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André Lucrèce : « Épidémie, le fléau aime le secret des tanières »

Illustration : Épidémie dansante de 1518

« Le virus est plus que jamais présent : il crée chez certains une angoisse perceptible, un visage douloureux chez d’autres, et aussi un insupportable sentiment de frustration devant le rétrécissement de la vie festive, voire devant l’amoindrissement de l’existence banale.

En 1941, Albert Camus lancé dans la perspective de son célèbre roman La Peste, écrivait un texte intitulé Exhortation aux médecins de la peste, qui loin d’être une martingale érudite, pose la question de l’attitude à avoir face à une épidémie. Bon sens et finesse constituent les marques des conseils avisés de l’écrivain-philosophe.

Il recommande aux médecins un certain nombre de précautions, ce que nous appelons aujourd’hui les gestes-barrières : ainsi le vinaigre à passer sur les mains correspond à la solution hydroalcoolique de nos jours, ne jamais regarder le malade en face afin de ne pas être dans la direction de son souffle et enfin de ne pas se placer dans le sens du vent pour les mêmes raisons. Camus insiste enfin sur un dernier point : « pour que le corps triomphe de l’infection, il faut que l’âme soit vigoureuse.

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« Antilles, les paroles, les visages et les masques » d’André Lucrèce

— Par Jacques Georges Mérida —

Il n’est pas anodin de constater que le récent ouvrage d’André Lucrèce soit dédié à René Ménil, un des fondateurs, avec Suzanne Césaire et Aimé Césaire, de la revue « Tropiques » pour son esprit critique et sans complaisance de la mystification coloniale à la Martinique, ses contributions efficientes de la démystification de l’idéologie assimilationniste, et sa défense ardente d’une authentique culture martiniquaise, comme en témoigne Lucrèce lui-même dans son livre « Conversation avec ceux de Tropiques » paru en 2013. Aujourd’hui « Antilles, les paroles, les visages et les masques » s’inscrivent dans la même lignée, tout en élargissant la réflexion singulièrement à la Guadeloupe et à Haïti, composantes de ce champ d’îles formant ce que Jean Benoist a appelé « l’archipel inachevé », et dont on peut penser avec le poète barbadien Edward Kamau Brathwaite, qu’il constitue « une unité caribéenne sous-marine ».

C’est cette même « unité sousmarine » qui dans la profusion des questions soulevées, des thématiques analysées, leur apparente hétérogénéité, relie entre eux tous les textes de l’ouvrage. Comme le souligne l’auteur en introduction : « Les Antilles intriguent, les Antilles interrogent.

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« La Martinique pas bien gérée » : la réponse d’André Lucrèce à Bernard Hayot

Bernard Hayot a fustigé la gestion de la Martinique le 18 avril 2018, dans les locaux de l’ex Conseil Général à Fort-de-France. Des élus, des cadres territoriaux, des représentants de l’État, des cadres des institutions financières et des chefs d’entreprises étaient invités par Yan Monplaisir, le 1er vice-président de l’Assemblée de Martinique, à échanger autour du thème : quelle dynamique économique pour la valorisation du patrimoine ?

« Je trouve que la Martinique n’est pas suffisamment bien gérée. Je trouve que la Martinique n’a pas pris conscience que dans la compétition dans laquelle nous sommes, ce sont les meilleurs qui gagnent. Je ne vais pas vous dire à quelle place je mets la Martinique mais ce n’est pas dans les premiers. L’Outre-mer est beaucoup mieux géré, ailleurs », selon Bernard Hayot.

André Lucrèce lui répond par un

Éloge de la prudence liminaire

— par André Lucrèce —
Cet éloge de la prudence se veut liminaire, c’est-à-dire énoncé sur le seuil de la parole, seuil rendu plus ferme et plus solide par des propos rationnels, plus crédibles que ceux proférés sous l’effet de l’émotion.

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« La Martinique à travers la carte postale ancienne » d’André Lucrèce

la_martinique_lucreceLA MARTINIQUE
À travers la carte postale ancienne
André Lucrèce
Iconographie : 400 cartes postales anciennes

« Il faut épier le réel, ces existences surgies de tous les écarts, ces signes dans les regards qui s’accordent une espérance, cet outre-soi qui n’abdique pas, tout cela restitue l’identité de l’ île, terre mouvante entre des passages orphiques, terre convoitée par les battements de l’histoire, terre de grands cris et de non-dits qui chacun ont leurs mystères, d’ où soudain nous parvient le pays, jusqu’alors caché entre deux failles qui communiquent. »

Au fil de 400 cartes postales du dОbut du XXe siècle, André Lucrèce nous embarque à bord d’ un taxi-pays au départ de Fort-de-France pour parcourir la Martinique. On retrouve la ville de Saint-Pierre avant la catastrophe de 1902, lorsqu’elle est encore le « Petit Paris des Antilles », on plonge dans l’ effervescence de Fort-de-France, alors en plein essor, on se laisse transporter à travers les différents bourgs de l’île, Le Lamentin, Sainte-Marie, Rivière-Pilote… On rencontre celles et ceux qui ont fait la Martinique : marchandes, pêcheurs, coupeurs de canne ou quimboiseurs…

André Lucrèce

Écrivain, critique littéraire et sociologue, André Lucrèce est l’auteur de plusieurs livres et de très nombreux articles consacrés à la poésie, au théâtre, à la peinture.

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Hommages à Francisco : André Lucrèce, Jean-José Alpha, Patrick Chamoiseau

Salut à Francisco

— Par André LUCRECE —

Je ne peux que saluer Frantz Charles-Denis, celui qui constamment mettait en mouvement le monde dans l’affinité de la matière qui était la sienne, la musique. Je ne peux que saluer celui qui a su répondre à la question : comment rendre le génie d’une forme musicale – la biguine – par l’exploration des possibles sous la bannière de la liberté de l’esprit.

Francisco a su puiser aux sources des profonds essentiels, chose indispensable pour qui veut animer le feu de l’art, de la poésie et de l’esprit. En d’autres circonstances, j’ai eu l’occasion de saluer son génie musical : d’abord dans la préface intitulée Francisco, Quasi une fantasia, préface au livre de Dominique Cyrille consacré à Francisco, puis en écrivant la préface qu’il m’avait demandée pour le livre de sa vie Inmin lavi, écrit par Francisco lui-même qui voulait, dans l’épreuve de la maladie, affirmer sa volonté de vivre.

Ce bel hidalgo à la chevelure noire et aux yeux rieurs s’en est finalement allé de ne pouvoir respirer qu’une très faible brise issue de la vie.

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André Lucrèce publie «Frantz Fanon et les Antilles – L’empreinte d’une pensée» et répond à e-Karbé

Source: e-Karbé

Le cinquantième anniversaire de la mort de Frantz Fanon donne aujourd’hui lieu à nombre de rencontres autour de son œuvre et de ses idées. André Lucrèce, sociologue et écrivain martiniquais, publie un essai, Frantz Fanon et les Antilles – L’empreinte d’une pensée, afin de dénoncer «l’oubli inconcevable qui frappe la pensée de Frantz Fanon». Parmi les objectifs de cet ouvrage, la nécessité affirmée de l’auteur de ramener la philosophie de Fanon au centre des débats et ainsi de les nourrir au moyen d’arguments tirés de l’analyse de ses écrits. S’intéresser de près aux discours, à la pensée et aux récits de Frantz Fanon en vue, principalement, de mieux appréhender «la réalité antillaise». André Lucrèce, dont les recherches portent principalement sur les phénomènes liés à la modernité dans les sociétés antillaises, propose, avec Frantz Fanon et les Antilles – L’empreinte d’une pensée, une nouvelle réflexion sur l’œuvre du penseur engagé. Il répond aux questions d’e-Karbé.

e-Karbé – À l’occasion de la sortie de votre livre, Frantz Fanon et les Antilles – L’empreinte d’une pensée, vous annoncez d’emblée qu’il y est «question de répondre à l’oubli inconcevable qui frappe la pensée de Frantz Fanon».

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Que disent les mondialisations? Un entretien de Roland Sabra avec André Lucrèce.

 Sociologue, essayiste et romancier, homme de théâtre il donne ses rendez-vous dans des endroits impossibles, le hall bruyant d’une galerie marchande. C’est là qu’il nous a accordé cet entretien, qu’il a pris soin de relire avant publication.

 Roland Sabra : Puisque nous sommes dans un centre commercial, tout de suite une question inspirée par « Souffrance et jouissance ». Il y a une certaine vulgate marxiste qui résumerait la consommation à une « aliénation » et à un moyen pour le pouvoir colonial de « tenir par le ventre» la population martiniquaise. Vous semblez prendre quelques distances en évoquant Veblen?

 André Lucrèce : D’abord je voudrais dire que cela ne peut être analysé comme dans n’importe quelle société. Pour une raison très simple : les données du passé font qu’existe une mémoire. Je travaille toujours sur une mémoire longue parce que les éléments qui permettent de comprendre une situation sont à la fois des éléments contemporains mais aussi des éléments transcrits depuis d’une mémoire longue et récupérés par les acteurs. Les choses sont infiniment complexes dans un pays comme le nôtre.

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À la Comédie Française : Lucrèce Borgia, somptueuse et perdue

Lucrèce Borgia3Par Selim Lander – La Comédie Française, comme on sait, a comme première mission de faire vivre les textes du répertoire qui font l’histoire et la grandeur de notre théâtre. Cela ne l’empêche pas, bien sûr, d’excursionner à l’occasion vers des horizons plus modernes, ni de montrer de l’audace dans la manière de montrer les classiques. En montant Lucrèce Borgia (1), Denis Podalydès n’a cherché pourtant qu’à faire de la belle ouvrage et nous lui sommes reconnaissant de nous reposer de tant de tentatives ratées de la part de ceux qui veulent se montrer originaux à tout prix.

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Hommage à Guy Alexandre

— Par André Lucrèce —

guy_alexandreJ’apprends avec émotion la mort de mon ami Guy Alexandre.
Sociologue, professeur, ambassadeur d’Haïti en République dominicaine pendant de nombreuses années,  Guy Alexandre était un homme d’une grande richesse humaine et d’une très grande intégrité.
Guy Alexandre avait séjourné en Martinique à la fin des années 1970, et c’est à cette occasion que nous sommes connus. Nous nous sommes ensuite plusieurs fois rencontrés à Paris où nous avons été, avec d’autres intellectuels de la Caraïbe, à l’origine de la création de la revue Archipelago, Revue de la Caraïbe, dont le premier numéro parut en mars 1982. Nous avons eu l’occasion ensuite de travailler ensemble en Haïti à une vaste enquête sur la situation des infrastructures dans le sud du pays et des incidences de cette situation sur la vie sociale des habitants dont nous pouvions voir chaque jour l’extrême misère qu’ils affrontaient avec un courage insoupçonné.

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Aimé Césaire Liturgie et poésie charnelle par A Lucrece

 

La LIBRAIRIE ALEXANDRE a le plaisir de vous convier à rencontrer André LUCRÈCE autour de son dernier ouvrage :

« AIMÉ CÉSAIRE Liturgie et poésie charnelle » L’Harmattan

Samedi 02 Mars 2013 de 10h00 à 12h30

29 Rue de la République – 97200 Fort de France

Pour André Lucrèce, la poétique de Césaire est liturgie et poésie charnelle car, aux sacralités classiques, le poète oppose la sienne faite d’une approche païenne et féconde, qui porte en sa conscience non seulement l’expérience personnelle, intime, du poète, mais également l’histoire.

Là où on aurait pu croire le nègre placé sous la tutelle d’une névrose au sortir de l’esclavage, là où certains esprits attardés et corrompus le perçoivent aujourd’hui encore comme un handicapé psychique en attente d’une résilience, la réalité, au contraire, a aimanté son espérance et son intelligence. Césaire nous le décrit alors au bailliage de la responsabilité : debout à la barre, à la boussole, à la table à carte, debout et libre, triomphant sous les étoiles. Cette liaison stellaire, le poète nous l’offre comme le dernier stade qui décide du destin, celui de la solennité de l’homme.

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« La Porte » : à Dillon, la Simar rend hommage à Césaire, Allende & Néruda

allend_&_nerudaLa S.I.M.A.R. s’est engagée dans un processus d’amélioration du cadre de vie des habitants et d’embellissement de son patrimoine immobilier de Dillon en réalisant des travaux de résidentialisation dans le cadre du Programme de Développement et de Rénovation Urbain (PDRU) de la Ville de Fort-de-France. La S.I.MAR. a souhaité compléter ce programme important de travaux sur les espaces extérieurs de ses résidences par une intervention d’ordre culturel et esthétique liée à l’histoire de la Cité Dillon et à la dénomination de sa voie principale, l’Avenue Salvador Allende. L’idée de base étant de mettre en relation l’implication très forte dans l’évolution de la Cité Dillon de l’ancien Maire de Fort-de-France et poète Aimé Césaire, et sa décision de rendre hommage au Président Chilien Salvador Allende, symbole de courage et de résistance, en attribuant son nom à l’axe routier central de Dillon.

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La drogue, ce phénomène qui permet de mieux comprendre l’explosion des violences en Guadeloupe

— Interview de André Lucrèce—

cannabisAvec 38 morts, la Guadeloupe détient le taux le plus important d’homicides en France volant ainsi le titre à la Corse et Marseille. Un bien triste record qui a ses particularités locales tant dans les origines que dans la forme

Atlantico : Avec 38 morts (31 en Guadeloupe, 7 sur l’île de Saint-Martin) depuis le début de l’année, la Guadeloupe détient le taux le plus important d’homicides en France, avant la Corse et avant Marseille. Trafic et usage de drogue, vols contre la population, violence de rue sous l’emprise de l’alcool, règlements de compte entre bandes… Quelles sont les vraies raisons de la violence en Guadeloupe ?

André Lucrèce : Les raisons sont multiples. Elles sont d’abord profondément sociales. Cette jeunesse qui est à la fois actrice et victime de cette violence vit dans monde qui n’a rien à voir avec les générations précédentes. Les jeunes, qui ont vu dans les quartiers pauvres leurs parents les préserver de la misère et leur assurer une dignité grâce à des systèmes hors marché – coups de main (travaux collectifs pour planter ou construire des petites maisons), sou-sou (mutuelles spontanées en cas de coup dur) jardin créole, élevage domestique de volaille, de mouton, de porc etc.

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Fanon, mauvaise conscience des Antilles

Par Michel Herland. À propos de Frantz Fanon et les Antilles, un livre d’André Lucrèce.

Publié en 2011 pour marquer le cinquantenaire de la mort de Frantz Fanon (né en 1925, décédé prématurément en1961), ce livre petit par ses dimensions mais bel objet (par son papier, sa typographie, sa couverture à rabats), et bien écrit, a surtout le mérite de poser quelques bonnes questions (1). La préface annonce la couleur : « En quoi la mise à l’écart de la pensée fanonienne et la promotion du discours-monde constituent-elles une possibilité offerte à l’homme antillais de prendre la mesure du monde et de se défaire des formes d’aliénation moderne ? » (p. 19).

Le premier chapitre du livre rappelle opportunément combien chez Fanon la théorie était inséparable de l’action. Quand il s’intéressait aux névroses de l’homme noir ou du combattant algérien, il savait exactement de quoi il parlait pour avoir reçus ces hommes en tant que patients, pour les avoir soignés. Et de même sa connaissance de la révolution algérienne était-elle directe, intime puisqu’il en était lui-même l’un des acteurs. Intellectuel atypique à cet égard, chez Fanon l’engagement ne se limitait pas à la publication d’écrits non-conformistes ou à l’addition de sa signature au bas d’un manifeste.

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«Frantz Fanon et les Antilles – L’empreinte d’une pensée»

André Lucrèce publie et répond à e-Karbé

Source: e-Karbé

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Le cinquantième anniversaire de la mort de Frantz Fanon donne aujourd’hui lieu à nombre de rencontres autour de son œuvre et de ses idées. André Lucrèce, sociologue et écrivain martiniquais, publie un essai, Frantz Fanon et les Antilles – L’empreinte d’une pensée, afin de dénoncer «l’oubli inconcevable qui frappe la pensée de Frantz Fanon». Parmi les objectifs de cet ouvrage, la nécessité affirmée de l’auteur de ramener la philosophie de Fanon au centre des débats et ainsi de les nourrir au moyen d’arguments tirés de l’analyse de ses écrits. S’intéresser de près aux discours, à la pensée et aux récits de Frantz Fanon en vue, principalement, de mieux appréhender «la réalité antillaise». André Lucrèce, dont les recherches portent principalement sur les phénomènes liés à la modernité dans les sociétés antillaises, propose, avec Frantz Fanon et les Antilles – L’empreinte d’une pensée, une nouvelle réflexion sur l’œuvre du penseur engagé. Il répond aux questions d’e-Karbé.

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« Littérature et barbarie »

Par André Lucrèce

litte_&_barbarieMarqué par l’uniformisation du monde et la perte progressive du sentiment du divers, le monde vit de plus en plus dans le doute et dans un sentiment d’insécurité sous la « menace » de nouveaux barbares venant de l’extérieur avec une culture, une religion, une manière de vivre différentes. Oyez ce qui se passe aujourd’hui dans les cités des ban lieues où des jeunes assiégés dans leur ghetto hurlent leur révolte sociale dans une malencontreuse violence contre l’ignorance et le mépris.

Or la menace des barbares ne vient pas tant de l’extérieur, de la présence des sans papiers ou des jeunes noirs et maghrébins des cités que l’on traite comme des sauvages primitifs, et qui, stigmatisés, renvoient aujourd’hui l’image conforme au regard. Non, cette menace, ‘ (je partage cette idée jadis développée par le philosophe espagnol Ortega y Gasset) vient de l’intérieur, c’est-à-dire de la transformation des personnes cultivées en barbares.

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A propos de la décivilisation

— Par André Lucrèce —

Absent du pays, pendant près d’un mois, je prends connaissance à mon retour en Martinique, grâce à des amis, du discours du Président du Conseil Exécutif de la Collectivité Territoriale de Martinique, allocution d’ouverture du congrès des élus de Martinique prononcée le Mardi 12 Juillet 2022, au cours de laquelle se révèlent d’ébouriffantes confusions que je voudrais ici réparer.

L’objet du débat est le concept de décivilisation, rappelé par le journaliste Jean-Marc Party qui me cite dans un texte intitulé Martinique, pays magique et société en situation d’urgence critique. L’une des confusions consiste, dans ce discours d’ouverture du congrès, à relier le concept de décivilisation à ce qui est qualifié de catastrophisme. Il s’agit là, de toute évidence, d’une dissonance vivante qui n’a pas lieu d’être.

Je voudrais d’abord rappeler que ce concept, comme son nom l’indique, n’est pas une opinion, mais une qualification qui définit une tendance de notre société, à un moment donné. Car les sociétés humaines ne sont pas immobiles, elles sont travaillées par des contradictions, par des tensions, par des mutations.

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Souffrir de mille morts

Covid : en Martinique plus de 1000 décès recensés en milieu hospitalier.

—Collectif —

 »La Martinique a désormais franchi le nombre de 1000 décès de la Covid-19 recensés en milieu hospitalier. Un chiffre énorme, qui rappelle que cette épidémie est la plus grande catastrophe sanitaire qu’ait connu notre région.

On utilise l’expression «souffrir de mille morts », pour dire les douleurs extrêmes qu’on imagine ressentir par le fait de mourir mille fois. La Martinique, elle, souffre de mille morts dans une terrible indifférence!

Les morts de la Covid-19 sont aujourd’hui totalement invisibles. Une forme d’accoutumance semble s’être installée dans la population vis-à-vis des personnes qui continuent de mourir de la forme grave, pourtant évitable, de cette maladie.

La sidération semble s’être dissipée en dépit d’une situation toujours préoccupante. Le nombre quotidien des victimes est aujourd’hui sous le seuil de l’ »insupportabilité » de la durée des avis d’obsèques. Les seules craintes qui nous préoccupent désormais sont les annonces de nouvelles restrictions en raison de la situation épidémique, avec près de 2 000 personnes contaminées et 5 qui en meurent chaque semaine.

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Le vote aux Antilles, altérité et paradoxe

— Par André Lucrèce—

La grande leçon de la sociologie, dont certains sont bien éloignés, c’est de prendre ses distances avec soi, ce qui permet de s’écarter des spéculations idéologiques. Ceci rappelé, notre objet ici est l’analyse du vote des populations des Antilles à propos des présidentielles qui ont mis face à face, au second tour, Emmanuel Macron et Marine Le Pen et qui nous révèlent comme altérité singulière par rapport aux options prises dans l’hexagone.

Or précisément la question de l’autre est au cœur de cette élection : quelle place pour l’autre en France au XXIème siècle ? En votant préférentiellement pour la représentante d’une extrême droite dont le programme est marqué par la xénophobie, – le refus de l’autre – avec des scores de près de 60% des suffrages en Martinique et 70% en Guadeloupe, Martiniquais et Guadeloupéens ont surpris tout le monde et stupéfié une partie de la classe politique.

Il faut se rappeler qu’en décembre 1987, le 6 décembre précisément, un employé de l’aéroport d’Orly signale la présence de Jean-Marie Le Pen (qui parait-il voyageait sous un faux-nom), lequel s’apprêtait à rejoindre la Martinique pour tenir congrès avec un groupe de députés des droites du parlement européen.

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Arostéguy, que la beauté de l’île nous mène vers le Dieu

— Par André Lucrèce —

Que la beauté de l’île nous mène vers le Dieu, là où le vert devient dense, alors le chant des feuilles se présente à lui dans la fidélité des arbres, semble nous dire le peintre.

Le soleil invité ne nous déçoit pas, il accompagne cette couleur secrète, ce vert qui obsède jusqu’à nos crépuscules. Tout ici nous parle dans la langue du cœur, les canots des pêcheurs lèchent le vent chaud du rivage de l’Anse Latouche d’où on aperçoit la Pelée qui, jadis, a pleuré des laves qui ont dénudé Saint-Pierre. Dans ce tableau, les fleurs de flamboyant, doucement agitées, semblent s’incliner devant la ville, devant le décalogue du Dieu et celui des sirènes.

Arostéguy, par sa peinture, témoigne de ce que la mémoire, devant ce nid de pierres, n’arrive pas à contenir. La poésie du peintre ne se murmure pas, elle martèle compacte la pensée des arbres afin que ses tableaux puissent porter cette puissance qui fulgure dans ce vert brûlant. De même recueille-t-il dans sa peinture l’existence désentravée du végétal qui vient du milieu profond de la terre et qui attend son midi.

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Les temps marqués

Par Myriam Moïse, présidente pour la Fabrique coloniale —

La Martinique vit une période de malaise généralisé qui a été exacerbé par la crise sanitaire et le rejet du protocole de santé publique mis en place par le gouvernement français en réponse à la pandémie. Alors que la population est encore endolorie par le deuil des derniers mois pendant lesquels la pandémie aura été la plus meurtrière à l’échelle de notre territoire, l’inflation et le chômage viennent creuser davantage la fracture sociale. Cette fracture sociale existe depuis bien longtemps mais elle semblait jusque-là quelque peu compensée par l’action des associations et des politiques publiques d’aide et par les systèmes divers de débrouillardise ou de solidarité.

Historiquement, nous avons développé bien des systèmes de survie depuis la Martinique « antan lontan » des années 1930-1940 où nous mourrions plus ou moins de faim et de maladies infectieuses, où les catégorisations de couleur et de classe faisaient rage, nous poussant plus tard dans les années 1960, à partir en masse par les bateaux et les avions du BUMI-DOM pour travailler dans les bureaux de poste ou les salles d’hôpital, sombres subalternes dans le grand froid parisien.

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Frantz Fanon et la Civilisation

Par André Lucrèce

Il y a aujourd’hui 60 ans, par un matin glacial, notre compatriote Frantz Fanon mourait à Bethesda, près de Washington. C’était le 6 décembre 1961. Au moment où une partie de la France, aujourd’hui séduite par la théorie du « grand remplacement », s’apprête à célébrer l’extrême droite ou droite identitaire, laquelle s’oppose à l’émigration des nègres et des arabes sur le territoire français, nous voudrions rappeler l’apport de Fanon à l’épineuse et ardente question de la Civilisation.

Le soi-disant danger, qui est signifié par l’extrême droite, est qu’on assiste aujourd’hui à une remise en question de la civilisation française à cause de la substitution de la population française par une autre, ce qui pourrait aboutir à un processus de décivilisation, thèse inspirée de l’écrivain antisémite Maurice Barrès. Dans ce cercle aux élucubrations douteuses, il faut évoquer également l’écrivain Jean Raspail qui a notamment sévi en Martinique par des déclarations exprimant un profond mépris vis-à-vis des Martiniquais.

Les théories racialistes s’expriment donc aujourd’hui sous la forme d’affirmation telle que « la France est un pays de race blanche », laquelle résulte d’une théorie des races bien éloignée des conceptions modernes de la « race ».

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La jeunesse martiniquaise dans le conflit social.

Par André Lucrèce

Dans ma communication précédente intitulée Souffrance et jouissance aux Antilles, une contribution à l’analyse du désastre, je soulignais ceci : Ma thèse est qu’une société qui accorde trop à l’entropie, qui fait excès de concession au désordre, crée sa propre fragilité. Elle devient vulnérable et sa jeunesse avec elle.

Et pourtant une partie de notre jeunesse connaît la réussite scolaire, allant même jusqu’à l’accès aux grandes écoles et une autre prend l’initiative de fonder des entreprises, y compris afin que notre pays sorte de ce système d’économie de comptoir : acheter pour revendre en ignorant la possibilité d’avoir une production diversifiée. Mais il y a aussi ceux qui souffrent de l’échec scolaire et du chômage. Certains d’entre eux ont le sentiment d’être déclassés ou de subir la relégation sociale.

Leur énergie sociale compulsive participe d’une frustration, en particulier chez certains groupes de jeunes qui manifestent sur les ronds-points. Elle s’exprime aussi bien en souffrance qu’en jouissance. On sent bien chez eux l’objet du manque qui produit la souffrance : toute l’inhibition qui résulte des incapacités à acquérir des objets par lesquels le système consumériste exerce une constante séduction.

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Souffrance et jouissance aux Antilles, une contribution à l’analyse du désastre

Par André Lucrèce—

Nul ne peut se satisfaire de notre situation sanitaire calamiteuse, de la fracture sociale en cours et de la catastrophe annoncée d’une partie de notre économie. Ces éléments nous convoquent, non pas à la rhétorique, mais à nous doter d’une lucidité dans l’analyse de la situation, élément indispensable afin de nous orienter vers un accomplissement.

Une réflexion de Tukaram, poète indien, a attiré mon attention : « Je suis venu de loin, dit-il. J’ai souffert de maux effrayants et j’ignore ce que réserve mon passé. » Tout ici est vrai en ce qui nous concerne. Et nous semblons attendre dans une instabilité fébrile, dans le foyer d’une identité fragile, les effets de ce passé.

Il ne s’agit pas pour nous d’entretenir avec le réel une relation faite de flous, de fantasmes et de fantômes au moment même où des effondrements et des tentatives de reconstruction sont en cours. Or, le discours qui a en charge l’analyse en est à implorer le passé de nous livrer le rhésus de notre identité. Ces réminiscences réactionnelles cherchent le futur dans un passé enjolivé à leur guise qui les aide à produire un discours dans lequel des idéalités se sont endormies pour toujours.

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Critiquer la politique sanitaire ne fait pas de moi un complotiste

— Par Kery Etifier-Rabathaly, consultant en politiques publiques, militant RVN —

Fort de son expertise en sociologie, André Lucrèce dénonce dans sa tribune « Épidémie et rhétorique contestataire en Martinique » les comportements de certains Martiniquais visant à disqualifier le discours public officiel et à diffuser des vidéos et autres histoires non sourcées qui nous entraîneraient dans un « embrouillamini de complotismes plus délirants les uns que les autres ». Je reconnais à M. Lucrèce l’excellente initiative de nous rappeler la nécessité de vérifier la qualité de nos sources afin d’éviter la diffusion de fausses informations. En effet, les théories du complot qui se sont rapidement diffusées sur nos écrans de téléphone et nos murs Facebook sont des hypothèses selon lesquelles des événements socio-économiques graves ont été causés par l’action concertée et secrète d’un groupe de personnes influentes et qui auraient tout intérêt à ce que ces catastrophes se produisent plutôt que par le déterminisme historique ou le hasard.

Bien que l’initiative de M. Lucrèce soit salutaire, je suis surpris par ses conclusions qui visent à présenter la vaccination comme solution ultime pour éradiquer l’épidémie quand il affirme ainsi « Alors que le taux de personnes vaccinées contre le covid-19 est en passe d’atteindre 25% en France, le taux en Martinique est d’environ 8%, or on connait l’importance de la vaccination pour l’éradication du virus.

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Épidémie et rhétorique contestataire en Martinique

Par André Lucrèce, Écrivain, Sociologue

Alors que le taux de personnes vaccinées contre le covid-19 est en passe d’atteindre 25% en France, le taux en Martinique est d’environ 8%, or on connait l’importance de la vaccination pour l’éradication du virus. Bien entendu, et cela est normal, chacun exerce sa liberté de se faire vacciner ou pas. Mais on ne peut pas en même temps se plaindre des conséquences contraignantes et désastreuses de la circulation du virus et tenir un discours contestataire contre les mesures qui visent à se débarrasser de ce virus extrêmement contaminant.

La sociologie qui traite des comportements collectifs et du discours qui les soutient ne peut manquer d’être présente. Se pose en effet la question de la cohésion sociale qui pourrait aider à se débarrasser du virus et l’existence de discours qui remettent en cause cette cohésion, discours où préjugés, rumeurs, commérages, supputations, prédictions et prophéties nous servent un embrouillamini de complotismes plus délirants les uns que les autres. Au moment où l’AFP déclare qu’un milliard de personnes ont été vaccinées dans le monde, une théorie complotiste annonce que les personnes ayant reçu le vaccin Pfizer vont décéder au bout d’un an, au plus tard deux ans.

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