Synesthésies : les « Haïkus » de Michel Herland

— par Rodica Gabriela Chira —

Je suis vraiment touchée par ce volume d’une élégance exquise que j’ai vu, goûté et écouté en même temps, sous l’empire des sensations inouïes engendrées par une succession d’images et de paroles. On ne pourrait penser à un volume pareil s’il n’était porté par une expérience de vie et une sensibilité poétique. Depuis toujours les poètes interprètent la rencontre entre l’homme et la Nature, sachant que l’image deviendra poétique seulement si les sens du poète comme ceux du lecteur sont prêts à l’accueillir. Déjà aveugle, Borges avait témoigné dans sa Prière de sa reconnaissance pour avoir su reconnaître ce que des gens qui disposent encore de la vue ne savent pas voir. Il témoignait ainsi que nos sens, suffisamment éveillés, peuvent nous porter au-delà des trois dimensions.

Compagne de la contemplation, la sagesse, si elle vient avec l’âge, peut être la meilleure des amies. Ainsi le château de ce haïku, « Dominant la mer/ Quelques cailloux entassés/ Le château des pauvres » (8-9), nous rappelle-t-il, entre autres, le passage du temps dans de modestes cailloux, là où un géologue décrypterait les traces des siècles et des millénaires.

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