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Outre-mer : l’urgence d’une réforme fiscale de bon sens

— Par Jean-Claude Florentiny —

Dans un monde instable, les Outre-mer sont en première ligne. Nous ne pouvons plus nous permettre de conserver un système fiscal qui amplifie les crises au lieu de les amortir. Réformer l’assiette des droits et taxes, c’est agir concrètement contre la vie chère, protéger le pouvoir d’achat, renforcer la résilience économique de nos territoires et accélérer leur intégration régionale. Cette réforme est techniquement faisable. Elle est économiquement nécessaire. Elle est politiquement légitime.

Dans un monde traversé par des tensions géopolitiques durables, la logistique mondiale est devenue un facteur déterminant de l’inflation. Conflits au Moyen-Orient, perturbations des routes maritimes, hausse des coûts énergétiques, tensions sur les assurances : autant de facteurs qui renchérissent le transport des marchandises à l’échelle globale. Ces phénomènes impactent l’ensemble des économies. Mais dans les Outre-mer, leurs effets sont démultipliés. Pourquoi ? Parce que nos territoires dépendent massivement des importations, et parce que chaque produit consommé doit traverser des milliers de kilomètres avant d’arriver sur nos étals. Dans ce paysage tendu, certaines initiatives méritent d’être saluées. Ainsi, la compagnie CMA CGM a récemment annoncé qu’aucune surcharge ne serait appliquée sur les tarifs de fret à destination des Outre-mer.

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“Possibles !” : un appel à projets pour expérimenter la ville de demain

Va jouer dehors ! est une association d’intérêt général fondée en 2019 par Matthieu Poitevin à la suite du drame de la rue d’Aubagne à Marseille. Face aux urgences climatiques, sociales et urbaines, l’association est née d’une volonté forte : repenser collectivement la manière de fabriquer la ville et ouvrir des perspectives plus durables, plus solidaires et plus désirables.

À la fois structure porteuse d’événements, média d’idées et espace de réflexion collective, Va jouer dehors ! réunit architectes, urbanistes, artistes, chercheurs, entreprises, élus, collectifs et habitants autour d’un même objectif : expérimenter une nouvelle urbanité, plus participative, plus joyeuse et plus attentive aux usages réels des territoires.

Dans cette dynamique, l’association lance l’appel à projets du Festival de la Ville 2050 pour les éditions 2026-2027-2028, sous le thème « Possibles ! ».

Du manifeste à l’expérimentation

Le Festival de la Ville affirme une conviction simple : la ville ne se raconte pas, elle se pratique. Ces trois prochaines éditions souhaitent devenir l’écho de celles et ceux qui veulent agir concrètement sur le terrain et inventer de nouvelles manières d’habiter, de construire et de partager la ville.

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Le coût économique de la confrontation mémorielle

Pourquoi penser les réparations de l’esclavage et agir avec ressentiment à l’aveugle sans soupeser les conséquences dommageables pour l’économie de la Martinique est une faute grave ? 
— Par Jean-Marie Nol —
La question des réparations liées à l’esclavage ressurgit aujourd’hui avec une intensité nouvelle dans le débat public martiniquais et plus largement antillais. En adressant une lettre ouverte nominative à plusieurs descendants d’esclavagistes et à certaines grandes familles économiques de Martinique, le Mouvement International pour les Réparations (MIR) a franchi une étape particulièrement sensible dans un dossier où l’histoire, la mémoire, la morale, l’économie et la stabilité sociale se trouvent désormais étroitement imbriquées. Derrière cette revendication de réparations morales, matérielles et financières se dessine en réalité une problématique beaucoup plus complexe : celle du rapport qu’entretiennent les sociétés antillaises avec leur passé, mais aussi avec leur avenir économique dans un contexte mondial et national déjà extrêmement fragile et inflammable.
Car si la question mémorielle mérite incontestablement d’être entendue, comprise et respectée, la méthode employée soulève de nombreuses interrogations. En ciblant nommément certaines familles békés, héritières supposées des accumulations économiques issues du système esclavagiste et des indemnisations accordées aux anciens propriétaires d’esclaves après l’abolition de 1848, le MIR et d’autres activistes prennent le risque d’alimenter une logique de confrontation identitaire dont les conséquences pourraient être particulièrement lourdes pour la Martinique.

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L’éphéméride du 15 mai

Anne Boleyn et son frère, Lord Rochford, sont déclarés coupables d’adultère et d’inceste par la Haute Cour d’Angleterre le 15 mai 1536.

Anne Boleyn (vers 15001 – 19 mai 1536) est la deuxième épouse du roi Henri VIII d’Angleterre et reine consort de 1533 à 1536. Elle est la mère de la reine Élisabeth Ire. Son mariage avec Henri VIII est à l’origine du changement politique et religieux complexe, et souvent tragique, qu’a été la réforme anglaise. Accusée d’adultère, d’inceste et de haute trahison, elle est exécutée par décapitation. Il est maintenant généralement admis qu’elle était innocente de ces accusations. Anne Boleyn a été célébrée plus tard comme martyre dans la culture protestante, particulièrement dans l’œuvre de John Foxe.
Biographie
Controverse autour de sa naissance
L’absence de registre paroissial ne permet pas d’établir la date de naissance précise d’Anne Boleyn. Au début du xviie siècle, un historien italien a suggéré qu’elle était née en 1499, tandis que le gendre de Thomas More, William Roper (en) suggère la date beaucoup plus tardive de 1512. De nos jours, les cercles académiques tendent à s’accorder sur deux dates plausibles : 1501 et 1507.

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Nan Goldin : This will not end well

— Par Dominique Daeschler —

Présentées au Grand Palais et à la chapelle St Louis de la Salpêtrière, dans des modules conçus par Hala Wardé, six oeuvres rassemblant vidéo et diaporamas, racontent cinquante ans de création de Nan Goldin. Un tout raconté en récits saccadés ce que permet la diapo, jouant de la photo comme autant de plans fixes auxquels on associerait le rythme des battements de cœur, le montage libérant la pensée. Fan de cinéma dès l’adolescence, Nan Goldin plonge dans sa vie pour nourrir son art. Au cours de ses études à l’école des Beaux-Arts de Boston, elle documente la vie qu’elle mène dans une communauté de drag-queens qui traîne autour d’un bar appelé The Other Side (première exposition de ces images à Cambridge). Présenté dans l’exposition comme une ouverture au monde de Goldin, il frappe par ces portraits à cru qui donnent leurs visages comme des livres ouverts A Londres, elle photographie skinheads et premiers punks.

Suivra le premier grand diaporama, The Ballad of Sexual Dependency, travail qui s’étend sur 41 ans, où on entre dans l’intimité de Goldin : l’amour est là, la dépendance, la recherche d’identité, la perte, la fuite.

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Violences sexuelles : le monde culturel sommé d’agir

— Par Sarha Fauré —

À l’heure où les projecteurs du Festival de Cannes illuminent une nouvelle fois le cinéma mondial, un autre débat s’impose avec force dans les coulisses du monde culturel : celui des violences sexistes et sexuelles longtemps tues, minimisées ou dissimulées derrière le prestige des œuvres et la protection des figures d’autorité. Dix ans après l’onde de choc provoquée par #MeToo, deux députés français, Sandrine Rousseau et Erwan Balanant, entendent désormais inscrire cette lutte dans le droit à travers une ambitieuse proposition de loi déposée à l’Assemblée nationale.

Le texte, composé de dix-neuf articles, se veut une réponse concrète aux révélations accumulées ces dernières années dans les secteurs du cinéma, de l’audiovisuel, du spectacle vivant, de la mode ou encore de la publicité. Derrière les scandales médiatisés et les témoignages d’actrices ou d’artistes connus, les parlementaires dénoncent surtout un système profondément ancré, où les mécanismes de domination et de silence continuent de protéger les agresseurs tandis que les victimes voient leurs carrières fragilisées, voire détruites.

Cette initiative législative s’appuie sur les travaux d’une commission d’enquête parlementaire menée en 2025 après les accusations portées par l’actrice Judith Godrèche contre les réalisateurs Benoît Jacquot et Jacques Doillon.

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Après ChatGPT, les “world models” veulent apprendre aux IA à comprendre le monde

Par Julien Perez (*) —

Après les IA capables de générer du texte ou des images, une nouvelle génération de modèles cherche à donner aux machines une représentation interne du réel. Objectif : leur permettre d’anticiper les conséquences de leurs actions, comme nous le faisons instinctivement avant de traverser une rue ou de rattraper une balle.

Imaginez un enfant qui, après avoir vu une balle rouler derrière un canapé, sait instinctivement qu’elle continue d’exister et peut anticiper l’endroit précis où elle réapparaîtra. Cette capacité fondamentale, que la psychologie appelle la permanence de l’objet, constitue un socle de l’intelligence humaine. Nous ne nous contentons pas de réagir aux images qui frappent notre rétine ; nous simulons en permanence le futur dans notre esprit. Aujourd’hui, l’intelligence artificielle tente de franchir ce cap décisif.

Après l’ère des modèles capables de générer du texte, comme ChatGPT, ou des images, comme Midjourney, une nouvelle frontière se dessine avec les world models (“modèles de monde”). L’enjeu est de taille : il s’agit de doter les machines d’une forme de sens commun physique, spatial et logique pour qu’elles cessent d’imiter… et commencent enfin à comprendre.

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Actualités des Caraïbes et d’ailleurs…

Mensonge et cynisme ne vaincront pas ! 

— RS n° 446 lundi 11 mai 2026 —

Non, non, la police ne tue pas, dit-on en haut lieu. Mais d’où viennent les corps qui gisent sur le sol après tant d’interventions de « forces de l’ordre » en Guadeloupe depuis quelque temps ? Et les fachos n’ont pas encore gagné en France… C’est dire !

Non, non, Trump n’est pas un fasciste, disent ses supporters. C’est juste, répondons-nous, un énergumène qui promet de détruire la civilisation iranienne, qui crée un club privé pour remplacer l’ONU, qui veut raser Gaza pour y construire une riviera lucrative pour lui-même, ses parents, alliéEs et amiEs, qui choisit les dirigeants des autres pays en kidnappant (au Venezuela), en assassinant (en Iran), en finançant (en Argentine, au Honduras), qui bafoue du matin au soir la constitution de son propre pays, qui organise les tripatouillages électoraux contre les AfrodescendantEs, qui menace de mort par asphyxie le peuple cubain, qui fait exécuter sans jugements et sans preuves des prétendus trafiquants de drogue dans la mer des Caraïbes qu’il considère comme son domaine maritime.

Non, non, les fascistes ne sont pas au pouvoir en Israël, prétendent les sionistes et apparentés, mais ils poursuivent génocide et colonisation, font du suprémacisme la loi fondamentale du pays, massacrent et assassinent à Gaza, en Cisjordanie, en Iran, au Liban, tandis que leur bourreau Benyamin Netanyahu se trouve sous le coup d’un mandat d’arrêt de la Cour pénale internationale pour crime contre l’humanité.

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La Caraïbe, une cicatrice qui nous démange.

— Les ContreChroniques d’Yves-Léopold Monthieux —

Est-il possible d’exiger la parfaite égalité entre les Français d’Auvergne et les ceux de Martinique, en même temps que le droit pour ces derniers à une franche intégration dans la Caraïbe ?  La Caraïbe, on aime s’en dire partie prenante, par commodité géographique, par réflexe culturel ou par ambition de jouer de cette diplomatie « économique », annoncée sans modestie par le président Serge Letchimy.

On évoque la communauté caribéenne dans les discours, les colloques, les envolées identitaires, aujourd’hui la lettre enflammée visant à la mise en œuvre de la réparation du crime contre l’humanité. Mais pour l’essentiel, la Martinique regarde ailleurs. Vers Paris, vers l’Europe, vers un Centre qui n’est ni maritime ni voisin, mais administratif et mental, quoique non « métropole ». Un centre auquel la Martinique voue un attachement religieux au nom de la sacro-sainte « continuité territoriale » sollicitée pour nous protéger des 70% d’augmentation prévus du ciment martiniquais1. En effet, un pied dans l’assimilation et un autre dans un imaginaire multiple, ici caribéen, la Martinique politique cultive une étrange duplicité : la quadrature qui ressort des exigences du peuple, demandeur de « plus d’Etat », d’une part, et, d’autre part, de leurs élus qui voudraient « plus de peuple ».

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15-21 Mé 2026 : Atè Fodfwans

À sa création, le SERMAC avait pour mission de faire connaître le 22 mai 1848 comme date fondatrice de la libération du peuple martiniquais. Depuis 2005, cette mission s’est élargie : rassembler les Martiniquais autour d’une célébration artistique et mémorielle.

Voir le programme ci-dessous

Année après année, il s’agit de continuer à interroger notre histoire, de mettre en lumière ce qui a été oublié et de transmettre cette mémoire au plus grand nombre.

Aujourd’hui, il nous faut regarder l’avenir avec lucidité : mesurer les avancées accomplies et celles qu’il reste à construire. Le devoir de mémoire concerne chacun d’entre nous.

Du 15 au 21 mai 2026, la Commémoration investira toute la ville et s’adressera à tous les publics. Elle débutera dans les écoles avec l’atelier « Tambour, mémoire et liberté », où la musique devient un outil de transmission et d’expression.

Elle prendra également une dimension caribéenne et contemporaine avec NEV, installation sonore et théâtrale présentée au Fort Tartenson. Cette création interroge la traite des esclaves à Saint-Domingue entre 1680 et 1800, et pose la question de la manière dont un tel sujet peut encore nous interpeller aujourd’hui.

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 » Journée Paysanne » & « Gouvernance ou Pouvoir »

Journée Paysanne
À quatre heures du matin, toute la famille était déjà debout, avec une tasse de café fort, et un bol de  » Labouilli « . Chacun avait son travail de la journée à faire, et la routine se faisait sans plainte ou explication. Le père préparait la charrue, le taureau qui mangeait avant tous les autres animaux, la pioche, la manchette, la pelle, et autres instruments de travail. Son fils de 15 ans et lui partaient travailler le champ, de quatre heures trente à onze heures trente du matin! La fille aînée commençait à mettre ensemble tout ce qu’il fallait pour préparer le déjeuner qui devait être prêt à onze heures. Le frère de douze ans devait traire les deux vaches, les nourrir, ainsi que le cochon.La petite de huit ans devait nourrir les quatre poules et le coq, et ramasser les oeufs. L’étable et la bassecour devaient être nettoyées, et le fumier sur deux brouettes partait avec le déjeuner du père et du fils pour leur travail de l’après-midi. La mère et sa fille aînée, à une heure trente de l’après midi, sur des terrasses préparaient le café, faisaient le triage du riz et pilonnaient le café grillé.

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« Il faut sauver Carthage », de Robert Lodimus – Partie VI

Sixième partie

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Haïti, comme la Carthage d’Hannibal

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« Pour les petits et les pauvres, la vie est un couloir de wagon où il faut s’aplatir pour laisser passer les autres, et encore sourire, et même demander pardon. »

(Gilbert Cesbron)

Le jeudi 19 mars 2020, la panique s’installait au sein de la population haïtienne. Deux cas de coronavirus venaient d’être diagnostiqués par les autorités sanitaires. La situation paraissait se compliquer davantage pour des individus qui menaient une existence déjà précarisée. « La République d’Haïti, vraisemblablement, n’allait pas pouvoir faire face à un fléau de cette ampleur », pensions-nous? Sans être superstitieux, nous croisions les doigts – comme beaucoup de compatriotes, peut-être – pour que les îles antillaises soient écartées, même miraculeusement, du chemin de la catastrophe provoquée… Malheureusement, le sort en avait décidé autrement. Un indigène et un étranger belge furent testés positifs. Le mal était donc fait. Désormais, les Haïtiens se comptaient aussi parmi les peuples de l’univers qui luttaient pour se protéger contre la pandémie mystérieuse et meurtrière. La nouvelle – même si l’on s’y attendait – avait causé de l’émoi jusque dans la diaspora.

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« Pour le plaisir », un film de Reem Kherici

Madiana
Par Reem Kherici, Gari Kikoïne | Avec Alexandra Lamy, François Cluzet, Mitty Hazanavicius
Comédie | 1h 29min | 6 mai 2026 en salle | 1h 29min |
Synopsis :
Et si on vous racontait l’invention du siècle ? Un couple, une vérité qui explose. Fanny et Tom sont mariés et heureux depuis 20 ans. Mais un jour un secret éclate : Fanny n’a jamais eu d’orgasme. Tom, ingénieur, décide alors de relever un défi audacieux : créer l’objet qui révolutionnera le plaisir féminin. Ensemble, ils se lancent dans cette quête aussi déjantée qu’émouvante qui va transformer leur couple. Jusqu’où iront-ils ? Loin, très loin.

La presse en parle :
20 Minutes par Caroline Vié
Reem Kherici s’est librement inspirée d’une histoire vraie autour d’un duo de stars complices.

Diverto par La Rédaction
Entre histoire d’amour et d’humour, une belle comédie sur le couple, mais aussi porteuse de messages essentiels.

Elle par La Rédaction
On rit beaucoup devant le nouveau film de Reem Kherici, sorte d’objet cinématographique non identifié puisque, en plus d’être un plaidoyer pour le plaisir féminin, il constitue le – presque – biopic du couple allemand qui a inventé le célèbre sextoy Womanizer.

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Moun Isi — 34 communes, 34 histoires

Du 12 mai au 27 juin, La Véranda de Tropiques-Atrium accueille Moun Isi, une exposition photographique signée René-Charles Suvélor, plus connu sous le nom de Bénny. À travers 34 portraits et 34 paysages, le photographe martiniquais dresse une galerie sensible et profondément humaine de la Martinique d’aujourd’hui.

Depuis plus de quarante ans, Bénny capture des instants de vie, des regards, des visages et des émotions. Né à Fort-de-France et grandi à Debriand, il découvre très jeune la photographie, avant d’exercer pendant de nombreuses années le métier de cuisinier. Mais l’appel de l’image, plus fort que tout, finit par s’imposer comme une évidence. Aujourd’hui, chaque cliché témoigne de cette passion intacte, nourrie par la rencontre et l’observation du réel.

Avec Moun Isi, l’artiste propose un voyage à travers les 34 communes de Martinique. Chaque portrait raconte une histoire singulière : une marchande, un pêcheur, un médecin, un inconnu croisé au détour d’une rue… Des femmes et des hommes de tous horizons, choisis pour ce qu’ils incarnent de vivant, d’authentique et d’universel. En écho à ces visages, des paysages viennent révéler la richesse et la diversité du territoire martiniquais.

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« Olubakaka » : mémoire vive et conscience en éveil

Vendredi 15 mai | 19h30| La Paillote| Les Anses d’Arlet

Portée par le collectif Zomatchi et mise en scène par Kocou Yemadje, la création théâtrale Olubakaka, inspirée de Wôlôguèdè, la chaîne incarcérée de Flavien Zountchémin, s’impose comme une œuvre à la fois poignante et profondément engagée. Soutenue par la section Atlantique Ouest de l’Association des professeurs de français du Bénin, qui a su mobiliser un large public scolaire, cette représentation a rassemblé apprenants et enseignants autour d’une expérience artistique d’une rare intensité.

Dans la lignée des réflexions d’Ariane Mnouchkine, qui voit dans le théâtre le reflet des tragédies collectives, Olubakaka fait surgir sur scène une mémoire douloureuse, celle de la traite négrière et de ses séquelles persistantes. Le personnage éponyme, survivant tourmenté, condamné à errer entre le monde des vivants et celui des ancêtres, incarne une conscience blessée, incapable de trouver l’apaisement. À travers cette figure, la pièce donne chair à une histoire enfouie, mais jamais éteinte.

La mise en scène, d’une grande force symbolique, rejoint la pensée d’Arthur Adamov en faisant du plateau un espace de rencontre entre visible et invisible.

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Un tiers-lieu artistique entre mémoire, création et transmission

Les ATeliers d’Art Contemporain du Marin (ATACM) s’installent dans une ancienne école

— Par Dominique Daeschler —

Depuis novembre 2025, une activité fébrile s’est emparée de l’ancienne école du Cap : bâtiments spacieux, galeries couvertes, immense pré central ont permis de mettre en place un projet ambitieux consacré aux Arts Plastiques qui allie les qualités d’un lieu de proximité en milieu rural à la présence d’artistes et d’œuvres. Le maire du Marin a dit oui au pari de l’association ôdis7 de transformer une partie de l’ancienne école en lieu permanent d’art contemporain. A la manœuvre, Martine Baker et Habdaphaï plasticiens ont conçu un lieu très largement ouvert aux expositions, installations, performances, ateliers et travail de sensibilisation. Il a fallu repeindre, décaper… Rendre le lieu ludique en transformant l’austérité des salles de classe entre jeux de lumière, découverte des œuvres et rencontre des artistes, attiser la curiosité par la multiplicité des propositions : expositions permanentes, expositions éphémères, travail de médiation, ateliers. 60 artistes, 700 œuvres ont été offertes au regard du public (énorme affluence) lors des 4 jours d’inauguration officielle en avril : Severino, Barthe, Maure, Cauquil, Caruge, Orosemane, Baker, Habdaphai, Porry, Cuvelier et tant d’autres.

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Qui Sommes-Nous Devenus ?

Si la victoire idéologique de l’assimilation s’avère désormais incontestable , mais alors quid de la pertinence du concept en gestation de créolisation qui devrait changer la donne pour la nouvelle génération des Antilles ?

— Par Jean-Marie Nol —

Longtemps, le combat identitaire aux Antilles françaises s’est présenté comme une résistance à l’assimilation. Il s’agissait de préserver une mémoire, une culture, une langue, une manière d’être au monde face à la puissance uniformisatrice du modèle républicain français. Depuis la départementalisation de 1946, la Guadeloupe et la Martinique ont été intégrées à la République dans une logique d’égalité juridique et sociale qui, pendant plusieurs décennies, a profondément transformé les sociétés antillaises. L’accès aux services publics, à l’éducation, à la consommation de masse et à la mobilité sociale a produit une élévation du niveau de vie, mais aussi une mutation silencieuse des imaginaires. Car derrière l’égalité promise, l’assimilation culturelle a progressivement imposé ses normes, ses références et ses modèles de réussite. Aujourd’hui, force est de constater que cette assimilation a largement gagné la bataille des modes de vie, même si elle n’a jamais totalement effacé le besoin de reconnaissance identitaire.

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Poésies : parutions de mai 2026

✨ Espaces littéraires

📘 Frankétienne : ce génial mégalomane

Sony Calixte

Considéré comme l’une des figures majeures de la littérature haïtienne contemporaine, Frankétienne s’impose comme un créateur hors norme, dont l’œuvre traverse les frontières et les disciplines. Écrivain, peintre et homme de théâtre, il déploie un univers foisonnant, déroutant et profondément singulier.

Cet ouvrage propose une lecture originale de cette œuvre protéiforme en explorant les dimensions esthétiques, philosophiques et politiques qui fondent l’univers de Frankétienne.

📖 166 pages
📅 Parution : 30 avril 2026
📚 Collection : Espaces littéraires
💶 18,00 €
🔖 EAN : 9782336607788

🌿 Poésie(s)

🔮 La boule de verre 

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Miriam Makeba : musique et engagement

🎬 🎥 📽️ Mama Africa : Miriam Makeba, un film de Mika Kaurismäki

🗓️ Mercredi 13 mai à 18h00 |
📍 Ducos – Cantine Centrale

📍 Le Diamant – Hôtel de Ville
🗓️ Vendredi 15 mai à 18h30

📍 Le Lorrain – Maison de la Culture
🗓️ Mercredi 20 mai à 19h30

📍 Saint-Pierre – Théâtre
🗓️ Samedi 23 mai à 20h00

— Par Sabrina Solar —

Mama Africa est un documentaire réalisé par Mika Kaurismäki, consacré à la chanteuse sud-africaine Miriam Makeba. Le film retrace son parcours artistique et personnel sur plusieurs décennies, en s’appuyant sur des images d’archives, des extraits de concerts et des témoignages de proches, de collaborateurs et de musiciens.

Née en 1932 à Johannesburg, Miriam Makeba grandit dans un contexte marqué par des difficultés économiques et par la mise en place progressive du régime d’apartheid en Afrique du Sud. Elle commence à chanter au début des années 1950, notamment avec les Cuban Brothers puis au sein des Manhattan Brothers, où elle acquiert une première reconnaissance. Sa participation au film Come Back, Africa, qui dénonce les conditions de vie sous l’apartheid, entraîne des conséquences immédiates : en 1959, alors qu’elle se trouve à l’étranger, les autorités sud-africaines lui interdisent de rentrer dans son pays.

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« Quand la justice entrave la parole des victimes » 

Tribune collective

En France, les violences sexistes et sexuelles demeurent massives et largement sous-déclarées. D’après le ministère de l’Intérieur, en 2023, 94 000 plaintes pour viols et tentatives de viols sur des femmes ont été portées devant les forces de l’ordre, et plus de 270 000 plaintes pour violences conjugales. Par ailleurs, les enquêtes de victimation montrent qu’à peine une victime sur dix porte plainte. L’énorme majorité des violences reste donc invisible.

Dans les territoires dits ultramarins, dont la Martinique, ces réalités prennent une acuité particulière. En 2023, pour 360 000 habitants, plus de 1 000 femmes ont déclaré des violences d’après l’OVIFEM, l’observatoire territorial des violences faites aux femmes. Les violences intrafamiliales y sont deux à trois fois plus importantes que dans le territoire national (jusqu’à 2,4 victimes pour 1 000 habitants en Martinique contre 1,4 au niveau national) et 80 % des victimes de violences sexuelles intrafamiliales sont des femmes. Ces données, déjà alarmantes, ne reflètent qu’une part des violences réellement subies.

Ce silence généralisé s’inscrit dans un système encore structuré par des rapports de pouvoir et de domination patriarcaux, mais aussi par des inégalités sociales, territoriales et postcoloniales qui renforcent, en contexte ultramarin, les obstacles à l’accès aux droits et à la justice. 

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1 jour – 1 mot

— Par Patrick Chamoiseau —

11/05/26

Martinique.
Lycée Frantz Fanon.
Dialogue avec les classes de Première, Terminale, Technos, Prépas.

PUISSANCE DE LA CRÉATIVITÉ

1 – Le Frantz Fanon le plus essentiel pour moi est celui qui habitait ses questions.

2 – Il a compris que les « réalités », que nous vivons ou que nous subissons, sont des productions de nos sens et de nos imaginaires.

3 – Il a su tirer les leçons de la « réalité » coloniale pour interroger le « réel » du monde ‒ lequel est bien plus vaste, bien plus riche que toutes les réalités réunies.

4 – Les « réalités » sont toujours soumises à des forces et à des pouvoirs, à des impossibles et à des aliénations, qui abîment toute créativité. Le « réel », lui, concentre, dans son infini et dans son impensable, le tout-possible de l’existant.

5 – La réalité se pratique ; le réel s’interroge. Les réalités nous enferment souvent dans ce qui existe déjà, qui est déjà pensé ; le réel contient aussi ce qui n’existe pas encore, et qui reste à penser.

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Valeur et juste gouvernance…

— Par Camille Loty Malebranche —

La valeur est le repère du sens dans la représentation de soi et de l’être par l’homme ou la civilisation qui la manifeste. Elle fait partie toujours des domaines majeurs du sens logique, moral, s’exprimant dans les champs d’action politique, religieux autant individuel que social de celui ou de ceux qui l’assument, et, en science c’est encore la valeur, cette fois épistémologique, qui tient lieu de flambeau de la vérité tant de la discipline scientifique que de son application. Pour établir la justice, il s’agit pour l’homme, conscience créatrice, de construire un ordre socioéconomique, un système politique d’équité et non de se murer dans un vieux dualisme capitalisme et pseudo-communisme qui ont tous deux échoué.

La valeur, critère motivant la conduite humaine par l’action.

Nos sentiments nourrissent nos valeurs et nos valeurs hébergent nos sentiments, de sorte que nos sentiments sont des valeurs modulées par la logique, une interaction logique et axiologique, qui nous imprègne. Une imprégnation si forte qu’elle devient une partie de nous, de nos réflexes autoconditionnés qui nous agissent et nous font agir.

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« Enchaînés », un série, créée par Alain Moreau et réalisée par Laure de Butler

Mercredi 13 mai sur France 2 et en replay |  ★★★★★ |

Enchaînés est une fresque historique ambitieuse qui s’inscrit dans un mouvement encore rare dans la fiction française : celui qui consiste à regarder en face l’histoire de l’esclavage colonial dans les territoires français d’outre-mer. Créée par Alain Moreau et réalisée par Laure de Butler, la série est diffusée en 2026 sur France.tv, sur France 2 ainsi que sur la chaîne belge RTBF La Trois. Produite par Tetra Media Fiction, elle compte six épisodes de 52 minutes.

La série se déroule en 1806 sur l’île Bourbon, ancien nom de La Réunion sous l’Empire napoléonien. À travers le destin d’une plantation de café dirigée par le colon Charles Bellevue, interprété par Olivier Gourmet, Enchaînés plonge le spectateur dans la violence quotidienne du système esclavagiste français. Après le passage d’un cyclone dévastateur qui ruine en partie l’exploitation, les tensions s’exacerbent : les maîtres tentent de préserver leur pouvoir tandis que les esclaves redoutent d’être vendus et séparés de leurs proches.

Au cœur du récit se trouve Isaac, incarné par Enzo Rose, jeune esclave né du viol de sa mère Célestine par Charles Bellevue.

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*L’appel de la Sorbonne du 13 mars 1998*

— Par Edouard Glissant, Patrick Chamoiseau, Wole Soyinka —
En 1998 à la Sorbonne, lors du colloque “Poétiques d’Édouard Glissant” qui s’était tenu du 11 au 13 mars 1998 à la Sorbonne, l’événement fut cette déclaration tenue par Édouard Glissant, Patrick Chamoiseau et Wole Soyinka, réclamant la reconnaissance de la traite et de l’esclavage comme crime contre l’humanité, en guise de conclusion imprévue au colloque international ; Pétition à l’appui.

Une déclaration solennelle, pensée au mot près, un point de départ qui devait rendre possibles La loi du 21 mai 2001.

DÉCLARATION SUR LA TRAITE NÉGRIÈRE ET L’ESCLAVAGE.

Par ÉDOUARD GLISSANT, WOLE SOYINKA (Nigérian, 1er Prix Nobel Noir de littérature) et PATRICK CHAMOISEAU (Prix Goncourt 1992).

NOUS RAPPELONS

Que dans l’interminable suite des invasions, des massacres, des génocides qui ont marqué l’histoire de l’Humanité, l’un des épisodes les plus considérables par l’ampleur et la quantité de malheurs qu’il a enfanté fût celui de la Traite négrière et du système servile dans les Amériques et dans l’océan Indien, qui portèrent sur des dizaines de millions de personnes.

Que l’Afrique en a subi des dommages pratiquement irréparables et qu’en même temps une énorme part de la richesse de la plupart des pays industrialisés a pris sa source dans ce commerce des esclaves et dans le travail forcé des plantations.

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