L’Opéra de Paris avait laissé partir en Russie le Français Marius Petipa. Il ramène aujourd’hui Benjamin Millepied, 36 ans, d’Amérique pour diriger sa troupe qui compte parmi les plus belles du monde.
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C’est une révolution! Aucun chorégraphe n’avait dirigé le ballet de l’Opéra de Paris depuis Serge Lifar. Et Benjamin Millepied n’est pas le type de danseur rompu aux grands ballets classiques, l’un des fer de lance pourtant, de la compagnie. Et pourtant Benjamin Millepied est indispensable! Dans ce monde qui se montre chaque jour un peu plus sourd à la parole si particulière de la danse, il a décidé d’y consacrer sa vie. Voici quatre ans il disait déjà: «Je deviendrai directeur de compagnie pour remettre la danse au centre des arts, susciter des désirs créatifs et toucher les gens d’aujourd’hui». Ses 36 ans n’y changent rien, il a toujours été précoce. Son mariage célébré cet été avec Natalie Portman, la plus brillante des actrices américaines rencontrée sur le tournage de Black Swan n’ébranle pas davantage sa détermination. Pas plus que la naissance de leur fils Aleph, un an plus tôt.




















Si Platon a écrit toute sa philosophie sous la forme de dialogues, transformer ce théâtre des idées en spectacle vivant impose une véritable épreuve dramatique. Derrière chaque mot, le metteur en scène doit déceler (ou inventer) une intention, une situation, des non-dits… Bref, élaborer le sous-texte qui, sur scène, en dit plus long que les paroles échangées ; cet ensemble de signes qu’on appelle théâtralité. Au contraire, s’en remettre aux seules idées philosophiques, se réfugier derrière la force (si grande soit-elle) des sujets traités par Platon, c’est renoncer à tout projet véritablement scénique, et condamner le spectateur au plus opaque des ennuis.




Par PHILIPPE TORRETON Comédien

