“Nous en paierons le prix!”

Par Marie-Laurence Delor

Nous avons encore en mémoire l’impressionnant défilé de motards sur l’avenue de Sainte Thérèse, boss en tête drapeau rouge- vert-noir déployé : figuration équivoque d’un bataillon de « patriotes », symbolique d’un « Mada » vision rue ; en définitive,un hymne consacrant un modèle : « nous avons une plus grande légitimité que ceux qui nous arrêtent et ceux qui nous jugent ».C’était il y a deux ans, Monsieur le Maire de Fort-de-France, avec votre bénédiction…

Le message est arrivé à qui de droit et la jonction semble désormais acquise comme l’indiquent les récents évènements. Acquises aussi, manifestement, les exigences de ceux de la rue : pillages, voies de fait et plus si affinités… Pourvu que l’intention de nos rouges-verts-noirs, les « historiques », grands stratèges devant l’éternel, soit respectée : le chaos en vue de réaliser leur fantasme« mal-papay » d’insurrection populaire ; ceci, dans l’indifférence totale de la tragédie sanitaire que vivent nos compatriotes : hôpital saturé, pompiers dépassés, morgue engorgée… Les anti-vaccins et anti pass sanitaires du samedi matin servent à vrai dire de petit bois d’allumage et d’enfumage pour le brasier du soir. Qui de ces différents acteurs manipule qui ? Qui contrôle qui ? Que dire de leur absence de condamnation des débordements de nuit ? C’est la confusion la plus totale sur un registre qui n’est ni citoyen, ni politique, ni syndical…

Mais puisque l’argument, le motif pour agir est paraît-il, dans le sillage des « patriotes » de l’hexagone, la démocratie menacée, il est bon de rappeler cette vérité à tous y compris à ceux qui nous gouvernent : les martiniquais n’ont jamais eu de contentieux avec la vaccination obligatoire. C’est une vieille institution qui a évolué avec la lutte contre les épidémies. Ils n’en n’ont pas davantage avec le « pass vaccinal » qui existe déjà de fait, tel que le carnet de santé.

Reste à comprendre le très faible taux de vaccination en Martinique. Il s’explique, selon nous,dans une assez large mesure, par une forte appréhension, une peur, qui devrait s’analyser comme la résultante d’une conjonction de facteurs dont les plus importants sont à notre avis les suivants :

– le sentiment d’une gestion erratique de la pandémie par l’Etat, particulièrement au début,

– le rejet du vaccin par la grande majorité de ceux qui sont en charge de l’administrer, exception faite des médecins,quoique quelques libéraux le déconseillent à leurs patients.

– l’ambiguïté des élites politiques martiniquaises et des médias : raison de parti pour les premiers, recherche du sensationnel pour les seconds,

– l’inflation complotiste de tout bord sur les réseaux sociaux se livrant jour et nuit à un travail consciencieux de désinformation.

Il y a aussi, à part égale, le vieux fond fataliste face à une menace qu’on appréhende mal et la croyance en une efficience quasi magique de la pharmacopée populaire aux antipodes de la démarche rigoureuse de validation telle que développée depuis plus de 40 ans par le réseau TRAMIL (Programme de recherche appliquée à l’usage populaire des plantes médicinales dans la Caraïbe). C’est un temps béni pour les naturopathes peu scrupuleux…

Nous en paierons le prix !

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Marie-Laurence DELOR