essentiel de l’assimilation, à côté de la droite. Motif : l’extension des droits en vigueur en métropole à la Martinique-département-à-part-entière faisait l’unanimité. C’est ainsi qu’il convient d’admettre que les revendications formulées par la CGT ont eu leur part dans les progrès obtenus au cours des 20 Glorieuses des années 1960 – 1980. Mais c’est aussi de là, peut-être, que vient le personnage schizophrénique qu’à la longue est devenu l’électeur martiniquais, un homme à deux visages. Il ne sera pas facile de se défaire d’un résultat obtenu après 50 ans de façonnage.
UNE DROITE SANS IDEOLOGIE : UNE “DROITE SOCIALE ?”
Pragmatique, peu encline à l’idéologie, la droite locale ne s’est pas faite siens d’arguments utilisés en métropole, parfois inadmissibles pour l’outre-mer. Aussi, l’une des difficultés a toujours consisté pour celle-ci d’avoir à assumer certaines libertés de langage tolérées en métropole mais non entendables en outre-mer. D’ailleurs, l’un des objectifs de la création du premier parti de la droite locale par Miguel Laventure, Forces martiniquaises de Progrès, était d’éviter d’avoir à assumer certaines outrances. Mais ce faisant, elle se défaisait de la droite idéologique nationale et se trouvait nue, une fois récupérée l’assimilation par la gauche au pouvoir, autonomiste et indépendantiste. Aussi, dès que les électeurs ont compris que la gauche et même les indépendantistes étaient, une fois arrivés au pouvoir, de zélés acteurs de l’assimilation, ils ont fait confiance à ceux qui allaient prendre le temps d’étendre leur toile d’araignée et de procéder au formatage des cerveaux.
LA DROITE MARTINIQUAISE PEUT-ELLE ECHAPPER A SON DESTIN ?
D’un coup, la droite locale disparaissait définitivement du pouvoir local. Ses apparitions ultérieures à dose homéopathique auprès des autonomistes et des indépendantistes attestent de l’insignifiance de sa fonction politique. Ainsi donc, en l’absence de doctrine et faute d’avoir su s’adapter à sa situation d’opposant, elle s’est enfermée dans une posture purement institutionnelle. Finalement, la droite martiniquaise était un courant politique original dont l’existence active et prospère a été intrinsèquement liée à la période allant de sa naissance en 1958 à son déclin en 1983, destin auquel elle a, elle-même, prêté la main. La situation catastrophique que vit la Martinique et qui constitue un véritable recul de la collectivité, valorise en creux les mérites de l’éphémère expérience de la droite.
Yan Monplaisir, l’actuel leader de la droite, saura-t-il mieux qu’arracher son parti (LR) à son destin : aider à la survie de la Martinique ?
Fort-de-France, le 5 septembre 2026
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