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Restes humains kali’nas : l’État français amorce une réparation

Exhibés dans des «zoos humains» parisiens puis «stockés» 130 ans, les restes de 14 Amérindiens de Guyane font l’objet lundi au Sénat d’un vote de restitution.

— Par Jean Samblé —

Pendant plus de 130 ans, les dépouilles de plusieurs Amérindiens kali’nas ont reposé dans les réserves de musées français, loin de leur terre natale. Aujourd’hui, une nouvelle étape décisive vient d’être franchie : le gouvernement français a annoncé son soutien à une proposition de loi visant à permettre leur restitution à la Guyane. Pour les descendants de ces hommes, femmes et enfants arrachés à leur territoire à la fin du XIXe siècle, cette décision marque enfin la reconnaissance d’une blessure historique longtemps ignorée.

À l’époque coloniale, plusieurs Kali’nas avaient été emmenés en France pour être exhibés dans ce que l’on appelait alors des « zoos humains », ces expositions où des peuples autochtones étaient présentés au public comme des curiosités exotiques. Après leur mort, leurs corps furent conservés et intégrés à des collections anthropologiques françaises, notamment celles du Musée de l’Homme. Une pratique aujourd’hui largement dénoncée comme l’un des symboles les plus violents de la déshumanisation coloniale.

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« Il faut sauver Carthage », de Robert Lodimus – Partie VII

Septième partie
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Une croissance économique également au service des pauvres
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« Mange ton pain pendant qu’il est encore pain.
Et profite du feu pour faire cuire ta soupe
pendant qu’elle est encore soupe.
Par les temps qui courent,
il ne faut pas remettre à demain
ce que tu peux manger ce soir,
car le grand chambardement est peut-être pour cette nuit.
À l’aube, qui sait si le pain ne sera pas fusil,
la soupe poison et le feu sang… »

(Richard Brisson, Collection du Verbe Présent)

 

Au moment d’entamer ce nouveau chapitre de l’ouvrage, nous avons appris avec peine que le grand Africain, Emmanuel N’Djoké Dibango dit Manu Dibango, le célèbre musicien-compositeur, est décédé de la terrible maladie du XXIe siècle le 24 mars 2020 à Melun, en France, à l’âge de 86 ans. L’ange de la mort, qui se déplace avec la Covid-19, a frappé à la porte de Papagroove ou Papa Manu, et il a décidé de l’emmener avec lui, de le conduire là d’où les voyageurs de l’aventure terrestre ne reviennent jamais.

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Du visible à l’essentiel : Fred Eucharis

Fondation Clément jusqu’au 5 juillet 2026

Je produis des œuvres simplifiées et tactiles, sur des fonds indéfinis et abstraits. Mes créations actuelles sont l’aboutissement de plusieurs années de peinture.

Expérimenter la figuration et l’abstraction, la richesse des couleurs et des formes, observer l’expression de tout ce qui m’entoure, en découvrir les mécanismes secrets, c’est ma recherche depuis l’âge de quinze ans.
Le peintre caribéen que je suis, est toujours fasciné par l’équilibre des formes et des couleurs. Mes recherches artistiques reflètent cette fascination. J’essaie de montrer comment je perçois l’harmonie, la beauté des scènes caribéennes.

Mon chevalet bénéficie de la lumière de mon île. Mon inspiration picturale est stimulée par l’écoute permanente d’opéras, de jazz, de théâtre nô et de musiques caribéennes.
Mes mentors m’inspirent énormément, Vassily Kandinsky, Roland Chanco, Maurice Estève, Diego Riviera, Pablo Picasso et d’autres ; indépendamment des modes, j’essaie de parvenir à une synthèse des tendances multiples de l’art contemporain. Je tente une mutation du sujet tout en adoucissant la rigueur architecturale de l’esquisse. Je travaille avec amour une pâte savoureuse que je pose avec douceur ou en touches vivaces.

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Une nouvelle dépendance

Pourquoi la Guadeloupe et la Martinique n’ont aucune marge de manœuvre financière , économique , fiscale et budgétaire pour résister à la crise qui vient ?
— Par Jean Marie Nol —
La Guadeloupe et la Martinique vivent probablement l’un des moments les plus décisifs de leur histoire contemporaine, alors même qu’une grande partie du débat public continue de fonctionner avec des schémas intellectuels hérités d’un autre siècle. Le monde bascule sous l’effet des tensions géopolitiques, de la fragmentation des échanges internationaux, de la révolution de l’intelligence artificielle, des mutations énergétiques , du changement climatique, et du ralentissement des grandes économies occidentales. Dans ce contexte de recomposition brutale, les sociétés insulaires ultradépendantes comme celles des Antilles françaises se retrouvent exposées de manière extrême. Pourtant, au lieu de regarder lucidement les bouleversements qui approchent, une partie des responsables politiques et de l’opinion publique continue de croire qu’un simple changement statutaire pourrait, à lui seul, résoudre des problèmes qui sont désormais avant tout économiques, financiers, productifs et sociétaux .
Le conflit au Moyen-Orient agit comme un révélateur implacable de cette fragilité structurelle. La fermeture durable du détroit d’Ormuz, la flambée des prix énergétiques, les tensions sur le transport maritime et la montée des risques financiers internationaux produisent déjà des effets visibles sur l’économie française.

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Pierre Montagard : « Les métamorphoses de l’impermanence »

Jusqu’au au 25 juillet 2026, du lundi au vendredi de 9h à 18h et le samedi de 9h à 12h, chez Charles’Opticien à Etang Z’Abricot, immeuble Aqualina

— Par Marie Gauthier—

Très sensible à la beauté de la nature tropicale, Pierre Montagard arpente depuis presque 50 années, les sentiers forestiers de Martinique d’où il rapporte à l’atelier des végétaux qui l’inspirent. Les grands feuillages en décomposition sont pour lui un matériau de prédilection. Dans son laboratoire-atelier, il les traite pour stopper leur pourrissement et les conserver. De cette alchimie, apparaît alors leurs squelettes, des rides structurelles, d’étranges dentelles : écriture mémorielle d’une vie disparue.

Vient ensuite le travail du papier, artisanal ou industriel. L’artiste le baigne dans des jus de couleur, d’où résultent des bleus profonds de la nuit, des ocres dorés de soleil ou des rouges incandescents. Les feuilles de papier, telles des peaux, sont ensuite déchirées, offrant des contours aléatoires où s’entrevoient dans les brèches, les entrelacs des nervures nues préalablement collées sur le support. Ces découpes tremblées laissent imaginer, sous l’apparence des choses, un monde organisé dont on ne connaît pas nécessairement les lois.

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L’éphéméride du 17 mai

Le Conseil Constitutionnel valide la loi sur le mariage pour tous le 17 mai 2013.

Alfred Marie-Jeanne, Nestor Azérot, Jean-Philippe Nilor avaient voté contre.

Le mariage de couples de même sexe, également appelé mariage homosexuel ou mariage pour tous, est la possibilité pour un couple de deux femmes ou de deux hommes de contracter un mariage civil, initialement réservé à un homme et une femme, instituée en France le 17 mai 2013.

Depuis 1999, les couples homosexuels ou hétérosexuels avaient la possibilité de signer un partenariat civil, appelé pacte civil de solidarité (PACS) ou de s’établir en concubinage. Cependant, l’un et l’autre n’offrent pas les mêmes garanties juridiques que le mariage civil.

Le projet de loi ouvrant le mariage aux couples de personnes de même sexe, déposé au Parlement le 7 novembre 2012, a fait l’objet de débats importants et a connu en France une opposition plus forte que dans d’autres pays européens1. La loi no 2013-404 a été définitivement adoptée le 23 avril 2013 puis validée par le Conseil constitutionnel et promulguée le 17 mai 2013. Le premier mariage homosexuel français a été célébré le 29 mai 2013 à Montpellier.

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Mickaël Bé Caruge : « Rêve diurne »

Fondation Clément jusqu’au 5 juilet 2026

Rêver, selon une définition admise, c’est « laisser aller sa pensée », son imagination. L’action de rêver s’enrichit de sens, par son origine latine le mot « vagus », qui signifie « qui erre ».

Cependant, en peinture nos projections potentiellement irréalisables sont paradoxalement ce « sel de la terre », cette utopie libérale de l’artiste. Pour le champ de la peinture, le thème est prospère. À travers des réalisations visuelles poétiques, ce thème riche, largement exploré, permet de construire des espaces et des représentations qui donnent à voir les entrelacs, les lignes, tous les contours de l’imagination. C’est ce qui déclenche notre sensibilité, y compris à une échelle collective, mais qui pour la peinture devient une manière de débrider les possibles. La peinture, qui existera toujours par son apport sensible, sensualiste, est un bâton psychologique pour le peintre et peut devenir un bain de jouvence pour le regardeur. Il n’y a nul besoin d’autorité, d’enjeu de pouvoir et d’argent dans la peinture quand elle se fait magie, intuition, floraison. Elle peut calmer les esprits, elle peut panser les âmes.

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Actualités des Caraïbes et d’ailleurs…

« Anatomie d’une chute » de Justine Triet

Dimanche 17 mai 21h10 sur France 2 | ★★★★ |

Par Justine Triet, Arthur Harari
Avec Sandra Hüller, Swann Arlaud, Milo Machado Graner
Palme d’Or du Festival de Cannes 2023
2h 30min / Policier, Drame, Thriller, Judiciaire

Synopsis :
Sandra, Samuel et leur fils malvoyant de 11 ans, Daniel, vivent depuis un an loin de tout, à la montagne. Un jour, Samuel est retrouvé mort au pied de leur maison. Une enquête pour mort suspecte est ouverte. Sandra est bientôt inculpée malgré le doute : suicide ou homicide ? Un an plus tard, Daniel assiste au procès de sa mère, véritable dissection du couple.

La presse en parle :

20 Minutes par Caroline Vié
Mais Anatomie d’une chute vaut mieux que la polémique et toutes les réactions qui ont suivi. Car c’est tout simplement un grand film.

BIBA par Samuel Loutaty
Une Palme d’or magistralement filmée et interprétée.

Bande à part par Olivier Bombarda
Un film parfaitement réussi et maîtrisé.

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L’œuvre métaphore du désir amoureux

Exposition visible du 16 mai au 25 juillet 2026 du lundi au vendredi de 8h à 18h  | Cabinet médical Étang Z’Abricot, immeuble La Perle au 1er étage

— Par Marie Gauthier —

« La rose n’a pas de pourquoi »
Angelus Silésius (1624-1677),
poète et mystique allemand

D’emblée nous sommes sous le charme de l’œuvre de Moey et il en donne la raison : « parce que l’amour… ». Son thème de prédilection, arboré dans un souci esthétique et joyeux, présente des dessins délicats et multicolores, plus imaginaires que réalistes. Il y déploie, jusqu’à envahir toute la surface, un univers édénique luxuriant, floral décor de contes et merveilles.

L’artiste s’exprime par le dessin automatique qui confère à ses œuvres une liberté enchanteresse. Les motifs végétaux naissent et épanouissent pleinement leur nature, fusionnent parfois en ondulant dans un frémissement continu où l’on devine, dans les entrelacs, une présence animale : oiseaux, félins, flamants roses, poissons tropicaux, etc. Tout ce raffinement nous embarque, ravis malgré nous, dans une jouissance du voir, dans l’apparat d’une parade nuptiale.

À l’image des tapisseries mille-fleurs, ou plus proches de nous celles de Jean Lurçat dans Le Chant du Monde, des fonds sombres portent des graphismes de filaments fluorescents qui percent l’obscur et rappellent la broderie.

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Outre-mer : l’urgence d’une réforme fiscale de bon sens

— Par Jean-Claude Florentiny —

Dans un monde instable, les Outre-mer sont en première ligne. Nous ne pouvons plus nous permettre de conserver un système fiscal qui amplifie les crises au lieu de les amortir. Réformer l’assiette des droits et taxes, c’est agir concrètement contre la vie chère, protéger le pouvoir d’achat, renforcer la résilience économique de nos territoires et accélérer leur intégration régionale. Cette réforme est techniquement faisable. Elle est économiquement nécessaire. Elle est politiquement légitime.

Dans un monde traversé par des tensions géopolitiques durables, la logistique mondiale est devenue un facteur déterminant de l’inflation. Conflits au Moyen-Orient, perturbations des routes maritimes, hausse des coûts énergétiques, tensions sur les assurances : autant de facteurs qui renchérissent le transport des marchandises à l’échelle globale. Ces phénomènes impactent l’ensemble des économies. Mais dans les Outre-mer, leurs effets sont démultipliés. Pourquoi ? Parce que nos territoires dépendent massivement des importations, et parce que chaque produit consommé doit traverser des milliers de kilomètres avant d’arriver sur nos étals. Dans ce paysage tendu, certaines initiatives méritent d’être saluées. Ainsi, la compagnie CMA CGM a récemment annoncé qu’aucune surcharge ne serait appliquée sur les tarifs de fret à destination des Outre-mer.

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“Possibles !” : un appel à projets pour expérimenter la ville de demain

Va jouer dehors ! est une association d’intérêt général fondée en 2019 par Matthieu Poitevin à la suite du drame de la rue d’Aubagne à Marseille. Face aux urgences climatiques, sociales et urbaines, l’association est née d’une volonté forte : repenser collectivement la manière de fabriquer la ville et ouvrir des perspectives plus durables, plus solidaires et plus désirables.

À la fois structure porteuse d’événements, média d’idées et espace de réflexion collective, Va jouer dehors ! réunit architectes, urbanistes, artistes, chercheurs, entreprises, élus, collectifs et habitants autour d’un même objectif : expérimenter une nouvelle urbanité, plus participative, plus joyeuse et plus attentive aux usages réels des territoires.

Dans cette dynamique, l’association lance l’appel à projets du Festival de la Ville 2050 pour les éditions 2026-2027-2028, sous le thème « Possibles ! ».

Du manifeste à l’expérimentation

Le Festival de la Ville affirme une conviction simple : la ville ne se raconte pas, elle se pratique. Ces trois prochaines éditions souhaitent devenir l’écho de celles et ceux qui veulent agir concrètement sur le terrain et inventer de nouvelles manières d’habiter, de construire et de partager la ville.

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Le coût économique de la confrontation mémorielle

Pourquoi penser les réparations de l’esclavage et agir avec ressentiment à l’aveugle sans soupeser les conséquences dommageables pour l’économie de la Martinique est une faute grave ? 
— Par Jean-Marie Nol —
La question des réparations liées à l’esclavage ressurgit aujourd’hui avec une intensité nouvelle dans le débat public martiniquais et plus largement antillais. En adressant une lettre ouverte nominative à plusieurs descendants d’esclavagistes et à certaines grandes familles économiques de Martinique, le Mouvement International pour les Réparations (MIR) a franchi une étape particulièrement sensible dans un dossier où l’histoire, la mémoire, la morale, l’économie et la stabilité sociale se trouvent désormais étroitement imbriquées. Derrière cette revendication de réparations morales, matérielles et financières se dessine en réalité une problématique beaucoup plus complexe : celle du rapport qu’entretiennent les sociétés antillaises avec leur passé, mais aussi avec leur avenir économique dans un contexte mondial et national déjà extrêmement fragile et inflammable.
Car si la question mémorielle mérite incontestablement d’être entendue, comprise et respectée, la méthode employée soulève de nombreuses interrogations. En ciblant nommément certaines familles békés, héritières supposées des accumulations économiques issues du système esclavagiste et des indemnisations accordées aux anciens propriétaires d’esclaves après l’abolition de 1848, le MIR et d’autres activistes prennent le risque d’alimenter une logique de confrontation identitaire dont les conséquences pourraient être particulièrement lourdes pour la Martinique.

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La JIDH 2026 tonton-macoutique?

Tonton-macoutique tentative d’intimidation du linguiste-terminologue Robert Berrouët-Oriol : les Journées internationales de la diaspora haïtienne de Montréal avalisent une fois de plus la corruption au Fonds national de l’éducation d’Haïti

— Par Robert Berrouët-Oriol(*) —

Montréal, le 15 mai 2026

Tonton‑macoutique, adjectif dérivé de Tonton Macoute. Qui relève des pratiques, méthodes ou comportements associés aux Tontons Macoutes durant la dictature des Duvalier : autoritaires, répressifs, intimidants, violents ou fondés sur l’impunité politique. Les Tontons Macoutes –officiellement les Volontaires de la sécurité nationale (VSN), milice politique créée le 30 juillet 1958–, constituent l’un des dispositifs les plus emblématiques du terrorisme d’État du régime duvaliériste. Leur histoire s’étend de 1958 à 1986, sous François Duvalier puis Jean‑Claude Duvalier. Tonton‑macoutique est une dérivation analogique et suffixale à partir du syntagme nominal Tonton Macoute (nom propre devenu nom commun. [NOTE lexicographique élaborée par RBO.]

Mise en contexte factuelle

Acte 1

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L’éphéméride du 15 mai

Anne Boleyn et son frère, Lord Rochford, sont déclarés coupables d’adultère et d’inceste par la Haute Cour d’Angleterre le 15 mai 1536.

Anne Boleyn (vers 15001 – 19 mai 1536) est la deuxième épouse du roi Henri VIII d’Angleterre et reine consort de 1533 à 1536. Elle est la mère de la reine Élisabeth Ire. Son mariage avec Henri VIII est à l’origine du changement politique et religieux complexe, et souvent tragique, qu’a été la réforme anglaise. Accusée d’adultère, d’inceste et de haute trahison, elle est exécutée par décapitation. Il est maintenant généralement admis qu’elle était innocente de ces accusations. Anne Boleyn a été célébrée plus tard comme martyre dans la culture protestante, particulièrement dans l’œuvre de John Foxe.
Biographie
Controverse autour de sa naissance
L’absence de registre paroissial ne permet pas d’établir la date de naissance précise d’Anne Boleyn. Au début du xviie siècle, un historien italien a suggéré qu’elle était née en 1499, tandis que le gendre de Thomas More, William Roper (en) suggère la date beaucoup plus tardive de 1512. De nos jours, les cercles académiques tendent à s’accorder sur deux dates plausibles : 1501 et 1507.

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Nan Goldin : This will not end well

— Par Dominique Daeschler —

Présentées au Grand Palais et à la chapelle St Louis de la Salpêtrière, dans des modules conçus par Hala Wardé, six oeuvres rassemblant vidéo et diaporamas, racontent cinquante ans de création de Nan Goldin. Un tout raconté en récits saccadés ce que permet la diapo, jouant de la photo comme autant de plans fixes auxquels on associerait le rythme des battements de cœur, le montage libérant la pensée. Fan de cinéma dès l’adolescence, Nan Goldin plonge dans sa vie pour nourrir son art. Au cours de ses études à l’école des Beaux-Arts de Boston, elle documente la vie qu’elle mène dans une communauté de drag-queens qui traîne autour d’un bar appelé The Other Side (première exposition de ces images à Cambridge). Présenté dans l’exposition comme une ouverture au monde de Goldin, il frappe par ces portraits à cru qui donnent leurs visages comme des livres ouverts A Londres, elle photographie skinheads et premiers punks.

Suivra le premier grand diaporama, The Ballad of Sexual Dependency, travail qui s’étend sur 41 ans, où on entre dans l’intimité de Goldin : l’amour est là, la dépendance, la recherche d’identité, la perte, la fuite.

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Violences sexuelles : le monde culturel sommé d’agir

— Par Sarha Fauré —

À l’heure où les projecteurs du Festival de Cannes illuminent une nouvelle fois le cinéma mondial, un autre débat s’impose avec force dans les coulisses du monde culturel : celui des violences sexistes et sexuelles longtemps tues, minimisées ou dissimulées derrière le prestige des œuvres et la protection des figures d’autorité. Dix ans après l’onde de choc provoquée par #MeToo, deux députés français, Sandrine Rousseau et Erwan Balanant, entendent désormais inscrire cette lutte dans le droit à travers une ambitieuse proposition de loi déposée à l’Assemblée nationale.

Le texte, composé de dix-neuf articles, se veut une réponse concrète aux révélations accumulées ces dernières années dans les secteurs du cinéma, de l’audiovisuel, du spectacle vivant, de la mode ou encore de la publicité. Derrière les scandales médiatisés et les témoignages d’actrices ou d’artistes connus, les parlementaires dénoncent surtout un système profondément ancré, où les mécanismes de domination et de silence continuent de protéger les agresseurs tandis que les victimes voient leurs carrières fragilisées, voire détruites.

Cette initiative législative s’appuie sur les travaux d’une commission d’enquête parlementaire menée en 2025 après les accusations portées par l’actrice Judith Godrèche contre les réalisateurs Benoît Jacquot et Jacques Doillon.

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Après ChatGPT, les “world models” veulent apprendre aux IA à comprendre le monde

Par Julien Perez (*) —

Après les IA capables de générer du texte ou des images, une nouvelle génération de modèles cherche à donner aux machines une représentation interne du réel. Objectif : leur permettre d’anticiper les conséquences de leurs actions, comme nous le faisons instinctivement avant de traverser une rue ou de rattraper une balle.

Imaginez un enfant qui, après avoir vu une balle rouler derrière un canapé, sait instinctivement qu’elle continue d’exister et peut anticiper l’endroit précis où elle réapparaîtra. Cette capacité fondamentale, que la psychologie appelle la permanence de l’objet, constitue un socle de l’intelligence humaine. Nous ne nous contentons pas de réagir aux images qui frappent notre rétine ; nous simulons en permanence le futur dans notre esprit. Aujourd’hui, l’intelligence artificielle tente de franchir ce cap décisif.

Après l’ère des modèles capables de générer du texte, comme ChatGPT, ou des images, comme Midjourney, une nouvelle frontière se dessine avec les world models (“modèles de monde”). L’enjeu est de taille : il s’agit de doter les machines d’une forme de sens commun physique, spatial et logique pour qu’elles cessent d’imiter… et commencent enfin à comprendre.

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Mensonge et cynisme ne vaincront pas ! 

— RS n° 446 lundi 11 mai 2026 —

Non, non, la police ne tue pas, dit-on en haut lieu. Mais d’où viennent les corps qui gisent sur le sol après tant d’interventions de « forces de l’ordre » en Guadeloupe depuis quelque temps ? Et les fachos n’ont pas encore gagné en France… C’est dire !

Non, non, Trump n’est pas un fasciste, disent ses supporters. C’est juste, répondons-nous, un énergumène qui promet de détruire la civilisation iranienne, qui crée un club privé pour remplacer l’ONU, qui veut raser Gaza pour y construire une riviera lucrative pour lui-même, ses parents, alliéEs et amiEs, qui choisit les dirigeants des autres pays en kidnappant (au Venezuela), en assassinant (en Iran), en finançant (en Argentine, au Honduras), qui bafoue du matin au soir la constitution de son propre pays, qui organise les tripatouillages électoraux contre les AfrodescendantEs, qui menace de mort par asphyxie le peuple cubain, qui fait exécuter sans jugements et sans preuves des prétendus trafiquants de drogue dans la mer des Caraïbes qu’il considère comme son domaine maritime.

Non, non, les fascistes ne sont pas au pouvoir en Israël, prétendent les sionistes et apparentés, mais ils poursuivent génocide et colonisation, font du suprémacisme la loi fondamentale du pays, massacrent et assassinent à Gaza, en Cisjordanie, en Iran, au Liban, tandis que leur bourreau Benyamin Netanyahu se trouve sous le coup d’un mandat d’arrêt de la Cour pénale internationale pour crime contre l’humanité.

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La Caraïbe, une cicatrice qui nous démange.

— Les ContreChroniques d’Yves-Léopold Monthieux —

Est-il possible d’exiger la parfaite égalité entre les Français d’Auvergne et les ceux de Martinique, en même temps que le droit pour ces derniers à une franche intégration dans la Caraïbe ?  La Caraïbe, on aime s’en dire partie prenante, par commodité géographique, par réflexe culturel ou par ambition de jouer de cette diplomatie « économique », annoncée sans modestie par le président Serge Letchimy.

On évoque la communauté caribéenne dans les discours, les colloques, les envolées identitaires, aujourd’hui la lettre enflammée visant à la mise en œuvre de la réparation du crime contre l’humanité. Mais pour l’essentiel, la Martinique regarde ailleurs. Vers Paris, vers l’Europe, vers un Centre qui n’est ni maritime ni voisin, mais administratif et mental, quoique non « métropole ». Un centre auquel la Martinique voue un attachement religieux au nom de la sacro-sainte « continuité territoriale » sollicitée pour nous protéger des 70% d’augmentation prévus du ciment martiniquais1. En effet, un pied dans l’assimilation et un autre dans un imaginaire multiple, ici caribéen, la Martinique politique cultive une étrange duplicité : la quadrature qui ressort des exigences du peuple, demandeur de « plus d’Etat », d’une part, et, d’autre part, de leurs élus qui voudraient « plus de peuple ».

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15-21 Mé 2026 : Atè Fodfwans

À sa création, le SERMAC avait pour mission de faire connaître le 22 mai 1848 comme date fondatrice de la libération du peuple martiniquais. Depuis 2005, cette mission s’est élargie : rassembler les Martiniquais autour d’une célébration artistique et mémorielle.

Voir le programme ci-dessous

Année après année, il s’agit de continuer à interroger notre histoire, de mettre en lumière ce qui a été oublié et de transmettre cette mémoire au plus grand nombre.

Aujourd’hui, il nous faut regarder l’avenir avec lucidité : mesurer les avancées accomplies et celles qu’il reste à construire. Le devoir de mémoire concerne chacun d’entre nous.

Du 15 au 21 mai 2026, la Commémoration investira toute la ville et s’adressera à tous les publics. Elle débutera dans les écoles avec l’atelier « Tambour, mémoire et liberté », où la musique devient un outil de transmission et d’expression.

Elle prendra également une dimension caribéenne et contemporaine avec NEV, installation sonore et théâtrale présentée au Fort Tartenson. Cette création interroge la traite des esclaves à Saint-Domingue entre 1680 et 1800, et pose la question de la manière dont un tel sujet peut encore nous interpeller aujourd’hui.

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 » Journée Paysanne » & « Gouvernance ou Pouvoir »

Journée Paysanne
À quatre heures du matin, toute la famille était déjà debout, avec une tasse de café fort, et un bol de  » Labouilli « . Chacun avait son travail de la journée à faire, et la routine se faisait sans plainte ou explication. Le père préparait la charrue, le taureau qui mangeait avant tous les autres animaux, la pioche, la manchette, la pelle, et autres instruments de travail. Son fils de 15 ans et lui partaient travailler le champ, de quatre heures trente à onze heures trente du matin! La fille aînée commençait à mettre ensemble tout ce qu’il fallait pour préparer le déjeuner qui devait être prêt à onze heures. Le frère de douze ans devait traire les deux vaches, les nourrir, ainsi que le cochon.La petite de huit ans devait nourrir les quatre poules et le coq, et ramasser les oeufs. L’étable et la bassecour devaient être nettoyées, et le fumier sur deux brouettes partait avec le déjeuner du père et du fils pour leur travail de l’après-midi. La mère et sa fille aînée, à une heure trente de l’après midi, sur des terrasses préparaient le café, faisaient le triage du riz et pilonnaient le café grillé.

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« Il faut sauver Carthage », de Robert Lodimus – Partie VI

Sixième partie

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Haïti, comme la Carthage d’Hannibal

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« Pour les petits et les pauvres, la vie est un couloir de wagon où il faut s’aplatir pour laisser passer les autres, et encore sourire, et même demander pardon. »

(Gilbert Cesbron)

Le jeudi 19 mars 2020, la panique s’installait au sein de la population haïtienne. Deux cas de coronavirus venaient d’être diagnostiqués par les autorités sanitaires. La situation paraissait se compliquer davantage pour des individus qui menaient une existence déjà précarisée. « La République d’Haïti, vraisemblablement, n’allait pas pouvoir faire face à un fléau de cette ampleur », pensions-nous? Sans être superstitieux, nous croisions les doigts – comme beaucoup de compatriotes, peut-être – pour que les îles antillaises soient écartées, même miraculeusement, du chemin de la catastrophe provoquée… Malheureusement, le sort en avait décidé autrement. Un indigène et un étranger belge furent testés positifs. Le mal était donc fait. Désormais, les Haïtiens se comptaient aussi parmi les peuples de l’univers qui luttaient pour se protéger contre la pandémie mystérieuse et meurtrière. La nouvelle – même si l’on s’y attendait – avait causé de l’émoi jusque dans la diaspora.

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« Pour le plaisir », un film de Reem Kherici

Madiana
Par Reem Kherici, Gari Kikoïne | Avec Alexandra Lamy, François Cluzet, Mitty Hazanavicius
Comédie | 1h 29min | 6 mai 2026 en salle | 1h 29min |
Synopsis :
Et si on vous racontait l’invention du siècle ? Un couple, une vérité qui explose. Fanny et Tom sont mariés et heureux depuis 20 ans. Mais un jour un secret éclate : Fanny n’a jamais eu d’orgasme. Tom, ingénieur, décide alors de relever un défi audacieux : créer l’objet qui révolutionnera le plaisir féminin. Ensemble, ils se lancent dans cette quête aussi déjantée qu’émouvante qui va transformer leur couple. Jusqu’où iront-ils ? Loin, très loin.

La presse en parle :
20 Minutes par Caroline Vié
Reem Kherici s’est librement inspirée d’une histoire vraie autour d’un duo de stars complices.

Diverto par La Rédaction
Entre histoire d’amour et d’humour, une belle comédie sur le couple, mais aussi porteuse de messages essentiels.

Elle par La Rédaction
On rit beaucoup devant le nouveau film de Reem Kherici, sorte d’objet cinématographique non identifié puisque, en plus d’être un plaidoyer pour le plaisir féminin, il constitue le – presque – biopic du couple allemand qui a inventé le célèbre sextoy Womanizer.

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Moun Isi — 34 communes, 34 histoires

Du 12 mai au 27 juin, La Véranda de Tropiques-Atrium accueille Moun Isi, une exposition photographique signée René-Charles Suvélor, plus connu sous le nom de Bénny. À travers 34 portraits et 34 paysages, le photographe martiniquais dresse une galerie sensible et profondément humaine de la Martinique d’aujourd’hui.

Depuis plus de quarante ans, Bénny capture des instants de vie, des regards, des visages et des émotions. Né à Fort-de-France et grandi à Debriand, il découvre très jeune la photographie, avant d’exercer pendant de nombreuses années le métier de cuisinier. Mais l’appel de l’image, plus fort que tout, finit par s’imposer comme une évidence. Aujourd’hui, chaque cliché témoigne de cette passion intacte, nourrie par la rencontre et l’observation du réel.

Avec Moun Isi, l’artiste propose un voyage à travers les 34 communes de Martinique. Chaque portrait raconte une histoire singulière : une marchande, un pêcheur, un médecin, un inconnu croisé au détour d’une rue… Des femmes et des hommes de tous horizons, choisis pour ce qu’ils incarnent de vivant, d’authentique et d’universel. En écho à ces visages, des paysages viennent révéler la richesse et la diversité du territoire martiniquais.

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