Selim Lander

Reprise du « Déparleur » par Olivier Pendriez

Le 15 mai à Fort-de-France ; le 16 mai à Saint-Pierre ; le 8 juin à Trinité.

Dans ce monologue poignant un personnage marginalisé, un clochard revient sur sa vie marquée par la misère familiale, la violence, l’amour interdit, les rêves brisés, l’alcoolisme et la désillusion sociale.

Chaque scène traite d’un thème particulier, récit d’un épisode vécu ou considérations plus générales (l’alcool, les trafics de drogue, la démocratie, la révolution, la médecine, etc.), tous sujets à propos desquels le personnage raconte et se raconte, nourri par l’expérience et quelques lectures.

“Déparler”, c’est faire venir au jour les choses qu’en secret on taisait au profond de soi.

Lire les articles de Madinin’Art consacrés au « Déparleur »

Le déparleur a naufragé sa vie et pourtant il résiste, sa barque échouée sur un bout de trottoir. Il résiste et se souvient. Il déroule le fil de son existence, qu’importe, prétend-il, si nul ne s’arrête, si nul ne lui répond, si tous passent leur chemin. Ainsi que l’a formulé Édouard Glissant, « le déparleur ne s’attend pas à ce que les autres l’écoutent : il parle à la volée.

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« L’Avare » de Clément Poirée, un grand moment de théâtre

La peste soit de l’avarice et des avaricieux

— Par Selim Lander —

Le public de Fort-de-France qui avait rempli la grande salle de l’Atrium vendredi 24 avril n’a pas été déçu. Il y a longtemps, en effet, que l’on n’avait pas eu l’occasion d’assister ici à un mise en scène aussi moderne, dans un décor a priori déroutant mais qui en l’occurrence est dicté par l’intention de départ de cette mise en scène : ajouter un prologue qui joue avec l’idée d’avarice, en demandant au public d’apporter des oripeaux, des papiers de diverses sortes pour aider Harpagon à vêtir sa famille et sa domesticité, lesquelles, comme de juste, se présentent en « petite tenue » au début de la pièce, pendant que des couturiers/couturières s’activent à confectionner les costumes dans des cages grillagées. Des cages qui peuvent avoir d’autres usages et qui se déplacent pour composer autrement le décor. Les murs du plateau sont entièrement nus, pas le moindre pendrillon, une grande table poussée à jardin porte diverses boissons et victuailles permettant aux comédiens qui en éprouveraient le besoin de se restaurer au cours de cette représentation qui s’étire sur trois heures d’horloge.

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« Sur les pas de Victor Hugo », spectacle visuel et musical

Du 23 au 25 avril au T.A.C. à Fort-de-France

— Par Selim Lander —

Le Théâtre Municipal de Fort-de-France offre à son public un spectacle imaginé par Estelle Andréa (texte et musique) pour le plaisir des yeux et des oreilles. Pour les yeux avec les nombreux changements de décor et de costumes ; pour les oreilles avec les chansons accompagnées tantôt par une musique enregistrée, tantôt par un violon et une guitare sur le plateau. Ils sont quatre comédiens-musiciens, deux femmes (Estelle Andréa et Magali Paliès, toutes les deux également à la mise en scène) et deux hommes (Oscar Clark et Julien Clément).

La pièce raconte en une série de tableaux des faits saillants de la carrière de Victor Hugo comme poète et romancier (le dramaturge est oublié). Cela commence par l’exil à Guernesey, ce qui est l’occasion de rappeler les convictions républicaines d’Hugo, puis par des évocations de ses principaux romans, Notre-Dame de Paris et Les Misérables (la première photo). D’autres scènes sont situées sur un quai et dans un cabaret de Guernesey (photo n°2), dans la maison et dans le jardin d’Hauteville House, la maison de la famille Hugo à Guernesey toujours (1), devant le Fontaine Médicis à Paris, dans une carrière évoquant, nous a-t-il semblé, le bagne.

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Nouveaux aperçus du festival Ceiba 2026

Mère Prison, Mujer En Refrigerador, Annabel ?

— par Selim Lander —

Mère Prison

Dans ce festival qui mélange volontairement les genres avec néanmoins une prédominance de la musique, y compris l’opéra avec le mémorable Treemonisha de Scott Joplin, le théâtre a trouvé une petite place, d’abord avec la pièce comorienne, Je suis blanc et je vous merde (sic) puis avec Mère prison de l’autrice guyanaise Emmelyne Octavie.

Cette pièce, qui a reçu un prix des « Inédits d’Afrique et d’Outre-Mer », raconte l’histoire d’une mère non pas emprisonnée elle-même mais forcée de se rendre fréquemment dans la prison où deux de ses fils sont incarcérés.

Les personnages sont au nombre de six : la mère, ses trois fils (le plus jeune n’ayant jamais goûté à la prison), un gardien, enfin une autre mère de prisonnier. Ils sont interprétés par deux comédiennes et deux comédiens. Une comédienne incarne la mère et les autres se partagent tous les autres rôle, sachant qu’un même personnage peut être interprété, au gré des circonstances, par deux voire trois comédiens différents, ce qui donne un certain piment à la mise en scène.

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Le dernier voyage de l’Aquarius

— Par Selim Lander —

Les histoires se répètent. La crise de l’Aquarius, ce bateau chargé de migrants vers l’Europe qui ne parvenait pas à débarquer les passagers qu’il avait secourus en Méditerranée fait bien sûr écho à celle de l’Exodus rempli de 4500 juifs rescapés de la Shoah qui voulaient rallier la Palestine après la deuxième guerre mondiale, refoulé par les Anglais et qui finit par aborder … en Allemagne. En 2018 l’Aquarius, affrété par l’ONG SOS-Méditerranée, emportait plus de 600 migrants lorsqu’il s’est vu interdire par l’Italie, sa destination logique suivant le droit de la mer, d’entrer dans ses ports. Après une longue partie diplomatique où chacun se renvoyait la balle, l’Espagne puis la France ont fini par accepter de recueillir respectivement 230 et 180 migrants, l’Italie se chargeant du reste.

La pièce écrite et mise en scène par Lucie Nicolas raconte cette odyssée depuis le départ du bateau et les préparatifs de l’expédition jusqu’à la fin de son voyage en passant par le sauvetage des migrants en mer et les péripéties diplomatiques. C’est du bon théâtre documentaire qui ne saurait laisser personne indifférent, même s’il peut laisser certains spectateurs sur leur faim comme un peu trop manichéen.

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« Je suis blanc et je vous merde » de Soeuf Elbadawi

— Par Selim Lander —

Quelques mots rapides après rappel de l’article publié à l’issue des Francophonies de Limoges, en 2024, où la pièce était présentée pour une première fois en France.

« Je suis blanc et je vous merde du Comorien Soeuf Elbadawi, déjà l’auteur de nombreuses pièces, également à la m.e.s., une personnalité controversée dans son pays, qui n’hésite pas à prendre son public à rebrousse-poil. Il le fait ici dès le titre car on en aura rarement vu un de plus laid au théâtre ! Heureusement, la pièce qui explore les thèmes familiers d’Elbadawi n’est pas au diapason de ce titre, lequel annonce bien néanmoins, si l’on ose dire, la couleur. Car il sera bien question d’un blanc, nommé Gaucel, qui se retrouve dans une geôle à Moroni, accusé – probablement injustement, mais sait-on jamais ? – d’avoir voulu fomenter ou participer à un coup d’État. Le texte fait appel à six personnages qui se croisent dans la prison parmi lesquels un autre prisonnier, un sage (interprété par l’auteur) qui entretient avec Gaucel de longues conversations, tournant le plus souvent autour du thème de l’identité, du colonialisme et de ses séquelles : « Quand un blanc entre en toi, il te grattouille le cerveau jusqu’à l’os ».

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Ô femmes ! Une pièce de théâtre et une exposition

Une pièce de théâtre : « Les secrets d’un gainage efficace »

Les 6 et 7 mars à la Guinguette, Saint-Pierre

Le 8 mars au TOM, Fort-de-France

Elles sont cinq femmes qui se saisissent de l’anatomie féminine, objet des canons de beauté mais aussi de la honte de soi, de méconnaissance et de tabous, pour écrire un livre sur le corps des femmes comme leurs aînées dans les années 70.

Elles débattent et se débattent avec les hontes et traumatismes liés à ce corps et disent tout haut ce que beaucoup vivent tout bas : corps malmené par lui-même et par le corps social, médiatique et politique. Elles explorent leur intimité et les clichés qui leur collent à la peau à grands coups d’autodérision et d’humour.

Elles explorent leur intimité autant que l’Histoire ou la presse et réinventent les raisons de la colère. Des injonctions esthétiques à la transmission mère-fille.

Une exposition :

En écho, l’exposition ô femmes ! s’installe à la Guinguette de Saint-Pierre du 07 au 11 mars. Vernissage le 07 mars de 15h à 18h00.

Le titre fait référence à la célèbre citation de Olympe de Gouges dans sa déclaration des droits de la femme et de la citoyenne de 1791.

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« L’Irréversible », une exposition au Créole Art Café

— Par Selim Lander —

À l’occasion de la parution du numéro 31 de la revue annuelle Recherches en Esthétique sur le thème de « L’irréversible », une exposition rassemble certains des artistes mis en honneur dans ce numéro plus quelques autres. Quatorze artistes en tout, la plupart déjà connus du public martiniquais, et une trentaine d’œuvres. Deux nouvelles venues : Manon Cassagrande qui utilise la photographie dans ses tableaux, et Hamideh Hosseini, venue d’Iran, dont la peinture exprime toute la dureté de la situation des Iraniens et particulièrement des Iraniennes dans leur pays, soit ici un buste de femme blessée, mutilée, l’œuvre la plus forte de cette exposition (« Une tulipe de sang », première photo).

Les visiteurs martiniquais auront plaisir de retrouver des artistes qui leur sont familiers : par ordre alphabétique Victor Anicet (trois céramiques dont un vase spectaculaire évoquant le cratère d’un volcan en feu), Michèle Arretche, Christian Bertin (une impressionnante sculpture anthropomorphe en matériaux composites de couleur noire), Julie Bessard (un tondo rotatif), Chantal Charron, Bruno Creuzet, père de Julien Creuzet qu’on ne présente plus (une installation énigmatique, évolutive de surcroît), Habdaphaï (trois peintures), Hugues Henry (deux photographies), Valérie John (deux petits livres comme calcinés à l’indigo, éléments d’une installation à venir), Robert Manscour (trois de ses sculptures en verre dont un grand « Stani » en pied), Luz Severino et Henri Tauliaut (deux masques).

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« Treemonisha », l’événement de la saison à la Martinique

— Par Selim Lander —

Ce samedi 27 février la grande salle de Tropiques Atrium sera comble pour cette unique représentation publique de l’opéra Treemonisha du pianiste et compositeur afro-américain Scott Joplin (1868-1917). Considéré comme l’un des plus importants compositeurs de ragtime. avec Joseph Lamb et James Scott, il s’illustrait aussi dans d’autres genres musicaux, comme dans Treemonisha, premier opéra noir, où le ragtime côtoie aussi bien le gospel que la musique classique.

La générale, le 26 février, a permis de vérifier que l’engouement du public martiniquais pour cette pièce était entièrement justifié, autant pour la musique qui tient parfaitement la route que pour l’interprétation qui fait appel pour une très grande part à des artistes locaux, soit le chœur de Sainte-Thérèse (dirigé par Guilène Bertrand), les danseurs de Christiane Emmanuel et de nombreux solistes. Il faut également mentionner les décors peints (et visiblement conçus avec l’aide d’une IA) d’Alfredo Tosi (qui signe également les costumes et les lumières). La musique instrumentale est interprétée en public, « dans la fosse » ouverte pour la circonstance, par 13 musiciens de l’orchestre de Presbourg (Slovaquie) et Kodo Yamagishi au piano dirigés par Peter Valenkovic.

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« Après le Chaos » tragédie moderne

— Par Selim Lander —

Après Avignon et Paris, la Martinique a la chance d’accueillir cette pièce hors norme, seule en scène d’une intensité tragique, pas seulement une mère qui pleure la mort du fils car l’essentiel de la pièce n’est pas dans cette mort dont on ne saura pas grand-chose ; elle est dans le destin d’une mère accablée comme par les dieux de l’Antiquité auxquelles elle adresserait sa plainte si l’on croyait encore que le fatum est d’essence divine.

Sur la mort du fils on apprend seulement assez vite qu’il a commis un attentat suicide et tué dix-neuf personnes. Pas un mot sur ses motivations (il serait sans doute inconvenant de laisser entendre qu’une religion qui fanatise certains de ses adeptes pourrait avoir une part de responsabilité). La personnalité du fils demeure donc entièrement opaque. On en apprend davantage sur le reste de la famille, les deux autres enfants qui étaient en « colo » au moment du drame et qui, de retour, se révèlent bien moins enfantins que ce que l’on avait imaginé. Comme le mari a sombré dans la dépression à l’annonce du drame, la mère se retrouve donc seule avec elle-même et pleurant, comme on l’a dit, davantage sur elle-même, sur le mauvais sort qui l’accable que le deuil du fils aîné.

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« Peindre à la Martinique », une exposition à la Fondation Clément

— Par Selim Lander —

Peindre à la Martinique, l’exposition qui vient de se substituer à celle consacrée à Christian Bertin – laquelle a dû laisser plus d’un visiteur dubitatif – est une nouvelle exposition patrimoniale, à l’instar de Aux origines de la Caraïbe, Taïnos et Kalinagos qui se poursuit jusqu’au 15 mars, et à nouveau en étroite collaboration avec le Musée du Quai Branly, héritier des fonds du Musée colonial. Elle devrait rallier tous les suffrages, ceux des nombreux visiteurs venus d’ailleurs et plus encore sans doute ceux des habitants actuels de la Martinique. On y découvre « la Perle des Antilles » à travers les yeux des peintres et des premiers photographes d’antan, ce qui permet de mesurer les transformations radicales qui se sont produites au fil du temps (et pas toujours pour le meilleur !). Ainsi, les planches d’un album de photos d’Eugène Cicéry, coloriées puis lithographiées, prises un peu avant 1860, représentent-elles certaines constructions de Fort-de-France qui existent toujours (la Fontaine Gueydon, l’ancien Palais de justice, …) mais situées dans un environnement qui n’est plus reconnaissable.

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« Moun Bakannal » une pièce de Chantal Loïal

— Par Selim Lander —

On attendait beaucoup de cette pièce – présentée dans le cadre du festival « Mois Kréyol » – inspirée des carnavals à la mode de Guadeloupe (terre d’origine de la chorégraphe), Martinique, Guyane mais encore de Venise, du pays basque et même de Dunkerque ! On était curieux de découvrir un spectacle qui mêle paroles et chants à une danse faisant elle-même appel à diverses musiques. On sait bien à la Martinique que le carnaval n’est pas partout le divertissement folklorique qu’il est devenu ailleurs, qu’il peut demeurer un moment de transgression en rupture avec le reste de l’année.

Moun bakannal restitue ce côté transgressif des carnavals antillais avec des gestes obscènes et des tenues provocantes. Un danseur est habillé de sous-vêtements féminins et même, pendant l’une des séquences de la pièce, chaussé de belles chaussures rouges à talon haut. Ce danseur, Stéphane Mackowiak, est par ailleurs le plus affûté, le plus bondissant et celui qui cultive encore plus que les autres des attitudes provocatrices.

La pièce commence par une projection de séquences du monde du carnaval (moun bakannal), puis on entre dans le vif du sujet avec une danse avec bâtons venue du Pays basque interprétée par trois danseurs vêtus de sortes de pyjamas blancs (ce qui donnera lieu à une chanson).

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Patrimoine en péril

— par Michel Herland —

Ce n’est pas la première fois qu’il convient d’alerter sur l’état d’abandon dans lequel se trouve toute une part du patrimoine martiniquais, souvent pas la plus prestigieuse mais qui fait partie de notre histoire. Or chaque fois que l’on voit se dégrader puis disparaître un élément de ce patrimoine, c’est une perte irréversible au détriment des générations futures. On ne reviendra pas ici sur les destructions volontaires qui ont fait récemment l’objet d’une procédure judiciaire. Une lecture particulière des péripéties historiques peut conduire certains Martiniquais à vouloir éradiquer toute trace du passé colonial. On aurait simplement souhaité à ce propos qu’ils ne fussent pas seuls à décider les monuments qu’il convenait de faire disparaître ; on aurait préféré que l’ensemble des Martiniquais, dûment consulté, ait été appelé à se prononcer et que, en outre, si la décision d’écarter certains monuments était finalement actée, qu’ils soient mis en lieu sûr plutôt que détruits, car on ne saurait préjuger de l’avenir. Mais ce n’est pas le propos d’aujourd’hui.

Le patrimoine matériel ne se limite pas en effet aux statues des « grands hommes » (ou femmes) qui ont façonné avec plus ou moins de bonheur l’histoire du pays !

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« Toussaint Louverture, le souffle de la liberté » de Nadège Perrier

— Par Selim Lander —

Toussaint Louverture (vers 1743- 7 avril 1803) demeure à juste titre dans les mémoires comme un héros de la liberté des Noirs et de l’indépendance d’Haïti. Lamartine lui avait déjà consacré une pièce qui fut créée en 1850 et Césaire un livre publié en 1960 chez Présence Africaine et toujours disponible.

Ce qui fascine chez Toussaint c’est son intelligence stratégique. Il sut en effet s’allier d’abord aux Espagnols contre les Français, puis, après l’abolition de l’esclavage par la Convention le 4 février 1794, aux Français contre les Espagnols et contre les Anglais. Il est nommé par la France général de brigade en 1795, lieutenant gouverneur en 1796, gouverneur l’année suivante. En 1799, il sortit vainqueur de la guerre des Noirs du nord d’Haïti (qu’il dirigeait) contre les Mulâtres au sud. En 1801, Bonaparte le fit capitaine général de Saint-Domingue, soit le deuxième personnage de l’île. La même année, il s’est proclamé « gouverneur à vie » et a promulgué une constitution autonomiste confirmant la suppression de l’esclavage… tout en le remplaçant par une forme de servage qui attache le travailleur à la terre, et prévoyant la possibilité du travail forcé.

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Le PABE fait hurler les failles

— Par Selim Lander —

Le Plastik Art Band Expérimental n’en est pas à sa première exposition à Tropiques-Atrium Scène Nationale, à Fort-de-France. On se souvient, parmi d’autres, de « Féminins du sac » en 2014. Le PABE, actif depuis 2009 sous la houlette de Michèle Arretche, n’est pourtant pas une « École de peinture » au sens de l’histoire de l’art ; il ne réunit pas des artistes reconnaissables par leur esthétique commune. Si le PABE est quand même une école, c’est avec un « é » minuscule, puisque des sessions de formations sont organisées périodiquement à l’intention de ses membres sous la direction de tel ou tel plasticien. En dehors de cette volonté de se perfectionner, les artistes toutes féminines du PABE ont en commun leur passion pour l’art, le besoin de s’exprimer en art, chacune bien sûr avec ses moyens, son imaginaire propres mais une sensibilité toujours féminine, si tant est que cela ait un sens.

L’artiste est le plus souvent solitaire. Seul devant sa toile ou les matériaux qu’il compte utiliser, il doit puiser en lui-même les forces qui lui permettront d’avancer.

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« Danton-Robespierre » de Hugues Leforestier

— par Selim Lander —

Hugues Leforestier, l’auteur et interprète de Danton, est lui-même un personnage haut en couleur passé par d’improbables métiers pour un comédien (professeur de sport, banquier…) avant de se tourner vers le théâtre. En scène, avec son allure à la Portos (comme un critique l’a déjà fait remarquer) il impose la figure d’un Danton amoureux de la vie, de l’humanité et des femmes (à mettre dans l’ordre qu’on voudra). En face de lui c’est une comédienne, Nathalie Mann, qui a été choisie pour interpréter Robespierre. Mince, costume austère et visage que le maquillage a rendu blafard, elle campe un « Incorruptible » obstiné dans son rêve d’un bonheur égalitaire qu’il faudra imposer aux hommes par la terreur : « le despotisme c’est la liberté », un fanatisme contre lequel le bon sens de Danton ne peut que se briser. Mirabeau (le fils) aurait dit de Robespierre : « il ira loin car il croit ce qu’il dit » !

Dans un bord de scène à l’issue de la représentation, l’auteur explique qu’il a voulu coller le plus près possible à la réalité en situant dans une réunion qui a bien eu lieu entre les deux révolutionnaires, le 22 mars 1794, soit moins d’un mois avant la décapitation de Danton (le 5 avril), des propos tirés pour l’essentiel de leurs discours.

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Hurler les failles : Conférence autour de DO-KRE-I-S et d’une exposition

Mardi 13 janvier 2026, 18h30, Tropiques-Atrium

Dans le cadre de l’exposition collective du PABE, « Hurler les failles » (13 janvier-14 février 2026)

« Sans aucun doute, nous traversons une période durant laquelle susurrer nos douleurs importe peu. Il nous faut les hurler et ceci avec une rage foudroyante, pour enfin sortir de profondes somnolences toutes les failles vives du monde. »*. Ce constat initial a été établi en 2024 dans le cadre d’un échange éditorial entre Yara Ligiéro, artiste plasticienne brésilienne, et Jean Erian Samson, poète haïtien. Une correspondance qui a pour titre « Hurler les failles » et qui offre une série de réflexions sur le rôle de l’art et de la littérature dans les mouvements culturels politiques et artistiques contemporains dont la revue DO-KRE-I-S demeure un foyer dynamique.

La pertinence des revues culturelles dans les luttes d’émancipation mérite donc d’être éclairée. Il apparaît ainsi que de nombreuses études consacrées à ces objets démontrent que la revue comme support éditorial collectif transcende sa fonction de simple vitrine – surtout quand celle-ci émerge des « périphéries ». Elle dépasse donc son rôle de catalogue de « nouvelles voix à promouvoir » pour former des communautés engagées.

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L’état de droit à la Martinique

— Par Michel Herland —

Cet article qui fait suivre à celui portant sur le verdict du procès des « déboulonnages » des statues à la Martinique (*) se propose d’étudier plus largement la situation de l’état de droit. Compte tenu des similitudes structurelles existantes entre la Martinique et les autres collectivités françaises d’Outre-mer cette analyse pourra s’appliquer, mutatis mutandis, à ces dernières.

Deux définitions pour commencer.

L’état de droit. A priori, l’état (sans majuscule) de droit règne dans un pays lorsque les lois sont globalement respectées. Mais dans les démocraties libérales la définition est différente, l’état de droit suppose en outre que les lois ne contredisent pas les droits de l’homme – les droits humains – tels que définis par diverses chartes, avec toutes les ambiguïtés que cela suppose (1). Ainsi considère-t-on chez nous que l’état de droit ne prévaut pas en Chine, même si les lois y sont respectées bien plus que dans bien des démocraties occidentales.

Légitimité de l’État. Ce n’est pas une question de droit mais de sentiment. Un État (avec majuscule) est ou non perçu (globalement) par les citoyens comme légitime – et donc plus ou moins en mesure de faire régner la loi.

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Les arrière-petits-fils d’esclaves martiniquais sont-ils les plus heureux de la terre ?

Par Yves-Léopold Monthieux —

La Martinique et les Martiniquais d’origine africaine ont connu la déportation, l’esclavage, les insurrections dont celles de 1848 et 1870, l’expédition du Mexique en 1861, la grève de février 1900, l’éruption de la montagne Pelée en 1902, les départs vers le Panama et le Vénézuéla vers 2010, la guerre 1914 – 1918, la marche de la faim de 1936, la guerre 1939 – 1945, l’Amiral Robert, 1939-1945, (la dépendance au ” biscuit américain” et la menace d’envahissement de Fort-de-France par les USA), la départementalisation – assimilation de 1946, les évènements du Carbet, de Bassignac et de Basse-Pointe entre 1948 et 1950, les morts de décembre 1959, l’ordonnance d’octobre 1960, les morts du Lamentin en 1961, l’OJAM en 1962, le BUMIDOM en 1963, la grève de février 1974, le traumatisme du chlordécone, la grève de février 2009, les incidents de 2021 liés au covid, la revendication en cours contre la vie chère, déclenchée par le RPPRAC en 2024.

Que de chemin de croix parcouru par les Martiniquais et la Martinique depuis la déportation d’Afrique, de la guerre pour la liberté et contre la faim jusqu’aux batailles pour la consommation !

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Taïnos et Kalinagos : une exposition et un livre

— par Selim Lander —

La Fondation Clément à la Martinique organise à côté des expositions mettant en valeur les artistes caribéens contemporains des événements prestigieux en relation avec d’autres institutions. Après Télémaque et Le Geste et la Matière avec le Musée Pompidou (2016 et 2017), Afrique (2108 avec la Fondation Dapper), Révélation ! (2025 avec la République du Bénin) c’est cette fois d’un retour aux sources les plus lointaines de la création dans l’archipel caribéen qu’il est question, en collaboration avec le Musée du Quai Branly. Plus de 300 pièces sont rassemblées en provenance des collections européennes mais aussi bien américaines, dominicaines, portoricaines, guadeloupéennes et bien sûr martiniquaises, sous le commissariat d’un ancien directeur du Musée de l’Homme, André Delpuech qui signe plusieurs articles du catalogue.

Les catalogues sont souvent comme ces beaux livres qu’on range dans un coin pour ne plus les consulter. Celui de cette exposition devrait connaître un sort différent et devenir un ouvrage de référence concernant une ou plutôt des civilisations à propos desquelles on manquait jusqu’ici cruellement d’informations aisément accessibles, sachant que ni le livre ni l’exposition ne pourront lever tous les secrets de sociétés sans écriture et dont les seuls témoignages dont nous disposions par les récits des premiers colonisateurs (soldats ou plus souvent membres du clergé) ne portent que sur la période la plus récente de leur histoire, comme celui du Père Breton (1665), lequel a laissé de précieuses informations et même un dictionnaire callinago-français.

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« La légende de Zadou » racontée par José Alpha

— par Selim Lander —

En prévision de ces nouvelles représentations de La Légende de Zadou (après celle du mois de juillet dernier dans le cadre du festival de Fort-de-France), les lecteurs de Madinin’Art ont eu le privilège de lire sous la plume de Jean Samblé une analyse fouillée de la saga de René-Louis-Gaétan Beauregard, « parabole sombre sur les rapports de force qui régissaient alors la Martinique » (1). Alors, c’est-à-dire dans les années 1940, plus précisément de 1942 à 1949, où se situent la fuite et la traque de Beauregard, contremaître d’habitation dans la localité du Marin, après qu’il ait tenté d’assassiner sa femme et mis le feu à sa maison. Dans la version de l’histoire retenue par José Alpha, Beauregard est convaincu que sa femme le trompait avec un béké. Son sentiment de trahison est exacerbé par le ressentiment envers la classe dominante, blanche de surcroît. Comme chez Jean Samblé, sa révolte participerait donc d’une lutte des races et des classes que l’on dirait aujourd’hui « décoloniale ».

Ce Beauregard-là est un beau sujet pour le roman ou le théâtre et l’on comprend que José Alpha ait voulu le raconter dans un texte où le créole domine le français, choix judicieux pour restituer une histoire se déroulant dans la campagne martiniquaise à une époque où le créole était la langue vernaculaire, même si cela réduit le public potentiel au-delà des Antilles et au risque de décevoir, à la Martinique même, les spectateurs non créolophones.

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« Hansel et Gretel », de l’ombre à la lumière

— Par Selim Lander —

Depuis que le conte des frères Grimm a été mis au programme du cycle 2 de l’enseignement élémentaire, plusieurs projets de mise en scène ont fleuri, dont celui de Bérangère Gallot présenté à Fort-de-France un peu avant les fêtes de fin d’année. La salle Fanon de Tropiques Atrium était remplie pour la circonstance par une ribambelle d’enfants dont les réactions spontanées indiquaient suffisamment qu’ils trouvaient le spectacle à leur goût. Mais les adultes avaient aussi de quoi être satisfaits en observant le jeu des comédiens (en particulier les deux jeunes qui interprétaient les héros éponymes), les costumes, les décors.

L’histoire, semblable à celle du Petit Poucet, est un grand classique : des parents trop pauvres pour nourrir leurs enfants décident de les abandonner dans la forêt. La fin, bien sûr, s’avérera heureuse, un conte, pour être efficace, devant faire peur mais pas trop. Ce thème a une certaine résonance aujourd’hui, non parce que les abandons d’enfants se seraient multipliés mais puisque qu’il est avéré que nombre de géniteurs potentiels renoncent désormais à avoir des enfants, en vertu d’un certain égoïsme qui n’est pas sans ressembler à celui des parents des contes qui sacrifiaient leur progéniture dans l’espoir de se sauver eux-mêmes.

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« Déboulonnages » : un jugement hors norme

— Par Michel Herland —

Par euphémisme, on a appelé dans la presse le procès qui s’est tenu à Fort-de-France du 5 au 7 novembre 2025 contre les casseurs (cinq femmes et six hommes de 24 à 54 ans) de plusieurs monuments publics martiniquais le « procès du déboulonnage ». C’était d’emblée minimiser les faits. Déboulonner c’est un acte respectueux, sinon de la personne en effigie du moins du travail de l’artiste qui l’a façonnée. Déboulonner c’est avoir conscience que les perspectives historiques changent et qu’un jugement concernant le passé ne saurait être définitif. Casser au nom de l’indignation d’un moment c’est un réflexe de voyou qui démontre l’absence de toute réflexion véritable. Or c’est bien de casse qu’il s’est agi, les œuvres en question n’existent plus. Le jugement, rendu le 17 novembre, a fait preuve d’une grande clémence puisque seuls deux accusés ont été reconnus coupables mais dispensés de peine, les autres innocentés alors qu’ils avaient reconnu les faits.

Rappel des faits

Empruntons à la revue Esprit ce rappel des faits.

« Le 22 mai 2020, journée de commémoration de l’insurrection d’esclaves de 1848, l’année de l’abolition de l’esclavage, démarrait une vague de destructions de statues sur l’île de la Martinique.

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« Mama Wanakéra » d’Olivier Ernest Jean-Marie

— Par Selim Lander —

Poursuivant sa série des pièces produites localement, le Théâtre municipal présente jusqu’à samedi une création issue de l’atelier du Sermac animé par Élie Pennon, Mama Wanakaéra d’Olivier Ernest Jean-Marie qui intervient lui-même dans les rôles d’Aimé Césaire et de Patrick Chamoiseau. La pièce commence dans une salle d’hôpital où repose la matriarche d’une nombreuse famille. Elle récupère d’une blessure infligée involontairement par l’une de ses petites filles, un coup de revolver parti intempestivement. Cet événement improbable est à l’origine d’une réunion familiale et d’une discussion animée en créole. On retrouve ensuite la famille sur le chemin du retour, dans un minibus, ce qui est l’occasion de solder quelques comptes, avant une halte à l’église pour remercier le Seigneur, laquelle halte ne va pas sans susciter quelques propos critiques à l’égard d’une religion importée par des Blancs.

La suite de la pièce, lors d’une nouvelle visite de la famille cette fois plus nombreuse, accentue le côté critique de la pièce avec l’énoncé des griefs contre la Métropole si souvent entendus dans le théâtre antillais (de l’esclavage au chlordécone).

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« Ubu président » : engagé et déjanté

— par Selim Lander —

Ubu président et non plus Ubu roi, les spectateurs sont avertis d’emblée qu’il ne vont pas assister à la pièce d’Alfred Jarry mais à quelque chose d’autre, que les références ne seront pas les mêmes. Et de fait le texte de Mohamed Kacimi – bien connu à la Martinique – est bien plus qu’une adaptation, une véritable réécriture où surnagent malgré tout quelques termes emblématiques de la pièce initiale comme « la chandelle verte », « merdre » ou « cornegidouille » et où domine comme chez Jarry un esprit farcesque. Pour le reste la viande de cheval distribuée au peuple est remplacée par des pizzas et tout est à l’avenant. La distribution de l’or de la cassette royale demeure néanmoins (car l’Ubu président de M. Kacimi se fera finalement proclamer roi).

Ce qui n’empêche pas l’auteur de nous délivrer son message  : les Français (« de souche ») sont racistes (ils veulent se débarrasser des immigrés), idiots (puisque ayant élu un président aussi nul et prétentieux qu’Ubu) et bigots. Chacun en jugera et après tout pourquoi pas ?

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