L’épée est levée, non pour déclarer une guerre aux hommes... Pour trancher dans l’oubli
— par Rodolf ETIENNE

À toutes celles qui ont pensé, combattu, dirigé, créé et porté l’île au-delà d’elle-même
Elles sont ici vingt-cinq noms dans une histoire beaucoup plus vaste : celle des femmes de Martinique qui ont arraché leur place à l’invisibilité, pris la parole, occupé le pouvoir, transformé nos représentations ou porté le nom du pays bien au-delà de ses rivages.
L’histoire de la Martinique a longtemps eu cette étrange manière de conjuguer la femme au quotidien et l’homme à la postérité.
La femme tenait la famille, le marché, le commerce informel, l’éducation, la transmission, parfois l’habitation, souvent les comptes domestiques, fréquemment la survie elle-même. Mais quand venait le temps de graver les noms dans la pierre, l’histoire redevenait étrangement masculine.
Césaire, Fanon, Glissant, Aliker, Lagrosillière, Gratiant : Ils sont immenses !
Mais pendant ce temps-là, Paulette Nardal pensait déjà le monde noir !
Suzanne Césaire bouleversait la pensée antillaise !
Jane Léro organisait les femmes ! D’autres préparaient leurs batailles !
Alors : pour une fois, faisons exactement l’inverse ! Aux noms des femmes : La Martinique épée levée !
CELLES QUI ONT OUVERT LA BRÈCHE
Paulette Nardal – Avant que la Négritude ne porte son nom
Il faudra peut-être encore longtemps réparer cette injustice. Quand on raconte la naissance de la Négritude, trois hommes apparaissent immédiatement : Aimé Césaire, Léopold Sédar Senghor et Léon-Gontran Damas. Mais avant eux, à Paris, Paulette Nardal avait déjà ouvert un salon où intellectuels noirs des Antilles, d’Afrique et des États-Unis se rencontraient, échangeaient, confrontaient leurs expériences et interrogeaient leur condition commune. Journaliste, traductrice, intellectuelle, femme de réseaux, elle participe à cette circulation des idées qui permettra ensuite à une conscience noire francophone de se constituer. Elle représente ainsi quelque chose de fondamental dans cette sélection : la femme que l’histoire intellectuelle a longtemps laissée dans l’antichambre alors qu’elle avait contribué à construire la maison même.
Suzanne Césaire – L’intellectuelle qu’il faut enfin lire pour elle-même
Le patronyme est écrasant. Pendant longtemps, Suzanne Césaire fut présentée presque exclusivement comme l’épouse d’Aimé Césaire. Or Suzanne Césaire n’est pas seulement « Madame Césaire ». Elle est une intellectuelle majeure. Dans Tropiques, elle pense la Martinique, le surréalisme, l’identité antillaise, la relation à l’Europe, l’Amérique et l’Afrique avec une fulgurance remarquable. Elle refuse déjà le folklore auquel on voudrait réduire les Antilles. Elle cherche autre chose : une Martinique capable de se regarder elle-même sans passer constamment par le regard extérieur. Une grande partie des questions contemporaines sur l’identité martiniquaise se trouvait déjà là. Suzanne Césaire n’est donc pas simplement une femme à remettre dans l’histoire. Aujourd’hui : elle nous oblige à réécrire notre histoire.
Jane Léro – Quand les Martiniquaises s’organisent
Les femmes françaises obtiennent enfin le droit de vote. En Martinique, Jane Léro, avec notamment Yvette Guitteaud-Mauvois, comprend immédiatement que disposer d’un droit ne suffit pas. Encore faut-il pouvoir l’exercer. Il faut informer les femmes, les organiser, leur donner des moyens d’action, intervenir sur la misère, la santé des enfants, l’analphabétisme et les conditions matérielles d’existence. Le mouvement qui deviendra l’Union des femmes de la Martinique trouve là ses racines. L’UFM elle-même rappelle aujourd’hui que l’un des premiers objectifs était précisément d’encourager les Martiniquaises à utiliser leur nouveau droit de vote et de lutter contre les conditions dramatiques touchant de nombreuses femmes du peuple et leurs enfants. Jane Léro appartient donc à une autre catégorie de puissance. Elle ne demande pas simplement que les femmes soient reconnues. Elle les organise.
Yvette Guitteaud-Mauvois – Transformer l’émancipation en mouvement collectif
À côté de Jane Léro apparaît Yvette Guitteaud-Mauvois. Elle participe à cette première structuration politique du mouvement féminin martiniquais. Et cette histoire doit être comprise dans son contexte. La question féminine n’était pas alors seulement celle de la représentation ou des carrières. Elle était immédiatement sociale. Comment élever ses enfants ? Comment se former ? Comment se nourrir ? Comment accéder aux soins ? Comment exercer un droit politique lorsque la pauvreté et la dépendance économique empêchent déjà d’exercer pleinement sa liberté ? Le féminisme martiniquais est donc très tôt un féminisme du réel.

Vingt-cinq Martiniquaises visages de la mémoire, du combat, du pouvoir, de la création et du rayonnement.
Solange Fitte-Duval – Vingt années pour transformer une organisation en institution
Puis vient Solange Fitte-Duval. Pendant deux décennies, elle participe à l’inscription durable de l’Union des femmes de la Martinique dans le paysage social martiniquais. Cela peut sembler moins spectaculaire qu’une élection nationale ou une carrière internationale. C’est pourtant là que se fabriquent les changements profonds. Une association survit. Une permanence ouvre. Une femme trouve quelqu’un à qui parler. Une autre apprend ses droits. Une troisième découvre qu’elle n’est pas seule. Et progressivement ce qui était autrefois considéré comme une « affaire privée » devient une question sociale et politique.
Yvette Ebion – Faire sortir les violences faites aux femmes du silence
Avec Yvette Ebion, cette histoire franchit encore une étape. L’accompagnement des femmes confrontées aux violences devient progressivement un axe structurant. Aujourd’hui cela peut sembler évident.
Cela ne l’était pas : pendant des générations, le couple, le foyer, la sexualité, les coups, les humiliations pouvaient être renvoyés à l’intimité familiale. Ainsi, le mouvement féministe martiniquais a contribué à effectuer une révolution sémantique et politique considérable : ce qui se passe derrière une porte fermée peut relever de la société tout entière
LA RELÈVE FÉMINISTE
NE PLUS DEMANDER SA PLACE, LA PRENDRE !
Une première génération avait construit l’organisation. D’autres vont radicaliser la question. Que signifie réellement être libre lorsqu’une société reste profondément organisée par des rapports de domination entre les sexes ?
C’est dans cette histoire qu’apparaissent George Arnauld, Rita Bonheur, Huguette Bellemare, Muriel Ameller, Murièle Cidalise-Montaise et Lydia Ramael.
George Arnauld – Du combat associatif à Culture Égalité
George Arnauld présidera l’Union des femmes de Martinique avant de participer en 2013 à la création de Culture Égalité. Avec elle, une nouvelle génération féministe martiniquaise revendique clairement l’autonomie des femmes, la sororité et une transformation profonde de la société. Culture Égalité assume aujourd’hui explicitement ces objectifs et rappelle avoir été fondée par cinq militantes : Muriel Ameller, George Arnauld, Huguette Bellemare, Murièle Cidalise-Montaise et Lydia Ramael.
Cinq femmes. Un collectif. Voilà peut-être une autre manière d’exercer le pouvoir.
Rita Bonheur – Transmettre sans figer
Rita Bonheur poursuit cette histoire à la tête de l’Union des femmes de Martinique jusqu’en 2025. Elle représente la transmission entre générations. Le principal danger des combats victorieux consiste parfois à faire croire aux générations suivantes que la bataille est terminée. Elle ne l’est jamais complètement. Les formes changent, tandis que les droits avancent, que les violences se transforment, les inégalités migrent, que la vigilance demeure.
Huguette Bellemare, Muriel Ameller, Murièle Cidalise-Montaise, Lydia Ramael – La puissance du collectif
Il serait contradictoire de raconter le féminisme uniquement à travers quelques grandes individualités. C’est justement pourquoi Huguette Bellemare, Muriel Ameller, Murièle Cidalise-Montaise et Lydia Ramael doivent apparaître ici avec George Arnauld. Elles rappellent que l’émancipation est aussi faite de réunions, de permanences, de dossiers, de manifestations, de débats, de femmes accueillies, accompagnées, défendues. Culture Égalité a notamment développé Kay Famn puis une maison dédiée aux femmes à Fort-de-France. L’histoire n’est donc pas seulement produite devant les caméras. Elle se construit souvent dans des pièces où personne ne filme.
QUAND LES FEMMES ENTRENT DANS LES LIEUX DU POUVOIR
Aujourd’hui, la question change encore. Il ne s’agit plus seulement de réclamer l’accès aux institutions. Des femmes les dirigent. Pas toutes. Pas suffisamment. Mais suffisamment pour que l’image du pouvoir martiniquais soit progressivement en train de changer.
Catherine Conconne – Le pouvoir politique national
Catherine Conconne occupe aujourd’hui une position institutionnelle singulière. Sénatrice de la Martinique, réélue en 2023, elle est également secrétaire du Sénat, membre de la commission des affaires sociales et demeure conseillère à l’Assemblée territoriale de Martinique. Elle appartient désormais au petit groupe de Martiniquaises ayant réussi à transformer une longue carrière politique locale en influence parlementaire nationale. Et lorsqu’elle prend la parole au Sénat sur les réalités ultramarines, elle ramène régulièrement la périphérie dans le centre du débat français.
Béatrice Bellay – Porter la Martinique dans l’Assemblée nationale
Avec Béatrice Bellay, une autre voix martiniquaise s’est installée au Palais-Bourbon. Députée de la troisième circonscription, elle siège notamment à la commission des affaires sociales. Ses interventions récentes sur l’égalité territoriale, les discriminations et les réalités ultramarines montrent une volonté d’élargir la représentation parlementaire martiniquaise au-delà des seuls dossiers strictement locaux. Le pouvoir, ici, consiste aussi à imposer certaines questions dans un espace où elles auraient autrement toutes les chances de rester périphériques.
Aurélie Nella – Le pouvoir par le territoire
Aurélie Nella représente une autre forme d’autorité politique : celle de l’ancrage communal. En mars 2026, elle a été réélue maire de Ducos dès le premier tour avec 84,46 % des suffrages exprimés. Un score qui traduit une implantation électorale exceptionnelle. Dans une Martinique où les communes demeurent des lieux essentiels d’identification, de proximité et de pouvoir, diriger durablement une ville n’est jamais une fonction secondaire.
Catherine Rodap – Une femme à la tête du patronat martiniquais
Le pouvoir n’est évidemment pas seulement politique. Il est aussi économique. Catherine Rodap est devenue la première femme à prendre la présidence du MEDEF Martinique. Avocate en droit des affaires, elle occupe désormais une position centrale dans les discussions relatives à l’entreprise, à l’emploi, à la fiscalité et à l’avenir économique du territoire. C’est un symbole qui dépasse l’organisation elle-même. Pendant longtemps, les lieux de représentation patronale furent presque naturellement pensés au masculin. Cette évidence-là aussi se fissure.
Sandra Casanova – Penser la Martinique comme plateforme caribéenne
Sandra Casanova travaille sur des sujets qui pourraient sembler techniques : logistique, recherche, innovation, connectivité. Ils sont en réalité éminemment politiques. Car derrière une ligne aérienne, un port, une procédure de fret ou une zone franche se pose toujours la même question : où voulons-nous placer la Martinique dans le monde ?
À la CTM, elle préside la commission consacrée aux stratégies logistiques, à la recherche et à l’innovation et défend notamment une meilleure interconnexion avec la Caraïbe. Son récent plaidoyer pour une zone franche douanière productive appartient précisément à cette tentative de transformer la géographie martiniquaise en stratégie économique.
Nathalie Sébastien – Tenir la porte aérienne du pays
Une île dépend de ses portes. L’une des principales s’appelle Aéroport Martinique Aimé Césaire. À la tête du directoire de la SAMAC, Nathalie Sébastien se trouve ainsi au cœur d’une infrastructure où se croisent tourisme, mobilité familiale, fret, économie et ouverture internationale. L’aéroport a accueilli 1,86 million de passagers en 2025. Diriger une telle infrastructure, c’est exercer un pouvoir moins visible qu’un mandat électif, mais extraordinairement concret.
Bénédicte di Geronimo – L’expérience du tourisme martiniquais
Bénédicte di Geronimo a présidé le Comité martiniquais du tourisme de 2021 jusqu’à sa décision de quitter cette fonction le 17 juillet 2026. Elle demeure pourtant importante dans cette photographie des femmes ayant récemment exercé des responsabilités structurantes. Car le tourisme pose l’une des grandes questions martiniquaises : comment montrer le pays sans le transformer en décor ? Promouvoir la Martinique implique nécessairement de choisir ce que l’on raconte d’elle. Et donc, déjà, de la définir.
CELLES QUI ONT AGRANDI LA MARTINIQUE JUSQU’AU MONDE
Il existe enfin une autre forme de puissance. Ne pas gouverner la Martinique. L’agrandir. Faire en sorte qu’à Dakar, Los Angeles, Londres, Paris, Tokyo ou New York quelqu’un prononce son nom.
Wendie Renard – La Martinique au sommet du football mondial
Il suffit parfois d’une silhouette. Grande. Droite. Brassard au bras. Wendie Renard. En juin 2026, l’UEFA la présentait encore comme une joueuse aux records exceptionnels : première à atteindre cent rencontres dans les compétitions européennes féminines de clubs et huit fois victorieuse de la Ligue des champions. Elle appartient depuis longtemps au paysage mondial du football féminin. Et derrière Lyon et l’équipe de France, il y a toujours quelque part la Martinique.
Euzhan Palcy – De la Martinique à Hollywood
Avec Euzhan Palcy, nous changeons encore d’échelle. Une Martiniquaise a dirigé Marlon Brando. Une Martiniquaise s’est imposée dans une industrie où être femme constituait déjà un obstacle et où être femme noire en constituait un deuxième. En 2022, l’Academy of Motion Picture Arts and Sciences lui a décerné un Oscar d’honneur, saluant une cinéaste ayant ouvert la voie aux réalisatrices noires et inspiré des créateurs dans le monde entier. Euzhan Palcy n’est donc pas seulement une fierté martiniquaise. Elle appartient à l’histoire mondiale du cinéma.
Jocelyne Béroard – Quand le créole fait danser le monde
Puis il y a la voix : Jocelyne Béroard. Avec Kassav’, le créole cesse d’être seulement une langue parlée dans des territoires périphériques de l’ancien empire français. Il devient une langue que l’on chante au Japon, en Afrique, en Europe, dans l’océan Indien, en Amérique. L’INA rappelle que Kassav’ s’est produit dans plus de 82 pays et a contribué à faire du zouk un phénomène international. Il faudrait mesurer ce que cela signifie culturellement. Pendant quelques minutes, devant des milliers de personnes, aucune traduction n’était nécessaire. Le monde dansait en créole.

De Paulette Nardal à Audrey Pulvar, de Suzanne Césaire à Wendie Renard : une même histoire qui se déploie.
Muriel Tramis – Une Martiniquaise aux origines du jeu vidéo français
Voici peut-être celle que la Martinique connaît encore insuffisamment.
Muriel Tramis appartient aux pionnières françaises du jeu vidéo. Avec Méwilo dès 1987, puis d’autres créations, elle introduit dans un univers technologique encore balbutiant des récits, des imaginaires et parfois directement l’histoire martiniquaise. Le geste est remarquable. Elle ne se contente pas d’entrer dans une industrie nouvelle. Elle y entre avec son monde.
Audrey Pulvar – De Fort-de-France à la diplomatie parisienne
Le parcours d’Audrey Pulvar constitue presque une trajectoire française contemporaine à lui seul. Journalisme. Télévision nationale. Écologie. Politique. Et désormais relations internationales. Née à Fort-de-France, elle est depuis mars 2026 adjointe au maire de Paris chargée des relations internationales, européennes et de la francophonie. Elle est également conseillère de Paris, conseillère métropolitaine et conseillère régionale d’Île-de-France. Quelques semaines plus tard, elle a également été élue vice-présidente de Paris Musées. Audrey Pulvar n’exerce pas son pouvoir en Martinique. Mais elle appartient désormais à cette catégorie singulière de Martiniquaises capables de faire circuler l’île dans des réseaux politiques, culturels et internationaux considérables.
Myriam Moïse – Faire de la Caraïbe un espace intellectuel
Avec Myriam Moïse, retour à une puissance moins spectaculaire et pourtant essentielle : celle du savoir. Chercheure, universitaire, spécialiste notamment des études de genre et des productions des femmes afro-caribéennes, elle exerce également des responsabilités internationales à l’Université des Antilles et dans les réseaux universitaires caribéens. Elle préside aussi Archip’Elles – The Feminist Archipelago et rappelait encore en mars 2026 que le féminisme ne consiste pas à opposer les sexes mais à transformer les structures produisant les inégalités. La boucle est presque parfaite. Nous étions partis des premières militantes organisant les femmes martiniquaises en 1944. Nous retrouvons, huit décennies plus tard, une intellectuelle martiniquaise qui pense le genre à l’échelle de toute la Caraïbe.
VINGT-CINQ, ET APRÈS ?
Arrêtons-nous. Comptons.
Paulette Nardal.
Suzanne Césaire.
Jane Léro.
Yvette Guitteaud-Mauvois.
Solange Fitte-Duval.
Yvette Ebion.
George Arnauld.
Rita Bonheur.
Huguette Bellemare.
Muriel Ameller.
Murièle Cidalise-Montaise.
Lydia Ramael.
Catherine Conconne.
Béatrice Bellay.
Aurélie Nella.
Catherine Rodap.
Sandra Casanova.
Nathalie Sébastien.
Bénédicte di Geronimo.
Wendie Renard.
Euzhan Palcy.
Jocelyne Béroard.
Muriel Tramis.
Audrey Pulvar.
Myriam Moïse.
Vingt-cinq ! Et immédiatement, le problème apparaît. Il en manque. Évidemment qu’il en manque. Des artistes. Des agricultrices. Des enseignantes. Des journalistes. Des entrepreneuses. Des soignantes. Des sportives. Des syndicalistes. Des avocates. Des écrivaines. Des scientifiques. Des femmes politiques. Des femmes qui n’auront jamais leur photographie dans un journal et sans lesquelles pourtant des familles entières se seraient effondrées. Alors cette liste ne doit surtout pas devenir un Panthéon fermé. Elle doit fonctionner comme une porte ouverte.
LE POUVOIR FÉMININ MARTINIQUAIS N’A PAS UNE SEULE FORME
Voilà peut-être ce que ces vingt-cinq femmes racontent le mieux. Paulette Nardal exerce le pouvoir par les idées. Jane Léro par l’organisation. George Arnauld par le militantisme. Catherine Conconne par l’institution. Catherine Rodap par l’économie. Nathalie Sébastien par une infrastructure stratégique. Wendie Renard par le sport. Euzhan Palcy par le cinéma. Jocelyne Béroard par une langue devenue musique mondiale. Muriel Tramis par la technologie. Audrey Pulvar par les médias puis la politique. Myriam Moïse par la circulation du savoir.
Aucune ne possède la totalité du pouvoir. Mais mises ensemble, elles montrent que le pouvoir lui-même est multiple. Et peut-être est-ce justement ainsi qu’une société change. Pas toujours avec une révolution. Parfois avec une femme qui ouvre une porte. Puis une autre qui refuse qu’on la referme. Puis une troisième qui construit une pièce derrière. Puis une quatrième qui décide que la maison entière lui appartient aussi.
AUX NOMS DES FEMMES
Il reste quelque chose à faire. Arrêter de présenter chaque réussite féminine comme une exception admirable. « Première femme à… » « Première Martiniquaise à… » « Première femme noire à… » Ces formules sont nécessaires lorsqu’une frontière tombe. Mais leur accumulation révèle aussi toutes les frontières qui existaient. L’objectif final devrait être précisément que la phrase devienne inutile. Que voir une femme diriger une entreprise, une commune, un laboratoire, un journal, un aéroport, une institution culturelle ou une collectivité ne constitue plus une information en soi. Nous n’en sommes pas encore là.
Alors, en attendant : aux noms de Paulette, Suzanne, Jane, Yvette, Solange, George, Rita, Huguette, Muriel, Murièle, Lydia, Catherine, Béatrice, Aurélie, Catherine encore, Sandra, Nathalie, Bénédicte, Wendie, Euzhan, Jocelyne, Muriel encore, Audrey et Myriam.
Et aux noms de toutes celles qui n’ont pas encore trouvé leur place dans nos livres. À celles qui ont parlé. À celles qu’on a fait taire. À celles qui ont tenu. À celles qui ont transmis. À celles qui ont désobéi. À celles qui gouvernent. À celles qui créent. À celles qui reviendront. À celles qui partiront. À celles qui feront entrer la Martinique là où personne ne l’attend encore.
Aux noms des femmes : épée levée !
Mais dirigée contre un seul adversaire : l’effacement ou l’oubli ! △ !
N.B: L’UFM a été fondée par cinq femmes : Jane Léro, Yvette Guitteaud-Mauvois, Rosette Eugène, Désirée Maurice Huygues-Beaufond et Eudora Montredon-Clovis.
Sources et références
Histoire, féminisme et matrimoine
Union des femmes de Martinique — « Notre histoire »
Source essentielle pour la fondation en juin 1944 par Jane Léro, Yvette Guitteaud-Mauvois et leurs compagnes, ainsi que pour la succession de Solange Fitte-Duval, Yvette Ebion, George Arnauld et Rita Bonheur.
Union des femmes de Martinique — Notre histoire
Union des femmes de Martinique — « Le féminisme »
Source particulièrement pertinente sur le matrimoine, Jane Léro, Suzanne Césaire et la volonté de faire sortir les femmes des « silences de l’histoire ».
UFM — Le féminisme et le matrimoine martiniquais
Culture Égalité — Histoire de l’association
Confirme la création en 2013 par Muriel Ameller, George Arnauld, Huguette Bellemare, Murièle Cidalise-Montaise et Lydia Ramael, puis l’ouverture de Kay Famn en 2017 et de la Maison Culture Égalité en 2021.
Culture Égalité — À propos de l’association
Bibliothèque nationale de France — Paulette Nardal
La BnF rappelle son rôle d’écrivaine, journaliste et traductrice, son salon de Clamart avec ses sœurs et son rôle dans la circulation internationale des idées du monde noir.
BnF — Paulette Nardal, Écrire le monde noir
Bibliothèque nationale de France — Suzanne Césaire
La BnF référence notamment Le Grand Camouflage : écrits de dissidence, 1941-1945 et les travaux consacrés à Suzanne Césaire ; Tropiques paraît de 1941 à 1945.
Politique, économie et institutions
Sénat — Catherine Conconne
Sénatrice de la Martinique, réélue en 2023, secrétaire du Sénat, membre de la commission des affaires sociales et conseillère à l’Assemblée territoriale de Martinique. Page actualisée le 2 septembre 2026.
Sénat — Catherine Conconne
Assemblée nationale — Béatrice Bellay
Députée de la troisième circonscription de Martinique et membre de la commission des affaires sociales.
Assemblée nationale — Béatrice Bellay
France-Antilles — Aurélie Nella
Réélection à Ducos dès le premier tour des municipales de mars 2026 avec 84,46 % des suffrages exprimés, soit 5 397 voix.
France-Antilles — Aurélie Nella réélue à Ducos
MEDEF Martinique — Catherine Rodap
Élue présidente en septembre 2023, première femme à diriger le MEDEF Martinique ; avocate et médiatrice d’entreprise.
MEDEF Martinique — Catherine Rodap
Collectivité territoriale de Martinique — Sandra Casanova
Présidente de la commission Stratégies logistiques, Politique de la recherche et de l’innovation ; la CTM souligne notamment son travail sur la connectivité caribéenne et la transformation numérique du fret.
CTM — Stratégies logistiques, recherche et innovation
France-Antilles — Nathalie Sébastien / SAMAC
La présidente du directoire de la SAMAC présentait en février 2026 le bilan d’un aéroport ayant accueilli 1,86 million de passagers en 2025.
France-Antilles — Nathalie Sébastien et la SAMAC
France-Antilles — Bénédicte di Geronimo
Fin de son mandat à la présidence du Comité martiniquais du tourisme le 17 juillet 2026, après l’avoir exercé depuis juillet 2021.
France-Antilles — Fin de mandat de Bénédicte di Geronimo
Culture, sport et rayonnement international
UEFA — Wendie Renard
En mai 2026, l’UEFA comptabilise 101 apparitions européennes et huit victoires en Ligue des champions pour la Martiniquaise.
UEFA — Wendie Renard, capitaine record
Academy of Motion Picture Arts and Sciences — Euzhan Palcy
L’Academy lui a remis un Oscar d’honneur en novembre 2022 pour sa contribution au cinéma.
Oscars — Euzhan Palcy, Honorary Award
INA — Jocelyne Béroard et Kassav’
L’INA rappelle que Kassav’ a effectué des tournées dans plus de 82 pays, contribuant à internationaliser le zouk et la langue créole.
INA — Kassav’, Jocelyne Béroard et le rayonnement du zouk
Le Monde — Muriel Tramis
Retour sur sa carrière de pionnière du jeu vidéo et sur Méwilo, conçu en 1987 et situé dans la Martinique de Saint-Pierre avant l’éruption de 1902.
Le Monde — Muriel Tramis, de Méwilo à Adibou
Ville de Paris — Audrey Pulvar
Née à Fort-de-France, Audrey Pulvar a été élue le 29 mars 2026 adjointe au maire de Paris chargée des relations internationales, européennes et de la francophonie ; elle est également conseillère régionale d’Île-de-France.
Ville de Paris — Audrey Pulvar
Paris Musées — Audrey Pulvar
Le conseil d’administration désigné en mai 2026 l’a élue vice-présidente de Paris Musées.
Paris Musées — Conseil d’administration
Université des Antilles / France-Antilles — Myriam Moïse
Myriam Moïse est vice-présidente déléguée aux relations internationales de l’Université des Antilles ; elle préside également Archip’Elles – The Feminist Archipelago et travaille sur les études culturelles et de genre.
Université des Antilles — Myriam Moïse

