Chapitre XIII
LES ÉCHANGES
« La joie et la tristesse sont inséparables. Ensemble elles viennent. Et quand l’une s’assoit seule avec vous, rappelez-vous que l’autre est endormie sur votre lit. »
(Khalil Gibran)
Les Rochois avaient atteint visiblement les parapets de l’épuisement. Le cœur gros, découragés, ils exhalaient à grand-peine les vapeurs nuisantes de la frayeur et du désagrément. Sur la toile de sombreur où était peinte cette bergerie d’incertitude, se mouvait un demain glacial, algide, marmoréen : une sorte de représentation picturale de pâleur cadavérique. Mais ce demain, en toute franchise, n’avait-il pas toujours été pour les indigents un réservoir de malaise, un canari de contrariété, un ballast de misère et un abreuvoir du scepticisme de Pyrrhon? Les paysans avaient finalement pris la décision de ne pas s’aventurer plus loin. Ils avaient saccagé les tripes de la forêt, bouleversé les entrailles des eaux stagnantes, creusé sous les rochers sans découvrir le moindre indice qui aurait fait croire à tout le moins que le petit Sauveur serait encore vivant ou déjà mort. Après mûre réflexion, ils avaient convenu d’abandonner les recherches, et de s’en remettre complètement à la volonté du Créateur.<p> Lire Plus

… Et il pleuvait encore du sang et des larmes!
Publication du roman inédit Kokliko, du premier roman de l’ancien rédacteur en chef de France Antilles Martinique Rudy Rabathaly.
Le 27 février 2025, les parents, les collègues et les lecteurs de
Après le passage tumultueux à la Maison dite Blanche du président Blondinet, dont le patronyme trompeur fait penser à un gamin folâtre, l’Américanistan en eut assez de l’entendre vociférer contre le monde entier, le menaçant sans cesse de lui infliger des droits de douane exorbitants, ou encore d’accaparer le Canada, Gaza, le Groenland et le canal de Panama. Et c’est ainsi que tout sembla changer avec la venue d’un certain John Fitz-Ken, marchand de cacahuètes de son état et dont le discours d’investiture fit l’effet d’une brise fraîche :
« Saut-D’Eau »
Rien ne remplacera les années 60. J’ai eu la chance de vivre Mai 68 aux premières loges, habitant au 34 de la rue Gay-Lussac, à l’endroit même où fut érigée la première barricade. Je revois encore Dany le Rouge passant devant chez moi et haranguant ses troupes. Dans mon appartement, se trouvaient plusieurs de mes amis ainsi que des habitants de l’immeuble dont une fille que nous appelions Tête de Poisson, une communiste endurcie qui nous chantait des airs de balalaïka. Mon copain Bobby Labrousse, alias Brebis Galeuse, enfonça rageusement dans le nez de Jules Badeau – autre surnom – une plume qu’il tira d’un coussin, n’en pouvant plus de l’entendre déconner. Ce soir-là, Jean-Claude O’Garro resta dormir chez nous de peur d’être arrêté par les CRS. Je dus le faire asseoir sur une chaise n’ayant pas assez de lits. Soulignons que, juste en dessous de chez moi, vivait mon amie, Madame Paul Fort, la femme du poète, qui me parlait des célébrités qui venaient autrefois la visiter, tels Paul Valéry ou Georges Brassens.
Le vendredi 10 janvier dernier, la médiathèque de Sainte-Luce accueillait une rencontre littéraire autour de l’œuvre de Suzanne Césaire proposée par le Club Soroptimist Diamant les Rivières et accueillant l’universitaire Anny-Dominique Curtius, auteure de l’ouvrage « Suzanne Césaire. Archéologie littéraire et artistique d’une mémoire empêchée ». Un moment riche d’enseignements et de partage autour d’une œuvre et d’un patrimoine qui subjugue et passionne de plus en plus et qui tend, au fil des études et des recherches, à retrouver sa place dans le panthéon littéraire martiniquais.
Écœuré par la lâcheté et l’imposture qui règnent en France de nos jours, j’aimerais faire un retour aux années 60. Depuis le départ du Général De Gaulle, la France s’enfonce de plus en plus jusqu’à toucher le fond avec Emmanuel Macron. Les massacres quotidiens perpétrés à Gaza ne dérangent ni les hommes politiques, ni les journalistes français qui répètent tous en chœur les mêmes litanies mensongères, et gare à celui qui sortirait des rangs. Seules quelques rares exceptions sauvent l’honneur, tels Rony Brauman ou Dominique de Villepin.

