M' A

Je n’ai pas pris l’autre chemin

— Par Robert Lodimus —

Les yeux embastillés dans la noirceur,

Le paysage gourd, encore sous l’effet de l’hébétude,

Reçoit en plein visage la vague de froidure de l’aube.

À cette période de l’année,

La nature n’arrive pas à s’échapper

De l’emprise des ténèbres épaisses libérées par Nyx,

La déesse de la nuit.

Les maisons glacées et les arbres effeuillés

Se dévoilent lentement à la clarté rebelle du jour.

Je me rends compte, comme la plupart de mes camarades,

Que je vieillis dans « Le pays sans étoiles » de Pierre Véry.

Loin des forêts tropicales, touffues et verdoyantes,

Qui berçaient de l’hiver à l’été mon enfance joyeuse

Avec les chants symphoniques des grives de Bicknell,

Les jacassements des pies, les coassements des crapauds,

Les cancanements des canards, les trissements des hirondelles,

Les béguètements des chèvres…<p>  Lire Plus

De la poétique des strates

— Par Marie Gauthier —

« Lorsque je regarde attentivement les pierres,
je m’applique parfois, non sans naïveté,
à en deviner les secrets. Je me laisse glisser à concevoir
comment se formèrent tant d’énigmatiques merveilles… »

Roger Caillois, L’écriture des pierres, Gallimard, 1978

À son retour en Martinique, Izae Etifier raconte avoir été impressionnée, au cours de ses promenades, par les roches de l’île : présences denses, chargées d’histoires tues. L’écrivain Roger Caillois regarde les pierres comme « l’aboutissement d’un tâtonnement millénaire ». Leurs transformations par l’érosion, la fusion, la dissolution, les secousses, les ruptures, les jaillissements, les ruissellements, les sédimentations, sont les sources géologiques de la démarche géopoétique d’Izae Etifier.

Cette perception des pierres lui fournit sa première inspiration à des œuvres abstraites et sobres, à partir de ce qu’elle renonce à représenter. En effet, sans l’imitation du réel, le travail du matériau plastique s’impose. Antérieurement, avec l’argile et le papier recyclé, l’artiste créait des sculptures et aussi des bas-reliefs granuleux, souvent de format carré, qui exprimaient un retour au territoire et au symbolisme de la terre.

Pour reprendre la métaphore des œuvres de cette première période de l’artiste, les superpositions font penser aux strates géologiques où s’inscrivent les différents âges de la formation de la croûte terrestre.<p>  Lire Plus

À propos de  » , « La langue créole fossilisée, sacralisée, muséifiée… »

Analyse critique de l’article de Robert Berrouët-Oriol, « La langue créole fossilisée, sacralisée, muséifiée, totémisée, pétrifiée et folklorisée à l’épreuve des sciences du langage »

Par Paultre Pierre Desrosiers
Médecin anthropologue, psychanalyste, linguiste
12 septembre 2026

L’article de Robert Berrouët-Oriol est moins un simple article de linguistique qu’un pamphlet intellectuel à forte charge polémique, qui transforme la critique de l’Akademi kreyòl ayisyen en interrogation beaucoup plus vaste sur l’état de l’esprit critique haïtien. Sa force littéraire tient précisément à cette superposition de plusieurs registres : essai, réquisitoire, chronique polémique, argumentaire scientifique et manifeste épistémologique. [NDLR – L’article « La langue créole fossilisée, sacralisée, muséifiée, totémisée, pétrifiée et folklorisée à l’épreuve des sciences du langage » est paru sur le site Rezonòdwès le 7 septembre 2026.]

Le premier trait remarquable est la nature profondément agonistique du texte. Dès l’incipit : « De nos jours, l’intellectuel haïtien aurait-il peur du débat d’idées ? » La question n’est pas véritablement destinée à obtenir une réponse. C’est une question rhétorique accusatoire. Elle installe immédiatement un procès : celui de l’intellectuel haïtien qui aurait renoncé au jugement critique.<p>  Lire Plus

« La vie est la farce à mener par tous », « Lettre d’amour à Haïti

La vie est la farce à mener par tous
— Par Gary Klang —
La vie est la farce à mener par tous
Il faut rire les amis
Rire à n’en plus pouvoir
Rire à la mer et aux étoiles
Rire au mal et à la mort
Rire
Car la vie est une farce
Rien qu’une farce
Comme dit le poète
Qui s’en allait
Les mains dans les poches crevées
Oui mes amis
Quelle farce la vie
Sortir d’un trou
Pour finir dans un autre
Nous sommes tous des migrants
Mais refusons de voir
Prenant tout au sérieux
Trompant
Tuant
Au lieu de rire
Rire au soleil
Et à la lune
Rire à l’absurde
Rire à n’en plus pouvoir
Alors
Ce serait joie sur terre
Qui ne serait plus vallée de larmes
Mais océan de bonheur
Où chacun se donnerait la main
Noirs Blancs Jaunes Rouges
Le soleil brillant enfin pour tous
O Oui mes frères
Tendons-nous tous la main
Afin d’être joyeux
Et de rire
Car la vie est une farce à mener par tous
Rien qu’une farce
Non rien n’est jamais sérieux
GARY KLANG
*****
***
*
Lettre d’amour à Haïti
Par Gary Klang
Ma chère île
Qu’est-ce qui t’arrive
Toi jadis si belle
Si fière
Au point que l’on t’appelait Perle des Antilles
Te voilà maintenant la proie des gangs et des malfrats
Même le soleil détourne le regard
Tu n’es plus que l’ombre d’un grand passé défunt
L’ombre d’une grande histoire
L’ombre d’une ombre
Et tes bougainvilliers
Que sont-ils devenus
Eux qui jadis grimpaient si joyeusement aux murs
O terre aimée
Terre de rêve au goût d’amande
Qu’est devenue la ville où je suis né
Je ne la reconnais plus
Ni le Champ-de-Mars tant de fois parcouru
Aujourd’hui champ de boue
Qu’est-ce qui t’a pris ô mon île
Tu fais peur maintenant par ta violence
Et les lieux que j’ai connus jadis n’existent plus
Ces lieux où il fit si bon vivre
Je me rappelle ces marchandes descendues des montagnes
Venues pieds nus
Dans la poussière et sur les cailloux
Avec leur panier sur la tête
Afin de vendre quelques légumes
Je revois également les amis
Passant sans s’annoncer
Nous discutions de tout et de rien
Surtout de rien
Histoire de passer le temps
Il y avait aussi les promenades du dimanche soir au front de mer
Autour de la fontaine
Avec son doux murmure d’enfant heureux de vivre
Quelle tristesse d’y penser
Je ne te reconnais plus ô ma terre
Depuis la venue d’un médecin fou
Qui tuait au lieu de soigner
Celui par qui tout le mal est arrivé
Non rien n’est plus comme avant
Mais je garde espoir
Réveille-toi ô mon île
Et sors de ta léthargie
Redeviens celle que tu étais
La fierté de tout un peuple
N’oublie jamais que là où Spartacus a échoué
Toi par tes seules forces
Tu t’es défaite des chaînes de l’esclavage
Sois un modèle ô ma terre pour l’humanité tout entière
GARY KLANG
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Code noir / Kòd nwa

Avant‑propos de la version créole élaborée par James Fleurissaint

Par Robert Berrouët-Oriol, linguiste-terminologue
Job Silvert, linguiste-traductologue
(Septembre 2026)

« L’Édit du Roi portant règlement pour le gouvernement des esclaves dans les îles de l’Amérique », promulgué en mars 1685 sous l’autorité de Louis XIV, occupe une place centrale dans l’histoire juridique et politique de la France coloniale. Ce texte, devenu au fil du temps le « Code noir », constitue l’un des fondements normatifs de l’ordre esclavagiste instauré dans les possessions françaises d’outre‑mer. Il ne s’agit pas seulement d’un corpus législatif destiné à encadrer les pratiques des colons : l’Édit de 1685 est un instrument de gouvernement, un dispositif de régulation sociale et un cadre d’organisation des sociétés coloniales fondées sur l’asservissement. [Annotation 1 : L’appellation « Code noir » n’est pas contemporaine de 1685 ; elle apparaît dans les usages administratifs du XVIIIᵉ siècle et se fixe dans la littérature juridique du XIXᵉ siècle.]

Dans le contexte du XVIIᵉ siècle, la monarchie absolue cherche à affirmer son autorité sur les îles de l’Amérique en imposant un cadre légal uniforme.<p>  Lire Plus

La dette écrit le programme

Comment les français se voilent la face sur l’image cachée d’une campagne électorale présidentielle artificielle et tronquée ?

— Par Jean-Marie Nol —

L’expression « un débat artificiel et tronqué » capture parfaitement les deux plus grandes menaces qui pèsent sur l’authenticité de la campagne présidentielle de 2027 : l’absence de débat sérieux sur l’intelligence artificielle (IA) et la multiplication des promesses démagogiques et irréalistes.

Pour autant , c’est un écran de fumée et un débat public stérile et mensonger qui s’installe subrepticement , et qui ne révèle aucun intérêt fondamental pour l’avenir de la France .

Alors qui aura le courage de dire la vérité aux Français sur les vraies conséquences de la crise qui vient ?
Il y a quelque chose de profondément irréel dans le débat qui commence à s’instaurer autour de la prochaine élection présidentielle. Les candidats vont promettre, expliquer, rassurer, distribuer des milliards virtuels et présenter des programmes comme si la France disposait encore de la liberté budgétaire qui a permis, pendant des décennies, de repousser les échéances. Mais la France de demain ne sera pas celle des promesses électorales.<p>  Lire Plus

L’élite: un concept désignifié, désubstantialisé par l’idéologie de l’économie sale.

— Par Camille Loty Malebranche —

L’élite, telle que conçue en nos sociétés platement matérialistes et pragmatiques, est précisément la ronde des fourbes les plus idéologiquement habiles qui savent accaparer oligarchiquement pour eux-mêmes, toutes les ressources communes de l’humanité par des empires financiers (bancaires, boursiers) et industriels, tout en se créant des alliés dévoués produits en politiciens de partis pour les aider à séquestrer les États en mentant aux peuples par le jeu dit d’alternance démocratique. Car si les têtes visibles du pouvoir s’alternent via des élections cycliques, les maîtres de l’argent mondial avec leur acte de prédation permanente, restent pratiquement les mêmes de manière pérenne et se succèdent de pères en fils.

Il n’y a d’élite que de la noblesse du caractère, le reste n’est qu’ironie et manipulation idéologiques des oligarchies faussement moralisatrices d’un monde systémiquement immoral. Quand on se rappelle que l’institution sociale est dispensatrice de valeur et de signification pour les membres de la société, l’on saisit alors la déformation corrompue de la vision collective lorsque tous les horizons du regard collectif sont, dès le départ, dilués dans des simulacres.<p>  Lire Plus

« État des lieux au coin du feu… », « Pêche à la ligne »

État des lieux au coin du feu…

La glace fond, la mer monte, avalant îles et côtes…
Tornades, ouragans, inondations font la une…
Les températures explosent !
Partout la forêt brûle !
La faute à la canicule ?
Plutôt celle des industriels et de la course effrénée au profit, à la croissance à tout prix et la surproduction du modèle économique capitaliste libéral.
La faute à ces gouvernants sourds aux avertissements éclairés des scientifiques parce que valets asservis avérés des précédents.
L’argent est le seul roi dont ils ne sont que les hommes de paille, tristes épouvantails !
Notre poumon est en feu, notre oxygène brûle et part en fumées toxiques, réchauffant un peu plus une atmosphère depuis longtemps déjà en surchauffe…
Responsables ?
Nous le sommes tous, hélas, pour n’avoir pas su empêcher, au besoin par la force, ces coupables d’agir et ce système de s’établir, responsables de cette passivité du laisser faire…
Maintenant, au propre comme au figuré, la canicule nous met le feu au cul !
Responsables également, tous ces rois et empereurs idiots qui, jadis, après avoir massacré nos forêts primaires humides et asséché nos marais sous prétexte d’urbanisation, les ont remplacées par des plantations de monoculture de pins à la résine tellement inflammable !<p>  Lire Plus

La mort n’existe pas

— Par Gary Klang —

Il y a plus de choses dans le ciel et sur la terre, Horatio, que n’en rêve votre philosophie (Shakespeare, Hamlet)

Je vais vous raconter une histoire qui semble tout droit sortie d’un roman de Stephen King ou d’Edgar Poe, et pourtant tout y est vrai. Elle met en scène le soussigné en compagnie de ses amis Georges Anglade et Gérard Aubourg, sauf qu’à l’époque
Georges était déjà mort et enterré. Certains vont en rire mais j’en prends le risque. Riez, riez, belles âmes ! Cela dit, je peux fort bien comprendre que lorsque Gérard et moi racontions ce qui nous arriva, les amis souriaient d’un air de dire que notre
place était à l’asile de fous de Pont Bedète. Mais tant pis, je prends le risque de passer pour cinglé, car je tiens à partager avec vous ce qui nous arriva par un bel après-midi d’été à Montréal.

Nous étions installés dans le café La Brûlerie, Gérard et moi, à une table où je faisais face à l’entrée, tandis que Gérard regardait le fond de la salle.<p>  Lire Plus

De l’écologie à la Relation

— Par Patrick Chamoiseau —

Sur des bases scientifiques autant que poétiques, la pensée écologique nous rappelle

(comme le font depuis longtemps les imaginaires animistes)

que tout est lié.

Elle embrasse l’ensemble de nos nécessités existentielles

et les dynamiques relationnelles qui les rendent possibles.

Elle ouvre ainsi la voie à une horizontale plénitude du vivant.

Sa quintessence est donc un imaginaire de la Relation :

relation de Tout à Tout, et de Tout au moindre détail.

Pourtant, quand on dit « écologie »,

l’entendement ordinaire se limite encore aux problèmes environnementaux ou climatiques.

Cette réduction explique sans doute, en partie,

la faible portée électorale des partis écologistes en France comme ailleurs.

Chez nous, en pays-Martinique, certains la définissent d’abord comme « décoloniale ».

Cette dimension si nécessaire soit-elle, devient étroite si elle constitue un horizon plutôt qu’un passage obligé.

Car l’écologie ne saurait être une fin en en soi mais un passage.

Ðés lors,

comment accéder d’emblée

(avec une poétique)

à la focale qui traverse,

qui dépasse et englobe toutes les étroitesses de nos petis combats :

 

une Politique de la Relation ?<p>  Lire Plus

Je vais au gré du vent

Je vais au gré du vent
— Par Gary Klang —
Je vais au gré du vent
Et ne sais où aller
Les chemins ne mènent nulle part
Et tout s’embrouille
La lune ne brille plus comme avant
Même le soleil paraît maussade
On dirait
Un feu d’enfer surgi pour nous narguer
Et c’est alors qu’une voix venue d’ailleurs murmure
Voici le temps des petits hommes
Tous les grands sont partis
Nous laissant seuls
Oui triste triste est ma pauvre âme
Ami
Alors que faire me diras-tu
Les guerres surgissent à tout propos
Tels des feux fous
Accompagnées de bombes aveugles
Et moi je vais
Au gré du vent mauvais
Ne sachant où aller
Pareil à l’homme
Laissé seul dans un désert de sable
Pas d’autre choix qu’attendre
J’attendrai donc
Qu’une porte s’ouvre
Et que quelqu’un m’accueille
Car je n’ai plus
Ni parents
Ni amis
Je suis
Comme un enfant que sa mère abandonne
O oui Ami
Triste triste est mon âme
Et j’attends
GARY KLANG
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« La Sensibilité », « Logique », « Conscientisation »

— Par Jean Bernard Bayard —

La Sensibilité

La sensibilité n’est pas cette faculté acquise
Elle est innée ou devient une perfide hantise
C’est ainsi que s’explique toutes nos bétises
Elle nous sert si souvent de génial pare-brise
_____
La sensibilité définit notre profonde humanité
Que l’hypocrisie civilisatrice a si bien atrophiée
Et donne libre cours à toutes sortes de vanités
Qui nous infligent une perte de notre générosité
_____
La sensibilité est l’amour envers notre prochain
Où l’altruisme règne comme un grand souverain
Dont la moralité et l’intégrité deviennent le destin
De toutes ces nations dirigées de dignes humains
_____
La sensibilité n’est point avilissante ou humiliante
Elle est très respectueuse et aussi encourageante
Ne dévalorise jamais elle est surtout bienveillante
De toutes les vertus de l’espèce la plus importante
Jean-Bernard Bayard

Logique
L’avenir de notre honorable passé dépend de notre travail présent
Comment louer le beau geste de nos ancètres tout en les humiliant
Saint-Domingue révolte glorifiée devient Haïti pays déshumanisant
Comment espérer de toutes nos magouilles un futur resplendissant
_____
Un passé simple peut nous offrir aussi bien un beau futur antérieur
Un passé composé n’offrira point un conditionnel présent supérieur
Cependant un present composé de bonnes intentions de l’intérieur
Projette alors un plus que parfait collectif à tout le monde extérieur
_____
Si nous avons un passé conditionnel peut-on espérer une évolution
Quelque soit le mode subjonctif ne sera-t-il pas de la subordination
Que ce soit bien le participle présent ou passé de toutes nos actions
Il est impératif d’être autonome, et souverain de notre chère nation
Jean-Bernard Bayard

Conscientisation
Sommes-nous une espèce morale intègre et sage
Nous disons être raisonnable et non pas sauvage
Du berceau de la civilisation à notre présent âge
L’extermination est notre seules curieux partage
_____
Sommes-nous une espèce cupide avide et cruelle
Nous disons être paisible et surtout pas criminelle
De tous temps la violence nous a été traditionnelle
La corruption est notre déviance constitutionnelle
_____
Sommes-nous la race magouilleuse et machiavélique
Nous disons être équitable et alors pas démagogique
Notre histoire démontre bien une mentalité satanique
La vérité est-elle réelle ou une propagande mystique
Jean-Bernard Bayard<p>  Lire Plus

Journée du Patrimoine : du monument à la trace

Dans nos politiques culturelles, il nous faut consolider une poétique des Traces.
— Par Patrick Chamoiseau. —

Nos monuments demeurent comme des douleurs.
Ils témoignent de douleurs.
Ils conservent des douleurs.

Ce sont le plus souvent des édifices produits par la trajectoire coloniale : forts, églises, chapelles, moulins, cachots, Grand-cases des maîtres, bâtiments d’exploitation de l’activité esclavagiste sucrière, structures d’implantation militaire… Les statues et les plaques de marbre célèbrent découvreurs et conquistadores, gouverneurs et grands administrateurs. En Guyane, comme aux Antilles, ces édifices ne suscitent pas d’écho affectif particulier ; s’ils témoignent des colons européens, ils ne témoignent pas des autres populations (Amérindiennes, esclaves africains, immigrants hindous, syro-libanais, chinois…) qui, précipitées sur ces terres coloniales, ont dû trouver moyen, d’abord de survivre, puis de vivre ensemble, jusqu’à produire une entité culturelle et identitaire originale.

La trajectoire de ces peuples-là s’est faite silencieuse. Non répertoriée par la Chronique coloniale, elle s’est déployée dans ses arts, ses résistances, ses héroïsmes, sans stèles, sans statues, sans monuments, sans documents. Seule la parole des Anciens, qui circule dessous l’écriture – la mémoire orale – en témoigne.

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Lettre à un raciste

— Par Gary Klang —
Salut raciste,
Tu me détestes parce que j’ai la peau noire, mais bizarrement, pour les grands jours, tu revêts un smoking noir. Va comprendre. Tu te crois supérieur aux autres parce que t’as la peau blanche, comme ce cinglé d’Hitler qui, soit dit en passant, était plus proche du méditerranéen que du Danois. Plus cinglé que ça tu meurs et il l’était tellement que dans sa haine il décida un jour sans crier gare d’éliminer tous les juifs de la terre. Et le pire dans cette affaire est qu’il n’a trouvé personne pour lui dire qu’il divaguait. A quoi pensaient donc les Germains ? Reprends-toi, Adolf. Reviens sur terre. Est-ce parce que les juifs se disent le peuple élu, et que tu penses que cet honneur te revient de droit ? Tu vois bien que nous nageons dans l’absurde, car il n’y a personne d’élu. Qui les aurait élus ? Sache qu’on se sent tellement mieux en accueillant l’autre, en lui ouvrant les bras, au lieu de le repousser. Tellement heureux en choisissant le bien au lieu du mal.
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Le silence sur 1804

Marx, Fanon et Arendt face à la révolution impensable

— Par Jean Jr. Lhérisson —

Uccle, mai 2026

Le négationnisme de bonne conscience

Il existe une forme de négationnisme qui ne s’avoue pas. Celui des bourreaux est bruyant, revendiqué, institutionnel. Mais il en existe un autre, plus subtil et en un sens plus redoutable : le négationnisme de bonne conscience, pratiqué par ceux qui se croient du côté des opprimés.

Karl Marx, Frantz Fanon et Hannah Arendt incarnent trois des consciences critiques les plus puissantes de la modernité. Le premier a forgé les outils de la critique du capitalisme. Le deuxième a consacré sa vie à dénoncer le colonialisme et ses ravages psychiques. La troisième a produit l’analyse la plus rigoureuse des totalitarismes modernes et de la condition humaine en politique. Tous trois ont pensé la liberté, l’oppression, la révolution, la dignité. Tous trois ont, malgré eux, refusé à Haïti la place qui lui revenait dans l’histoire de l’humanité.

Ce refus n’est pas anodin. Il n’est pas une distraction, une lacune secondaire, un oubli de l’histoire. Il est symptomatique. Il révèle que même les penseurs les plus critiques de l’ordre capitaliste, colonial et impérial restent, à un niveau profond, des produits d’une culture européenne qui a construit son universalisme sur l’exclusion fondamentale des peuples qu’elle opprimait.<p>  Lire Plus

Trump et la tentation impériale

Pourquoi il ne faut pas faire l’erreur de prendre les velléités impérialistes de Donald Trump sur les Antilles françaises à la légère ?

— Par Jean-Marie Nol —

La publication par Donald Trump d’une nouvelle carte des Etats Unis englobant les Antilles françaises s’inscrit directement dans une résurgence symbolique et agressive de la doctrine Monroe. Le lundi 7 septembre 2026, le président américain a partagé sur son réseau TruthSocial une image générée par intelligence artificielle montrant un drapeau américain recouvrant la quasi-totalité de l’Amérique du Nord, le Mexique, l’Islande, le Groenland et les Caraïbes, y compris la Guadeloupe, la Martinique, Saint-Barthélemy et Saint-Martin. Ce n’est ni plus ni moins que la réactivation de la doctrine Mouroe. Qu’est-ce que la doctrine Monroe ?Proclamée en 1823 par le président James Monroe, cette doctrine repose à l’origine sur deux grands piliers. Les puissances européennes ne doivent plus chercher à coloniser ou à intervenir dans les affaires du continent américain (Nord et Sud), perçu comme la sphère d’influence exclusive des États-Unis.En contrepartie, les États-Unis s’engageaient à ne pas s’immiscer dans les affaires européennes ni dans leurs colonies existantes à l’époque.<p>  Lire Plus

Les Chiens des ténèbres

— par Gary Klang —
«Prends les poils de la queue d’un chien noir, qui n’aura rien de blanc, avec un peu de sa graisse, qu’on fera fondre; ensuite que l’on fasse une mèche de quelques morceaux d’un drap mortuaire et qu’on frotte avec ce que l’on a composé; si on l’allume sur une lampe verte avec de l’huile de sureau, dans une chambre où il n’y aura pas d’autre lumière, on verra des choses admirables et surprenantes» (Le Grand Albert)
Port-au-Prince dormait encore lorsque le président Faustin se réveilla à 5 h du matin en pensant à
une phrase de Robespierre :
« On conduit le peuple par la raison et les ennemis du peuple par la terreur.» 
 
Certes, il fallait conduire les ennemis par la terreur, leur couper les couilles, la tête et la parole, mais aucun peuple ne méritait d’être conduit par la raison. Robespierre était naïf mais lui, Faustin, n’avait qu’un but : éliminer tous ses ennemis.
Pour ne plus être humilié.
Il n’oublierait jamais ce petit homme, pourtant noir lui aussi, qu’il avait eu pour prof à la fac de médecine dans les années 40.
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Autonomie : changer de modèle

L’autonomie politique sans indépendance financière : le grand paradoxe de la schizophrénie antillaise ?

— Par Jean-Marie Nol —

Aux Antilles, le débat sur l’autonomie bute désormais sur une vérité politique que personne ne peut éternellement contourner : on ne peut pas réclamer le pouvoir de décider seul et demander, dans le même temps, à l’État français de payer lorsque les décisions deviennent trop difficiles à assumer. C’est pourtant cette contradiction qui structure aujourd’hui une grande partie du débat public en Guadeloupe et en Martinique. Et elle révèle une réalité beaucoup plus profonde : derrière la revendication d’autonomie se trouve encore une dépendance financière à l’égard de l’État, tandis que la confiance des citoyens dans leurs propres institutions locales s’est considérablement érodée. Et c’est là que l’on retrouve une position schizophrénique des élus locaux des Antilles qui réclament l’autonomie et dans le même temps appelle l’État à l’aide pour suppléer les manquements graves des élus locaux dans la gestion de l’action publique et leur incapacité à régler les problématiques de déficits et d’effondrement des filières agricoles et du BTP. En réalité,les Antilles attendent trop de l’Etat or dans le même temps veulent l’autonomie et la responsabilité locale qui à leurs yeux sont indispensables au retour de la confiance, qui est donc plus faible qu’ailleurs.<p>  Lire Plus

Appartenance et délire d’excès identitaire…

— Par Camille Loty Malebranche —

L’appartenance doctrinale ou idéologique, dès qu’elle omet d’établir la transcendance de sa passion et la nuance entre les limites saines et les promiscuités nécessairement malsaines de son action, peut faire basculer l’homme dans la bestialité la plus primitive, la barbarie la plus férocement criminelle.

L’homme doit toujours appartenir au bon sens et au jugement juste avant de relever des rationalités doctrinales de groupes, de clans ou encore des prescrits idéologiques de classes, de catégories sociales où il évolue par adoption ou par héritage.

L’appartenance sociale ou ethnique sans balise spirituelle et morale, risque de dégénérer en fanatisme. C’est au nom de l’appartenance que des millions d’allemands ont consenti à voir les hécatombes nazies par la guerre et les lieux de torture.

L’homme se doit toujours d’être fidèle à sa vérité de nature avant toutes visions ou options de classe.

La valeur proprement humaine doit primer les valeurs culturelles et idéologiques du social, sinon c’est l’humanité elle-même qui se dénie et perd la face dans le bourbier des incohérences. La propension à tout céder aux forces sociales par besoin d’être approuvé par ceux que l’on considère siens, est une des causes d’innombrables maux.

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La langue créole fossilisée, sacralisée, muséifiée…

La langue créole fossilisée, sacralisée, muséifiée, totémisée, pétrifiée

et folklorisée à l’épreuve des sciences du langage

— Par Robert Berrouët-Oriol (*) —

De nos jours, l’intellectuel haïtien aurait-il peur du débat d’idées ? Aurait-il choisi le fictif repos du guerrier ou la complaisante amnésie sélective pour se conformer aux ludiques rituels du baboukèt ? Existe-t-il un « déficit épistémologique » dans le champ intellectuel haïtien autrefois habité par d’âpres débats d’idées ? À l’aune de l’intellection du refus de l’esprit analytique/critique dans le champ intellectuel haïtien, le présent article démontre que le silence contrit et faussement oecuménique de nombreux intellectuels face à l’insignifiance multifacette de l’Akademi kreyòl ayisyen (AKA) entre 2014 et 2026 n’est pas la traduction d’un simple échec institutionnel mais l’expression contemporaine d’un relatif « déficit épistémologique » qui génère l’aveuglement consenti et le nanisme de l’esprit critique face à l’absence de la politique linguistique de l’État conforme à la Constitution de 1987. En référence à la pensée analytique de Hanna Arendt (la « démission du jugement ») et de Pierre Bourdieu (la « reproduction et la conservation des idées générant le statu quo »), le présent article prend acte que de nombreux intellectuels haïtiens ont renoncé à exercer une vigilance critique envers les différents appareils d’État et envers une micro- institution –l’Akademi kreyòl ayisyen–, lourdement défaillante et dont l’insignifiance et l’échec multifacette sont de notoriété publique.<p>  Lire Plus

La Journée du livre haïtien de Montréal…

La Journée du livre haïtien de Montréal est désormais un patrimoine littéraire majeur en Amérique du Nord

—Par Robert Berrouët-Oriol (*) —

Trois générations de lecteurs à Montréal. Ils se sont donné rendez-vous à l’entame de « leur » Journée du livre haïtien ce samedi matin 22 août 2026 : les Boucard, jeunes migrants arrivés de Jacmel dans les années 1960 et venus se mettre à l’abri du massacre de Thiotte sous François Duvalier. Ce massacre s’inscrit dans le cadre des tueries du 26 avril 1963 considérées comme l’un des épisodes les plus meurtriers de la dictature de François Duvalier et visant des opposants présumés, des militaires et leurs familles. La seconde génération des Boucard, trois enfants, nés au Québec et biberonnés au petit-lait de « Gouverneurs de la rosée » et de « Mon pays que voici ». La troisième génération des Boucard, petits-enfants eux-aussi nés à Montréal et assidus aux cours de culture et de langue créole du Centre N A Rive. Chez les Boucard de Jacmel comme chez les Boucard de Montréal, les livres, la lecture, c’est à la fois un plaisir et un liant, c’est également une histoire, une cordée de mémoires, celles de la transmission, d’une génération à l’autre, d’une île (Haïti) à l’autre (Montréal)…

Trois générations de Boucard, lecteurs fervents et assidus de l’annuelle Journée du livre haïtien du Centre N A Rive.<p>  Lire Plus

1 jour – 1 mot

— Par Patrick Chamoiseau —

17/09/26

Sur l’octroi de mer

La problématique de l’octroi de mer est assez simple.

C’est un outil fiscal.
Il n’a, en lui-même, aucune vertu particulière.

Tout dépend du projet politique, économique, social, culturel et écologique auquel il se trouve adossé.

Mis au service d’un système d’hyper-consommation importée, d’assistanat, de dépendance et de déresponsabilisation, il conforte ce système et devient aliénant.

Mis au service d’un Faire-pays — produire davantage, assainir nos consommations, réduire nos dépendances, protéger le vivant et nous projeter dans la Caraïbe, les Amériques et le reste du monde… — il peut devenir un vecteur d’émancipation.

L’octroi de mer ne vaut donc ni par son maintien, ni par son aménagement, ni par sa suppression.

Il vaut par la vision politique qui l’ordonne et par le devenir collectif qu’il conforte.

p. c.<p>  Lire Plus

Le retour de la doctrine Monroe : La Martinique face au « corollaire Trump »

— Les Contrechroniques d’Yves-LéopoldMonthieux —

Alors que l’administration américaine réactive la logique d’exclusivité continentale de 1823 sous la forme d’un « corollaire Trump », la présence de la France et de l’union européenne dans la caraïbe redevient un enjeu géopolitique brûlant. Une résurgence qui rappelle que la départementalisation de 1946 fut avant tout un bouclier contre les velléités d’annexion américaines.

La « Donroe doctrine » : Le pré carré américain réaffirmé

En ajoutant explicitement un « Trump corollary » à la doctrine Monroe — ironiquement surnommé la Donroe doctrine en référence à Donald —, la stratégie de sécurité nationale des États-Unis franchit un cap décisif. L’objectif affiché par Washington est sans ambiguïté : réaffirmer la prééminence absolue des États-Unis sur l’hémisphère occidental, verrouiller le bassin des Caraïbes – la mare nostrum américaine – et stopper l’expansion de puissances rivales, en particulier la Chine. Cette orientation s’incarne désormais de manière très concrète par des démonstrations de force militaires et des pressions diplomatiques accrues autour du Venezuela et dans l’espace caraïbe. Le 11 août 2026, la diffusion par le département d’État d’une présentation officielle célébrant l’héritage de James Monroe a entériné ce retour au « pré carré ».<p>  Lire Plus

« Les Tigres sont encore lâchés » : chapitre V… suite

— Par Robert Lodimus —

Chapitre V (Suite)

Magouilles, mensonges et dilatoires

C’est un faux débat de société de conditionner un « processus démocratique » à la durée d’un « règne politique ». Ainsi, Cuba serait une « dictature » parce que les frères Castro qui ont risqué leur vie pour libérer leur peuple sont au pouvoir depuis le 1er janvier1959. Et qu’en fait-on des réalisations tangibles, des progrès concrets de la « Révolution » depuis toutes ces décennies : éducation, santé, logement, eau potable, sécurité publique, transport… ? N’était-ce l’embargo des États-Unis décrété contre le pays de José Marti, de Camillo Cienfuegos, de Celia Sanchez, de Vilma Espin, de Haydée Santamaria, à quel carrefour de développement durable serait parvenu le peuple cubain à l’heure actuelle ? Lisez donc, ou relisez « Les Saints vont en enfer » de Gilbert Cesbron, et dites-nous si la démocratie, pour vous, s’apparente aux cas des travailleurs, des ouvriers, des journaliers qui se détruisent par millions dans les usines de sous-traitance nord-américaines ou ailleurs ?

« Les saints vont en enfer » – vous le savez peut-être déjà – est le célèbre livre de l’écrivain, romancier et dramaturge français Gilbert Cesbron publié en 1952, qui plonge au cœur du mouvement des prêtres-ouvriers en France durant les Trente Glorieuses.<p>  Lire Plus

Du Politique et du Politicien: Éclipse politicienne de l’homme politique.

— Par Camille Loty Malebranche —

Le politique est en fait l’une des espèces les plus rares dans un monde sans autre valeur que l’économie malsaine, financiarisée à l’extrême, où la plupart des élus du peuple sont des politicards domestiques ou acolytes d’oligarques, larbins ou alliés des banquiers les plus escrocs.

Le politique s’implique dans la vie publique pour servir la nation, le politicien, lui, sert les intérêts oligarchiques de ses patrons inavoués, en leur asservissant le peuple. Le politicien dénature l’essence de la politique qu’il fait manette d’infamie par la manipulation des électeurs et la trahison de la nation.

En nos sociétés de confusion où règne le baragouin complaisant des secteurs médiatiques dispensateurs de mensonges populistes au nom de la culture et de la politique, il est facile de tout confondre, c’est même la vocation des logorrhées à consonances faussement scientifiques ou rationnelles qui se déversent, se diffusent à flot dans la sphère médiatique, la médiosphère agressivement marchande qui vend objets manufacturés et politiciens fabriqués au peuple désemparé en mal de sens et d’espoirs voire de messianisme politique naturellement patraque blasphématoire.<p>  Lire Plus