Mama Africa : Miriam Makeba, un film de Mika Kaurismäki | 19h00 |
Fort-de-France – Théâtre du Lycée Schœlcher

— Par Sabrina Solar —
Mama Africa est un documentaire réalisé par Mika Kaurismäki, consacré à la chanteuse sud-africaine Miriam Makeba. Le film retrace son parcours artistique et personnel sur plusieurs décennies, en s’appuyant sur des images d’archives, des extraits de concerts et des témoignages de proches, de collaborateurs et de musiciens.
Née en 1932 à Johannesburg, Miriam Makeba grandit dans un contexte marqué par des difficultés économiques et par la mise en place progressive du régime d’apartheid en Afrique du Sud. Elle commence à chanter au début des années 1950, notamment avec les Cuban Brothers puis au sein des Manhattan Brothers, où elle acquiert une première reconnaissance. Sa participation au film Come Back, Africa, qui dénonce les conditions de vie sous l’apartheid, entraîne des conséquences immédiates : en 1959, alors qu’elle se trouve à l’étranger, les autorités sud-africaines lui interdisent de rentrer dans son pays. Cet exil forcé marque un tournant durable dans sa vie.
Installée d’abord aux États-Unis avec l’aide de Harry Belafonte, elle développe une carrière internationale. Elle se produit sur de nombreuses scènes et rencontre un large public, notamment grâce à des titres comme « Pata Pata », qui devient un succès mondial à la fin des années 1960. Parallèlement à son activité artistique, elle prend régulièrement position contre le racisme, la pauvreté et les inégalités, portant son témoignage devant des instances internationales, y compris à l’Organisation des Nations unies.
Son engagement politique a aussi des répercussions sur sa carrière. Après son mariage avec Stokely Carmichael en 1968, elle se retrouve sous surveillance aux États-Unis et choisit de s’installer en Guinée. Elle y poursuit sa carrière musicale tout en continuant à dénoncer le régime sud-africain et en soutenant les mouvements de libération sur le continent africain. Pendant cette période, elle devient une figure importante de la lutte contre l’apartheid, tout en restant attachée à une expression artistique ancrée dans les traditions musicales africaines.
Le documentaire aborde également des aspects plus intimes de son existence, notamment les conséquences de l’exil sur sa vie familiale. Miriam Makeba ne peut pas toujours retourner en Afrique du Sud pour voir ses proches, y compris dans des moments difficiles. Elle traverse aussi des épreuves personnelles, comme la perte de sa fille, tout en poursuivant son activité artistique.
À travers des entretiens avec des membres de sa famille, des amis et des artistes de différentes générations, le film met en perspective son influence durable. Il montre comment son travail a inspiré de nombreux musiciens à travers le monde, tout en restant profondément lié à ses racines culturelles. Le documentaire insiste sur le fait qu’elle chantait dans plusieurs langues africaines et qu’elle cherchait à préserver et diffuser ces héritages musicaux.
Après la fin de l’apartheid, Miriam Makeba peut finalement rentrer en Afrique du Sud. Elle continue à se produire sur scène et à intervenir publiquement jusqu’à la fin de sa vie. Elle meurt en 2008, peu après un concert en Italie.
Sans chercher à idéaliser son parcours, Mama Africa propose ainsi une relecture documentée de la vie d’une artiste dont la trajectoire est indissociable des enjeux politiques et sociaux de son époque. Le film met en évidence la manière dont Miriam Makeba a construit une carrière internationale tout en restant liée aux réalités de son pays d’origine, et comment sa voix a été perçue comme un vecteur de revendication et de mémoire.
Date de sortie inconnue | 1h 30min | Documentaire
De Mika Kaurismäki | Par Mika Kaurismäki, Don Edkins
Avec Miriam Makeba, Harry Belafonte, Nelson Mandela
Titre original Mama Africa
