—- par Rodolf Étienne —
La journée du mardi 29 septembre 2026 pourrait être une journée particulièrement sensible en Martinique.
Deux dossiers, distincts mais étroitement liés dans leurs conséquences quotidiennes, vont se rencontrer : une mobilisation nationale de la fonction publique, élargie localement à l’ensemble des secteurs, et une nouvelle échéance financière pour un système de transports collectifs déjà profondément fragilisé.
En Martinique, les organisations syndicales ont annoncé samedi 26 septembre leur volonté de relayer la journée nationale de grève et de l’élargir à l’ensemble des secteurs. La mobilisation nationale concerne initialement les agents de la fonction publique : les préavis couvrent notamment les trois versants — État, territoriale et hospitalière — et portent principalement sur les rémunérations, la revalorisation du point d’indice, les conditions de travail et le pouvoir d’achat.
Une mobilisation nationale qui prend une dimension martiniquaise
Le mouvement du 29 septembre ne naît donc pas en Martinique. Au niveau national, plusieurs organisations syndicales contestent la politique salariale appliquée aux agents publics. La CFDT réclame notamment des mesures générales et immédiates sur les salaires, une revalorisation du point d’indice et son indexation sur l’inflation, le rétablissement de la GIPA et le maintien intégral de la rémunération en cas de congé maladie ordinaire.
La CGT des services publics a, de son côté, déposé dès le 22 juillet un préavis couvrant la journée du 29 septembre de 0 h à 24 h, incluant la fonction publique territoriale ainsi que certains salariés du secteur privé relevant de son champ fédéral.
Mais la mobilisation prend nécessairement une autre dimension lorsqu’elle arrive en Martinique. Les questions nationales de rémunération et de services publics rencontrent ici le coût de la vie, les difficultés de déplacement, la situation hospitalière et les contraintes particulières d’un territoire insulaire. Les organisations syndicales martiniquaises ont ainsi choisi de donner au mouvement une portée interprofessionnelle. Il faudra cependant attendre mardi pour mesurer l’ampleur réelle de la mobilisation. Un appel à la grève n’indique pas à lui seul le taux de participation ni l’étendue effective des perturbations. Il faudra donc distinguer, dans notre suivi, l’appel syndical de ses conséquences concrètes sur le terrain.
Et au même moment, la question des transports
La coïncidence est particulièrement significative. Car le 29 septembre sera également une date importante dans la crise des transports martiniquais. Depuis plusieurs semaines, les Martiniquais assistent à une succession d’arrêts, de reprises partielles et de nouvelles suppressions de lignes. Centre, Nord-Caraïbe, Nord-Atlantique puis Sud : la géographie de la crise s’est déplacée au gré des financements, des opérateurs et des capacités de remise en circulation des véhicules.
Or la Collectivité Territoriale de Martinique a demandé aux intercommunalités une contribution supplémentaire destinée au financement des transports scolaires. La CACEM doit précisément se prononcer le 29 septembre sur le montant de sa participation.
Ce vote n’est pas la solution unique à l’ensemble de la crise des transports. Mais il intervient dans un contexte où la question financière est devenue impossible à dissocier de la continuité du service.
Deux crises qui finissent par se rencontrer
C’est probablement là que cette journée mérite davantage qu’un simple article annonçant une grève.
Transport, emploi, école, formation, santé et pouvoir d’achat ne fonctionnent pas séparément dans la vie quotidienne.
Un réseau de transport défaillant ne constitue pas seulement un problème de mobilité. Pour celui qui ne possède pas de véhicule, il peut devenir un obstacle pour rejoindre son emploi. Pour un jeune, il peut compliquer l’accès à l’établissement scolaire ou au centre de formation. Pour une personne âgée, il peut transformer un rendez-vous médical ordinaire en difficulté logistique. De la même manière, une journée de mobilisation de la fonction publique peut affecter plusieurs services simultanément et rendre encore plus perceptibles les interdépendances entre les institutions.
Le 29 septembre risque donc de fonctionner comme un révélateur.
Non pas nécessairement parce que la Martinique serait paralysée — nous ne pouvons pas l’affirmer deux jours avant le mouvement — mais parce que plusieurs fragilités déjà identifiées pourraient devenir visibles au même moment.
Le transport, nouvelle frontière de l’inégalité ?
La crise actuelle pose également une question plus profonde. Lorsqu’un réseau collectif devient imprévisible, ceux qui disposent d’une automobile peuvent, avec difficulté parfois, trouver une solution alternative. Ceux qui n’en disposent pas deviennent beaucoup plus dépendants de l’état du réseau.
La question du transport rejoint alors celle de l’égalité d’accès au territoire.
Pouvoir rejoindre Fort-de-France depuis le Nord ou le Sud, se rendre dans une administration, suivre une formation ou accepter un emploi suppose que la mobilité soit suffisamment prévisible pour permettre d’organiser sa journée.
La répétition des perturbations transforme progressivement un problème technique ou financier en question sociale.
Le 29 septembre, mais surtout le 30
Il faudra donc observer mardi plusieurs indicateurs : l’ampleur réelle de la mobilisation syndicale, les secteurs effectivement touchés, les éventuelles conséquences sur les écoles, administrations, établissements de santé et transports, mais également la décision de la CACEM concernant sa contribution supplémentaire au financement des transports scolaires.
Mais la journée la plus instructive sera peut-être celle d’après. Le mercredi 30 septembre.
Une manifestation peut rendre visibles des revendications. Une décision budgétaire peut apporter temporairement de l’oxygène. Ni l’une ni l’autre ne suffira cependant à répondre à la question qui traverse désormais plusieurs dossiers martiniquais : Comment assurer durablement les services essentiels lorsque les équilibres financiers, institutionnels et sociaux qui les soutiennent deviennent eux-mêmes fragiles ?
Le 29 septembre nous dira probablement quelque chose de l’état de la colère. Les jours suivants nous diront si des réponses commencent à se construire.
Sources et liens utiles
CFDT — préavis national et revendications pour le 29 septembre






