Cuba à l’ONU : Le front contre l’embargo se fissure

Pour la 34e fois depuis 1992, l’Assemblée générale des Nations unies demande la levée de l’embargo américain contre Cuba.

Mais le scrutin du 28 octobre 2026 révèle un recul spectaculaire du soutien diplomatique à La Havane, y compris dans la Caraïbe.

Une victoire politique en demi-teinte, alors que la population cubaine affronte une crise économique et énergétique majeure.

Cuba a remporté le vote, mais perdu du terrain. Réunie à New York le mercredi 28 octobre 2026, l’Assemblée générale de l’Organisation des Nations unies (ONU) a adopté une nouvelle résolution demandant aux États-Unis de mettre fin à l’embargo économique, commercial et financier imposé à l’île depuis les années 1960. Le texte a recueilli 130 voix favorables, 17 voix contre et 25 abstentions. Vingt et un États membres n’ont pas participé au scrutin. La résolution a donc été adoptée à une large majorité, mais son soutien s’est sensiblement affaibli par rapport à 2025, où elle avait recueilli 165 voix pour, 7 contre et 12 abstentions. La perte de 35 suffrages favorables constitue le principal enseignement de cette réunion diplomatique.

Washington marque des points. L’administration du président américain Donald Trump avait engagé une importante campagne diplomatique pour convaincre plusieurs gouvernements de modifier leur position. L’Allemagne, l’Italie et la Corée du Sud, traditionnellement favorables à la levée des sanctions, se sont notamment abstenues. L’ambassadeur des États-Unis auprès de l’ONU, Mike Waltz, s’est félicité de ces changements, considérant qu’ils traduisaient une évolution du rapport de force international. Face à lui, Bruno Rodríguez Parrilla, ministre cubain des Affaires étrangères, a dénoncé les pressions américaines et accusé Washington de chercher à asphyxier économiquement son pays. Les États-Unis contestent cette lecture et attribuent une grande partie de la crise cubaine aux choix économiques et politiques de ses dirigeants.

La Caraïbe, longtemps solidaire de Cuba, affiche désormais ses divisions. Au sein de la Communauté caribéenne (CARICOM), organisation régionale réunissant quatorze États indépendants et Montserrat, sept États membres ont voté pour la résolution, parmi lesquels la Barbade, la Grenade, le Belize et Saint-Vincent-et-les-Grenadines. Trinité-et-Tobago a voté contre, tandis que la Jamaïque, le Guyana et Haïti se sont abstenus. Sainte-Lucie, la Dominique et Antigua-et-Barbuda n’ont pas enregistré de vote. Ces positions contrastées constituent un tournant pour une région qui avait historiquement défendu la normalisation des relations avec La Havane. Elles révèlent également les difficultés des gouvernements caribéens à maintenir une ligne diplomatique commune face aux États-Unis.

Sur le terrain, la crise cubaine ne connaît aucun répit. Les restrictions commerciales et financières, aggravées en 2026 par les mesures américaines visant l’approvisionnement pétrolier de l’île, contribuent à des pénuries de carburant, de médicaments et de produits alimentaires. Les coupures d’électricité, parfois prolongées, affectent les transports, les hôpitaux, les entreprises et la vie quotidienne. Les défaillances des infrastructures, la faible productivité et les difficultés de gestion de l’économie cubaine aggravent également cette situation. La population se trouve ainsi prise entre des contraintes extérieures considérables et les limites d’un modèle économique que les autorités peinent à réformer.

La condamnation internationale demeure pourtant sans effet juridique direct. Les résolutions de l’Assemblée générale ne sont pas contraignantes. Elles expriment une position diplomatique collective, mais ne peuvent obliger Washington à supprimer des sanctions inscrites dans la législation américaine, dont la levée relève notamment du Congrès. La persistance de l’embargo, malgré plus de trois décennies de votes défavorables, illustre cette limite du système multilatéral.

Le scrutin de 2026 laisse donc apparaître deux réalités simultanées : une majorité de la communauté internationale continue de réclamer la fin de l’embargo, tandis que les États-Unis parviennent à réduire progressivement le nombre de gouvernements disposés à soutenir cette demande. Pour Cuba, la victoire diplomatique est réelle, mais son coût politique augmente. Pour la Caraïbe, les divisions deviennent visibles. Et pour les onze millions d’habitants environ de l’île, l’urgence demeure ailleurs : retrouver un accès régulier à l’électricité, aux soins, à l’alimentation et à des perspectives économiques viables.

À New York, Cuba a remporté une résolution. Mais c’est désormais sa capacité à sortir de la crise, autant que la solidarité internationale, qui déterminera son avenir.

Rodolf ÉTIENNE

Rodolf Étienne est journaliste, auteur, traducteur créole et formateur pour adultes (FPA). Depuis plus de vingt ans, il développe une activité journalistique consacrée aux réalités politiques, sociales, économiques et culturelles de la Martinique, de la Caraïbe, de l'Afrique et de leurs diasporas. Ses travaux s'intéressent particulièrement aux héritages historiques, aux circulations culturelles, aux dynamiques de coopération internationale et aux enjeux contemporains de la transmission des savoirs. Contributeur de Madinin’Art, il privilégie une approche documentaire et comparative, associant investigation, analyse et valorisation des patrimoines. Ses recherches explorent également les transformations liées au numérique, à l'intelligence artificielle, à l'éducation et aux nouvelles formes de création artistique. 

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