Étiquette : Marie-Laurence Delor

Voilà où nous sommes rendus

Par Marie-Laurence Delor —

Constat 1

« Nous n’accepterons pas que de gens vivent leur vie alors que nous sommes en train de souffrir ». Cette phrase prononcée par une leader syndicale du monde agricole est la pus terrible que nous ayons entendue. Terrible parce qu’elle exprime une frustration et une haine incandescentes et aveugles portées par cette alliance tacite entre syndicat et voyous ; terrible parce qu’elle dit l’intention de ces gens : établir la terreur, faire payer à tous ce qu’on a subi. Une terreur dont personne ne sait jusqu’à quelle extrémité elle ira et jusqu’où elle sera acceptée par ceux qui en sont victimes. Une terreur dont se félicite un généralissime de pacotille en Guadeloupe et dont un petit chef martiniquais affirme l’utilité pour faire céder l’ennemi.

Constat 2

Un Président en campagne qui pour ne pas faire de vagues ne pose pas les limites, biaise et louvoie. Le problème est que l’interprétation qu’en fait le bric-à-brac protestataire guadeloupéen et martiniquais est que le pouvoir hésite, il a peur. On a vu ainsi s’installer une situation surréaliste où la Martinique comme la Guadeloupe sont quasi sous contrôle d’individus improbables qui en plein délire de toute puissance décident selon leur bon plaisir sur des barrages de ceux qui passeront ou pas tandis que d’autre brûle et pillent la nuit tombée.

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En ces temps obscurs…

Par Marie- Laurence Delor

Le fait le plus marquant de la période, pour l’observateur avisé, c’est l’irruption dans le débat public, grâce aux médias sous pression des réseaux sociaux, de problématiques régressives jusque là marginales, portées par une nébuleuse rouge-vert-noir (1). La notion de « régression », telle que nous en usons ici, n’est pas réductible à son sens courant d’opposition au « progrès ». Si elle recouvre l’idée d’un retour en arrière, d’une certaine façon proche de la psychologie expérimentale et de la psychanalyse (2), elle réfère surtout ici à des tendances inquiétantes et à leur banalisation à la faveur du silence des politiques et de la capitulation des intellectuels. Nous en avons repéré deux, à notre avis, principales :

1. La dictature de la croyance

La dictature de la croyance telle qu’elle se présente aujourd’hui est à la jonction du narcissisme libéral (3), de la crise de la politique et de l’explosion des réseaux sociaux. Des réseaux sociaux qui fonctionnent toujours plus selon le faux postulat d’égalité en dignité et en vérité de toute parole : une corruption de la liberté d’expression et de la démocratie.

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L’ enfer ce n’est pas forcément les autres

— Par Marie-Laurence Delor —

Tout autant que la détestation de E. MACRON, qu’ils partagent avec les « Patriotes » de PHILIPPOT, ce qui me paraît faire tenir l’agrégat des anti-vaccins, anti-passes, anti-masques, anti confinements et anti couvre-feux des Antilles françaises c’est le déni de réalité et conséquemment le refus obstiné de la règle élémentaire de l’objectivité : la critique de la gestion de crise est un exercice normal en démocratie, elle ne doit pas pour autant masquer notre part de responsabilité. A moins de penser que la santé des populations et des personnes ne dépend que de l’Etat et pas en partie d’elles-mêmes. A moins aussi d’ignorer l’incidence du comportement des citoyens et usagers sur le fonctionnement et l’efficacité du système de santé et de soin, et ce particulièrement en cas d’épidémie.

Récapitulons : vous vous en remettez, de fait, entièrement à l’autre tout en lui reprochant jour après jour de ne pas en faire assez ou de mal faire, en prétendant, par ailleurs, que vous auriez fait mieux. Nous percevons dans cette sur-dramatisation calculée du rapport déjà problématique à l’autre,non plus la figure du « colonisé partenaire » décrit par Auguste ARMET dans les années 1980 mais celle d’un « colonisé duplice ».

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“Nous en paierons le prix!”

Par Marie-Laurence Delor

Nous avons encore en mémoire l’impressionnant défilé de motards sur l’avenue de Sainte Thérèse, boss en tête drapeau rouge- vert-noir déployé : figuration équivoque d’un bataillon de « patriotes », symbolique d’un « Mada » vision rue ; en définitive,un hymne consacrant un modèle : « nous avons une plus grande légitimité que ceux qui nous arrêtent et ceux qui nous jugent ».C’était il y a deux ans, Monsieur le Maire de Fort-de-France, avec votre bénédiction…

Le message est arrivé à qui de droit et la jonction semble désormais acquise comme l’indiquent les récents évènements. Acquises aussi, manifestement, les exigences de ceux de la rue : pillages, voies de fait et plus si affinités… Pourvu que l’intention de nos rouges-verts-noirs, les « historiques », grands stratèges devant l’éternel, soit respectée : le chaos en vue de réaliser leur fantasme« mal-papay » d’insurrection populaire ; ceci, dans l’indifférence totale de la tragédie sanitaire que vivent nos compatriotes : hôpital saturé, pompiers dépassés, morgue engorgée… Les anti-vaccins et anti pass sanitaires du samedi matin servent à vrai dire de petit bois d’allumage et d’enfumage pour le brasier du soir.

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Le Covid-19 : un révélateur des limites de la démocratie corporative

Par Marie-Laurence Delor —

Dans un texte précédent faisant suite à l’aggravation de la pandémie du Covid19 en Martinique lors de la troisième vague () nous avons développé – sans doute trop succinctement -sur un enchâssement de paradoxes témoignant, comme nous l’écrivions, d’une « faible inclination à l’effort pour le bien commun » : des prétendus « patriotes »essaimant le virus, s’en prenant ainsi à leur propre peuple ; un préfet vilipendé alors même qu’il s’employait à la protection de la population ;des politiciens demandeurs de responsabilité locale murés, à deux ou trois exception près, dans un silence assourdissant tandis que la prolifération du virus s’intensifiait et que la prise en charge hospitalière était à saturation.

En ce commencement d’une quatrième vague qui s’annonce encore plus dangereuse, on pourrait penser que l’histoire se répète si l’on s’en tient uniquement aux réactions de quelques-uns et à la légèreté de nos politiciens face à la menace. Mais la configuration et la problématique ne sont plus tout à fait les mêmes. Ce qu’on observe aujourd’hui c’est, d’une part, une tentative en sous-main de coagulation improbable de mécontentements corporatistes ; d’autre part, une reprise de la dynamique de vaccination.

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Historien ou propagandiste?

— Par Marie Laurence Delor —

Toute commémoration est de l’ordre du « mémoriel » et de la « célébration ». C’est un rituel politique qui vise à perpétuer une identité collective par un récit magnifié de la nation. On sait que celle-ci, la nation, n’est que norme – et non une essence, un mode de structuration historiquement déterminé des sociétés divisées. On a ainsi affaire à un édifice quand au fond précaire qui demande en permanence à être consolidé, réajusté sur le plan symbolique et idéologique. C’est cette problématique qui donne sens à l’exigence de commémoration. L’intention est de gagner l’adhésion par le sentiment et les émotions et non de dire le vrai. C’est pour cela qu’il faut toujours interroger les contenus. La question est alors de savoir jusqu’où le discours mémoriel et le récit de la nation qu’on nous administre biaisent la lecture du passé. Ainsi posés « nation » et « mémoire » deviennent des objet d’étude pour l’historien et non des motifs de « célébration » ou de « déploration ». C’est ce recul critique que j’ai beaucoup aimé dans l’article de « À propos du bicentenaire de la mort de Napoléon Bonaparte » signé par Marie-Hélène LEOTIN, agrégée d’histoire (Madinin’art, 20 avril 2021).

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Prendre du recul et faire le bilan

Par Marie-Laurence Delor —

Pour mémoire – puisque c’est la « mémoire » qui le plus souvent manque à ceux qui disent en faire un devoir – je livre à nouveau à la lecture ou à la relecture des uns et des autres mon « Mot du jour » du vendredi 29 janvier  2021. Il s’intitulait « Les insurgés fêtards ou des paradoxes rouges, vert, noir » :

« Que disent sur nous même ces vidées qui jouent à la dissidence? Car, c’est bien cela l’essentiel: notre capacité à prendre du recul sur ce que nous croyons être, sur notre culture et nos traditions. Ces « vréyé-monté et ces raché-pwèl hautement militant” confirment, d’une part, le délitement rouge, vert, noir: la même bannière qu’on brandit pour exiger réparation pour le désastre écologique, sanitaire et social de la chlordécone flotte au dessus des « insurgés fêtards » qui essaiment allègrement le covid 19 et ses variants. Ces vidées soi-disant dissidents témoignent, d’autre part, de notre égoïsme festif et de notre  faible inclination à l’effort pour le bien commun. Cet hédonisme englué dans l’instant traduit quant au fond une vision désespérée de l’avenir, de notre capacité à faire peuple….

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Les Insurgés fêtards ou des paradoxes Rouge, Vert, Noir…

— Par Marie-Laurence Delor —

Que disent sur nous même ces vidés qui jouent à la dissidence? Car, c’est bien cela l’essentiel: notre capacité à prendre du recul sur ce que nous croyons être, sur notre culture et nos traditions. Ces .« vréyé-monté et ces raché-pwèl hautement militant”. confirment, d’une part, le délitement rouge, vert, noir: la même bannière qu’on brandit pour exiger réparation pour le désastre écologique, sanitaire et social de la chlordécone flotte au dessus des .« insurgés fêtards ». qui essaiment allègrement la Covid 19 et ses variants. Ces vidés soi-disant dissidents témoignent, d’autre part, de notre égoïsme festif et de notre  faible inclination à l’effort pour le bien commun. Cet hédonisme englué dans l’instant traduit quant au fond une vision désespérée de l’avenir, de notre capacité à faire peuple…. Pas étonnant que l’argument ou plutôt l’alibi de la transmission ou de la tradition soit d’une telle indigence : toutes les écoles Maternelles, Primaires de Martinique depuis plus de 30 ans mettent en place des ateliers carnaval pour l’évènement. Les collégiens et les lycéens, de même un grand nombre de salariés se travestissent depuis « .nanni-nannan »

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Les Éveillés, Rouge, Vert, Noir

— Par Marie-Laurence Delor —

Rien ne peut plus nous étonner !. Et voilà nos insurgés du dimanche se réclamant de A. Cesaire, de F. Fanon et de Koko René-Corail, qui se coulent dans le modèle anglo-saxon en vogue, le très controversé « woke attitude», traduire « rester éveillé » (de veille informatique). Le terme d’origine argotique afro-américain,  popularisé il y a une dizaine d’années par la chanteuse Erykah Badu a été repris sur les campus des grandes universités états-uniennes. Son usage s’est étendu, parallèlement, dans les milieux mondains et marketing (woke-washing)”.

L’Urban Dictionnary qui fait autorité pour les parlers argotiques le définit comme suit: « The act of being very pretentious about how much you care about a social issue » (comportement très prétentieux sur le fait que vous vous préoccupez d’un problème social). 

Pour ses adeptes, le « woke » serait une attitude d’éveil face à toutes inégalités (de classe, de genre, de race…) et aux questions environnementales. Bon nombre d’observateurs soulignent toutefois une recherche effrénée de la visibilité. Elle est consubstantielle à la « woke attitude » et se traduit par l’hystérisation scénarisée de l’indignation;  relayée en cela par les réseaux sociaux.

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Activisme N.R.V. (Noir, Rouge, Vert) : parler vrai!

 — Par Marie-Laurence Delor —

Au delà des stratégies de victimisation, du sensationnel (maire enchaîné consentant, statues mises à sac et incendiées) et des nouveaux héros au crachat facile ou tombés au champ d’honneur, il y a l’essentiel, le fait problème qu’il faudra bien à un moment ou à un autre considérer: l’impuissance de la classe politique martiniquaise à penser et à forger une volonté collective autour d’un projet de réduction des dépendances, même dans le cadre du présent statut. C’est cela l’enjeu et pas autre chose. Il faudrait, à notre avis et jusqu’à preuve du contraire, analyser cette impuissance comme une résultante d’une culture tribale dominante où les intérêt de clans, de castes et de groupe l’emportent sur l’intérêt du plus grand nombre tout en se prévalant de celui-ci par des artifices idéologiques, autrement dit des représentations travesties de la réalité. La fonction des intellectuels dans un tel contexte est de déconstruire et de clarifier les enjeux pas de « hurler avec les loups ».

L’observateur attentif qui ne se laisse pas « divertir », au sens du philosophe Pascal, par l’agitation ambiante devrait être interpellé par une singularité: la présence en arrière plan de parents et leur implication de plus en plus marquée en première ligne en lien avec  l’accélération des évènements.

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Pour une clarification du débat

— Par Marie-Laurence Delor —

La très grande majorité des réactions et commentaires pêchent d’abord sur la qualification de l’acte: ce n’est pas un déboulonnage mais une mise à sac. Ils se trompent, ensuite, sur ce qui devrait être le principal objet du débat: la réception, c’est à dire les commentaires et réactions qui transforment l’acte en évènement, qui l’instituent comme tel. Ils se méprennent, enfin,  en présumant une l’ignorance justifiant l’acte: les activistes rouge, vert, noir ne sont pas sur un registre historique mais mémoriel. Ceci dans une logique de « tyrannie de la mémoire » qui aujourd’hui menace la liberté intellectuelle des historiens en cherchant à imposer des cadres d’interprétation du passé, « un nouveau régime d’historicité », conformes à leur idéologie; une logique qui corrélativement tend à escamoter l’évidence de la relativité et de la multiplicité des mémoires (1). 

Les révoltes des esclaves ont été largement documentées au cours de ces 40 dernières années. Sans doute n’a t-on pas insisté suffisamment sur les différences entre Grandes et Petites Antilles et avec le continent (notamment Brésil, Colombie et Guyane). Le « nègre marron » n’est pas partout une « figure héroïque ».

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Nous sommes en responsabilité ou en irresponsabilité de notre devenir 

 —-Par Marie-Laurence Delor —
 Nous sommes en risque sanitaire systémique. Il serait temps que les politiques et les collectivités martiniquaises le comprennent. Il serait temps que la société civile (associations, syndicats et autres groupes d’influence) s’en préoccupent. Il serait temps que les médias et les intellectuels s’y intéressent. Le risque sanitaire systémique peut s’entendre, dans le cas martiniquais, comme un effet cumulé de pollutions délétères (chlordécone, sargasse, brume de sable…) dans un contexte de faillite des structures de traitement des déchets de toutes sortes et de crise des politiques publiques de santé. La question de la chlordécone s’inscrit dans cette configuration globale d’urgence sanitaire.  
 
Une urgence pour laquelle il faut d’abord compter sur l’intelligence collective des martiniquais et pour laquelle le message à délivrer à l’État doit être simple et clair: nous exigeons d’être les principaux acteurs et d’être financièrement accompagnés pour la recherche et la mise en place des solutions que nous estimons possibles à court, moyen et long terme. C’est dire que nous sommes, société civile et société politique, en responsabilité ou en irresponsabilité de notre devenir.

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