— Par Pascal Blanchard Historien du fait colonial, Laboratoire communication et politique (CNRS), Groupe de recherche Achac (colonisation, immigration, post-colonialisme) —
Marseille, capitale d’Empire en 1922 avec l’Exposition coloniale et ses millions de visiteurs… Quatre-vingt-dix ans plus tard, Marseille est désormais une ville ouverte sur la Méditerranée et sur le croisement des civilisations. C’est aussi en hommage à cette histoire et au passé de cette ville unique dans l’histoire de France, que le président de la République, François Hollande, vient inaugurer aujourd’hui l’audacieuse architecture du Musée des civilisations de l’Europe et de la Méditerranée (Mucem), mais aussi la Villa Méditerranée, un «centre international» unique en son genre dédié au «dialogue et aux échanges en Méditerranée».
Moment symbolique et commémoratif aussi, puisqu’en juin 1913, les tirailleurs sénégalais ayant participé à la conquête du Maroc débarquaient dans le «port de l’Empire» avec leurs bardas et leurs familles (femmes et enfants) avant de rejoindre la capitale pour un 14 Juillet historique : le 1er RTS allait défiler à Longchamp et recevoir du président de la République Raymond Poincaré la Légion d’honneur qui sera accrochée au drapeau du régiment.



« J’appartiens à la race blanche, vous appartenez à la race noire. » Ainsi Eric Zemmour traçait-il, en novembre 2008, sur Arte, une ligne de démarcation entre lui et son interlocutrice, la militante antiraciste Rokhaya Diallo. L’écrivaine Nancy Huston et le biologiste Michel Raymond (CNRS) viennent aimablement d’offrir au polémiste, cinq ans plus tard, une formidable caution scientifique et intellectuelle.






Est-il possible d’envisager des réparations financières pour les crimes commis lors de l’esclavage ? En décrétant que «l’histoire ne peut pas faire l’objet d’une transaction», François Hollande vient de répondre négativement à cette question, le 10 mai, lors de la journée de commémoration de l’abolition de l’esclavage. La formule est habile. Pourtant, si l’on regarde les choses de plus près, la question est plus complexe, et ne peut être évacuée aussi facilement. Christiane Taubira, qui est à l’origine de la loi de 2001 reconnaissant la traite négrière et l’esclavage comme crime contre l’humanité, et instituant la journée du 10 mai, a eu raison de corriger immédiatement le tir présidentiel, en évoquant dès le lendemain la nécessité de réfléchir à des formes de politique foncière et de redistribution des terres en faveur des descendants d’esclaves dans les territoires français d’outre-mer. 


Entretien avec Lawrie Balfour professeur associé de Théorie Politique à l’Université de Virginie. Spécialiste des questions raciales en démocratie, elle a publié en 2011 Democracy’s Reconstruction Thinking Politically with W.E.B. Du Bois aux presses d’Oxford et prépare actuellement un ouvrage sur les réparations de l’esclavage et Jim Crow. Alors qu’en France le débat des réparations de la « Traite des Noirs » a été rouvert il y a quelques mois, nous lui avons posé quelques questions sur son passionnant projet :

