Thierry Mathiasin : Quai des arachides (6)

  • Par Thierry Mathiasin

Avec Quai des arachides, Thierry Mathiasin, artiste peintre et poète guadeloupéen, nous entraîne, dans un univers où la terre, la mer, l’exil et la mémoire se rencontrent.

Thierry Mathiasin ou la palette du multiple

À travers une écriture dense, imagée et profondément sensorielle, il fait surgir les paysages de la Caraïbe, les blessures de l’histoire coloniale et les échos du marronnage. Sa poésie explore les liens entre identité, déracinement, corps et liberté. Ce texte est extrait de Quai des Arachides, publié en décembre 1991 à l’École d’Art du Havre, sous la responsabilité de Francis Marshall, avec le soutien de la DRAC Haute-Normandie.

Thierry Mathiasin

QUAI DES ARACHIDES. Thierry Mathiasin. Décembre 1991. École d’Art du Havre.  Responsable de publication : Francis Marshall. Avec le soutien de la DRAC Haute-Normandie.

LES ATTERRAGES DU TROU

Au gestation de poupes,
L’enfléchure ovulaire
A renfloué les étalingures du sang.
La progéniture des dérives
Aux écluses des copulations vaines
Drague des vibromasseurs
Dans l’étui océanique des horizons turgides.
Vagissements ensablés
Au cou des ressacs têtus,
excitant le gland des récifs
Qui moutonnent aux tangages
Des clitoris ballants.
Le porte-tétons lance ses sucettes de chasse
Aux succions des vogueurs de l’allaitement.
Les pontons de leucorrhée
Aux tanguières des strings ameutent
Les scaphandriers des miasmes cinglants.
Stratus de stupre aux hunes des épaves
Qui empalent de babords
Les affrètements de passe.

Sans titre

Je reviendrai avec le rire d’un enfant
Sur la langue rêche des tombes.
Mes veines tordues sous mes dents
Sécrèteront l’accoutumance des roses,
Draineront les appels rongés
Dans les alcôves du mort.
Et les liens sur mon cœur
Ligoteront mes rides aux pendules perforées.
L’herbier dans l’haleine des fouilles
Écartera mes pieds aux mues de la cendre.
Pas de trône dans vos yeux
Je m’inclinerai sur l’humble
Ébauche de mes reptations.
J’enfoncerai mes sens dans la cire
Quand la sève émondera mes mots
Sur les conduits d’os.
Je reviendrai…

Sans titre

Le nez de plusieurs artistes
Collé à la monstrueuse masse
Noire qui flottait par la force
D’un poisson dans une grande
Lumière s’achevant dans une scène
De planctons aux transports sublimaires ;
Quelque chose d’une farouche
Imagerie quoique absurde
Où se trouvait aux parois
D’une inexplicable vague.