« La corde au cou » : autopsie d’un désespoir à l’ère du spectacle

— Par Sarha Fauré —

Avec La corde au cou, Gus Van Sant signe un retour à la fois attendu et déroutant, prolongeant une œuvre profondément habitée par les marges et les figures de la rupture. Dans la lignée de Elephant, Prête à tout ou encore Harvey Milk, le cinéaste puise dans un fait divers réel pour mieux ausculter les fractures d’une société américaine fascinée par ses propres débordements.

Le récit s’ancre dans l’affaire Tony Kiritsis, dont l’acte désespéré — l’enlèvement du fils d’un courtier qu’il tient pour responsable de sa ruine — devient sous l’œil de Van Sant un prisme à travers lequel observer la fabrication du spectacle médiatique. À mesure que la prise d’otage se déploie, le film élargit son champ, embrassant policiers débordés, journalistes opportunistes et opinion publique captivée. L’intervention d’un animateur radio charismatique, incarné avec intensité par Colman Domingo, parachève cette mutation du drame intime en événement national.

La grande réussite formelle du film tient à son dispositif visuel hybride. Fidèle à son goût pour une matière cinématographique organique, Van Sant mêle images retravaillées, fausses archives, photographies argentiques et captations vidéo, recréant avec une précision troublante la texture des années 1970.

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