— Philippe Yerro (Ali Babar Kenjah) sur Mumia Abu-Jamal. Entretien avec Rodolf Etienne —
Plus de quarante ans après son arrestation, Mumia Abu-Jamal demeure l’un des noms les plus emblématiques de la lutte contre la répression d’État et le racisme structurel.
Philippe Yerro (Ali Babar Kenjah) nous livre une lecture caribéenne et postcoloniale : de la justice américaine comme prolongement historique de la domination, jusqu’au rôle des figures assignées au statut de martyr de la cause.
Entre références à Fanon, Glissant, Foucault, Deleuze et une méditation sur la spiritualité comme ressort de résistance, Philippe Yerro interroge aussi la Martinique : mémoire, clivages, responsabilité et devoir de ne pas détourner le regard.
Q : En tant qu’anthropologue et intellectuel martiniquais, comment lisez-vous la trajectoire de Mumia Abu-Jamal : affaire judiciaire singulière ou plutôt symptôme profond d’un système politique et racial ?
R : Se mêlent en moi au moins deux registres quand je m’évoque le destin singulier de Mumia : il y a le logos militant, panafricain, frotté aux Frères de Soledad depuis mes années de collège, familier du regard myope de Malcom et de la réalité théorique de ce qu’est le Ku Klux Klan (KKK)… C’est l’approche de l’ancien combattant sans illusions sur la cruauté de Babylone.

Gilbert Pago, historien et militant.
— Par Vadim Kamenka —
Arrêté il y a 42 ans,
Dans cet interview, son médecin-conseil explique chacune des quatre affections primaires dont souffre actuellement Mumia : Covid-19, insuffisance cardiaque congestive, cirrhose du foie et aggravation des éruptions cutanées chroniques. Le 27 février, Mumia Abu-Jamal a téléphoné à Pam Africa (coordinatrice de International Concerned Family and Friends of Mumia Abu-Jamal) pour lui signaler ses symptômes Covid, notamment ses difficultés respiratoires ressenties «comme un éléphant assis sur ses poumons». Pam et ses partisans ont immédiatement lancé une campagne d’action auprès du Secrétaire d’Etat en charge des services correctionnels de Pennsylvanie John Wetzl, du Procureur Larry Krasner de Philadelphie et du Gouverneur de Pennsylvanie Tom Wolf. Les appels téléphoniques nombreux durant plusieurs jours ont contraint les autorités à faire transférer Mumia de la prison vers un hôpital où il a reçu des soins dont la ponction du liquide qui envahissait ses poumons et qui l’oppressait. Rapidement le diagnostic est tombé : Mumia était positif à la Covid 19, contredisant le résultat du test réalisé à la prison. Précisons que durant son séjour à l’hôpital, ses jambes et ses bras ont été enchaînés à son lit, aggravant ses souffrances et provoquant des blessures ouvertes et sanglantes sur une peau déjà très abimée.
Communiqué: Le rassemblement mensuel place de la Concorde à Paris pour la libération de Mumia est annulé.
C’est une grande victoire judiciaire, Mumia Abu Jamal peut interjeter appel. La Cour suprême de Pennsylvanie avait toujours rejeté cette possibilité.
Jeudi 27 décembre, le juge Tucker a fait connaître sa décision. Elle est fondée sur le fait que Ronald Castille, alors juge en chef à la Cour suprême de Pennsylvanie, aurait dû se récuser lors de l’examen de l’affaire Mumia en raison de son implication précédente en qualité de procureur sur le même dossier et de ses déclarations favorables à la peine de mort lorsqu’il s’agissait d’homicide de policiers.
Quoique publié en anglais, cet ouvrage mérite d’être signalé, compte tenu de la valeur de son auteur. Mumia Abu Jamal publiait en juillet dernier chez City Lights Editions « Have Black Lives ever mattered ? ». Un ouvrage qui n’est pas passé inaperçu du côté de l’Amérique et qui mérite son temps de lecture.
Le Bureau du procureur de Philadelphie, Seith Williams, s’obstine toujours – et pour cause – à ne pas fournir tous les documents prouvant l’implication permanente du juge Castille dans les procédures judiciaires ayant abouti à la condamnation à mort de Mumia Abu-Jamal.
Alors que l’Amérique a choisi d’élire Donald Trump, le candidat républicain à la présidence, le cas Mumia Abu Jamal[1] prend certainement plus de valeur encore. Après 35 ans derrière les barreaux, dont 30 dans les couloirs de la mort, le prisonnier politique le plus fameux des Etats-Unis, poursuit son engagement et réclame sa libération.
Grâce au soutien de Johanna Fernandez(*), qui depuis de nombreuses années rend visite à Mumia Abu Jamal, un nouvelle ouvrage vient compléter la liste déjà longue que constitue les essais, articles et autres commentaires publiés par Mumia Abu Jamal, depuis le couloir de la mort ou la prison, plus simplement.
Le militant noir-américain a été transféré mardi 12 au Centre médical Geisinger à Danville. Depuis, il « a été isolé de sa famille, de son avocat et de son docteur »
L’amélioration de l’état de santé de Mumia n’est que très légère si l’on en juge par les très grandes difficultés à sortir de son fauteuil roulant et à se déplacer en marchant.
Mumia Abu Jamal est né le 24 avril 1954 à Philadelphie (Pennsylvanie), journaliste, écrivain et militant afro-américain. Il a été condamné en 1982 à la peine de mort pour le meurtre de Daniel Faulkner, un policier de Philadelphie. Une mobilisation internationale a eu lieu en faveur de sa libération. Il est devenu un symbole pour beaucoup d’opposants à la peine de mort.