M' A

Mes chers Trompinou et Rubicon,

— Par Gary Klang —

Je me fais l’avocat, non pas du diable, mais d’un pays que j’aime beaucoup : Cuba. Pourquoi nuire à ce pays qui a fait l’une des plus belles révolutions du monde avec à sa tête un certain Fidel Castro, accompagné d’un dénommé Che Guevara ? Révolution qui a permis de donner l’éducation et les soins gratuits à tout un peuple et d’envoyer des médecins partout dans le monde pour soigner les plus pauvres. J’en ai vu en Haïti. Sans oublier l’envoi de troupes en Angola par ce même Fidel, afin d’aider Nelson Mandela à se libérer de l’apartheid. A-t-il eu tort ? Bien sûr que non. Alors, Trompinou et Rubicon, pourquoi ne pas imiter ce que font les Cubains au lieu de vouloir les détruire? J’avoue avoir du mal à vous comprendre. Est-ce parce que Rubicon en veut au pays de ses parents que la Révolution aurait chassés ? Cela ne le grandirait pas. Alors, un conseil : changez votre fusil d’épaule. Soyez l’ami des Cubains. Laissez-les libres de choisir leur régime et tout ira pour le mieux.<p>  Lire Plus

« L’affaire » Thélyson Orélien à l’épreuve de la guillotine numérique

–— Par Robert Berrouët-Oriol (*)

Un tsunami. Une déferlante. Dans nos villes, d’Ankara à Jacmel, de Montréal à Paris, de Fort-de-France à Québec, de Miami à Buenos Aires. Dans nos chaumières, nos venelles, nos ruelles encombrées et nasillardes et nos avenues bègues…

Un cortège liturgique. Une procession. Avec son clergé, ses rituels, missels et cérémoniels, ses chorales tonitruantes, sa cacophonie trémmulante…

Une foi identitaire, bavarde et bavardeuse, racoleuse et lénifiante, brandie tel un improbable bric-à-brac et à l’aune d’un exponentiel lamayòt…

C’est cela, et sans doute davantage, « L’affaire » Thélyson Orélien convoquée depuis deux jours au grand oral de la guillotine numérique. C’est encore cela, et sans doute davantage, « L’affaire » Thélyson Orélien avec, en son centre comme en ses banlieues, toutes les nuances de ce qui semble s’apparenter –à propos du roman C’était ça ou mourir (Boréal/Grasset, 2026)–, au delirium tremens… Au grand oral de la guillotine numérique et dans les amphithéâtres où se libèrent tous les registres de la vocifération identitariste, le delirium tremens renvoie à des tremblements généralisés, à des hallucinations visuelles et auditives, à la confusion mentale, à la tachycardie, au risque de convulsion et de collapsus cardiovasculaire…

« L’affaire » Thélyson Orélien, dont l’épicentre est le roman C’était ça ou mourir, qu’on se le dise : c’est du sérieux, c’est du lourd…

« L’affaire » Thélyson Orélien désigne la polémique née des accusations d’usage de l’IA pour rédiger C’était ça ou mourir.<p>  Lire Plus

De Camille Darsières à Serge Letchimy : d’une faute à l’autre, d’une crise à l’autre

— Les Contrechroniques d’Yves-LéopoldMonthieux —

En quarante ans de décentralisation – d’apprentissage de l’autonomie –, la gouvernance régionale a trop souvent substitué l’incantation idéologique au sens de l’anticipation. Du mythe du « dépeuplement » au naufrage de la collectivité, retour sur une trajectoire budgétaire où l’imprévoyance locale s’érige en provocateur de l’État régalien auprès duquel, néanmoins, il cherche systématiquement son salut. Le silence des médias et des intellectuels étant acquis, les perdants sont réputés avoir eu raison de toujours se tromper. Une façon de les inviter à persévérer.

LA FAUSSE PANNE DÉMOGRAPHIQUE : ANATOMIE D’UNE MYSTIFICATION

À en croire le récit convenu façonné par les sachants et les faiseurs d’opinion, le BUMIDOM aurait véritablement dépouillé la Martinique de ses « forces vives », portant la responsabilité exclusive du non-développement de la collectivité. Cette assertion constitue pourtant l’une des plus grandes escroqueries intellectuelles et politiques de notre histoire récente. Elle a permis aux gouvernants locaux de se couler dans une posture d’opposition systématique aux mesures gouvernementales des années 1960 et 1970, érigeant le BUMIDOM en videur de « forces vives » et le Service militaire adapté (SMA) en « armée d’occupation coloniale ».<p>  Lire Plus

Désenchantement

Désenchantement

— Par Camille Loty Malebranche —

Je me suis réveillé
Au coeur d’un monde
Colosse de mirage, empoigné de déroutes
Exhalant l’odeur âcre, méphitique
De nos ordres chaotiques, imprégnés de malheurs
Et l’entêtement des bonheurs artificiels

Je me suis réveillé
Et je n’ai vu que la lourdeur de nos gestes et l’interaction de nos maux
Jonglerie maniaque pour nos spartiates désabusés,
Nos fauves anthropomorphes, anthropophages

Je me suis réveillé
Au coeur d’une terre vacillante, entropie ténébreuse
Aux baraques sanguines des mers guerrières.

Et le sang qui gicle dans son tourbillon
Disque d’accrétion létale, patibulaire
Au sens contraire des rotations de la Terre,
Dément les soleils faux de nos chartes balisées de noirceurs intestines

Et malgré l’évolutive odyssée temporelle de l’histoire aux avatars et du progrès,
Piétinent nos vœux, pataugent les pas sans marche, traîne-savates, démarche abjecte de l’homme, phylum de nains, d’avortons

Hibernent les étoiles, soleils scalpés;
Et les ères génitrices où la terre s’est faite mère,
Au firmament de nos oeuvres,
Accouchent de tertres mortuaires, tremplin mortel
Aux dépouilles de l’homme, aux débris de l’humain

Ah! Voûtes géantes, spectrales de nos actes!<p>  Lire Plus

Le mythe transforme l’ethnie, le groupe ou la nation en race…

— Par Camille Loty Malebranche —

Le verbe créateur de l’identité du groupe s’érige en mythe dès qu’il s’impose en vision sacrée qui sacralise l’ethnie, la peau, la nation, le groupe… Tout ce qui substantialise la condition, les contingences pour essentialiser des collectivités humaines afin de leur conférer des privilèges logiquement indus à cause de leur origine, de leur clan, de leur couleur, en en excluant tous les autres, est constitution d’une race. Ainsi, toute discrimination – terme à ne pas confondre avec la différenciation par les vraies valeurs spirituelles, morales, intellectuelles et les justes combats menés selon ces valeurs – est du racisme.

Le verbe créateur d’identité de groupes humains n’est pas toujours sacré. Parfois, il n’est que rassembleur! Il dévie en mythe quand il devient agressivement sacré et menaçant pour l’altérité. Sacré (parfois littéralement religieux), liant la naissance et l’existence de la société au suprahumain au cosmique voire au supracosmique et au divin via un naturalisme sacral, le verbe créateur d’identité, risque des déviations sur la route des excès parce que frontière diabolique pouvant dériver en pathogénies discriminatoires. En effet, c’est de la sacralisation verbale que naît la fiction de la race, des faux mérites et toutes les imbécillités de ceux qui distillent leur être identitaire dans une vision où ils se voudraient supérieurs à tous les autres qui ne sont de leur « nature raciale et sociale ».<p>  Lire Plus

Tro souvan

Tro souvan

— Par Daniel M. Berté —

Tro souvan
man pran wonm pou soup
ek ritouvé kò-mwen ka bouché an dalo
an lari Sentespri

Tro souvan
man pran lanmè sèvi savann
douvan bekmè majò ka kouri dèyè-mwen
an lari Sentespri

Tro souvan
man pran an sis pou an nef
opwen ki man vini kondi an Kris anglé
an lari Sentespri

Tro souvan
man pran koko pou zabriko
épi pèdi kò-mwen an drivayaj san fen
an lari Sentespri

Tro souvan
man pran bol-jounou manman pou an manch-pilon
moun di ki man pilé an kracha italyen
an lari Sentespri

Tro souvan
man pran kaka-kabrit pou ti-pwa
é sakisav afiwmé ki sé mal yo fè-mwen
an lari Sentespri

Tro souvan
man pran tjim-savon pou let
é tout lasent jounen man ka ba lari chenn
an lari Sentespri

Tro souvan
man pran lapo-lanmori pou vyann
é man té tjoupèpè ka bat bè ek mizè
an lari Sentespri

Tro souvan
man pran pawol épi manzè alkol
ek maché san wontri an lanmen douvan an lanmen dèyè
an lari Sentespri

Tro souvan
man pran rézolisyon
ponmet jiré kraché di maché an nonm dwet
an lari Sentespri

Daniel M.<p>  Lire Plus

Mais où va le Festival entènasyonal literati kreyòl ?

—Par Robert Berrouët-Oriol (*) —

Résumé

Cet article propose une analyse critique des récentes mutations du Festival entènasyonal literati kreyòl (FEL) en l’inscrivant dans un cadre plus large, celui de l’aménagement constitutionnel des deux langues officielles d’Haïti, de la Créolophonie et de l’État de droit. La réflexion analytique sur les récentes mutations du FEL s’articule à la notion de citoyenneté linguistique et aux obligations constitutionnelles du bilinguisme de l’équité des droits linguistiques (articles 5 et 40 de la Constitution de 1987) et elle soutient la perspective selon laquelle la culture doit contribuer à la consolidation de l’État de droit. Le texte promeut également l’indépendance du champ culturel face aux tentatives d’instrumentalisation des pouvoirs politiques, en particulier celles du PHTK néo-duvaliériste dont l’« arme d’intervention stratégique », dans le champ culturel, est le Fonds national de l’éducation (FNE) connu comme une véritable « industrie » de la corruption et du détournement des finances de l’État. L’analyse reproduit et soumet à l’analyse critique un document clé : le message public d’Anivence Jean Baptiste daté du 17 septembre 2026 et dans lequel le FEL célèbre l’ancien ministre PHTKiste Nesmy Manigat, rédacteur de FELmagazine, au titre de modernisateur du système éducatif national.<p>  Lire Plus

L’éphéméride du 26 septembre

Création à Broadway le 26 septembre 1957 du spectacle musical « West Side Story » qui deviendra un film à Hollywood en 1961

West Side Story est un drame lyrique américain de Leonard Bernstein, Stephen Sondheim (lyrics) et Arthur Laurents (livret), inspiré de la tragédie Roméo et Juliette de William Shakespeare et créé le 26 septembre 1957 au Winter Garden Theatre de Broadway. La chorégraphie et la mise en scène étaient de Jerome Robbins, les décors d’Oliver Smith et les costumes d’Irene Sharaff.

Située dans le quartier de Upper West Side à Manhattan dans le milieu des années 1950, l’intrigue cible surtout la rivalité entre Jets et Sharks, deux bandes de jeunes des bas-quartiers, pour le monopole du territoire. Les Jets, jeunes de la classe ouvrière blanche, se considèrent comme les véritables Américains car nés en Amérique, même si de parents eux-mêmes émigrés, d’Irlande, de Suède ou encore de Pologne. Les Sharks appartiennent à la deuxième génération d’émigrés venus, eux, de Porto Rico. Tony, ami du chef des Jets, Riff, rencontre Maria, la sœur de Bernardo, chef des Sharks. Ils tombent amoureux l’un de l’autre au premier regard lors d’une soirée dansante.<p>  Lire Plus

Analyse du texte : Je n’ai pas pris l’autre chemin

L’analyse du texte « Je n’ai pas pris l’autre chemin » de l’écrivain et journaliste haïtien Robert Lodimus (publié sur des plateformes comme Rezo Nòdwès) révèle une œuvre à forte charge tragique, politique et allégorique. Le titre fait écho à un choix moral et à un refus du compromis, un thème récurrent dans les écrits engagés de l’auteur.

Voici les axes principaux pour comprendre et structurer l’analyse de ce texte :

1. La métaphore du chemin et l’engagement éthique

  • Le refus de la facilité : Ne pas prendre « l’autre chemin » symbolise le rejet des voies de la compromission, de la corruption ou de la soumission face à l’oppression. Lodimus choisit une voie plus difficile mais guidée par l’intégrité.

  • L’esthétique de la résilience : À l’image de ses autres écrits (comme Mourir pour Vivre), ce texte explore la capacité de l’individu à rester debout malgré un environnement hostile et étouffant, marqué par l’hébétude et l’emprise des ténèbres (évoquées à travers la figure mythologique de Nyx).

2. Le « Mal du siècle » et le drame historique d’Haïti

  • Un miroir de l’histoire collective :

Robert Lodimus dresse un parallèle saisissant entre son parcours personnel et le destin de son peuple.<p>  Lire Plus

Quand les tensions s’additionnent

La Martinique prise en étau aujourd’hui sur la ligne de crête de la crise financière, voire économique , et demain une situation sociale hautement inflammable .*

— Par Jean-Marie Nol —

La Martinique aborde les prochaines semaines sur une véritable ligne de crête. D’un côté, une population déjà éprouvée par la vie chère, la stagnation des revenus et la crainte du déclassement ; de l’autre, une collectivité territoriale très endettée dont les marges de manœuvre financières se réduisent et qui doit désormais composer avec la nécessité d’un sérieux budgétaire accru. Entre ces deux réalités, le risque n’est plus seulement économique ou financier : il devient social. En effet la crise sociale constitue l’autre face de cette équation.

La Martinique navigue sur une ligne de crête fragile, marquée par une anxiété sociale grandissante mise en lumière par l’inquiétude sur la situation financière de la collectivité territoriale de Martinique et aux tensions persistantes sur le pouvoir d’achat .L’expression ligne de crête désigne une position d’équilibre instable ou une situation très délicate entre deux choix, deux exigences ou deux opinions contraires. Exemple : Un gouvernement ou une collectivité territoriale comme celle de la Martinique qui essaie de trouver un compromis entre la résorption de la dette et les mesures nécessaires de rigueur pour freiner les dépenses navigue sur une « ligne de crête » : un faux pas d’un côté ou de l’autre risque de faire basculer la situation en crise sociale ouverte , car la vie chère ne disparaît pas parce que l’inflation ralentit de façon temporaire et surtout que le hic c’est que la dépense publique est vraiment hors de contrôle.<p>  Lire Plus

Je n’ai pas pris l’autre chemin

— Par Robert Lodimus —

Les yeux embastillés dans la noirceur,

Le paysage gourd, encore sous l’effet de l’hébétude,

Reçoit en plein visage la vague de froidure de l’aube.

À cette période de l’année,

La nature n’arrive pas à s’échapper

De l’emprise des ténèbres épaisses libérées par Nyx,

La déesse de la nuit.

Les maisons glacées et les arbres effeuillés

Se dévoilent lentement à la clarté rebelle du jour.

Je me rends compte, comme la plupart de mes camarades,

Que je vieillis dans « Le pays sans étoiles » de Pierre Véry.

Loin des forêts tropicales, touffues et verdoyantes,

Qui berçaient de l’hiver à l’été mon enfance joyeuse

Avec les chants symphoniques des grives de Bicknell,

Les jacassements des pies, les coassements des crapauds,

Les cancanements des canards, les trissements des hirondelles,

Les béguètements des chèvres…<p>  Lire Plus

De la poétique des strates

— Par Marie Gauthier —

« Lorsque je regarde attentivement les pierres,
je m’applique parfois, non sans naïveté,
à en deviner les secrets. Je me laisse glisser à concevoir
comment se formèrent tant d’énigmatiques merveilles… »

Roger Caillois, L’écriture des pierres, Gallimard, 1978

À son retour en Martinique, Izae Etifier raconte avoir été impressionnée, au cours de ses promenades, par les roches de l’île : présences denses, chargées d’histoires tues. L’écrivain Roger Caillois regarde les pierres comme « l’aboutissement d’un tâtonnement millénaire ». Leurs transformations par l’érosion, la fusion, la dissolution, les secousses, les ruptures, les jaillissements, les ruissellements, les sédimentations, sont les sources géologiques de la démarche géopoétique d’Izae Etifier.

Cette perception des pierres lui fournit sa première inspiration à des œuvres abstraites et sobres, à partir de ce qu’elle renonce à représenter. En effet, sans l’imitation du réel, le travail du matériau plastique s’impose. Antérieurement, avec l’argile et le papier recyclé, l’artiste créait des sculptures et aussi des bas-reliefs granuleux, souvent de format carré, qui exprimaient un retour au territoire et au symbolisme de la terre.

Pour reprendre la métaphore des œuvres de cette première période de l’artiste, les superpositions font penser aux strates géologiques où s’inscrivent les différents âges de la formation de la croûte terrestre.<p>  Lire Plus

À propos de  » , « La langue créole fossilisée, sacralisée, muséifiée… »

Analyse critique de l’article de Robert Berrouët-Oriol, « La langue créole fossilisée, sacralisée, muséifiée, totémisée, pétrifiée et folklorisée à l’épreuve des sciences du langage »

Par Paultre Pierre Desrosiers
Médecin anthropologue, psychanalyste, linguiste
12 septembre 2026

L’article de Robert Berrouët-Oriol est moins un simple article de linguistique qu’un pamphlet intellectuel à forte charge polémique, qui transforme la critique de l’Akademi kreyòl ayisyen en interrogation beaucoup plus vaste sur l’état de l’esprit critique haïtien. Sa force littéraire tient précisément à cette superposition de plusieurs registres : essai, réquisitoire, chronique polémique, argumentaire scientifique et manifeste épistémologique. [NDLR – L’article « La langue créole fossilisée, sacralisée, muséifiée, totémisée, pétrifiée et folklorisée à l’épreuve des sciences du langage » est paru sur le site Rezonòdwès le 7 septembre 2026.]

Le premier trait remarquable est la nature profondément agonistique du texte. Dès l’incipit : « De nos jours, l’intellectuel haïtien aurait-il peur du débat d’idées ? » La question n’est pas véritablement destinée à obtenir une réponse. C’est une question rhétorique accusatoire. Elle installe immédiatement un procès : celui de l’intellectuel haïtien qui aurait renoncé au jugement critique.<p>  Lire Plus

« La vie est la farce à mener par tous », « Lettre d’amour à Haïti

La vie est la farce à mener par tous
— Par Gary Klang —
La vie est la farce à mener par tous
Il faut rire les amis
Rire à n’en plus pouvoir
Rire à la mer et aux étoiles
Rire au mal et à la mort
Rire
Car la vie est une farce
Rien qu’une farce
Comme dit le poète
Qui s’en allait
Les mains dans les poches crevées
Oui mes amis
Quelle farce la vie
Sortir d’un trou
Pour finir dans un autre
Nous sommes tous des migrants
Mais refusons de voir
Prenant tout au sérieux
Trompant
Tuant
Au lieu de rire
Rire au soleil
Et à la lune
Rire à l’absurde
Rire à n’en plus pouvoir
Alors
Ce serait joie sur terre
Qui ne serait plus vallée de larmes
Mais océan de bonheur
Où chacun se donnerait la main
Noirs Blancs Jaunes Rouges
Le soleil brillant enfin pour tous
O Oui mes frères
Tendons-nous tous la main
Afin d’être joyeux
Et de rire
Car la vie est une farce à mener par tous
Rien qu’une farce
Non rien n’est jamais sérieux
GARY KLANG
*****
***
*
Lettre d’amour à Haïti
Par Gary Klang
Ma chère île
Qu’est-ce qui t’arrive
Toi jadis si belle
Si fière
Au point que l’on t’appelait Perle des Antilles
Te voilà maintenant la proie des gangs et des malfrats
Même le soleil détourne le regard
Tu n’es plus que l’ombre d’un grand passé défunt
L’ombre d’une grande histoire
L’ombre d’une ombre
Et tes bougainvilliers
Que sont-ils devenus
Eux qui jadis grimpaient si joyeusement aux murs
O terre aimée
Terre de rêve au goût d’amande
Qu’est devenue la ville où je suis né
Je ne la reconnais plus
Ni le Champ-de-Mars tant de fois parcouru
Aujourd’hui champ de boue
Qu’est-ce qui t’a pris ô mon île
Tu fais peur maintenant par ta violence
Et les lieux que j’ai connus jadis n’existent plus
Ces lieux où il fit si bon vivre
Je me rappelle ces marchandes descendues des montagnes
Venues pieds nus
Dans la poussière et sur les cailloux
Avec leur panier sur la tête
Afin de vendre quelques légumes
Je revois également les amis
Passant sans s’annoncer
Nous discutions de tout et de rien
Surtout de rien
Histoire de passer le temps
Il y avait aussi les promenades du dimanche soir au front de mer
Autour de la fontaine
Avec son doux murmure d’enfant heureux de vivre
Quelle tristesse d’y penser
Je ne te reconnais plus ô ma terre
Depuis la venue d’un médecin fou
Qui tuait au lieu de soigner
Celui par qui tout le mal est arrivé
Non rien n’est plus comme avant
Mais je garde espoir
Réveille-toi ô mon île
Et sors de ta léthargie
Redeviens celle que tu étais
La fierté de tout un peuple
N’oublie jamais que là où Spartacus a échoué
Toi par tes seules forces
Tu t’es défaite des chaînes de l’esclavage
Sois un modèle ô ma terre pour l’humanité tout entière
GARY KLANG
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Code noir / Kòd nwa

Avant‑propos de la version créole élaborée par James Fleurissaint

Par Robert Berrouët-Oriol, linguiste-terminologue
Job Silvert, linguiste-traductologue
(Septembre 2026)

« L’Édit du Roi portant règlement pour le gouvernement des esclaves dans les îles de l’Amérique », promulgué en mars 1685 sous l’autorité de Louis XIV, occupe une place centrale dans l’histoire juridique et politique de la France coloniale. Ce texte, devenu au fil du temps le « Code noir », constitue l’un des fondements normatifs de l’ordre esclavagiste instauré dans les possessions françaises d’outre‑mer. Il ne s’agit pas seulement d’un corpus législatif destiné à encadrer les pratiques des colons : l’Édit de 1685 est un instrument de gouvernement, un dispositif de régulation sociale et un cadre d’organisation des sociétés coloniales fondées sur l’asservissement. [Annotation 1 : L’appellation « Code noir » n’est pas contemporaine de 1685 ; elle apparaît dans les usages administratifs du XVIIIᵉ siècle et se fixe dans la littérature juridique du XIXᵉ siècle.]

Dans le contexte du XVIIᵉ siècle, la monarchie absolue cherche à affirmer son autorité sur les îles de l’Amérique en imposant un cadre légal uniforme.<p>  Lire Plus

La dette écrit le programme

Comment les français se voilent la face sur l’image cachée d’une campagne électorale présidentielle artificielle et tronquée ?

— Par Jean-Marie Nol —

L’expression « un débat artificiel et tronqué » capture parfaitement les deux plus grandes menaces qui pèsent sur l’authenticité de la campagne présidentielle de 2027 : l’absence de débat sérieux sur l’intelligence artificielle (IA) et la multiplication des promesses démagogiques et irréalistes.

Pour autant , c’est un écran de fumée et un débat public stérile et mensonger qui s’installe subrepticement , et qui ne révèle aucun intérêt fondamental pour l’avenir de la France .

Alors qui aura le courage de dire la vérité aux Français sur les vraies conséquences de la crise qui vient ?
Il y a quelque chose de profondément irréel dans le débat qui commence à s’instaurer autour de la prochaine élection présidentielle. Les candidats vont promettre, expliquer, rassurer, distribuer des milliards virtuels et présenter des programmes comme si la France disposait encore de la liberté budgétaire qui a permis, pendant des décennies, de repousser les échéances. Mais la France de demain ne sera pas celle des promesses électorales.<p>  Lire Plus

L’élite: un concept désignifié, désubstantialisé par l’idéologie de l’économie sale.

— Par Camille Loty Malebranche —

L’élite, telle que conçue en nos sociétés platement matérialistes et pragmatiques, est précisément la ronde des fourbes les plus idéologiquement habiles qui savent accaparer oligarchiquement pour eux-mêmes, toutes les ressources communes de l’humanité par des empires financiers (bancaires, boursiers) et industriels, tout en se créant des alliés dévoués produits en politiciens de partis pour les aider à séquestrer les États en mentant aux peuples par le jeu dit d’alternance démocratique. Car si les têtes visibles du pouvoir s’alternent via des élections cycliques, les maîtres de l’argent mondial avec leur acte de prédation permanente, restent pratiquement les mêmes de manière pérenne et se succèdent de pères en fils.

Il n’y a d’élite que de la noblesse du caractère, le reste n’est qu’ironie et manipulation idéologiques des oligarchies faussement moralisatrices d’un monde systémiquement immoral. Quand on se rappelle que l’institution sociale est dispensatrice de valeur et de signification pour les membres de la société, l’on saisit alors la déformation corrompue de la vision collective lorsque tous les horizons du regard collectif sont, dès le départ, dilués dans des simulacres.<p>  Lire Plus

« État des lieux au coin du feu… », « Pêche à la ligne »

État des lieux au coin du feu…

La glace fond, la mer monte, avalant îles et côtes…
Tornades, ouragans, inondations font la une…
Les températures explosent !
Partout la forêt brûle !
La faute à la canicule ?
Plutôt celle des industriels et de la course effrénée au profit, à la croissance à tout prix et la surproduction du modèle économique capitaliste libéral.
La faute à ces gouvernants sourds aux avertissements éclairés des scientifiques parce que valets asservis avérés des précédents.
L’argent est le seul roi dont ils ne sont que les hommes de paille, tristes épouvantails !
Notre poumon est en feu, notre oxygène brûle et part en fumées toxiques, réchauffant un peu plus une atmosphère depuis longtemps déjà en surchauffe…
Responsables ?
Nous le sommes tous, hélas, pour n’avoir pas su empêcher, au besoin par la force, ces coupables d’agir et ce système de s’établir, responsables de cette passivité du laisser faire…
Maintenant, au propre comme au figuré, la canicule nous met le feu au cul !
Responsables également, tous ces rois et empereurs idiots qui, jadis, après avoir massacré nos forêts primaires humides et asséché nos marais sous prétexte d’urbanisation, les ont remplacées par des plantations de monoculture de pins à la résine tellement inflammable !<p>  Lire Plus

La mort n’existe pas

— Par Gary Klang —

Il y a plus de choses dans le ciel et sur la terre, Horatio, que n’en rêve votre philosophie (Shakespeare, Hamlet)

Je vais vous raconter une histoire qui semble tout droit sortie d’un roman de Stephen King ou d’Edgar Poe, et pourtant tout y est vrai. Elle met en scène le soussigné en compagnie de ses amis Georges Anglade et Gérard Aubourg, sauf qu’à l’époque
Georges était déjà mort et enterré. Certains vont en rire mais j’en prends le risque. Riez, riez, belles âmes ! Cela dit, je peux fort bien comprendre que lorsque Gérard et moi racontions ce qui nous arriva, les amis souriaient d’un air de dire que notre
place était à l’asile de fous de Pont Bedète. Mais tant pis, je prends le risque de passer pour cinglé, car je tiens à partager avec vous ce qui nous arriva par un bel après-midi d’été à Montréal.

Nous étions installés dans le café La Brûlerie, Gérard et moi, à une table où je faisais face à l’entrée, tandis que Gérard regardait le fond de la salle.<p>  Lire Plus

De l’écologie à la Relation

— Par Patrick Chamoiseau —

Sur des bases scientifiques autant que poétiques, la pensée écologique nous rappelle

(comme le font depuis longtemps les imaginaires animistes)

que tout est lié.

Elle embrasse l’ensemble de nos nécessités existentielles

et les dynamiques relationnelles qui les rendent possibles.

Elle ouvre ainsi la voie à une horizontale plénitude du vivant.

Sa quintessence est donc un imaginaire de la Relation :

relation de Tout à Tout, et de Tout au moindre détail.

Pourtant, quand on dit « écologie »,

l’entendement ordinaire se limite encore aux problèmes environnementaux ou climatiques.

Cette réduction explique sans doute, en partie,

la faible portée électorale des partis écologistes en France comme ailleurs.

Chez nous, en pays-Martinique, certains la définissent d’abord comme « décoloniale ».

Cette dimension si nécessaire soit-elle, devient étroite si elle constitue un horizon plutôt qu’un passage obligé.

Car l’écologie ne saurait être une fin en en soi mais un passage.

Ðés lors,

comment accéder d’emblée

(avec une poétique)

à la focale qui traverse,

qui dépasse et englobe toutes les étroitesses de nos petis combats :

 

une Politique de la Relation ?<p>  Lire Plus

Je vais au gré du vent

Je vais au gré du vent
— Par Gary Klang —
Je vais au gré du vent
Et ne sais où aller
Les chemins ne mènent nulle part
Et tout s’embrouille
La lune ne brille plus comme avant
Même le soleil paraît maussade
On dirait
Un feu d’enfer surgi pour nous narguer
Et c’est alors qu’une voix venue d’ailleurs murmure
Voici le temps des petits hommes
Tous les grands sont partis
Nous laissant seuls
Oui triste triste est ma pauvre âme
Ami
Alors que faire me diras-tu
Les guerres surgissent à tout propos
Tels des feux fous
Accompagnées de bombes aveugles
Et moi je vais
Au gré du vent mauvais
Ne sachant où aller
Pareil à l’homme
Laissé seul dans un désert de sable
Pas d’autre choix qu’attendre
J’attendrai donc
Qu’une porte s’ouvre
Et que quelqu’un m’accueille
Car je n’ai plus
Ni parents
Ni amis
Je suis
Comme un enfant que sa mère abandonne
O oui Ami
Triste triste est mon âme
Et j’attends
GARY KLANG
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« La Sensibilité », « Logique », « Conscientisation »

— Par Jean Bernard Bayard —

La Sensibilité

La sensibilité n’est pas cette faculté acquise
Elle est innée ou devient une perfide hantise
C’est ainsi que s’explique toutes nos bétises
Elle nous sert si souvent de génial pare-brise
_____
La sensibilité définit notre profonde humanité
Que l’hypocrisie civilisatrice a si bien atrophiée
Et donne libre cours à toutes sortes de vanités
Qui nous infligent une perte de notre générosité
_____
La sensibilité est l’amour envers notre prochain
Où l’altruisme règne comme un grand souverain
Dont la moralité et l’intégrité deviennent le destin
De toutes ces nations dirigées de dignes humains
_____
La sensibilité n’est point avilissante ou humiliante
Elle est très respectueuse et aussi encourageante
Ne dévalorise jamais elle est surtout bienveillante
De toutes les vertus de l’espèce la plus importante
Jean-Bernard Bayard

Logique
L’avenir de notre honorable passé dépend de notre travail présent
Comment louer le beau geste de nos ancètres tout en les humiliant
Saint-Domingue révolte glorifiée devient Haïti pays déshumanisant
Comment espérer de toutes nos magouilles un futur resplendissant
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Un passé simple peut nous offrir aussi bien un beau futur antérieur
Un passé composé n’offrira point un conditionnel présent supérieur
Cependant un present composé de bonnes intentions de l’intérieur
Projette alors un plus que parfait collectif à tout le monde extérieur
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Si nous avons un passé conditionnel peut-on espérer une évolution
Quelque soit le mode subjonctif ne sera-t-il pas de la subordination
Que ce soit bien le participle présent ou passé de toutes nos actions
Il est impératif d’être autonome, et souverain de notre chère nation
Jean-Bernard Bayard

Conscientisation
Sommes-nous une espèce morale intègre et sage
Nous disons être raisonnable et non pas sauvage
Du berceau de la civilisation à notre présent âge
L’extermination est notre seules curieux partage
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Sommes-nous une espèce cupide avide et cruelle
Nous disons être paisible et surtout pas criminelle
De tous temps la violence nous a été traditionnelle
La corruption est notre déviance constitutionnelle
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Sommes-nous la race magouilleuse et machiavélique
Nous disons être équitable et alors pas démagogique
Notre histoire démontre bien une mentalité satanique
La vérité est-elle réelle ou une propagande mystique
Jean-Bernard Bayard<p>  Lire Plus

Journée du Patrimoine : du monument à la trace

Dans nos politiques culturelles, il nous faut consolider une poétique des Traces.
— Par Patrick Chamoiseau. —

Nos monuments demeurent comme des douleurs.
Ils témoignent de douleurs.
Ils conservent des douleurs.

Ce sont le plus souvent des édifices produits par la trajectoire coloniale : forts, églises, chapelles, moulins, cachots, Grand-cases des maîtres, bâtiments d’exploitation de l’activité esclavagiste sucrière, structures d’implantation militaire… Les statues et les plaques de marbre célèbrent découvreurs et conquistadores, gouverneurs et grands administrateurs. En Guyane, comme aux Antilles, ces édifices ne suscitent pas d’écho affectif particulier ; s’ils témoignent des colons européens, ils ne témoignent pas des autres populations (Amérindiennes, esclaves africains, immigrants hindous, syro-libanais, chinois…) qui, précipitées sur ces terres coloniales, ont dû trouver moyen, d’abord de survivre, puis de vivre ensemble, jusqu’à produire une entité culturelle et identitaire originale.

La trajectoire de ces peuples-là s’est faite silencieuse. Non répertoriée par la Chronique coloniale, elle s’est déployée dans ses arts, ses résistances, ses héroïsmes, sans stèles, sans statues, sans monuments, sans documents. Seule la parole des Anciens, qui circule dessous l’écriture – la mémoire orale – en témoigne.

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Lettre à un raciste

— Par Gary Klang —
Salut raciste,
Tu me détestes parce que j’ai la peau noire, mais bizarrement, pour les grands jours, tu revêts un smoking noir. Va comprendre. Tu te crois supérieur aux autres parce que t’as la peau blanche, comme ce cinglé d’Hitler qui, soit dit en passant, était plus proche du méditerranéen que du Danois. Plus cinglé que ça tu meurs et il l’était tellement que dans sa haine il décida un jour sans crier gare d’éliminer tous les juifs de la terre. Et le pire dans cette affaire est qu’il n’a trouvé personne pour lui dire qu’il divaguait. A quoi pensaient donc les Germains ? Reprends-toi, Adolf. Reviens sur terre. Est-ce parce que les juifs se disent le peuple élu, et que tu penses que cet honneur te revient de droit ? Tu vois bien que nous nageons dans l’absurde, car il n’y a personne d’élu. Qui les aurait élus ? Sache qu’on se sent tellement mieux en accueillant l’autre, en lui ouvrant les bras, au lieu de le repousser. Tellement heureux en choisissant le bien au lieu du mal.
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Le silence sur 1804

Marx, Fanon et Arendt face à la révolution impensable

— Par Jean Jr. Lhérisson —

Uccle, mai 2026

Le négationnisme de bonne conscience

Il existe une forme de négationnisme qui ne s’avoue pas. Celui des bourreaux est bruyant, revendiqué, institutionnel. Mais il en existe un autre, plus subtil et en un sens plus redoutable : le négationnisme de bonne conscience, pratiqué par ceux qui se croient du côté des opprimés.

Karl Marx, Frantz Fanon et Hannah Arendt incarnent trois des consciences critiques les plus puissantes de la modernité. Le premier a forgé les outils de la critique du capitalisme. Le deuxième a consacré sa vie à dénoncer le colonialisme et ses ravages psychiques. La troisième a produit l’analyse la plus rigoureuse des totalitarismes modernes et de la condition humaine en politique. Tous trois ont pensé la liberté, l’oppression, la révolution, la dignité. Tous trois ont, malgré eux, refusé à Haïti la place qui lui revenait dans l’histoire de l’humanité.

Ce refus n’est pas anodin. Il n’est pas une distraction, une lacune secondaire, un oubli de l’histoire. Il est symptomatique. Il révèle que même les penseurs les plus critiques de l’ordre capitaliste, colonial et impérial restent, à un niveau profond, des produits d’une culture européenne qui a construit son universalisme sur l’exclusion fondamentale des peuples qu’elle opprimait.<p>  Lire Plus